SEMAINE DU 24 AU 30 SEPTEMBRE
Si le congrès du Labour a été qualifié de succès (l’harmonie était au rendez-vous), la presse a exprimé des réserves sur le discours de Gordon Brown, principalement consacré aux questions de politique intérieure. Les commentaires ont été également divisés sur les grandes lignes de politique étrangère proposées par le Secrétaire au Foreign Office. Les événements en Birmanie ont dominé les affaires internationales. Au chapitre de la France, les journaux ont estimé décevant le premier budget de M.Sarkozy.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1.Le congrès du Labour
Le congrès annuel du Labour s’est déroulé sous le signe de l’unité, tandis que se poursuivaient les spéculations sur la date des prochaines élections Deux temps forts ont dominé cette rencontre :
a) Le discours de Gordon Brown
Un gouvernement pour tous et un retour aux valeurs britanniques : dans son discours devant le congrès du Labour - le premier depuis son arrivée au 10 Downing Street - Gordon Brown a voulu montrer qu’il s’adressait à la nation tout entière, mais il n’a pas suscité l’enthousiasme de la presse.
« M. Brown a raison de vouloir stimuler les aspirations du pays. Ses objectifs sont nobles, mais le nouveau Labour a déjà fait beaucoup de ces promesses. Le Premier Ministre a du pain sur la planche », écrit le FINANCIAL TIMES. Peter Riddell du TIMES déplore un « manque de stratégie explicite » : le Premier Ministre travailliste sait que pour faire face à la concurrence de la Chine et de l’Inde, le Royaume-Uni doit assouplir son marché et réduire les réglementations. Mais il n’a absolument pas mentionné les facteurs créateurs de richesse. « L’absence de discussion sur la réforme du secteur public a enlevé toute cohérence à son discours. Et nous n’en savons toujours pas davantage sur la manière dont fonctionnera le Royaume-Uni sous un gouvernement Brown dans 5 à 10 ans ».
La presse travailliste n’est pas davantage satisfaite. Le GUARDIAN estime que M. Brown a fait « davantage un tour d’horizon qu’un tour de force » et s’il a montré de « l’audace dans ses aspirations, il est trop prudent sur la manière de les réaliser ». Il a peu parlé des libertés, du choix. Il n’a guère annoncé de nouvelles politiques, même si sa promesse de se comporter en bon européen lance un défi bienvenu au SUN (journal du groupe Murdoch très eurosceptique). Il a proposé une amélioration des services publics sans préciser d’où viendraient les financements. « Personne ne peut mettre en doute les ambitions du Premier Ministre pour son pays. Mais son idéal méritocratique n’accorde pas assez d’importance à la liberté et au choix ». « Il n’a pas encore dissipé les doutes sur ses chances de succès ». L’INDEPENDENT reste également sceptique : M. Brown a dit beaucoup de choses intéressantes sur le « fond », mais il n’a pas précisé les détails qui permettraient d’assembler le puzzle et de réconcilier ses objectifs avec la situation actuelle.
Les journaux conservateurs sont, quant à eux, sur la défensive. Le DAILY TELEGRAPH admet que Gordon Brown a appuyé sur les bons boutons vis-à-vis des électeurs, mais il craint aussi que le Premier Ministre ne continue de vouloir « tirer les ficelles » comme il l’a fait au Trésor. Pour le journal, « le Labour n’est pas invincible. Il n’a guère d’idées nouvelles et attrayantes à présenter ». Les Tories ne devraient pas avoir peur de le prendre pour cible. Pour le DAILY MAIL, il ne fait aucun doute que M. Brown s’est aventuré sur un terrain réservé traditionnellement aux conservateurs, mais les électeurs doivent prendre garde : si le Premier Ministre travailliste a identifié les problèmes sociaux du pays, il ne montre pas qu’il en comprend les causes. C’est au parti conservateur qu’il reviendrait de le faire si seulement il était à la hauteur de « la formidable performance » de M. Brown.
b) Celui de David Miliband
Gordon Brown s’étant concentré sur la politique intérieure, il revenait au Secrétaire au Foreign Office de faire le point sur la diplomatie. David Miliband s’est exprimé à propos de l’Irak, admettant implicitement certaines erreurs, et de l’Europe, rejetant notamment l’idée d’un référendum sur le nouveau Traité. Les réactions de la presse sont très tranchées.
Les journaux du groupe Murdoch, qui ont été de grands défenseurs de Tony Blair, commencent à montrer des signes d’irritation. L’éditorial du TIMES reproche à M. Miliband de n’avoir « aucun mordant sur les grandes questions de notre époque » : « il semble vouloir un gouvernement qui se comporte comme Oxfam ou Amnesty International », et qui passe par l’ONU pour régler les problèmes de l’humanité. Ses priorités seraient la lutte contre la pauvreté, le changement climatique. « En bref, si Tony Blair représentait Mars, il veut que Gordon Brown soit Venus ». Malheureusement les réalités de la planète ne permettent pas ce genre de transition. Le SUN se montre tout aussi sévère sur la question du référendum européen : revenant sur les promesses passées du Labour, il relève que « David Cameron, lui au moins, » donnerait aux Britanniques l’occasion d’exprimer leur volonté.
Le GUARDIAN en revanche salue la « vision » de David Miliband : « il a été à la hauteur » et dit ce qu’il fallait sur la politique en Irak. Il aurait pu toutefois aller plus loin sur le rôle des institutions multilatérales. Il a bien défendu l’Europe et a eu raison de refuser un référendum sur le nouveau Traité. Pour le journal, on ne peut pas encore parler de « doctrine » Miliband, et la tâche à venir est énorme : « le Labour a fait beaucoup de bonnes choses en politique étrangère, mais il a commis aussi des erreurs. Le Secrétaire au Foreign Office a une chance d’en tirer les leçons ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Birmanie : la révolte des bonzes
La presse a accordé une large place aux manifestations des moines bouddhistes et aux réactions de la junte militaire. L’INDEPENDENT en a fait sa une tous les jours et a publié une tribune de Gordon Brown appelant la communauté internationale à « parler d’une même voix » et les généraux à « retirer leurs troupes » .
Tous les journaux condamnent l’intolérance de la junte face à toute forme de protestation et rappellent la répression brutale des manifestations pro-démocratiques de 1988. Ils reconnaissent aussi, à l’instar du GUARDIAN, les limites de ce que peuvent faire les pays occidentaux, d’autant que « les Etats-Unis et le Royaume-Uni peuvent difficilement prétendre se faire les messagers des valeurs démocratiques ».
« Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France peuvent se tordre les mains de désespoir, cela risque de ne pas aller plus loin », écrit de son côté le FINANCIAL TIMES. Le journal estime en revanche que « la Chine et l’Inde ont la possibilité d’exercer une réelle influence sur Rangoon » : l’économie birmane dépend de la Chine. L’Inde vend des armes au régime birman, mais elle a aussi sa réputation de démocratie à protéger. Et elle y tient. « Delhi et Pékin doivent donc agir et cesser de soutenir la junte tant qu’elle réprime son peuple. C’est la seule chose qui puisse donner du poids au Conseil de Sécurité ».
C’est également l’avis de l’INDEPENDENT qui souligne le « rôle clé » des voisins et partenaires économiques de la Birmanie : la Chine n’a pas envie d’une répression sanglante qui viendrait gâter les jeux olympiques prochains. L’Inde, la Thaïlande, Singapour doivent augmenter leurs pressions. La Russie doit aussi chercher à exercer son influence. La junte peut décider d’ignorer ces démarches, comme elle l’a toujours fait. Mais une telle approche serait aussi dangereuse pour l’avenir du régime que la poursuite des protestations. Si la Birmanie était isolée sur le plan économique, les jours des généraux seraient comptés. Il faut leur offrir une porte de sortie : il est temps pour la communauté internationale de les convaincre d’engager le dialogue avec leurs opposants. Le TIMES appelle également la Chine et le Japon à faire pression sur leur allié birman, même si ce n’est pas de manière trop publique : si la crise pouvait être résolue pacifiquement, le processus de réhabilitation pourrait commencer. « La junte pourrait se laisser plus facilement persuadée par la perspective d’investissements occidentaux que par la menace d’un nouvel isolement ».
Le rôle de la Chine est fondamental, renchérit THE ECONOMIST : Pékin ne doit pas fournir un bouclier à la junte et chercher à réduire l’impact des mesures qui pourraient être prises par la communauté internationale. Il est important de forger une unité autour d’une série de demandes et se mettre d’accord sur « la carotte et le bâton » qui pourraient obliger les généraux à écouter.
III. AFFAIRES FRANCAISES
Le budget et l’état de l’économie
La présentation du budget n’a suscité qu’une couverture de presse limitée, mais les principaux journaux ont exprimé leur déception.
« Ce budget ne fait presque rien pour rééquilibrer les dépenses publiques », écrit le FINANCIAL TIMES, tandis que THE ECONOMIST assure qu’il « manque de discipline » : la dette reste intacte, ce qui va profondément déplaire aux partenaires européens de la France.
Dans un éditorial, THE ECONOMIST reproche à M. Sarkozy de « critiquer à tort » la BCE : celle-ci a assuré la stabilité macroéconomique, réduit l’inflation et empêché le genre de déséquilibres qui ont touché l’économie américaine. « Les problèmes de la France sont d’origine interne ». La France est le pays de l’Union qui a les dépenses publiques les plus élevées et sa dette a augmenté au cours des dix dernières années plus vite qu’ailleurs. De toute évidence, le gouvernement français a du pain sur la planche : « pour remettre son économie sur les rails, il doit poursuivre la réforme et la libéralisation et rééquilibrer ses finances. M. Sarkozy avait promis, durant la campagne électorale, de dire la vérité aux Français. C’est ce qu’il doit faire plutôt que de tirer sur la BCE »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028
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