SEMAINE DU 26 SEPTEMBRE AU 2 OCTOBRE
La presse n’a pas été enthousiasmée par le congrès du Labour et le discours d’Ed Miliband, et en a donné une couverture globalement négative. Les réactions au projet de taxe sur les transactions financières lancée par la Commission européenne ont été virulentes, et la presse s’attend à ce que l’Europe « jette une ombre » sur le congrès conservateur réuni à Manchester, en raison aussi de la crise de l’euro et de la montée de la contestation eurosceptique au sein du parti tory. La décision de Vladimir Poutine de briguer un troisième mandat de président a été accueillie sans surprise mais qualifiée de « mauvaise nouvelle » pour la démocratisation de la Russie. Sur l’Europe, le vote du Bundestag jeudi a apporté un soulagement mais les commentateurs restent pessimistes sur l’avenir de la zone euro et la capacité des dirigeants européens à dégager une solution durable à la crise. Concernant la France, la victoire de la gauche au Sénat a donné lieu à plusieurs articles factuels. La presse est également revenue sur plusieurs affaires (Bettencourt, Karachi etc…)
I. ROYAUME-UNI
1. Le congrès du Labour
Après une intervention peu convaincante du Chancelier de l’échiquier du cabinet fantôme Ed Balls, le discours d’Ed Miliband mercredi a marqué le temps fort du congrès du Labour. Si tous les commentateurs s’accordent sur le fait que le leader travailliste n’est pas un bon orateur, ils sont divisés sur sa performance : la presse conservatrice dénonce le « virage à gauche » du Labour tandis que les journaux de centre-gauche se félicitent comme le GUARDIAN de la sincérité du dirigeant travailliste qui prend « un grand risque en déclarant la guerre à l’argent facile ».
Les journaux conservateurs passent à l’attaque. « Il a la tête dans les nuages », clame l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH qui reproche à Ed Miliband de refuser d’accepter la responsabilité des erreurs du Labour et d’avoir « laissé passer l’occasion » de présenter une « nouvelle vision » pour le centre-gauche.
En soulignant l’injustice et l’écart entre les valeurs des citoyens ordinaires et celles du marché, Ed Miliband a montré qu’il comprend ce que pensent les électeurs. Il aurait pu faire un bon discours, mais cela n’a pas été le cas, renchérit le TIMES qui reproche surtout son positionnement au leader travailliste : son discours sera perçu comme un virage à gauche. M. Miliband a donné l’impression de vouloir abandonner le territoire occupé par Tony Blair. Or c’est sur ce terrain-là que M. Blair avait remporté les élections. Pour le SUN, M. Miliband n’a pas donné le discours d’un chef d’Etat, et pour le DAILY EXPRESS il a montré « qu’il n’est pas taillé pour les hautes fonctions ».
Le FINANCIAL TIMES reconnaît quelques « idées prometteuses » à Ed Miliband mais lui reproche de donner l’impression de chercher encore « à s’imposer à un parti qui n’est toujours pas remis de sa défaite » : pour prétendre au gouvernement, il faut un programme. Or sur la compétence économique et le leadership, les propositions du leader travailliste ne tiennent pas vraiment debout.
En revanche, Steve Richards de l’INDEPENDENT salue le « courage » d’Ed Miliband : le dirigeant travailliste a fait un discours qui marque la rupture avec le nouveau Labour de Tony Blair. Le GUARDIAN assure lui aussi que l’analyse que fait M. Miliband de la situation du Royaume-Uni est la plus « radicale » depuis 1945. Dans un éditorial, le journal salue le « discours authentique » d’un leader qui a donné l’impression de dire tout ce qu’il avait envie de dire à son parti. Même si ses talents d’orateur ne sont pas impressionnants, son optimisme et sa sincérité sont évidents. Il a raison de vouloir des entreprises mieux gérées, plus éthiques et davantage à l’écoute sur le plan social. Il aurait pu faire preuve de davantage d’audace, mais son but n’était pas de présenter un manifeste ou des engagements électoraux « Après une période turgide, le parti travailliste recommence à devenir intéressant ».
2. L’Europe et la taxe sur les transactions financières
La proposition lancée mercredi par la Commission européenne d’une taxe Tobin sur les transactions financières a suscité le lendemain un tollé quasi général, car elle est perçue comme une attaque contre la City. Le FINANCIAL TIMES précise que George Osborne quittera le congrès conservateur de Manchester pour se rendre au Conseil Ecofin afin d’évoquer la crise de la zone euro et de rappeler son opposition à ce projet de taxe comme à la réforme en cours pour la régulation des produits dérivés.
L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES dénonce une « mesure populiste et non productive » qui, longtemps réservée aux militants contre la mondialisation, a désormais le soutien de la Commission européenne ainsi que de la France et de l’Allemagne. L’adoption d’une taxe Tobin serait vraiment « une mauvaise idée ». Certes, les transactions financières ont besoin de contrôle mais, sans le soutien des Etats-Unis, l’Union européenne aura du mal à imposer une telle taxe dans le monde et risque de créer des barrières qui déboucheront alors sur une guerre commerciale financière. Il y a d’autres moyens d’imposer des taxes aux banques et aux transactions financières. « Une taxe Tobin n’aurait pas empêché la dernière crise et elle n’en empêchera pas de nouvelles. L’Union européenne ferait mieux de se concentrer sur des mesures qui ont réellement des effets préventifs ». L’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH n’hésite pas à déclarer qu’une telle taxe serait « une catastrophe pour la City », qui dépend largement du secteur financier, et engage David Cameron et George Osborne à défendre le Royaume-Uni contre cette « dangereuse folie ». « Nous devons nous opposer à ces dictateurs », renchérit le SUN : le contribuable britannique n’a pas à verser un penny pour sauver l’euro. A l’opposé, David Prosser de l’INDEPENDENT démonte les arguments des adversaires d’une taxe sur les transactions financières qui tendrait à « encourager les investissements à long terme plutôt que la spéculation à court terme » : après tout il existe déjà une forme de taxe au Royaume-Uni ( « stamp duty » sur les actions). Pourquoi le Chancelier de l’Echiquier ne chercherait-il pas à défendre une telle taxe auprès des autres pays du G20 plutôt que de se battre contre cette idée en Europe ?
II. INTERNATIONAL
La candidature de Vladimir Poutine à la présidence russe
Que Vladimir Poutine recherche un troisième mandat à la tête du Kremlin ne surprend personne, mais la presse britannique estime regrettable une décision qui « tourne en dérision la démocratie ».
Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES il ne fait aucun doute que M. Poutine sera réélu – toutes les ressources de l’Etat y veilleront – et il pourrait même rester au pouvoir jusqu’en 2024. « C’est un développement rétrograde et risqué » qui ne laisse pas entrevoir les réformes nécessaires ou une lutte contre la corruption « qui corrode tout le système », ajoute le journal, qui craint également une complication des relations de la Russie avec le reste du monde et lance une mise en garde contre le mécontentement de toute une génération de Russes qui n’étaient pas nés lors de la chute du communisme et qui pourraient chercher inspiration dans le printemps arabe.
Le DAILY TELEGRAPH dresse un parallèle avec l’ère de Brejnev, caractérisée par « la paralysie et la corruption », tandis que le TIMES déplore une décision qui « tourne en dérision la démocratie » et pourrait décourager les investisseurs étrangers.
« Il n’y a pas de quoi se réjouir », assure l’éditorialiste du GUARDIAN qui analyse les problèmes systémiques posés par « les dirigeants qui ne s’en vont jamais » : touchez à la verticale du pouvoir et toute la structure s’effondre. L’incapacité du système à gérer le changement, et la croyance populaire qui veut que le changement est toujours pour le pire sont responsables de l’émigration des esprits russes les plus brillants. La plupart ne reviennent jamais, « c’est leur seule façon de ne pas vieillir avec Poutine ».
Pour THE ECONOMIST, la décision de M. Poutine « enlève toutes illusions sur le régime », et les pays occidentaux n’y peuvent pas grand-chose : ils doivent cependant poursuivre le dialogue avec le Kremlin sur des questions comme le contrôle des armements, l’Iran ou l’Afghanistan. Il faudrait aussi encourager l’entrée de la Russie dans l’OMC dont les règles pourraient freiner les pulsions protectionnistes du régime.
III. EUROPE
La crise de la zone euro et le vote du Bundestag
Le vote du Bundestag sur le plan de sauvetage de l’euro est un « triomphe » pour Angela Merkel, estime la presse qui s’interroge toutefois sur la durée de cette victoire et considère que la crise n’est pas réglée pour autant.
Le GUARDIAN souligne que Berlin va être soumis de plus en plus aux pressions de ses partenaires européens pour renforcer le mécanisme de sauvetage. L’opinion allemande y est opposée, et les ministres allemands des Finances et de l’Economie ont bien précisé qu’il n’en était pas question, ajoute le journal.
Damian Reece du DAILY TELEGRAPH assure qu’après le vote du Bundestag, c’est vers Cannes que les regards se tournent : « Félicitations à l’Allemagne », mais malheureusement pour le Bundestag, le monde a changé depuis le 21 juillet. Le parlement allemand a ratifié la solution d’un problème qui n’existe plus. En juillet, la crise de l’euro se chiffrait en milliards d’euros, maintenant c’est une affaire de trillions. Le débat va se déplacer à Cannes et d’ici là, la crise sera entrée dans une nouvelle phase aigue. Les dirigeants européens sont toujours à la traine du problème. Ils manquent d’unité, et les doutes concernant une solution à Cannes sont tels que les marchés ne vont pas tarder de passer à l’assaut.
« Mme Merkel a obtenu ce que l’on attendait d’elle, mais la menace sur l’euro demeure », relève l’éditorialiste de l’INDEPENDENT, qui ajoute : « à peine l’encre séchée au Bundestag », une nouvelle série de mesures plus radicales est maintenant en préparation, « et à juste titre ». « La perte de confiance des investisseurs s’étend de manière inquiétante et menace maintenant l’Espagne et l’Italie ». L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES estime cependant qu’il est « encourageant » que les principaux décideurs soient en train d’examiner les nouvelles mesures nécessaires.
L’éditorial du TIMES revient sur le rôle « essentiel » de l’Allemagne, mais assure que le processus sera long et nécessitera un ajustement pénible : il n’y a pas d’autre option pour la zone euro que d’introduire une plus grande centralisation en matière de politique budgétaire. Le journal se félicite une nouvelle fois que le Royaume-Uni soit en dehors de la zone euro mais souligne qu’il est dans son intérêt qu’une solution soit trouvée à la crise.
A noter que THE ECONOMIST revient également de manière étendue sur la crise de la zone euro, en se montrant particulièrement critique à l’égard des actions des dirigeants, à commencer par Mme Merkel. L’hebdomadaire évoque aussi « l’étrange silence de Nicolas » et fait part de ses doutes sur les idées françaises en matière de gouvernance de la zone euro.
IV. FRANCE
La victoire de la gauche au sénat
Quelques journaux ont titré, à l’instar du FINANCIAL TIMES, sur « le sérieux revers » que la gauche française a fait subir au président Sarkozy en remportant la majorité au sénat. Le DAILY TELEGRAPH et le GUARDIAN ont mentionné la « réunion de crise » tenue à l’Elysée par M. Sarkozy au lendemain du résultat.
Pour le DT qui parle de « revers historique », la défaite de la droite « suggère que M. Sarkozy n’a plus le soutien des représentants des municipalités rurales qui font la France profonde ». C’est de mauvais augure pour le président de la République surtout après les récents scandales et l’état peu rassurant des sondages, ajoute le journal.
Le président devra se battre pour se faire réélire, renchérit l’INDEPENDENT soulignant que M. Sarkozy sera celui « qui a fait perdre à l’aile droite sa perpétuelle majorité au sénat ». Cependant selon le journal, le président de la République sait mener une campagne, et sa défaite est loin d’être certaine.
Le FINANCIAL TIMES relève la joie des socialistes qui « sentent venir le changement », tandis que THE ECONOMIST évoque les difficultés du président de la République : la défaite de la droite au Sénat, et l’affaire de Karachi « qui laisse un goût amer, même si M. Sarkozy n’est pas directement concerné ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028