SEMAINE DU 25 JUIN AU 1ER JUILLET
Les média se sont concentrés sur le « grand jour » de Gordon Brown et le nouveau gouvernement, saluant le changement annoncé par le Premier Ministre. Si Tony Blair a fait de son côté une sortie en beauté, les commentateurs se montrent plutôt sceptiques sur son rôle au Proche-Orient. L’ouverture d’une enquête aux Etats-Unis a relancé le débat sur BAE et l’affaire des contrats avec l’Arabie Saoudite.
AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’arrivée de Gordon Brown à Downing Street
Le « grand jour » de Gordon Brown a été accueilli favorablement, aussi bien par les journaux travaillistes que conservateurs. Les commentateurs retiennent le thème du changement, à commencer par celui du style, promis par le nouveau Premier Ministre, mais attendent désormais qu’il fasse ses preuves.
Le changement mais dans la continuité : c’est ce que demande Le TIMES qui appelle Gordon Brown à construire sur le « consensus robuste » auquel était parvenu son prédécesseur. Pour le journal, il ne peut y avoir de réforme sociale sans une économie efficace. La part de l’Etat doit être réduite pour ne pas étouffer l’individu et absorber une trop grande proportion des ressources nationales. Enfin, « c’est la compétence de la gestion plus que la conviction idéologique qui détermine les victoires électorales ». Le GUARDIAN assure pour sa part qu’en dépit d’un changement de style, M. Brown, comme M. Blair, fera passer « le consensus avant la confrontation » et dépassera les barrières idéologiques. « Il n’aura pas le populisme facile de son prédécesseur, mais il veut lui aussi l’unité ».
« Les choses ne peuvent que s’améliorer », estime l’INDEPENDENT qui reproche à Tony Blair de ne pas avoir tenu ses promesses et d’avoir trahi la confiance des électeurs (Iraq, vente des titres honorifiques, manipulation). Pour le journal, M. Brown doit y remédier au plus vite. « Il a des avantages certains : son style plus sobre convient mieux à l’époque, et il a eu le temps de préparer sa stratégie ».
Le DAILY TELEGRAPH met en avant les atouts dont dispose le nouveau Premier Ministre : il a une expérience sans égale du gouvernement et il n’est pas confronté à une crise urgente. Il n’a pas non plus à affronter une opposition féroce. Mais il relève aussi la difficulté de la tâche : il veut convaincre les électeurs qu’il apporte de la nouveauté, mais pour cela il devra prendre ses distances vis-à-vis d’une administration dans laquelle il a joué un rôle de premier plan. Il parle de restaurer la confiance du public, mais il a largement contribué à la détérioration de cette confiance en imposant constamment de nouveaux impôts.
Le très conservateur DAILY MAIL ne cache pas son « admiration » pour le nouveau Premier Ministre, un homme aux « immenses talents » qui a su gérer l’économie britannique pendant dix ans et qui est d’une intégrité innée. Il lui reconnaît aussi des défauts (son goût de la centralisation, son refus de déléguer et l’importance qu’il attache à l’Etat), mais conclut que « le Labour a beaucoup de chance d’avoir un tel dirigeant et que les Tories ne doivent pas sous-estimer cet Ecossais austère mais formidable ».
Le SUN, grand partisan de Tony Blair, choisit de mettre d’emblée Gordon Brown au défi sur l’Union européenne : le nouveau traité change fondamentalement la façon dont le Royaume-Uni sera gouverné. « S’il est vraiment sincère il demandera aux électeurs qu’il admire tant de se prononcer dans un référendum sur le rôle de notre pays en Europe.
2. Le nouveau gouvernement
Gordon Brown avait promis un « gouvernement de tous les talents » : le remaniement annoncé par le nouveau Premier Ministre ne remplit peut-être pas toutes les attentes, mais la presse se montre néanmoins impressionnée. Le choix de David Miliband, un jeune ministre de 41 ans, pour diriger le Foreign Office divise les commentateurs.
Le FINANCIAL TIMES félicite M. Brown pour des choix « qui marquent une rupture avec le passé et montrent un changement de priorités ». « David Miliband a déjà davantage de stature que son prédécesseur à la fin de ses fonctions. Il est connu pour avoir critiqué en privé la guerre en Iraq, et sa nomination devrait aider M. Brown à prendre ses distances vis-à-vis de la décision de M. Blair ».
« Beaucoup de nouvelles têtes et de figures formidables », même si ce remaniement n’est pas aussi courageux et surprenant que prévu, renchérit l’INDEPENDENT satisfait du choix de M.Miliband « qui devrait permettre une approche plus subtile en matière de politique étrangère ». Le journal estime que la priorité devra être l’Iraq.
L’Iraq est mentionné également par le GUARDIAN qui appelle M. Miliband à « suivre ses instincts » sur la question. Le journal appelle le nouveau chef de la diplomatie à « ne pas cacher » qu’il est plus pro-européen que M. Brown : il doit défendre l’idée d’une action commune non seulement en matière d’environnement, mais sur le commerce, la sécurité de l’énergie, la politique étrangère et la Russie. « Il est temps que le Royaume-Uni devienne européen ».
Les journaux du groupe Murdoch ont en revanche peur de l’enthousiasme de M. Miliband pour l’Europe et de l’anti-américanisme de son adjoint Mark Malloch Brown (il avait à l’ONU critiqué Washington à propos du Darfour et de l’Iraq). Pour le TIMES, M. Miliband ne sera pas en position de force pour négocier avec ses partenaires européens, notamment à propos du nouveau traité. Quant au SUN, il estime que la nomination Lord Malloch Brown « jette une ombre sur le nouveau gouvernement », puisqu’il est « férocement anti-américain ».
3. Le départ de Tony Blair
Tony Blair a effectué sa sortie en beauté, sous les ovations des Communes, et avec l’annonce de sa nomination comme envoyé du Quartet au Proche-Orient.
Si les commentateurs mettent surtout en avant le bilan positif de l’action de M. Blair, ils restent pour la plupart sceptiques sur ses chances de succès au Proche-Orient. Pour les journaux proches du gouvernement (GUARDIAN, INDEPENDENT), le Premier Ministre est « l’homme le moins qualifié pour ce poste » : à cause de l’Iraq, de son alliance avec George Bush, de son refus de demander un cessez-le-feu durant la guerre au Liban. Le FINANCIAL TIMES cite les propos critiques du Ministre allemand des Affaires étrangères et relève la « contrariété » des Etats membres de l’Union face à l’initiative hâtive de Washington.
A l’exception du DAILY MAIL, la presse conservatrice se montre généralement plus positive car elle ne voit pas dans la guerre en Iraq le même obstacle. Comme le DAILY TELEGRAPH la semaine dernière, le TIMES rappelle les talents de négociateur exercés par M. Blair en Irlande du Nord et considère que même si le défi est de taille, il doit le saisir.
4. L’affaire BAE
L’affaire BAE et des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite a fait de nouveau les titres des journaux après l’annonce d’une enquête aux Etats-Unis. Même si le gouvernement britannique a exclu toute réouverture du dossier, la presse est loin d’accepter ses arguments.
Plusieurs journaux appellent Gordon Brown à se désolidariser de Tony Blair, qui avait soutenu l’arrêt de l’enquête du Serions Fraud Office pour des raisons de sécurité. Le GUARDIAN estime qu’il est « temps de faire la lumière » : le manque de transparence de l’industrie de la défense remonte à une époque où les exportations et la balance des paiements dominaient la politique. Cette époque est révolue. Si le nouveau Premier Ministre veut restaurer la confiance du public, il doit donner tout son soutien aux Américains dans leur enquête. C’est aussi l’avis du FINANCIAL TIMES qui dénonce la « pusillanimité du gouvernement britannique ». Selon le journal, l’enquête ouverte par les Américains « fait honte » au Royaume-Uni et sa seule rédemption possible consiste à coopérer dans cette démarche.
Le DAILY TELEGRAPH est en revanche plus prudent : une coopération avec Washington mettrait en danger un contrat actuellement en négociation pour la vente de 72 Eurofighters ainsi que les relations avec Riyad. De plus elle menacerait des emplois. Ce dilemme, pour le journal, est à attribuer à la décision de M. Blair de lier le Royaume-Uni à la convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption. C’est un « cadeau empoisonné », conclut-il./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028