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Semaine du 26 avril au 1er mai

SEMAINE DU 26 AVRIL AU 1er MAI

A une semaine des élections, David Cameron est perçu comme le vainqueur du dernier débat télévisé qui l’a opposé, sur la question de l’économie, à ses deux principaux rivaux. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : la perspective d’une reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens sous l’impulsion de M. Barack Obama et, dans une moindre mesure, la menace d’Al Qaïda après une tentative d’assassinat contre l’ambassadeur du Royaume-Uni au Yémen. Au chapitre européen, la crise grecque occupe une place importante.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

La campagne électorale et le dernier débat télévisé

David Cameron a fait sa meilleure performance lors du troisième et dernier débat télévisé : c’est ce que concluent la majeure partie des sondages – sauf un dans lequel le dirigeant conservateur se retrouve ex aequo avec Nick Clegg. Les commentateurs, toutes tendances confondues, partagent le plus souvent cette opinion. Ils reprochent cependant aux trois dirigeants de ne pas avoir expliqué clairement leurs politiques concernant le déficit budgétaire.

La presse conservatrice ne demandait qu’à se laisser convaincre si elle ne l’était déjà. « M. Cameron a montré que lui seul peut sauver le Royaume-Uni », écrit l’éditorialiste du SUN, tandis que le DAILY TELEGRAPH salue la performance du dirigeant conservateur qui a donné « le meilleur de lui-même » pour ce dernier débat et a montré qu’il a les qualités d’un Premier ministre. Pour le DAILY MAIL, M. Cameron a finalement montré de quoi il est fait : « il a l’énergie et la détermination dont aura besoin notre prochain chef de gouvernement ».

Les journaux travaillistes, et le GUARDIAN en particulier, se montrent pessimistes sur les chances du Labour. « A moins d’un tremblement de terre, le dirigeant conservateur va droit vers Downing Street », titre en une le journal sous la plume de Jonathan Freedland. Martin Kettle renchérit : le personnage central du spectacle en trois actes qui a tant dynamisé la scène politique ces dernières semaines n’est ni M. Brown ni M. Clegg mais M. Cameron. Après avoir fait un mauvais début, « le dirigeant conservateur a passé hier le plus important entretien d’embauche de sa vie. La plupart des téléspectateurs estimeront sûrement qu’il l’a réussi. Que cela plaise ou non, il faudra s’y habituer ».

L’hebdomadaire THE ECONOMIST, après mûre réflexion, accorde sa voix à David Cameron : les Britanniques doivent juger les partis sur la base de leurs politiques et de leurs leaders. Dans cette élection, la priorité doit être la réforme du secteur public. Le déficit budgétaire est terrifiant, et il sera inévitable d’augmenter les impôts et de réduire les dépenses. Gordon Brown a eu trop souvent recours à un étatisme démodé. Son gouvernement donne surtout une impression d’épuisement et un changement paraît essentiel. Nick Clegg est intelligent et charmant, mais ses politiques ne le sont pas. Cela laisse les Tories et ils ont leurs défauts : leur campagne électorale n’a pas été enthousiasmante. Nous n’apprécions guère leur frange europhobe et leurs exagérations concernant l’état de la société. M. Cameron a cependant beaucoup modernisé son parti. Plus que ses rivaux, il veut remodeler l’Etat et réformerait le système de santé. Il a abandonné les tendances centralisatrices de Mme Thatcher et répond davantage que les autres partis aux problèmes qui se posent au Royaume-Uni.

Plusieurs commentateurs reprochent cependant aux trois dirigeants d’avoir été trop économes dans leurs propos sur la réduction du déficit budgétaire. Pour Philip Stephens du FINANCIAL TIMES, le « trio a été évasif » et il n’y a eu sur la question aucun gagnant à Birmingham. Le TIMES dénonce les « non-dits » de ce débat et rappelle les prévisions du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King : le vainqueur des élections prochaines risque de se retrouver par la suite coupé du pouvoir pendant toute une génération à cause des réductions de dépenses qui vont devoir être appliquées. « Ce troisième débat a clos une expérience extraordinaire dans la démocratie britannique, mais personne n’a voulu faire le point sur la politique menée par le gouvernement travailliste en matière de dépenses publiques. Le coût sera pourtant élevé », conclut le journal.

Face aux informations limitées qui leur ont été fournies, l’INDEPENDENT appelle les électeurs à exercer leur jugement avant de choisir le parti qui leur semble le plus apte à affronter les difficultés à venir, surtout su la crise grecque n’est pas résolue. Le journal ne cache pas toutefois que les politiques économiques du Labour et des libéraux-démocrates lui paraissent plus « saines ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La mission de Barack Obama au Proche Orient

L’optimisme ne se perçoit guère dans les commentaires à la perspective d’une réouverture des négociations indirectes entre Israéliens et Palestiniens.

Qui peut croire à une solution négociée, alors que M. Nétanyahou n’en veut pas et que M. Abbas n’en a pas les moyens ? s’interroge l’éditorial du GUARDIAN, tout en trouvant une « certaine logique » à la formule demandée par le dirigeant palestinien : que le président américain « impose une solution ». Les bases d’un accord existent déjà si l’on se réfère aux Paramètres proposés par Bill Clinton en 2000. Il faudrait ensuite l’appui de l’ONU, de l’Union européenne et de la Russie pour le mettre en place. M. Obama, ayant déclaré la solution du conflit vitale pour les intérêts américains, ne peut pas faire marche arrière. M. Nétanyahou protesterait inévitablement contre un plan imposé, mais ce serait la conséquence de ses refus précédents.

Dans un éditorial, THE ECONOMIST appelle luis aussi M. Obama à proposer son propre plan en s’inspirant des « paramètres Clinton ». Le président américain devrait se rendre en Israël et présenter ses propositions directement à la population en lui expliquant pourquoi la coexistence de deux Etats est la meilleure garantie pour l’avenir. S’il veut réussir, il ne doit pas tarder, conclut l’hebdomadaire.

Gideon Rachman du FINANCIAL TIMES dresse un parallèle avec l’Irlande du nord : la réaction furieuse des Israéliens aux pressions de M. Obama rappelle la colère des Britanniques durant le processus de paix en Ulster. Les Américains ont eu raison de vouloir négocier avec l’IRA. C’est la même chose pour le Proche Orient. M. Obama doit se montrer ferme sur le gel de la colonisation. « C’est une politique qui est dans l’intérêt d’Israël autant que des Palestiniens. Les Israéliens se méfient sans doute de M. Obama, mais ce dernier leur rend un grand service ».

Si George Mitchell, l’envoyé spécial de M Obama au Proche Orient, permet la reprise de discussions indirectes entre les Israéliens et les Palestiniens après 15 mois d’impasse, le crédit en reviendra en partie au Premier ministre palestinien, Salam Fayyad qui, depuis 2007, se concentre sur l’économie de la Cisjordanie, écrit Bronwen Maddox du TIMES. Selon la journaliste, M. Fayyad doit sa popularité auprès des Palestiniens à son indépendance vis-à-vis du Fatah de M. Abbas, associé à la corruption. Elle tient aussi au fait qu’il ait promis de proclamer unilatéralement un Etat palestinien au bout de deux ans si aucun progrès n’a été fait dans ce sens. Le Premier ministre palestinien bénéficie également du fait que les Américains, exaspérés par M. Nétanyahou, sont sérieusement intéressés. « Sa stratégie ne marchera peut-être pas, mais elle est la seule et elle a la vertu de la clarté ».

2. La menace d’Al Qaïda

L’assassinat manqué de l’ambassadeur du Royaume-Uni au Yémen a relancé le débat sur le terrorisme.

Cette tentative d’assassinat vient malheureusement nous rappeler la menace terroriste croissante que posent les militants islamistes basés dans la péninsule arabe, écrit l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH. Selon le journal, le fait que le Yémen soit devenu le refuge des terroristes d’Al Qaïda est en partie dû au succès des forces britanniques et des autres pays de l’OTAN dans le démantèlement des infrastructures de ce mouvement au Pakistan et en Afghanistan. Al Qaïda a également été renforcé par l’arrivée de plusieurs anciens détenus de Guantanamo. « Ces derniers développements illustrent les raisons pour lesquelles les pays occidentaux doivent constamment rester sur leurs gardes face à la menace d’Al Qaïda », conclut le DT.

L’éditorial du TIMES rappelle que la conférence de Londres sur le Yémen avait tiré la sonnette d’alarme et obtenu des engagements des 24 pays participants. Elle n’a cependant pas réussi à les faire passer à l’action. Le terrorisme n’est qu’un symptôme des problèmes gigantesques que connaît ce pays (pauvreté, taux de natalité en flèche, chômage). Or les pays donateurs se sont surtout contentés de promesses, alors qu’une action d’urgence est indispensable.

Kim Sengupta de l’INDEPENDENT reproche aux pays occidentaux de ne s’intéresser que périodiquement au Yémen : tandis qu’ils se sont concentrés sur l’Afghanistan et l’Irak, ce pays et la Corne de l’Afrique sont devenus des bases pour le Djihad international.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

L’aide à la Grèce

Les risques d’une contagion de la crise grecque suscitent de vives craintes dans la presse britannique qui en a fait ses grands titres à côté de la campagne électorale. Pour l’ensemble des commentaires, l’heure est venue pour la zone euro de prendre une décision.

Pour le FINANCIAL TIMES, c’est « quitte ou double » : la Grèce n’a plus de crédibilité. Les dirigeants de la zone euro, malgré leurs engagements, n’ont pas réussi à convaincre les marchés. Ils doivent prendre maintenant une décision. S’ils pensent ce qu’ils répètent depuis février et estiment que ce pays fait tout ce qu’il peut pour maîtriser sa dette, ils doivent alors aligner les fonds nécessaires pour lui permettre de mettre de l’ordre dans ses finances. Cela pourrait signifier un montant de l’ordre de 120 milliards d’euros si l’on en croit le directeur-général du FMI. S’ils considèrent en revanche que la Grèce est insolvable et ne sera jamais capable de rembourser la totalité de sa dette, ils n’ont aucun intérêt à ne pas reconnaître tout de suite l’inévitable défaut de paiements. La zone euro doit mettre fin à cette incertitude si elle ne veut plus que l’on doute de sa parole.

L’INDEPENDENT s’inscrit dans la même ligne : quelle que soit leur décisions, les dirigeants européens doivent agir vite et de façon décisive. Leur approche attentiste ne fait qu’aggraver les choses et va jusqu’à mettre en doute la viabilité de l’euro.

« Ce n’est plus le moment d’hésiter », renchérit le DAILY TELEGRAPH, qui reproche à la zone euro d’avoir manqué de clarté dans sa stratégie. Pour le journal, le problème devient « existentiel » et il n’y a plus rien de théorique à s’interroger sur l’avenir de l’euro. C’est pour cette raison que l’éditorialiste du GUARDIAN appelle l’Europe à agir : même s’il est vrai que la Grèce n’aurait jamais dû adhérer à l’euro, ce n’est pas le moment de le dire. « C’est en revanche le moment de la soutenir, comme les autres économies en difficulté, en partant du principe qu’une attaque contre un Etat membre est une attaque contre tous ». Et c’est ainsi que les marchés financiers le ressentent. Après la chute de la Grèce, viendrait celle du Portugal, puis de l’Italie. Que se passerait-il alors ?

Soulignant que la crise grecque est en train de tourner à la catastrophe, le TIMES ajoute qu’elle concerne l’ensemble de l’Union européenne. Si la Grèce est déclarée en défaut de paiements, une contagion est à craindre dans toute l’Europe du sud. Dans l’immédiat, la priorité doit être de fournir à ce pays l’aide sur laquelle l’Union européenne et le FMI se sont en principe mis d’accord. Ce plan de sauvetage est essentiel, et la responsabilité en revient avant tout aux autres pays de la zone euro, la France et l’Allemagne en particulier. Cette dernière a beaucoup bénéficié des déséquilibres entre les pays disposant d’une épargne importante et ceux qui vivaient au-dessus de leurs moyens. Ces déséquilibres doivent être corrigés. Si les principaux pays de la zone euro souhaitent la réussite de leur projet, ils ne peuvent pas abdiquer leurs responsabilités. Le Royaume-Uni n’en fait pas partie et il doit s’en réjouir. Il ne doit pas oublier cependant que la zone euro est son principal partenaire commercial. Si la crise financière s’étend dans l’Union monétaire, la récession reviendra chez nous et le prochain gouvernement disposera d’encore moins de marge de manœuvre./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028