Semaine du 26 novembre au 2 décembre

SEMAINE DU 26 NOVEMBRE AU 2 DECEMBRE

Une affaire de dons litigieux au Labour a relancé le débat sur le financement des partis politiques et, surtout, porté une nouvelle atteinte à la réputation de Gordon Brown. Le sommet d’Annapolis a dominé les affaires internationales, mais la presse a estimé ses résultats décevants. Au chapitre de la France, les journaux ont accordé une large couverture aux émeutes des banlieues, soulignant la « fermeté » du Président Sarkozy.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le financement des partis

Nouveau revers pour le gouvernement : des dons litigieux versés au Labour par un millionnaire ont contraint le secrétaire-général du parti à démissionner. La numéro deux, Harriet Harman, est mise en cause et la police est chargée d’enquêter. Après les récentes accusations d’incompétence, s’ajoutent celles de malhonnêteté. Les journaux s’interrogent une fois de plus sur la transparence promise par Gordon Brown.

Les commentateurs rappellent qu’en matière de financement des partis, personne n’échappe à la critique : les conservateurs et les libéraux-démocrates ont eu leurs faiblesses. C’est pourquoi « la transparence est essentielle », écrit le TIMES soutenant l’idée d’une limitation des donations. David Cameron propose pour sa part un plafond de 50.000 livres, mais Gordon Brown ne souhaite pas qu’il s’applique aux syndicats.

Le SUN raille « l’hypocrisie » du Labour. Le DAILY MAIL va plus loin, et assure qu’il « est difficile de ne pas conclure que le Labour est pourri jusqu’au trognon ». Pour le journal, il y a deux solutions évidentes à la question du financement des partis : les hommes politiques doivent cesser de dépenser plus qu’ils n’ont de ressources durant les campagnes électorales ; et la réglementation actuelle sur la transparence doit être appliquée strictement, ceux qui ne les respectent pas devant être traités en criminels.

Le DAILY TELEGRAPH appelle lui aussi les hommes politiques à « vivre selon leurs moyens » : qu’ils cessent de cultiver les milliardaires et cherchent plutôt à attirer les militants par des messages convaincants. Mais, pour le journal, il ne faut surtout pas adopter un système de financement des partis par l’Etat : l’exemple de l’Allemagne montre qu’il n’empêche pas la corruption, souligne le DT.

La presse travailliste, notamment le GUARDIAN, reproche à Gordon Brown de ne pas avoir cherché à voir plus clair dans le système lors de son arrivée au pouvoir. Le journal assure que l’on ne peut parler de « corruption » de la politique britannique, mais estime qu’il est urgent de réviser les arrangements actuels. L’INDEPENDENT défend la même ligne, et propose des solutions : une limitation des sommes dépensées lors des campagnes électorales, des donations totalement transparentes et une part de subventions de l’Etat. Le FINANCIAL TIMES soutient aussi ces propositions, mais assure que la troisième – subventions de l’Etat – doit être limitée et rester le « dernier recours » : c’est une « bizarre façon de vouloir restaurer la confiance du public en le contraignant à subventionner des partis qui n’ont pas réussi à attirer suffisamment d’adhérents ».

2. La position de Gordon Brown

Cette succession de scandales et de fiascos porte définitivement atteinte à la réputation du Premier Ministre. Si certains commentateurs politiques pensent qu’il peut reprendre le dessus, d’autres en sont moins sûrs.

Le DAILY TELEGRAPH parle de « crise de leadership » pour Gordon Brown puisque ses rivaux se demandent même s’il est « fait pour son poste ». Pour le journal, les difficultés du Premier Ministre ne viennent pas seulement de mauvaises décisions et de la crise récente de Northern Rock. Elles tiennent aussi à la façon dont il se comporte : on dit qu’il est impossible et cherche toujours à intervenir dans le travail de ses ministres. On lui reproche également son humeur massacrante. « M. Brown doit abandonner son obsession du micro-management et se concentrer sur les grands problèmes, ce qui signifie laisser de l’autonomie aux membres de son gouvernement. Le Premier Ministre a encore le temps de changer : la question est savoir s’il en a l’envie ».

Matthew Norman de l’INDEPENDENT a déjà tranché : « C’est la fin pour Gordon Brown. A moins d’un miracle, il ne pourra pas se remettre des fléaux des six dernières semaines ».

Les autres journaux sont plus nuancés. George Parker du FINANCIAL TIMES reconnaît que « les erreurs et la malchance ont porté atteinte à Gordon Brown ». Il estime toutefois qu’on ne peut pas comparer sa position à celle de John major en 1992 : son parti reste globalement uni à l’exception d’une poignée de Blairites inébranlables qui lui reprochent de faire marche arrière sur la réforme des services publics. L’important pour lui est de « montrer qu’il sait où il veut aller », ajoute Philip Stephens dans le même journal.

Pour THE ECONOMIST, aucun des derniers développements ne « signifie que M. Brown se dirige irrévocablement vers la sortie », mais sa position est d’autant plus difficile que sa succession à Tony Blair n’a pas représenté un réel changement. Le Premier Ministre ne semble pas être responsable des dons litigieux, mais l’affaire doit désormais être mise dans les mains de la police et servir de leçon. Il lui reste encore deux années pour regagner son avance dans les sondages. Il n’y parviendra qu’en faisant preuve d’une « probité irréprochable et d’une compétence solide ».

Le mot de la fin revient à Peter Riddell du TIMES : « si les scandales minent la confiance des électeurs, c’est l’état de l’économie qui détermine le résultat des élections ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

Le sommet d’Annapolis

Les commentateurs n’en attendaient pas grand-chose mais, à la fin de la rencontre d’Annapolis, ils décèlent parfois quelques éléments positifs.

Pour l’éditorial du GUARDIAN, il n’est pas possible de parler de succès puisque aucun accord sérieux n’a été formalisé. Cependant, les Américains ont pris une position qui devrait empêcher les Israéliens de revenir sur leurs engagements. Les Etats arabes ont acquis désormais un rôle potentiel dans le processus et pourraient aider le Président palestinien Mahmoud Abbas dans ses négociations avec ses adversaires. L’inclusion de la Syrie permet d’espérer un progrès avec Israël. « Ces quelques éléments nouveaux sont positifs mais d’une portée limitée », car Annapolis aurait pu permettre tellement plus, conclut le journal.

Bronwen Maddox du TIMES estime que « c’est peut-être faire preuve d’un optimisme excessif, mais Annapolis est venu au bon moment » : il n’y a certes pas eu de changement fondamental dans les positions des principales parties concernées. Mais les menaces de l’Iran et du Hamas ont encore accru le sentiment d’urgence. « Il est peut-être illusoire d’espérer un accord dans un an, mais c’était quand même le moment d’essayer ».

THE ECONOMIST est déçu : même si Annapolis « vaut mieux que rien », M. Bush n’a pas eu le même « courage » que Bill Clinton avant lui, préférant ne pas aborder la question des frontières et du partage de Jérusalem. « Il exige beaucoup des Palestiniens modérés et ne leur fait guère de concessions. S’ils échouent, il aura une grande part de responsabilité ».

« Plutôt que de se concentrer sur la forme, pour repolir son image, M. Bush devrait privilégier le fond », renchérit le FINANCIAL TIMES. Le journal appelle le président américain à montrer un « engagement réel » et à adopter les paramètres de Bill Clinton qui avaient été négociés plus tard à Taba ainsi que la proposition de la Ligue Arabe.

Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT est totalement négatif : le seul objectif d’Annapolis était de servir les intérêts de M. Bush et de justifier sa présidence après ses échecs en Irak et ailleurs. Mais pour le commentateur, l’exercice représente « une humiliation pour les Palestiniens, qui n’ont pas d’autre choix que d’accepter », alors que les Israéliens ne se voient infliger aucune contrainte sur les questions du droit de retour, du statut de Jérusalem et du démantèlement des colonies de Cisjordanie.

III.AFFAIRES FRANCAISES

Les émeutes dans les banlieues

La presse a largement rendu compte des « scènes de guérilla urbaine » dans les banlieues. Si comme le GUARDIAN, elle parle « d’escalade de la violence », elle relève aussi, à l’instar du FINANCIAL TIMES, la « fermeté de ton » de l’Elysée.

Pour le TIMES, la situation est différente de celle de 2005 : tout d’abord, et « c’est extrêmement inquiétant », les responsables des troubles font systématiquement usage des armes ; ensuite, on ne peut plus accuser le gouvernement, comme c’était le cas il y a deux ans, de tourner le dos aux problèmes des banlieues. De nombreuses mesures ont déjà été prises, et Fadela Amara doit annoncer un plan de développement au début de l’année prochaine. Selon le journal, les progrès ne se feront pas en un jour et, surtout, « les banlieues ne peuvent être traitées de façon isolée » : la réforme du marché du travail, au programme de M. Sarkozy, devrait permettre d’améliorer les perspectives des jeunes les plus défavorisés.

C’est aussi l’avis du DAILY TELEGRAPH : le Président de la République « a déjà remporté le premier round sur les syndicats ». S’il conserve son sang-froid, il peut également réussir sur la question des banlieues. Il faudra pour cela des moyens financiers, une bonne coordination avec les pays du Maghreb et un assouplissement du marché du travail qui permettra de créer les emplois dont ont tant besoin les jeunes « beurs ».

L’INDEPENDENT voit dans les derniers événements en France « un avertissement pour M. Sarkozy, mais aussi une chance » : pour ce qui est des grèves, le Président de la République a contraint les syndicats à accepter un nouvel équilibre des forces. Concernant les banlieues, il est dans une position plus difficile du fait de ses maladresses de 2005 : « il doit évidemment tirer les leçons de cette première expérience, et montrer aussi qu’il entend bien être à la hauteur des idéaux sociaux qu’il a défendus durant sa campagne électorale. Il doit démontrer que la diversité de son gouvernement n’est pas qu’une apparence. M. Sarkozy doit appliquer la même tactique habile et la même détermination en faveur de l’intégration des banlieues que celles qu’il a utilisées pour réduire les privilèges dépassés des syndicats ».

Le FINANCIAL TIMES est un peu plus sévère pour le Président de la République qui avait promis, pendant sa campagne électorale, un « plan Marshall » pour les banlieues, la diversité et l’ouverture. Or, depuis sa victoire, M. Sarkozy ne donne pas l’impression d’en faire sa priorité. Les jeunes des banlieues ont besoin qu’on leur donne de l’espoir et la chance de s’en sortir (40% sont au chômage). M. Sarkozy se dit un admirateur de la méritocratie, mais il ne semble pas particulièrement pressé de mettre en place les réformes d’un marché de l’emploi, particulièrement rigide, qui permettraient pourtant d’améliorer les choses. L’aide aux jeunes des banlieues va donc réellement mettre à l’épreuve ses convictions réformistes. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028