SEMAINE DU 26 OCTOBRE AU 1er NOVEMBRE
Le gouvernement et le Ministère de la défense ont de nouveau été vivement critiqués pour l’insuffisance de l’équipement de l’armée. Les dernières vagues d’attentat ont relancé le débat sur la situation en Irak et au Pakistan. Ce sont cependant les affaires européennes qui ont dominé l’actualité en prévision du Conseil européen et de la possible nomination de Tony Blair au poste de président du Conseil. Les journaux ont fait bon accueil à l’accord sur le réchauffement climatique.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
Mise en cause du MOD
Le Ministère de la défense britannique et BAE Systems se retrouvent sous le feu des accusations : selon un rapport compilé à la demande du gouvernement, l’accident d’un Nimrod de la RAF qui a fait 14 victimes durant une mission en Afghanistan en 2006 était dû à un appareil défectueux et aurait pu être évité si les autorités s’étaient montrées davantage responsables en matière de sécurité. La presse réagit vivement.
« Il ne suffit pas de présenter des excuses », titre l’éditorial du DAILY TELEGRAPH qui accuse le Trésor d’avoir serré les cordons de la bourse au détriment de la sécurité et le gouvernement de ne pas avoir fourni à l’armée les moyens nécessaires pour mener à bien son action. « Les guerres sont toujours dangereuses, mais il faut en limiter les risques », ajoute le journal. Le TIMES accuse le gouvernement d’avoir traité la défense nationale « avec négligence » et sans rendre de comptes.
Le SUN dénonce les « coupes mortelles appliquées de façon stalinienne » dans le budget de la défense, tandis que le DAILY MIRROR n’hésite pas à qualifier le Ministère de la défense de « ministère de la honte ».
Le GUARDIAN se félicite que le rapport mette en cause nommément des responsables de la défense et estime qu’ils ne doivent pas être épargnés. Rappelant que le MOD a connu quatre différents ministres en quatre ans et que sa mauvaise gestion a déjà été mise en cause, le journal conclut que le ministère n’est pas « à la hauteur de ses fonctions ».
Le FINANCIAL TIMES appelle pour sa part le MOD à tirer les leçons de l’affaire : il faut mettre fin à une culture qui consiste à fermer les yeux sur la sécurité pour faire des économies. Le prochain gouvernement doit avoir des ambitions conformes à ses moyens et fournir à l’armée les ressources dont elle a besoin. Il doit aussi réformer la façon dont le MOD gère ses crédits et faire cesser le gaspillage.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La situation en Irak
La solution au problème irakien ne dépend plus de la présence des troupes étrangères mais d’un leadership politique : après les derniers attentats-suicide de Bagdad, la presse appelle la classe politique à faire preuve de détermination et mettre fin à l’impasse.
Pour le FINANCIAL TIMES, les derniers attentats « n’étaient que trop prévisibles » et le retrait des troupes américaines n’est pas la cause du regain de violence. « La vraie raison vient de ce que la réconciliation nationale tant souhaitée par les Etats-Unis n’a pas eu lieu ». Le gouvernement Maliki n’a rien fait pour réintégrer les sunnites et les chiites eux-mêmes sont divisés entre de puissantes factions. « Si l’Irak veut reprendre sa destinée en mains, les élites politiques doivent se mettre d’accord sur un nouvel ordre que tous les Irakiens jugeront légitime. Sinon le sang continuera de couler », conclut le journal.
Dans la même ligne, le DAILY TELEGRAPH reproche au parlement de se quereller à propos du système électoral en prévision du scrutin de janvier alors que les hommes politiques devraient se concentrer sur les questions plus importantes : le statut futur de Kirkuk ou les questions constitutionnelles. Pour le journal, la faute en revient au Premier ministre, Nouri al-Maliki, qui semble davantage intéressé par la protection des chiites que par la réforme. Après tous les sacrifices de la communauté occidentale, il revient au gouvernement de mettre fin à ses hésitations et d’affirmer clairement son leadership. Sinon M. Obama risque de devoir maintenir ses soldats en Irak plus longtemps qu’il ne le voudrait
« L’absence d’accord fondamental entre les trois principales communautés (sunnites, chiites et kurdes) est le principal problème de l’Irak, renchérit l’INDEPENDENT dans un commentaire de Patrick Cockburn, qui ajoute : « l’Irak est une société brisée, avec un Etat dysfonctionnel et il est loin d’une solution ».
2. Le problème du Pakistan
Après les derniers attentats au Pakistan, et malgré les propos sévères d’Hillary Clinton aux autorités, le TIMES appelle les pays occidentaux à soutenir le gouvernement.
En effet, pour le journal, en passant enfin à l’attaque contre les Taliban, les forces de sécurité pakistanaises montrent du courage et c’est une lutte qui a son prix : « le gouvernement et l’armée méritent notre soutien et notre gratitude pour leur action qui accroît la sécurité et fait avancer la cause de la paix, non seulement au Pakistan mais aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et partout dans le monde. Les gouvernements occidentaux peuvent apporter leur aide de deux façons : tout d’abord, donner au gouvernement pakistanais un fort soutien diplomatique en lui faisant bien comprendre qu’il ne peut être question de chercher des arrangements avec al Qaïda. Ils doivent ensuite envisager une aide humanitaire pour soulager la misère de ceux qui sont pris dans le feu de cette lutte tragique, mais nécessaire.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
1. Le Conseil européen et le futur poste de président
A l’approche du Conseil européen et dans la perspective d’une ratification du Traité de Lisbonne, même si les Tchèques font un peu trainer les choses, la presse a beaucoup spéculé sur la nomination de Tony Blair au poste de président de l’Union. D’une manière générale, les journaux sont hostiles à cette éventualité.
Pour la presse eurosceptique, les arguments sont simples : il est impossible de faire confiance à Tony Blair surtout lorsqu’il s’agit de l’Europe. « Le choix de l’ancien Premier ministre travailliste doit être exclu pour deux raisons : il n’a pas tenu ses promesses concernant un référendum sur le Traité de Lisbonne et, pire encore, les fonctions du futur Président de l’Union restent excessivement vagues. Entre les mains de Tony Blair, le poste se développerait inévitablement », écrit le DAILY TELEGRAPH, avant de conclure : « tous ceux qui s’opposent à une nouvelle perte de souveraineté au profit de Bruxelles ont une bonne raison de rejeter la candidature de M. Blair ».
Le DAILY MAIL se déchaîne : pour le tabloïd populiste, « nous nous sommes débarrassés une fois de Tony Blair. La perspective de son retour, à la façon de Napoléon après son exil sur l’île d’Elbe, relève du cauchemar ». « Ce serait une abomination », renchérit le DAILY EXPRESS.
La presse pro-européenne n’est pas enthousiaste non plus. L’INDEPENDENT reconnaît les capacités de M. Blair et son goût pour l’Europe, mais estime qu’il n’est pas un homme de consensus. Les Européens n’oublieront pas de sitôt la guerre en Irak et son alliance avec George Bush. Serait-il juste que le premier président de l’Europe soit le représentant d’une nation qui n’a pas adhéré à l’euro et à l’accord de Schengen ? Lorsqu’il dirigeait le gouvernement, M. Blair n’a rien fait pour rapprocher le Royaume-Uni de l’Europe, semblant admettre que l’intégration n’était pas dans l’intérêt de son pays. « Le fait que M. Blair ait une stature sur la scène internationale ne le rend pas pour autant apte au poste requis à la tête de l’Union européenne ».
Dans un éditorial, le GUARDIAN assure lui aussi que M. Blair serait à bien des égards le bon candidat pour le poste de président s’il n’y avait pas le dossier épineux de l’Irak. Cette guerre a divisé l’Europe et elle est loin d’être terminée : l’Union européenne, qui souffre déjà d’un déficit démocratique, pourrait-elle être représentée par un homme politique qui n’a pas répondu de façon satisfaisante à de nombreuses questions et dont la bonne foi est en cause ? L’Union a besoin de leaders qui ont confiance en eux-mêmes mais en qui les Européens peuvent aussi avoir confiance.
Dernier à se prononcer, le FINANCIAL TIMES assure lui aussi que M. Blair « ne ferait pas un bon président pour l’Europe » : La guerre en Irak a été une folie. Le Premier Ministre travailliste a alors entraîné le Royaume-Uni dans l’aventurisme incompétent de l’administration Bush et divisé l’Europe. Il a laissé passer l’occasion historique que lui donnait sa victoire écrasante de 1997 de convertir l’électorat britannique à l’Europe, en choisissant au contraire de capituler devant les média eurosceptiques. L’Union européenne exige des qualités de médiateur et une compréhension des tensions qui opposent les petits aux grands Etats. « Le poste de président doit promouvoir la cause de l’Europe, et sur ce point M. Blair n’est pas du tout convaincant », conclut le FT.
2. Le réchauffement climatique
Même si l’Europe n’a toujours pas de position clairement définie pour la conférence de Copenhague, la presse estime qu’elle fait un pas dans la bonne direction.
Pour le GUARDIAN, l’accord conclu à Bruxelles est sans doute « insatisfaisant », car il manque de détails, mais « il représente néanmoins le genre de démarche que doit faire l’Union européenne ».
L’INDEPENDENT admet lui aussi que si l’Union européenne avait chiffré ses engagements, elle aurait encouragé les Etats-Unis et le Japon. « Un chiffre précis aurait envoyé également un message clair aux pays en développement ». Pour le journal cependant cet accord « vaut mieux que rien et un succès reste possible à Copenhague »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028