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Semaine du 25 au 31 janvier

SEMAINE DU 25 AU 31 JANVIER

Deux temps forts sur la scène britannique : l’annonce de la reprise économique – quoique plus faible que prévu – et le témoignage de Tony Blair devant la Commission Chilcot sur la guerre en Irak. La conférence de Londres sur l’Afghanistan a dominé les affaires internationales. Au chapitre de la France, plusieurs dossiers ont retenu l’attention des rédactions : les recommandations sur la burqa, l’intervention télévisée du président de la République et la relaxe de M. de Villepin.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La fin de la récession

Si la récession a officiellement pris fin, tous les commentateurs soulignent la fragilité de la reprise (0,1% de croissance au dernier trimestre 2009). Les titres des principaux quotidiens en disent long : « Le Royaume-Uni risque de replonger dans la récession » (DAILY TELEGRAPH), « L’économie avance en boitant » (TIMES), « L’économie sur un lit de nitroglycérine » (GUARDIAN).

« Si c’est cela la reprise, c’est bien peu de chose », clame le DAILY TELEGRAPH dans son éditorial. Le journal y voit un revers pour Gordon Brown et Alistair Darling qui comptaient sur des chiffres moins modestes pour faire campagne. Les prochaines statistiques seront publiées le 23 avril, 15 jours avant la date présumée des élections, et il n’est pas exclu qu’elles soient également décevantes. Selon le DT, M. Brown a tort d’affirmer qu’il est trop tôt pour s’attaquer au déficit budgétaire et qu’il faut maintenir les dépenses publiques au niveau prévu. « Ce n’est pas en alimentant le secteur public que l’on stimule la demande, mais en réduisant les dépenses et les impôts ».

La question du déficit budgétaire demeure, souligne de son côté le TIMES, tandis que le FINANCIAL TIMES estime que « les perspectives restent maussades pour l’économie du pays ». Le journal met l’accent sur la « situation précaire du gouvernement », confronté à un déficit colossal mais aussi à une demande réduite. Compte tenu du déséquilibre de toute l’économie mondiale, « la reprise n’est pas encore là », conclut le FT.

L’INDEPENDENT n’est pas davantage optimiste : la faible croissance n’est, selon lui, une bonne nouvelle ni pour le Labour ni pour les Tories. M. Brown peut difficilement compter sur 0,1% de croissance pour démarrer sa campagne électorale, et M. Cameron aura du mal à faire admettre dès à présent la fin des mesures de stimulation budgétaire pour réduire le déficit. Selon le journal, les dirigeants de tous les partis doivent « adapter leurs politiques économiques et leurs discours à la sombre réalité économique ».

Le GUARDIAN est un peu plus nuancé : d’un côté, une étape a été franchie. La récession semble terminée, et c’est à mettre au crédit du gouvernement et de la Banque d’Angleterre ; de l’autre, la confiance est loin d’être revenue et un gouvernement britannique, quelles que soient ses couleurs, serait stupide de prendre pour acquise cette reprise au moins jusqu’à l’année prochaine ».

2. L’enquête Chilcot sur la guerre en Irak

« Responsable oui, mais pas de regrets » (FINANCIAL TIMES), « Aucune excuse, aucun regret » (INDEPENDENT) : le témoignage tant attendu de Tony Blair devant la commission Chilcot n’a probablement pas satisfait ses adversaires mais, ainsi que le souligne le FINANCIAL TIMES, l’ancien Premier ministre travailliste a usé une fois de plus de « tout son pouvoir de persuasion ». M. Blair ne doute nullement du bien-fondé de la guerre en Irak.

L’éditorial du FINANCIAL TIMES met cependant en cause le « jugement » du dirigeant travailliste. L’Observer parle lui aussi de grave « erreur de jugement » : concernant les armes de destruction massive, M. Blair reconnaît que la menace ne lui semblait pas imminente, mais qu’un risque même hypothétique n’était pas tolérable. Ce n’est pas ce qu’il avait déclaré aux Britanniques. Il n’aurait jamais eu le soutien du parlement pour une guerre fondée sur une base aussi peu solide. « M. Blair considère que la fin justifie les moyens, mais les méthodes utilisées pour décider de la guerre ont perverti le droit et la démocratie. Elles ont corrompu un processus diplomatique qui aurait pu donner de meilleurs résultats. Dans cette affaire, les moyens ont saboté la fin ».

Avec la même sévérité, le GUARDIAN accuse M. Blair de « vivre sur une planète où les certitudes s’évanouissent et les mensonges deviennent réalités, où les faits se transforment en opinions et les jugements en preuve ». Quant à l’INDEPENDENT, il reproche à l’ancien Premier ministre de « n’avoir toujours pas compris que le renversement du leader d’un Etat souverain sans mandat de l’ONU peut avoir des conséquences imprévisibles et désastreuses ».

La presse conservatrice est plus indulgente. Le DAILY TELEGRAPH qualifie de « persuasif » l’argument clé de M. Blair : « à quelle menace serait confronté le monde aujourd’hui si Saddam Hussein était resté à son poste et avait mis au point des ADM (armes de destruction massive) ? ». Le TIMES est également sensible à cette ligne de défense et assure qu’il valait mieux s’attendre au pire et donc que la guerre en Irak allait de soi. Le DAILY TELEGRAPH se montre cependant critique sur le style de gouvernement de M. Blair qui, dans la préparation de la guerre, n’a consulté qu’un petit groupe de conseillers et laissé de côté ses ministres.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

La conférence sur l’Afghanistan

La presse a accordé une place importante à la conférence de Londres, sans toutefois en attendre de résultats extraordinaires. D’une manière générale, les éditorialistes considèrent que la solution au problème de l’Afghanistan passe aussi par la négociation avec les Talibans. Les journaux de vendredi ont fait état de discussions secrètes entre ces derniers et le représentant de l’ONU.

Même s’ils admettent que la conférence de Londres a cherché à mettre l’accent sur les points positifs, notamment le soutien de la communauté internationale et de l’Afghanistan à la stratégie de l’OTAN, les commentateurs restent sceptiques. Ainsi de Philip Stephens dans le FINANCIAL TIMES : l’envoi de renforts est destiné à montrer la détermination des pays occidentaux à vaincre les Talibans. Parallèlement, ces mêmes pays suggèrent qu’il y a une place pour les Talibans modérés dans le gouvernement afghan. Une défaite des Talibans dans le sud du pays pourrait en effet amener certains d’entre eux à la table de négociations. Il est cependant impossible de séparer ce nouveau réalisme du désir très palpable des gouvernements occidentaux de se retirer. « Il ne fait pas de doute que l’OTAN est à présent mieux organisée en Afghanistan. Cela ne veut pas dire que l’Alliance peut faire davantage que d’empêcher les Talibans de gagner. Plus les pays occidentaux parlent de transition, plus les Afghans en concluront qu’ils ont les yeux fixés sur la sortie », conclut le journaliste.

« La conférence de Londres a au moins permis de concentrer les esprits et de faire passer le message », souligne Simon Tisdall dans le GUARDIAN, ajoutant toutefois que « le mieux que puissent espérer Londres et Washington, c’est une retraite honorable et en bon ordre ».

La balle est dans le camp de M. Karzai, assure le DAILY TELEGRAPH. Selon le journal, l’envoi de renforts américains et des autres pays de l’OTAN va permettre une offensive d’envergure contre les Talibans. Toutefois, la solution militaire ne peut pas suffire. Il faut aussi un accord politique, ce qui signifie des négociations avec les Talibans, et il revient au gouvernement de M. Hamid Karzai de les mener.

III. AFFAIRES FRANCAISES

1. Les recommandations sur la burqa

Les principaux journaux ont fait état des propositions sur la restriction partielle du port de la burqa, soulignant que cette solution a la préférence du président de la République, contrairement à l’interdiction totale. Les commentateurs sont divisés.

L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES est plutôt cinglant : ces propositions ne font que tourner en dérision les valeurs françaises. Qu’il en résulte ou non une loi, il s’agit d’un assaut « abominable » contre les libertés des femmes voilées. L’approche de la France vis-à-vis des symboles musulmans est plus inquiétante encore que celle des Suisses à propos des minarets, car elle est défendue par les principaux partis politiques. Ce ne sont pas ces mesures qui libéreront les femmes musulmanes. Les Musulmans français, pour la plupart, ne rejettent pas la société française. Ils veulent s’y intégrer. Les hommes politiques qui souhaitent l’assimilation feraient mieux d’assouplir un marché du travail sclérosé plutôt que de céder au populisme bon marché. Légiférer pour empêcher les personnes de porter ce qui leur plaît est une distraction et représente une insulte aussi bien à Paris qu’à Riyad et à Téhéran, conclut le FT.

« Pourquoi n’interdirions-nous pas aussi la burqa » ? Dans un billet d’humeur le DAILY MAIL accorde pour sa part un bon point à la France, estimant que la burqa fait de la femme une « prison mobile ». « Ce n’est pas dans mon habitude de faire ce genre de commentaire, mais nous aurions beaucoup à apprendre des Français », conclut la journaliste.

Alice Thomson, dans le TIMES, défend une position intermédiaire : une interdiction de la burqa « irait trop loin », mais il est certain que les visages voilés rendent tout contact humain impossible. « C’est une pratique médiévale qui n’a pas sa place au XXIe siècle ».

2. L’intervention télévisée du président Sarkozy

Trois journaux ont évoqué l’intervention de M. Sarkozy sur TF1, notamment le GUARDIAN, qui souligne la volonté du président de la République « d’améliorer son image ».

Peggy Hollinger du FINANCIAL TIMES estime que cette « intervention sans précédent » était un exercice délibéré, et plutôt efficace, de communication. Le président de la République a donné des explications claires, mais s’en tiendra-t-il au nouveau script ? s’interroge la journaliste qui ajoute : M. Sarkozy semble parfois avoir du mal à réconcilier ses instincts politiques impulsifs et populistes avec son désir d’être perçu comme un leader moderne et pragmatique. D’un côté, il affirme que l’économie française doit se moderniser, de l’autre il ne veut pas sacrifier les entreprises françaises à la concurrence étrangère. M. Sarkozy est un bon gestionnaire de crise, mais des réformes compliquées comme celles du régime des retraites ou des finances publiques ne se résolvent pas de cette manière. Le président de la République ne pourra remporter la bataille que s’il se fixe un calendrier précis pour la deuxième partie de son mandat et qu’il s’y tient.

Sous le titre « Le roi s’amuse », THE ECONOMIST assure que le président de la République « a cherché une fois de plus à montrer qu’il est un homme du peuple ». L’hebdomadaire ajoute que l’opération semble avoir reçu l’approbation des téléspectateurs et conclut : « Sa performance montre qu’il sait bien expliquer ce qui doit être fait. Il doit maintenant passer à l’action ».

3. La relaxe de M. de Villepin

Les principaux journaux font état de la décision de la justice française concernant M. de Villepin dans l’affaire Clearstream et, pour la plupart, estiment qu’il s’agit d’un « revers » pour M. Sarkozy. Tous relèvent aussi que l’ancien ministre n’a pas tardé à annoncer son intention de revenir à la vie publique.

« L’acquittement de son vieil ennemi n’était pas le cadeau d’anniversaire qu’aurait souhaité le président de la République », écrit Ben Hall dans le FINANCIAL TIMES, tandis que le DAILY TELEGRAPH parle « d’humiliation » pour M. Sarkozy. John Lichfield de l’INDEPENDENT souligne que « les anciens frères d’armes, ou supposés tels, de la cour du roi Jacques » se sont toujours détestés ou enviés. Ils représentent, selon le journaliste, « les symboles rivaux de la vieille et de la nouvelle France ». Charles Bremner du TIMES fait un portrait peu flatteur de M. de Villepin qu’il dépeint comme « un écho baroque du passé ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028