SEMAINE DU 28 AOUT AU 2 SEPTEMBRE
David Cameron a poursuivi son offensive contre Gordon Brown sur les thèmes de la criminalité et de l’immigration. Au chapitre international, les grands titres ont porté sur l’Iraq (la presse s’interroge sur la politique de Gordon Brown), l’Iran (les tensions avec Washington) et le Pakistan. Le discours de politique étrangère du Président de la République et son intervention devant le MEDEF ont reçu une couverture positive.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
Nouvelle offensive de David Cameron
En cas d’élections anticipées, David Cameron fera de la lutte contre la criminalité le thème principal de sa campagne face à Gordon Brown. Le dirigeant conservateur promet des peines de prison plus fermes et une extension des pouvoirs de la police, à un moment où la violence, en particulier chez les jeunes, est en pleine recrudescence. Il dénonce aussi le niveau trop élevé de l’immigration. Toute la presse conservatrice se félicite de cette démarche.
Le DAILY TELEGRAPH en profite pour rappeler les promesses non tenues par le Labour et assure que « David Cameron a raison » : il comprend les attentes du public. « Il offre un programme cohérent, car il sait exactement ce qui doit être fait ». « Enfin, Cameron parle comme un vrai conservateur », renchérit le DAILY MAIL, qui applaudit le « bon sens » du dirigeant politique et en conclut qu’il pourrait, « sait-on jamais », faire gagner aux conservateurs les prochaines élections. Le SUN pointe lui aussi du doigt le Labour. Le tabloïd estime en effet que « personne ne peut être en désaccord » avec les propositions de M.Cameron et on se demande même « pourquoi elles n’ont pas encore été mises en oeuvre ».
En revanche, la presse travailliste accuse David Cameron de « prendre la mauvaise direction » : construire de nouvelles prisons et incarcérer davantage de délinquants ne sont pas la solution. Il faut trouver des alternatives, mettre en place des programmes de réhabilitation, écrit l’INDEPENDENT. Pour Seumas Milne du GUARDIAN, « on voit clairement ce que signifierait un retour des conservateurs au pouvoir. Que ce soit sur la criminalité, l’immigration, les réductions d’impôt et l’Europe, ils relancent de plus belle leur programme traditionnel ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1.Gordon Brown et l’Iraq
La presse évoque une nouvelle fois la « confusion » du gouvernement travailliste à propos de l’Iraq. En réponse à une lettre du dirigeant libéral-démocrate, Sir Menzies Campbell, qui lui demande de fixer un calendrier pour un retrait rapide des troupes britanniques, Gordon Brown indiqueque cela ne lui est pas possible : le Royaume-Uni a des obligations envers le gouvernement iraquien et les Nations Unies, et sa mission n’est pas encore terminée. David Miliband, Secrétaire au Foreign Office, affirme de son côté que les Britanniques décideront eux-mêmes de leur retrait de Bassora car leur situation est différente de celle des Américains à Bagdad. Les journaux sont hésitants. Seule la presse Murdoch soutient Gordon Brown.
Pour le TIMES, on ne peut brutalement retirer les dernières troupes et laisser le sud de l’Iraq s’en tirer tout seul : cette région possède 70% des réserves de pétrole du pays et représente 90% des revenus du gouvernement. Les Etats-Unis ne remercieront pas le Royaume-Uni s’ils doivent combler le vide laissé par leur allié. Les Britanniques donneront à tous les extrémistes, y compris ceux d’Afghanistan, l’impression d’avoir pris la fuite. « Ce serait un échec ». Même ligne dans le SUN : « Il faut finir le travail. Ce serait un crime de ne pas respecter l’engagement moral pris au début de l’invasion ».
Le GUARDIAN s’interroge sur le « conflit de calendriers » : « tandis que les Américains s’évertuent à se sortir de la crise iraquienne, ils placent leurs alliés britanniques devant un dilemme de plus en plus difficile. Nos troupes doivent-elles rester dans le sud de l’Iraq jusqu’à ce que leur retrait n’embarrasse pas Washington ? Ou bien doivent – elles partir dès que notre gouvernement estime qu’elles n’ont plus de rôle utile à jouer ? « Il est peut-être légitime de vouloir aider Washington, mais il y a des limites au prix que le Royaume-Uni est prêt à payer ».
2. Les tensions avec l’Iran
Le risque d’une confrontation avec l’Iran redevient-il soudain plus sérieux ? : les dernières accusations du Président Bush et les déclarations provocantes du Président Ahmadinejad inquiètent la plupart des commentateurs qui multiplient les appels au calme.
« Ce n’est pas le moment d’agiter le sabre », titre l’INDEPENDENT qui dénonce « le manque de subtilité » de M. Bush et se méfie de « l’entêtement idéologique » du président iranien : « avec une telle approche, on peut vite passer du discours à l’acte ». Le journal estime que le Royaume-Uni ne devrait intervenir que pour relancer un « engagement constructif ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, « il ne faut surtout pas laisser s’envenimer le discours ». Le journal estime qu’en dépit des apparences, le tableau n’est peut-être pas aussi noir qu’il y paraît : M. Ahmadinejad ne montre certes guère de respect pour la souveraineté iraquienne, mais c’est l’ayatollah Khameini qui décide de la diplomatie iranienne, et il est beaucoup plus prudent. M. Bush se contente de réitérer les craintes américaines et ne fait aucune mention de frappes aériennes. Le journal souligne que M. Sarkozy évoque, pour sa part, un renforcement des sanctions tout en offrant une ouverture du dialogue avec Téhéran si le régime se conforme aux résolutions de l’ONU.
Seul l’éditorial du TIMES insiste sur la menace iranienne. Le journal met en garde le régime de Téhéran qui, « même s’il est sourd aux avertissements de Washington, ne devrait pas ignorer le durcissement du langage du côté européen » (allusion au discours de M. Sarkozy).
3. La situation au Pakistan
Alors que l’opposition pakistanaise (les anciens Premiers Ministres Nawaz Sharif et Benazir Bhutto) prépare son retour d’exil, la presse s’interroge sur les chances d’une solution à la crise actuelle.
Le FINANCIAL TIMES ne cache pas qu’il voit « dans toutes ces manœuvres une grande part d’opportunisme », mais il estime que « c’est le meilleur moyen réaliste de sauver le pays ». Toutefois, pour le journal, un « coup monté » du Président Musharraf avec Mme Bhutto ne conférerait aucune légitimité à l’un comme à l’autre. M. Sharif est probablement dans une position plus solide. Mais, tout comme Mme Bhutto, il doit montrer qu’il est à la hauteur de la situation. Ce dont le Pakistan a le plus besoin, ce sont tout d’abord de nouvelles assemblées élues démocratiquement. Il faut également réformer la constitution afin de rétablir les pouvoirs du parlement et du Premier Ministre ainsi que l’indépendance des magistrats.
Pour l’INDEPENDENT, on peut s’attendre au pire comme au meilleur : « nous assistons peut-être au début d’un rétablissement de la démocratie au Pakistan ou à la fin du régime de Musharraf, peut-être les deux. Mais nous assistons peut-être aussi à la préparation d’une crise plus longue et plus sérieuse qui pourrait déboucher sur le même genre d’intervention militaire qui a amené le Président actuel au pouvoir ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le débat sur le Traité européen
La presse conservatrice a continué sa campagne pour un référendum. David Cameron lui-même a rappelé dans les colonnes du SUN les « promesses faites par le Labour ». Selon le DAILY TELEGRAPH, plus de 120 députés travaillistes demandent une consultation. Ils pourraient être rejoints par un certain nombre de députés libéraux-démocrates. Le gouvernement de Gordon Brown rejette de son côté une demande qu’il estime injustifiée puisque le nouveau Traité sauvegarde les intérêts britanniques. Les journaux campent sur leurs positions.
Le DAILY TELEGRAPH est sans appel : « on reconnaît dans toute l’Europe que le Traité est une réplique quasi-identique de la constitution…La position de M. Brown s’affaiblit de jour en jour » et il aura du mal à venir à bout d’une rébellion aux Communes. Le Sunday TELEGRAPH accuse Gordon Brown de « trahir la démocratie », tandis que le Sunday TIMES met en garde le Premier Ministre « qui aurait beaucoup à perdre à ignorer l’opinion ».
A l’inverse, le FINANCIAL TIMES accuse les partisans du référendum de n’avoir pour objectif qu’un « retrait de l’Union ou d’une Union qui ne fait rien » : dans un cas comme dans l’autre, « ils ne servent pas l’intérêt national ». L’OBSERVER reproche une fois de plus aux dirigeants politiques de montrer de la « lâcheté » en refusant de défendre « avec honnêteté et vision » la cause de l’Europe : le Royaume-Uni a besoin de l’Union, seul mécanisme permettant aux gouvernements européens d’avoir de l’influence sur la scène mondiale.
III. AFFAIRES FRANCAISES
1. Discours de M. Sarkozy à la Conférence des ambassadeurs
La diplomatie française adopte un nouveau ton et prend de l’audace : c’est la conclusion que tirent les journaux britanniques après le discours du Président de la République lors de la Conférence des ambassadeurs.
Le GUARDIAN, comme ses confrères, estime que M. Sarkozy a un discours « plus pro-américain » que son prédécesseur, notamment à propos de l’Iran. « Il a clairement signifié qu’il entendait appliquer la même approche énergique en matière de diplomatie que sur la scène nationale », écrit le DAILY TELEGRAPH qui relève lui aussi « une rupture avec la tradition gaulliste » dans les relations de la France avec les Etats-Unis. Pour le TIMES, qui s’en félicite, « M. Sarkozy est le plus pro-américain des dirigeants français » depuis longtemps.
L’INDEPENDENT titre sur « l’adoucissement » de la position du Président de la République à l’égard de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, tout en reconnaissant qu’il ne s’agit pas d’un « revirement ».
Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES se félicite de la priorité donnée à l’Europe par le Président de la République : « Il semble inévitable que l’Union européenne mette au point une politique étrangère européenne plus cohérente et acquière des capacités de défense plus importantes si elle veut agir dans les grandes crises ». M. Sarkozy comprend un certain nombre d’évidences : tout d’abord, l’Europe ne doit renforcer ses capacités qu’en coopération avec les Etats-Unis ; elle ne doit pas chercher à réinventer des capacités existantes et donc doublonner avec l’OTAN ; elle doit investir davantage et mieux en matière de défense. Pour le journal, il s’agit là d’une « diplomatie habile ».
L’éditorialiste de THE ECONOMIST relève les « bonnes choses » mises en avant par M. Sarkozy, mais estime que le Président de la République devrait faire preuve de « davantage d’audace », en rejoignant par exemple le commandement militaire de l’OTAN et en mettant fin à ses objections concernant l’adhésion de la Turquie. Toutefois, conclut l’hebdomadaire, « nous n’en sommes qu’au début d’une Présidence riche de promesses ».
2. Discours devant le MEDEF
L’intervention du Président de la République à l’université d’été du MEDEF a reçu une importante couverture, accompagnée de commentaires positifs dans un grand nombre de journaux
Le DAILY TELEGRAPH se félicite d’un grande première (un discours du chef de l’Etat au patronat) qu’il qualifie de « révolution culturelle », dans un pays « où le tiers de la population est hostile au capitalisme ». Le journal poursuit son analyse dans un éditorial consacré à ce nouveau Président dans lequel les syndicats trouveront « un formidable adversaire » : il a tout d’abord un fort mandat populaire, puis une volonté phénoménale et il a pris soin d’attirer la gauche dans son gouvernement. Si le secteur public cherche à faire des difficultés à l’automne, M. Sarkozy est bien placé pour lui tenir tête et mettre en place des réformes comme celles qui ont été introduites par Mme Thatcher dans les années 80. Le journal relève néanmoins, comme ses confrères, les difficultés actuelles de l’économie (la croissance est nettement inférieure aux prévisions, le déficit commercial atteint des records et le pouvoir d’achat des Français est en baisse). Il en conclut que la seconde phase des réformes doit donner au plus vite des résultats. Le FINANCIAL TIMES se déclare encouragé par la promesse de réformes économiques plus énergiques, alors que « la France aborde un nouveau cycle politique qui met l’accent sur la mise en place de mesures pratiques ».
Seul l’INDEPENDENT reproche à M. Sarkozy d’avoir, « dans une de ses performances classiques », cédé au « populisme »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028