SEMAINE DU 24 AU 30 MARS
La visite d’Etat du président Sarkozy, qui a pratiquement éclipsé le reste de l’actualité, a été qualifiée de grand succès. La presse se réjouit de l’enthousiasme du chef de l’Etat pour le Royaume-Uni et de l’évocation d’une « Entente formidable » entre les deux pays. Au chapitre britannique, les propositions sur la réforme constitutionnelles sont jugées insuffisantes. Et sur la scène internationale, les commentateurs s’inquiètent de la nouvelle flambée de violence à Bassora.
I.L’EVENEMENT DE LA SEMAINE
La visite d’Etat du président de la République au Royaume-Uni
La visite d’Etat « historique » du président Sarkozy a reçu une importante couverture médiatique : articles de une, photos, analyses et commentaires, sans oublier la télévision et la radio. La presse se félicite des propos enthousiastes du chef de l’Etat à l’égard du Royaume-Uni et conclut généralement au « succès diplomatique » de l’exercice. Elle assure aussi que les Britanniques ont été séduits par Mme Carla Bruni-Sarkozy.
« L’entente formidable », l’expression employée par Gordon Brow pour renforcer celle d’entente « amicale » du président Sarkozy a été reprise en titre par plusieurs journaux. Le FINANCIAL TIMES énumère les initiatives communes proposées par les deux dirigeants, et assure que « les deux pays ont beaucoup à gagner d’une plus grande coopération ». Le journal engage Gordon Brown à saisir l’occasion qui lui est offerte, « même si l’histoire des relations franco-britanniques est semée de grandes promesses qui tournent rapidement à l’aigre ».
Le GUARDIAN reprend ces mêmes thèmes et précise que MM. Sarkozy et Brown se sont mis d’accord sur un calendrier de contacts bilatéraux qui institutionnaliseront le partenariat et le rendront « plus systématique ». « Les Français et les Britanniques ont indéniablement besoin les uns des autres », souligne le journal.
La question de l’Europe occupe une grande partie des commentaires et s’avère toujours aussi délicate. Si l’INDEPENDENT évoque une « même vision sur l’avenir de l’Europe », reprenant les termes de M. Brown, plusieurs journaux conservateurs estiment, à l’instar du TIMES, que M. Sarkozy a « embarrassé » le chef du gouvernement britannique en le félicitant pour son courage et sa loyauté à propos de la ratification du Traité de Lisbonne sans référendum. Le journal craint que le président français ne cherche à « poursuivre son offensive de charme afin d’attirer davantage le Royaume-Uni dans l’Union ».
Le DAILY TELEGRAPH se montre également méfiant à l’égard de « l’appel ardent » lancé par M. Sarkozy pour un plus grand engagement du Royaume-Uni en Europe : dans ce domaine, le président français a de grandes ambitions (armée européenne, politique d’immigration commune) et il pourrait rapidement se trouver en désaccord avec M. Brown : « après la liesse de la visite, les vieilles divisions pourraient réapparaître ».
Autre question évoquée : l’Afghanistan. L’ECONOMIST considère que l’annonce attendue à Bucarest de l’envoi de troupes françaises représente un espoir pour l’OTAN, mais Con Coughlin du DAILY TELEGRAPH déclare se méfier des « belles paroles » qui ne se traduisent pas en action. Pour le commentateur, les propos tenus à Londres par le président français « sont presque trop beaux pour être vrais » : pour s’engager en Afghanistan, la France va poser ses conditions. « L’OTAN a indiscutablement besoin de renforts mais pas à n’importe quel prix ». Et M. Coughlin de conclure : « en dépit de la couverture médiatique enthousiaste qu’a suscité la visite de cette semaine, les autorités britanniques devraient réagir prudemment aux promesses de M. Sarkozy ».
Bronwen Maddox du TIMES s’interroge à son tour sur les promesses de M. Sarkozy : la France rejoindra-t-elle finalement la structure militaire de l’OTAN ? Et en matière d’économie, l’approche « protectionniste » du président français est plutôt contraire aux instincts de M. Brown.
II. AFFAIRES BRITANNIQUES
La réforme constitutionnelle
Le projet de « renouvellement » de la constitution présenté par le Ministre de la Justice, Jack Straw est jugé insatisfaisant par la quasi totalité des journaux.
Pour le FINANCIAL TIMES, certaines des propositions avancées sont « sensées » : il est essentiel de redonner du pouvoir au parlement et en particulier de lui donner le dernier mot dans la décision de faire la guerre. Mais le Premier Ministre doit aller plus loin, et notamment réformer la Chambre des Lords (remplacer les pairs héréditaires par des élus). En revanche, importer des idées américaines, comme celle d’un serment d’allégeance à la couronne, n’est pas approprié et relève davantage du « gadget » que d’une réforme sérieuse.
Le GUARDIAN reprend les mêmes arguments et souligne que bien des propositions de M. Straw « corrigent des problèmes qui sont plus symboliques que réels » et qu’elles n’auraient guère empêché M. Blair de prendre sa décision sur l’Irak ou de bloquer le procès contre BAE systems. « Cela n’a rien à voir avec une réforme constitutionnelle réelle », conclut le journal.
« Ce ne sont que des changements cosmétiques », renchérit le DAILY TELEGRAPH doutant qu’ils redonnent de la crédibilité au gouvernement auprès d’électeurs « qui ont perdu leurs illusions ». Simon Carr de l’INDEPENDENT assure que ce « renouvellement » ne signifie pas une « amélioration » et relève surtout d’une « opération de relations publiques ».
Partisan de la réforme, Peter Riddell du TIMES veut voir dans le projet de M. Straw « un grand pas en avant », mais il estime qu’il en faudra d’autres et qu’aucune décision importante ne pourra être prise avant les prochaines élections. Le commentateur s’interroge aussi sur la réaction du public : cela suffira-t-il à redonner confiance dans la démocratie ?
III. AFFAIRES INTERNATIONALES
La violence à Bassora
La presse exprime ses inquiétudes après les nouveaux affrontements de Bassora entre les milices chiites et l’armée irakienne.
Il est difficile après cela d’affirmer que la province est stabilisée et sur la voie de la reprise, écrit l’éditorial de l’INDEPENDENT, qui regrette une fois de plus que le gouvernement ait obtenu le report d’une enquête publique sur la guerre de 2003. « La liste des accusations contre ceux qui nous ont entraînés dans cette catastrophe s’allonge de jour en jour ». Dans la même ligne, le FINANCIAL TIMES souligne que les derniers événements non seulement montrent la « fragilité » de la situation malgré les affirmations américaines mais pourraient être aussi le « prélude à une guerre civile ». Selon le journal, les forces de la coalition « ne feraient pas de bien à leur réputation et à l’avenir de l’Irak en prenant parti pour l’un ou l’autre camp ».
Le GUARDIAN s’interroge sur le bien-fondé du maintien d’une présence britannique : notre armée n’a plus qu’un rôle de spectateur. Il est évident qu’elle devrait être rappelée le plus vite possible. Si le Premier Ministre irakien obtient un succès à Bassora sans notre aide, ce pourrait être le moment pour nous d’annoncer un retrait sans perdre la face.
Le TIMES approuve, pour sa part, la démarche du Premier Ministre irakien et estime qu’il faut tout faire pour l’aider à réussir sa mission : le Royaume-Uni et les Etats-Unis doivent être prêts à lui apporter de l’aide, et au moins un soutien aérien. Pour cette raison, le journal engage les Britanniques à suspendre le retrait de leurs troupes. « Il serait irresponsable » dans la situation actuelle de s’en tenir au calendrier prévu.
Le DAILY TELEGRAPH considère également que l’opération de Bassora est le « le premier test réel de la crédibilité de l’armée irakienne ». Un succès apporterait une « lueur d’espoir à la sortie du tunnel », « mais il faudra attendre des mois, voire des années, avant que les forces de la coalition puissent envisager le retrait de leurs forces ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028