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Semaine du 26 mai au 1er juin

SEMAINE DU 26 MAI AU 1ER JUIN

Les commentateurs ont de nouveau longuement évoqué les problèmes de Gordon Brown après la défaite cuisante de son parti lors d’une élection partielle dans un fief travailliste et les manifestations contre la hausse des produits pétroliers. Au chapitre international, plusieurs dossiers ont retenu l’attention des rédactions : le projet de traité sur l’interdiction des bombes à fragmentation, les accusations portées contre le Premier Ministre israélien et les ambitions nucléaires de l’Iran.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1.Gordon Brown après la défaite de Crewe

En infligeant une cuisante défaite au Labour lors de l’élection partielle de Crewe and Nantwich, les Britanniques ont, de l’avis de la presse, exprimé leur verdict sur le leadership de Gordon Brown. Les journaux évoquent la possibilité d’un « complot » au sein du parti et d’une candidature de David Miliband à la succession du Premier Ministre. Tout en reconnaissant que rien n’est joué, les commentateurs s’interrogent sur « le commencement de la fin » pour l’occupant du 10, Downing Street.

Un sondage YouGov publié par le DAILY TELEGRAPH est catastrophique pour le Labour et M. Brown : avec 23% des intentions de vote, contre 47% pour les conservateurs, le parti travailliste est au plus bas depuis 1943. Seuls 15% des Britanniques se déclarent « satisfaits » du Premier Ministre. « Jamais un leader travailliste n’a été aussi impopulaire, y compris Harold Wilson lors de la dévaluation de la livre sterling en 1967 », souligne le journal.

« Même s’ils nient l’existence d’un complot, les ministres ne disent pas nécessairement la vérité » écrit Peter Riddell du TIMES, en relevant que la confusion fait souvent partie de la politique. Pour le commentateur, « les choses ne seront de toutes façons pas clarifiées avant la rentrée du parlement la semaine prochaine ». Si l’option d’une mise en cause officielle du Premier Ministre semble peu probable (il faut qu’elle soit soutenue par 70 députés), M. Brown a le gros handicap « d’apparaître comme étant le problème ». Les Britanniques estiment qu’il ne peut plus empêcher un échec du Labour en 2010 et que ses politiques n’y changeront rien. M. Brown va peut-être survivre, ne serait-ce qu’à cause des difficultés que susciterait son remplacement. « Mais ses chances de l’emporter diminuent de plus en plus ».

Sous le titre « un parti qui hésite entre l’échec et la catastrophe », Philip Stephens du FINANCIAL TIMES développe à peu près le même raisonnement : comme Margaret Thatcher devenue un « passif » pour son parti en 1990, Gordon Brown est le problème. « Bien des ministres, en dépit de leurs protestations, estiment qu’il ne peut plus remporter une élection ».

« Brown est le problème », renchérit Jackie Ashley du GUARDIAN, soulignant que « le pays veut un leader qui ait du style et de la confiance en soi ». Mais pour Steve Richards de l’INDEPENDENT, un changement de dirigeant ne suffira pas à résoudre « la crise d’identité » que traverse le Labour, car il reste prisonnier du blairisme.

2. La crise pétrolière et le prix des carburants

Les manifestations contre la hausse de la taxe sur les carburants et sur les automobiles ont ajouté aux difficultés de Gordon Brown. La presse est néanmoins divisée sur la perspective d’une suspension de ces hausses, suggérée par Alistair Darling, et qui serait considérée comme un « revirement » de plus de la part du gouvernement.

Les journaux populaires, toutes tendances confondues, sont favorables à l’abandon des taxes. Le SUN mène le mouvement : « les automobilistes britanniques sont écrasés d’impôts. Une nouvelle hausse de la taxe sur les automobiles et sur les combustibles leur porterait un nouveau coup ». Le Chancelier de l’Echiquier avait peut-être imaginé, lors de son dernier budget, qu’une action pour lutter contre le réchauffement climatique était justifiée, mais s’il fait marche arrière « il recevra les applaudissements universels ». Même son de cloche dans le DAILY MIRROR (travailliste) : M. Brown doit confirmer au plus tôt l’abandon de son projet.

Le DAILY TELEGRAPH, à l’instar de ses confrères, appelle le gouvernement à réviser son projet « inapproprié », soulignant que l’affaire pourrait causer au parti travailliste le même tort que l’abolition de la tranche fiscale de 10%.

A l’inverse, l’INDEPENDENT fait campagne pour la défense de l’environnement. La nouvelle taxe sur les automobiles vise à lutter contre la pollution. Décider de la suspendre relèverait du « populisme » : il n’y a pas de plus grand intérêt à long terme pour le pays que de réduire les émissions de gaz carbonique. « M. Brown vante les vertus du courage. Il est temps pour lui de montrer qu’il n’en manque pas ».

Le GUARDIAN reproche au gouvernement de « faire trop vite des concessions » et de renoncer trop facilement à ses « principes » au profit des intérêts en place. L’éditorial du FINANCIAL TIMES assure pour sa part qu’un revirement sur cette taxe « porterait atteinte à la crédibilité du gouvernement en matière d’environnement, sans pour autant aider vraiment les automobilistes ». Et pour l’ECONOMIST, une marche arrière « donnerait l’impression que le gouvernement peut être manipulé par tout un chacun ».

Andrew Raunsley de l’OBSERVER appelle Gordon Brown à faire preuve d’audace plutôt que de rechercher à regagner sa popularité, et à se comporter en fait comme s’il acceptait de perdre les prochaines élections : Le Premier Ministre pense qu’une augmentation des impôts pour encourager les automobilistes à utiliser des véhicules plus favorables à l’environnement est une bonne idée. Qu’il se tienne alors à ce principe. « Il pourrait même finir par regagner le respect des électeurs ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Un traité sur l’interdiction des bombes à fragmentation

Une partie de la presse se félicite du projet de traité visant à interdire les bombes à fragmentation et accepté par plus de 100 gouvernements à Dublin.

Pour le FINANCIAL TIMES, ce projet s’inscrit dans une « tradition honorable » (celle de protéger les civils en cas de guerre) et « mérite d’être largement soutenu ». Les avantages militaires des bombes à fragmentation sont complètement effacés par leur coût en vies humaines, et c’est particulièrement vrai dans des conflits comme ceux de l’Irak et de l’Afghanistan. Le journal applaudit le Royaume-Uni pour avoir ouvert la voie en annonçant qu’il renoncerait à ces bombes, mais regrette tous les absents à Dublin, notamment les Etats-Unis, Israël, l’Inde, le Pakistan, la Russie et la Chine, ce qui enlève à l’accord tout caractère « universel ».

Dans la même ligne, l’INDEPENDENT assure que l’accord de Dublin « n’est qu’un pas dans la bonne direction et non une destination finale ». Le journal déplore lui aussi l’abstention de certaines des plus grandes puissances militaires, et relève au passage que c’est le « mépris des Américains pour les Conventions de Genève en Afghanistan en 2001 qui ont conduit à la honte de Guantanamo ».

2. Les difficultés d’Ehoud Olmert

Les journaux ont largement rendu compte des accusations de corruption portées contre le Premier Ministre israélien. Les commentateurs estiment que M. Olmert a perdu son autorité, mais craignent qu’un départ précipité ne porte atteinte au processus de paix.

Tous les journaux soulignent, à l’instar du DAILY TELEGRAPH, que des élections anticipées auraient des chances de faire revenir au pouvoir M. Netanyahou. Pour le GUARDIAN, qui reconnaît que M. Olmert a perdu son autorité morale, une telle perspective laisse mal augurer des négociations avec l’autorité palestinienne et de la médiation turque avec la Syrie.

C’est également l’avis de Richard Beeston du TIMES : sur tous les fronts, M. Olmert est indispensable, en dépit de sa réputation ternie. « Son départ laisserait un grand vide. Au lieu de progresser lentement, le processus de paix risquerait de faire marche arrière et de plonger la région dans une nouvelle phase de violence ».

Le FINANCIAL TIMES assure en revanche que « le moment est venu pour M. Olmert de tirer sa révérence » : il a perdu le peu de légitimité qui lui restait et ne peut plus désormais survivre aux accusations de corruption portées contre lui. Selon le journal, les arguments selon lesquels tout changement affecterait les négociations en cours ne font qu’illustrer « l’état sordide dans lequel s’enfonce la démocratie israélienne ».

3. Le programme nucléaire iranien

Le dernier rapport de l’AIEA sur les progrès du programme nucléaire iranien, apparemment plus importants qu’on ne le pensait, ravive les inquiétudes des commentateurs.

Bronwen Maddox du TIMES estime qu’il s’agit du rapport « le plus inquiétant » depuis longtemps et qu’il remet en cause les conclusions des services américains de novembre dernier.

Pour THE ECONOMIST, la communauté internationale doit redoubler d’efforts pour empêcher l’Iran d’enrichir son uranium. Les inspecteurs de l’AIEA disposent désormais de nouveaux renseignements et sont en mesure de poser de sérieuses questions à Téhéran qui ne leur a fourni jusqu’à présent aucune réponse convaincante. Le régime iranien avait compté sur sa stratégie d’obstruction, ignorant le Conseil de Sécurité, continuant l’enrichissement d’uranium, tout en donnant à l’occasion quelques petites informations aux inspecteurs de l’ONU. Certains pays finissaient par accorder aux Iraniens le bénéfice du doute, y compris parmi le groupe des six (Royaume-Uni, France, Allemagne, Etats-Unis, Russie et Chine). Le dernier rapport de l’AIEA devrait redonner du nerf à leur action diplomatique. Si l’Iran refuse les demandes des inspecteurs de l’ONU, celle-ci doit envisager des sanctions vraiment sévères, contrairement aux dernières « qui ménageaient Téhéran ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028