SEMAINE DU 25 AU 31 MAI
Alors que les principaux partis sont de plus en plus touchés par l’affaire des notes de frais abusives, les responsables politiques relancent le débat sur la réforme des institutions, initiative qui est bien accueillie par les médias. Au chapitre international, toute la presse condamne les dernières provocations de la Corée du Nord et reviennent sur l’hécatombe au Sri Lanka en condamnant le silence de l’ONU. Au niveau bilatéral, les tabloïds ont vivement critiqué la « rebuffade » de M. Sarkozy à la Reine Elizabeth, conviée trop tardivement, selon eux, aux cérémonies du 65e anniversaire du débarquement.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
La réforme des institutions
Le scandale des indemnités des députés aura eu pour effet de relancer le débat sur la réforme des institutions. Après Gordon Brown, David Cameron fait de sérieuses propositions de changement (réduction du pouvoir du Premier Ministre, durées de mandats fixes, renforcement du parlement). La presse se félicite de ce développement.
L’INDEPENDENT y voit « l’occasion historique d’une réforme de fond en comble du système politique » : les dirigeants des trois principaux partis font tous des propositions intéressantes. Il est parfaitement justifié d’accorder davantage de pouvoir au parlement. Mais une réforme constitutionnelle sérieuse doit également mettre un terme à la centralisation qui n’a pas cessé de s’étendre depuis les années 80. La réforme de la Chambre des Lords doit être mise en oeuvre, avec l’introduction de membres élus et la nomination d’experts indépendants. Le système électoral nécessite un changement, avec l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle. Des durées de mandats fixes seraient aussi bénéfiques car le système actuel avantage le parti au pouvoir. Même si l’histoire nous montre malheureusement que ce sont surtout les partis d’opposition qui sont attirés par la réforme, « l’opinion semble prête et le moment est venu de lui présenter un programme suffisamment audacieux », conclut le journal.
« Il est grand temps de lancer un vrai débat sur l’équilibre des pouvoirs au Royaume-Uni, devenu de plus en plus centralisé au cours des 30 dernières années », renchérit le FINANCIAL TIMES, soulignant que « les Britanniques sont devenus les Jacobins de l’Europe contemporaine ». Entre 1979 et 1987, Mme Thatcher a émasculé la démocratie locale. Tony Blair, pour sa part, a ignoré le parlement, ne laissant aux députés qu’un rôle de figuration au parlement. La Chambre des Lords devrait être composée de membres élus et les Communes cesser d’être paralysées par la machine des partis. « Redonner du pouvoir aux municipalités permettrait de lutter contre l’excès de centralisation », mais la démocratie locale ne peut être efficace sans une forme d’indépendance budgétaire, comme en France et en Allemagne. « Ce sera difficile à faire admettre à la bureaucratie et aux élites politiques britanniques, mais ces derniers ne doivent pas oublier qu’ils sont au service du public dont la patience a été mise à rude épreuve ».
Les journaux conservateurs applaudissent David Cameron : le DAILY TELEGRAPH assure qu’il a su identifier les problèmes et faire des propositions « cohérentes ». « Il doit avoir le cran, l’énergie et la ténacité pour passer à l’action s’il arrive au pouvoir ». Le TIMES parle lui aussi de réponse « cohérente » et estime que le dirigeant conservateur commence à définir ce qu’il entend par « conservatisme progressiste ». « Bravo à David Cameron ! », renchérit le DAILY EXPRESS, qui approuve « la profondeur et le bon sens de la réflexion » du leader conservateur.
Le GUARDIAN est plus réservé : M. Cameron fait le bon diagnostic, mais ses remèdes, s’ils sont utiles, ne sont pas vraiment énergiques. Le journal lui reproche d’ignorer la réforme de la Chambre des Lords « indéfendable » dans sa forme actuelle, alors qu’il s’engage à tort à rouvrir le débat sur le Traité de Lisbonne. Toutefois, comme ses confrères, le GUARDIAN fait bon accueil au débat : « l’ancien ordre a été détruit. Tous les hommes politiques, y compris le Premier Ministre, doivent se concentrer sur la construction d’un ordre nouveau ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. L’essai nucléaire nord-coréen
Le dernier essai nucléaire de la Corée du Nord, qualifié de « provocation inacceptable », et les menaces de Pyongyang adressées à la Corée du Sud sont condamnés unanimement par la presse. Si certains commentateurs parlent d’échec de la politique des pays occidentaux, la plupart estiment que le dialogue reste la meilleure option.
Pour le TIMES, l’action de Pyongyang montre que la diplomatie occidentale a été un « fiasco » : les Nord-Coréens sont irrationnels et se moquent de ce que pensent les autres. La seule réponse possible est « l’endiguement coercitif » : nous devons être conscients de la menace, reconnaître le caractère du régime, appliquer des sanctions et être prêts à interdire tout transport de matière nucléaire pour le compte de la Corée du Nord. Pour le reste, il faudra s’armer de patience.
Le DAILY TELEGRAPH accuse Pyongyang de « provocation dangereuse » et estime inévitable une nouvelle série de sanctions. Il considère cependant que ces mesures ne vont pas pour autant persuader le régime de retourner à la table de négociation : l’histoire suggère que la carotte est plus efficace que le bâton à cet égard. L’ouverture des négociations de 2007 en a apporté la preuve. Il est difficile d’envisager un nouveau dialogue dans l’immédiat. Mais si le régime coréen se soucie peu d’être l’objet de l’opprobre international, il attache de l’importance à sa relation avec la Chine. Pékin ne doit guère être à l’aise à l’idée d’un Etat nucléaire instable à sa frontière. « La Chine doit utiliser toute son influence pour convaincre Pyongyang de mettre fin à ses tentatives d’intimidation ».
Le FINANCIAL TIMES appelle lui aussi la Chine à exercer des pressions, mais pointe le doigt sur l’administration Bush « qui a saboté gratuitement » ce que Bill Clinton avait mis sur pied en 1994. Pour le journal, la politique de la carotte et du bâton judicieusement menée pourrait peut-être permettre de ramener la Corée du Nord à la table de négociation et réparer les dommages commis par l’ancien président américain.
« La seule solution possible est le retour à la table de négociation », renchérit le GUARDIAN, rappelant les résultats des précédentes discussions. Pour le journal, Washington doit faire preuve de davantage de « souplesse » et agir en concertation avec la Chine « qui commande les bons leviers ». L’INDEPENDENT assure qu’il n’y a pas d’autre « option viable » que la « politique d’engagement » : elle offre dans l’immédiat la possibilité de contenir la menace. A plus long terme, il faut espérer un effondrement du régime sous le poids de sa propre incompétence et une réunification pacifique de l’ensemble de la péninsule. Une solution qui pourrait, selon le journal, être précipitée par une action de Pékin : l’arrêt de ses livraisons de pétrole et de produits alimentaires.
The ECONOMIST assure enfin que « le moment est venu pour la Chine de montrer qu’elle est une puissance mondiale et qu’elle en accepte les responsabilités en aidant à punir le régime nord-coréen ». Pour l’hebdomadaire, il faut dès maintenant « faire payer cher les défis de Kim Jong il », si nous ne voulons pas encourager d’autres Etats, en particulier l’Iran, à poursuivre leurs ambitions nucléaires sachant qu’ils pourront eux aussi avoir la bombe « s’ils sont prêts à se battre suffisamment longtemps ».
2. L’ONU et le Sri Lanka
Titrant sur le massacre de 20.000 Tamuls au Sri Lanka, le TIMES a réagi vivement au vote du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU qu’il a qualifié de « honteux ». Le journal accuse « les suspects habituels » : la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan et plusieurs pays islamiques qui sont déterminés à empêcher toutes enquêtes sur la violation des Droits de l’Homme sur leur propre terrain. Il estime regrettable qu’Israël se soit joint au mouvement pour des raisons politiques évidentes. « Le Sri Lanka savoure aujourd’hui sa victoire et c’est tout ce qui compte pour le régime. La majorité de la population se félicite aussi de la fin de la guerre civile. L’ONU n’a toutefois pas le droit de contribuer à empêcher la publication des faits. Il faut que la vérité se sache », conclut le TIMES.
III. AFFAIRES FRANCAISES
Controverse sur la commémoration du débarquement
La « rebuffade » de M. Sarkozy à la reine Elizabeth a suscité des remous dans la presse tabloïde. Si plusieurs journaux, dont le SUN, se sont contentés de reproduire l’information (aucun membre de la famille royale n’a été invité à participer au 65e anniversaire du débarquement), le DAILY MAIL a exprimé son indignation sur deux pages, y compris en une.
Le journal a renchéri le lendemain en titrant sur la « reddition des Français » et le « revirement spectaculaire de M. Sarkozy », puisque la souveraine était désormais « naturellement bienvenue ». Le DAILY MAIL ne s’en est pas tenu là, multipliant articles et commentaires : l’un sous la plume de Peter Allen intitulé « Que faisait ton père pendant la guerre, Sarko » ? L’autre sous celle de Stephen Glover n’hésitait pas à revenir sur « la tache de la collaboration nazie ».
Pour compléter le tout, l’éditorial du journal dénonçait « l’ingratitude typique de la France » et accusait aussi Gordon Brown de ne guère se soucier des anciens combattants et de n’avoir accepté de se rendre en Normandie que dans l’espoir de rencontrer Barack Obama. « Quelle honte » de la part de M. Brown et de M. Sarkozy ! concluait le DAILY MAIL criant à « la trahison de notre histoire et des héros qui sont morts pour la liberté ».
Le DAILY MAIL et le DAILY EXPRESS ont décrié ensuite « l’invitation de dernière minute » adressée à la reine, estimant qu’elle relevait de « l’insulte » : « de toute évidence, les Français ne voulaient pas de sa présence qui risquait de déranger le tête à tête de M. Sarkozy et M. Obama ». Le DAILY EXPRESS croit savoir que la reine a exprimé sa colère en privé pour cette rebuffade et estime que la souveraine a eu raison de refuser cette invitation tardive : une réponse « hautaine et dédaigneuse » était la seule possible en la circonstance./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028