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Semaine du 25 au 31 août

SEMAINE DU 25 AU 31 AOUT

L’actualité britannique est placée sous le signe de la morosité : le gouvernement est soumis à des pressions pour réduire l’impact du coût de l’énergie sur la majorité des familles, tandis que les risques de récession se confirment. La crise du Caucase et les tensions entre la Russie et l’OTAN ont dominé les affaires internationales. L’instabilité au Pakistan a donné lieu également à des commentaires de presse.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le gouvernement et la crise de l’énergie

Finie l’énergie à bon marché : lors d’une interview au DAILY TELEGRAPH, le Business Secretary, John Hutton, prévient les ménages britanniques qu’ils vont devoir payer des notes élevées l’hiver prochain. Il exclut la mise en place d’une « Windfall tax », un impôt très controversé que de nombreux députés travaillistes aimeraient voir pourtant imposer aux fourniesseurs d’énergie qui font « d’énormes bénéfices », tout en augmentant fortement leurs prix (plus de 35% dans certains cas).

Les journaux sont le plus souvent hostiles à la « Windfall tax » : le DAILY TELEGRAPH estime qu’elle serait « contre-productive », car elle découragerait les investisseurs. C’est aussi l’avis du TIMES : un tel impôt serait irresponsable, il entraverait la performance des entreprises et politiserait leur action. Pour le journal, mieux vaudrait chercher à réduire la dépendance envers les hydrocarbures et développer les énergies renouvelables.

Dans son interview au DT, John Hutton se déclare également favorable à un accord entre British Energy et EDF. Un point que défend ave passion l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES : « l’avenir de l’industrie nucléaire britannique reste toujours aussi confus, et c’est inquiétant ». Le gouvernement a une part de responsabilité dans l’échec de l’accord entre British Energy et EDF, car il a imposé de dures conditions à la vente de sa part de 35%. « Nous ne pouvons nous permettre de débattre indéfiniment des diverses options possibles. Nous avons besoin d’urgence de nouvelles centrales nucléaires. Si le gouvernement britannique vendait à EDF sa participation à hauteur de 35% dans British Energy sans se soucier de l’attitude des autres actionnaires, cela relancerait l’offre française. La réticence du gouvernement est sans doute légitime : il ne veut pas avoir l’air dirigiste et il ne veut pas brader sa participation. Mais s’il veut éviter les coupures de courant en 2020, il doit changer son approche ».

2. Les risques de récession

La presse continue de sonner l’alarme : non seulement les 16 années de croissance économique ininterrompue ont pris fin, la livre est à son plus bas niveau depuis 11ans, mais le vice-gouverneur de la Banque d’Angleterre compare la situation actuelle à celle des années 70. Pour tout aggraver, les prix de l’immobilier ont chuté de 10% en un an, ce qui ne s’est jamais vu en 18 ans. Pour l’ensemble des commentateurs – et le GUARDIAN en fait son titre de une – les risques de récession se confirment. Et lors d’une interview parue dans le même journal, le Chancelier de l’Echiquier enfonce le couteau dans la plaie en affirmant que la situation n’a jamais été si mauvaise depuis 60 ans.

Un sondage YouGov pour le DAILY TELEGRAPH montre que les Britanniques n’ont jamais été aussi peu confiants : 71% d’entre eux s’attendent à une aggravation de leur situation dans l’année qui vient. Les augures ne sont pas bons pour Gordon Brown, assure Anthony King qui commente ce sondage dans le même journal : « le Premier ministre semble condamné, même si les électeurs n’aiment pas beaucoup les Tories ». « Ils n’ont plus du tout confiance dans le gouvernement actuel ».

« La situation est mauvaise pour Gordon Brown et pour nous tous », écrit l’éditorialiste du GUARDIAN qui engage le Premier Ministre à garder sa prudence, mais estime que la Banque d’Angleterre ne doit plus tarder à abaisser les taux d’intérêt. L’INDEPENDENT considère lui aussi que « le gouvernement n’a guère de marge de manœuvre » et qu’il ne doit pas renoncer à sa « règle d’or » pour un bénéfice immédiat.

L’interview de M. Darling au GUARDIAN surprend les médias qui lui reprochent, à l’instar du Sunday TIMES d’avoir commis « une gaffe »en noircissant le tableau, ses propos n’ayant pas eu apparemment le feu vert de Downing Street ou même du Trésor.

Pour le Sunday TELEGRAPH, le Chancelier de l’Echiquier a commis une erreur : il porte atteinte à la confiance des Britanniques. Or, la confiance est importante pour la reprise. En outre, il se trompe, car les conditions économiques ne sont pas les mêmes que lors des grandes récessions des années 70.

« M. Darling ne devrait pas jouer à ces jeux politiques à propos de questions aussi importantes », renchérit l’INDEPENDENT on Sunday, qui voit dans son intervention le désir principal d’embarrasser le Premier ministre. Le Sunday TIMES partage cette analyse et conclut que « la gaffe de M. Darling est un cadeau pour l’opposition qui ne demande qu’à exploiter les divisions du gouvernement ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les tensions entre la Russie et l’OTAN

Les tensions s’aggravent entre la Russie et l’OTAN : la décision de Moscou de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie fait, de l’avis de la presse, « monter les enjeux ». Le FINANCIAL TIMES annonçait en début de semaine la possibilité d’une suspension de l’accord de coopération pour le nucléaire civil entre Washington et Moscou et précisait aussi que les espoirs de la Russie d’une entrée dans l’OMC étaient compromis. Le TIMES à son tour évoquait une suspension de l’accord, conclu en avril dernier à Bucarest, permettrant à l’OTAN d’acheminer ses approvisionnements et son matériel en Afghanistan, via la Russie et l’Asie centrale.

Une partie de la presse conservatrice appelle la communauté internationale à la fermeté. Elle approuve, comme le DAILY TELEGRAPH, la visite « symboliquement importante » de David Miliband en Ukraine, mais estime qu’il faut aller plus loin : exclure la Russie du G8, bloquer son entrée dans l’OMC, geler toutes les consultations au niveau européen et dans le cadre de l’OTAN, et faire des ouvertures à la Géorgie et l’Ukraine. Le TIMES dénonce également la « provocation » de la Russie et engage la communauté internationale à prendre des « mesures concrètes » pour accentuer son isolement (notamment à propos de l’adhésion la Géorgie et de l’Ukraine à l’Union européenne).

Pour le FINANCIAL TIMES, la Russie n’est pas assurée de gagner son pari : « pour le moment elle a tous les atouts dans son jeu. Les pays de l’OTAN ne vont pas envoyer leurs troupes pour défendre la Géorgie. Ils ont besoin du soutien de la Russie à propos de l’Iran et de la Corée du nord. Ils veulent surtout le pétrole et le gaz ainsi que l’accès au marché russe ». Mais, selon le journal, l’approche de Moscou est dangereuse à long terme : l’indépendance accordée aux deux régions ne va pas pour autant leur faciliter la vie et va créer un précédent qui risque d’encourager les républiques du Caucase et la Tchétchénie. M. Medvedev a agi par orgueil et dans l’intention de réécrire les règles internationales mais ce n’est pas un bon calcul.

Dans la même ligne, le GUARDIAN assure que la décision russe de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie ne réglera pas les problèmes de ces deux enclaves, mais aura en revanche des conséquences considérables pour toute la région. Elle va créer un précédent dangereux. Pire encore, elle va rendre plus facile l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN. Le journal estime inquiétante l’intensification de l’activité militaire dans la Mer Noire : une confrontation entre la marine américaine et la marine russe est la dernière chose dont la région ait besoin. Avant que la situation ne devienne incontrôlable, les deux parties rivales devraient réfléchir à leurs intérêts stratégiques et faire leur possible pour calmer le conflit.

Toujours dans le GUARDIAN, Jonathan Steele appelle l’OTAN à cesser tout élargissement : quoi qu’en pensent les Américains, la Pologne et les Etats baltes, bien des pays européens voient le danger d’une extension du parapluie de l’OTAN. L’Alliance n’est pas une institution mondiale. Elle n’a pas à rechercher des membres dans le Caucase et en Asie centrale. Nous ne sommes pas au début d’une nouvelle guerre froide ou d’un cataclysme dans les relations internationales. « L’Alliance a promis d’aider à la reconstruction de la Géorgie mais non de précipiter une entrée dans l’OTAN. La France et l’Allemagne avaient eu le courage au début de l’année de s’opposer à Washington. Plus que jamais leur position reste juste ».

L’INDEPENDENT estime lui aussi qu’il faut tout faire pour arrêter le conflit : « l’initiative de paix lancée par la France a probablement été la seule démarche sensée depuis le début de la crise ». Depuis, tout a été fait pour exacerber les tensions…Il est temps de chercher à sortir de l’impasse. Il ne faut pas laisser l’avenir de deux petites enclaves du Caucase nous précipiter dans une nouvelle ère de conflit est-ouest ».

Le SUN met l’Union européenne au défi : les Etats-Unis ne vont pas risquer des vies et engager des ressources pour défendre l’Europe dans la précipitation. Le destin de la Géorgie a envoyé des frissons dans tous les Etats de l’ancien bloc soviétique qui s’estimaient en sécurité sous le parapluie de l’Union européenne. Bruxelles a une occasion en or de justifier son rôle de gardien de la paix dans l’Europe d’après-guerre. Pour la première fois, l’Union a la possibilité de démontrer qu’elle peut protéger ses 27 Etats membres et dissuader la Russie d’en replacer, par la force, huit d’entre eux sous son aile totalitaire.

2. La crise au Pakistan

L’éclatement de la coalition au lendemain du départ du président Musharraf a mis de nouveau en évidence la fragilité du Pakistan. La presse appelle les dirigeants politiques à faire passer l’intérêt général national en priorité.

Seule l’opposition à M. Musharraf unissait la coalition, écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, soulignant les difficultés de ce pays : le Pakistan, qui a déjà perdu le contrôle d’une partie de ses frontières, risque de voir sa fédération se désintégrer, tandis que les Taliban menacent d’étendre la guerre en Afghanistan. Le pays est, en outre, confronté à une grave crise économique. Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose, en théorie, que M. Sharif ait quitté un gouvernement dominé par son rival Ali Zardari : mieux vaut une opposition ouverte que des intrigues au sein du gouvernement. Mais, en pratique, on risque de revenir aux rivalités de clan qui, dans les années 80 et 90, ont mené à l’arrivée du général Musharraf. C’est un luxe que le Pakistan ne peut se permettre. Le journal s’interroge sur l’aptitude de M. Zardari à gouverner. Les révélations concernant son état de santé mentale doivent être vérifiées. Mais il est plus important encore de savoir si les dirigeants pakistanais sont prêts à faire passer l’intérêt général national avant leurs intérêts particuliers.

Bronwen Maddox se pose les mêmes questions dans le TIMES concernant la santé de M. Zardari et son aptitude à gouverner. « Son parti est le plus intéressant et jouera un rôle crucial pour la stabilité du Pakistan » ( il se bat contre la pauvreté et fait contrepoids à la Ligue Musulmane), mais M. Zardari n’a pas les qualités de son épouse et est accusé de corruption. « S’il devient président, il devra montrer qu’il respecte la constitution, restorer les juges limogés par M. Musharraf et réduire les pouvoirs de la présidence. Sans cela, c’est la condamnation et l’agitation assurées ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028