SEMAINE DU 23 AU 29 NOVEMBRE
L’ouverture d’une nouvelle enquête sur la guerre en Irak a dominé l’actualité britannique. La presse s’est aussi de nouveau interrogée sur la politique économique de Gordon Brown et David Cameron. Au chapitre international, trois dossiers ont retenu l’attention des rédactions : la politique de Barack Obama dans la perspective du sommet de Copenhague, sa stratégie pour l’Afghanistan et les difficultés financières de Dubaï. Les spéculations sur la composition de la nouvelle Commission européenne ont donné lieu à une importante couverture médiatique.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’enquête sur la guerre en Irak
L’intervention en Irak fait de nouveau l’objet d’une enquête au Royaume-Uni, présidée cette fois par Sir John Chilcot et une équipe choisie par Downing Street. La presse espère que la lumière sera faite sur les points essentiels.
Estimant qu’une enquête totalement indépendante aurait été préférable, l’INDEPENDENT assure que Sir John Chilcot et les membres de son équipe ne réussiront leur mission que s’ils parviennent à obtenir des réponses à un certain nombre de questions cruciales : quels renseignements concernant la menace irakienne les ministres ont-ils eu en mains ? Les ont-ils délibérément déformés pour justifier une intervention militaire ? A-t-on renoncé prématurément à une solution diplomatique ? Le Royaume-Uni a-t-il été suffisamment indépendant de Washington ? Quels avis le gouvernement a-t-il reçu sur la légalité de la guerre ? Il est important également d’obtenir des précisions sur la préparation de l’intervention et l’équipement des troupes. Pour le journal, les précédentes enquêtes n’ont pas répondu à ces questions, mais il faut rester réaliste : cette enquête ne pourra pas cicatriser les blessures causées par cet épisode des plus amers, pas plus qu’elle ne satisfera toutes les parties concernées. « Sir John et son équipe peuvent cependant faire la lumière utilement sur un sujet qui reste encore d’une extrême importance publique ».
Le GUARDIAN attend de l’enquête qu’elle clarifie ce qui s’est passé et pourquoi. « John Chilcot doit être prêt à se prononcer sur les procédés employés et les personnes qui les ont utilisés. Il doit permettre à l’establishment de faire de nouveau entendre sa voix. « Si en revanche, il se contente d’étouffer l’affaire, la profonde désillusion causée par la guerre ne fera que s’aggraver ».
« Il faut laisser à John Chilcot et son équipe le temps étudier de manière objective les éléments qui ont conduit le Royaume-Uni à décider d’une intervention militaire en coopération avec les Etats-Unis », écrit le TIMES. Le journal estime qu’il était légitime de s’opposer à la guerre en Irak et de préférer l’endiguement. Il rappelle que Tony Blair ne partageait pas cette vision, car il voyait dans le régime de Saddam Hussein une menace terroriste et ajoute qu’à son avis l’ancien Premier ministre travailliste a eu raison. Le TIMES dénonce le manque d’honnêteté des critiques de M. Blair : ils sont déjà fixés et ne s’estimeront satisfaits que lorsqu’une enquête donnera la « bonne réponse » souhaitée sur l’abus de pouvoir du chef du gouvernement britannique.
Le DAILY TELEGRAPH se concentre sur Tony Blair qui « sera le principal témoin » et devra en particulier expliquer en détail comment, avec le président Bush, il a pris la décision de faire la guerre. Il devra aussi fournir des explications crédibles sur l’absence de plan pour la reconstruction de l’Irak et le maintien de l’ordre dans le pays. La mauvaise façon dont il a géré le conflit en Irak restera la plus grosse tache sur la réputation de l’ancien Premier Ministre travailliste. « L’enquête de Sir John Chilcot ne doit pas devenir un procès pour l’exemple, mais cela ne doit pas pour autant exempter M. Blair de répondre publiquement aux questions qui se posent sur ce chapitre malheureux de la diplomatie britannique ». Le DAILY MAIL doute du résultat d’une enquête menée par des proches du gouvernement et craint qu’une fois de plus elle ne fasse « qu’étouffer » l’affaire.
2. La politique économique
Ayant pris tous les deux la parole lors de la conférence annuelle du patronat britannique (CBI), Gordon Brown et David Cameron ont présenté des visions différentes sur la manière de résoudre le déficit budgétaire et d’assurer la croissance. Le Premier Ministre travailliste estime qu’il faut poursuivre la stimulation – une position soutenue par M. Strauss-Kahn - tandis que le dirigeant conservateur accorde la priorité à la réduction du déficit. La presse est partagée.
Le FINANCIAL TIMES se félicite de « l’ouverture d’un débat vital » et estime que les différences entre les deux parties ne sont que légères : « tous deux devront à long terme redéfinir le rôle de l’Etat afin qu’à la fois il respecte les marchés et reconnaisse leurs défauts ».
Le DAILY TELEGRAPH en revanche dénonce l’approche de M. Brown car, pour lui, la reprise économique dépendra de l’Etat et de la stimulation budgétaire. Pour le journal, même si M. Cameron ne convainc pas encore les électeurs, « c’est lui qui comprend le mieux les conditions d’une reprise de l’économie ».
Le TIMES n’est guère impressionné par David Cameron « dont les milieux d’affaires continuent à se méfier », alors que M. Brown « a réagi de façon rapide et intelligente à la crise bancaire ». Mais, pour le journal, la priorité doit être de réduire le déficit budgétaire : le gouvernement a sur ce point l’avantage, car il peut faire des propositions en ce sens lors du pré-budget, s’inspirant même de certaines idées de ses adversaires.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. M. Obama et le sommet de Copenhague
La presse a accueilli de manière positive la décision du président américain de se rendre à Copenhague avec la promesse d’une réduction de 17% des émissions de carbone.
Tout en relevant que la proposition de M. Obama est moins ambitieuse que celle de la plupart des autres pays riches, le GUARDIAN se montre néanmoins optimiste : M. Obama envoie en effet un signal au reste du monde et au sénat américain qui continue à ergoter. En prononçant un discours au début des travaux, le président américain reconnaît que les discussions devront se poursuivre l’année prochaine. Cependant, s’il avait décidé de ne pas se rendre du tout à Copenhague, les perspectives auraient été bien pires. « Son bref passage au Danemark ne lui donnera pas le dernier mot, mais il permettra au moins de lancer la plus importante des discussions ».
Le FINANCIAL se félicite également de « l’engagement personnel » de M. Obama, même si les résultats du sommet de Copenhague ne sont pas à la hauteur des espoirs. « Le président américain montre sa détermination à faire progresser les choses ». De plus la Chine et l’Inde modifient leur approche : c’est « crucial » et cela pourrait aider M. Obama à obtenir gain de cause au sénat. Un point que reprend l’INDEPENDENT : « en s’engageant dans la bonne direction, les Etats-Unis et la Chine laissent espérer de réels progrès à Copenhague ».
2. M. Obama et l’Afghanistan
Le report de la décision du président américain sur l’envoi de renforts en Afghanistan est vivement critiqué par la presse.
Dans un éditorial, le TIMES estime que les hésitations du président américain embarrassent Downing Street : le gouvernement britannique commence à craindre que sa voix ne compte plus autant auprès des Américains que par le passé, et il ne s’agit pas seulement de la soi-disant relation spéciale. C’est une crainte justifiée : les deux principaux piliers de l’OTAN devraient avoir des politiques et des stratégies coordonnées et bien comprises de part et d’autre lorsqu’ils mènent ensemble une guerre. La faute en revient à la Maison Blanche. M. Obama avait promis durant sa campagne électorale de restaurer la confiance dans le leadership américain et de recourir à nouveau à la diplomatie multilatérale. Il n’a cependant guère investi dans la relation transatlantique. Concernant l’Afghanistan, M. Brown ne peut pas annoncer ses plans tant qu’il ne connaît pas ceux de M. Obama. L’Atlantisme a toujours été fragile. Il est aujourd’hui sapé par l’indifférence de Washington. Il est temps que l’Amérique se tourne à nouveau vers ses alliés.
Pour Con Coughlin du DAILY TELEGRAPH, M. Obama n’a pas de temps à perdre : alors que le président américain se prépare à annoncer l’envoi de renforts en Afghanistan, la population devient de plus en plus hostile à la guerre et souhaite un retrait immédiat. M. Obama a hérité d’une situation empoisonnée ? mais les choses pourraient être pires s’il ne met pas au point une stratégie efficace : il doit remporter rapidement une victoire en Afghanistan ou risquer de perdre la Maison Blanche.
3. Les difficultés financières de Dubaï
Les remous suscités par les difficultés financières de Dubaï ont fait la une des journaux après avoir fait chuter les marchés.
L’INDEPENDENT relève « l’effondrement d’une économie construite sur les sables mouvants du crédit ». Le boom de Dubaï était, selon le journal, « un des symboles voyants d’une période d’excès ». Il en craint les conséquences sur les autres économies, en particulier les grandes banques britanniques apparemment exposées à la dette de l’émirat.
Le GUARDIAN compare Dubaï à l’Islande : voici ce qui arrive lorsqu’une économie se développe trop vite et de manière disproportionnée. L’éditorial du FINANCIAL TIMES pointe le doigt sur « la bévue à couper le souffle » de l’émirat, dont l’action est « soit une grave erreur de jugement, soit une bourde époustouflante ». Dans les deux cas, Dubaï porte une atteinte considérable à son ambition de devenir le Singapour et Hong-Kong du Golfe. Aujourd’hui, l’émirat ressemble davantage à une Argentine, encore moins prévisible. « Pourquoi Dubaï a-t-il pris de tels risques alors que la reprise de son modèle encore viable dépend de la confiance des marchés des capitaux ? » s’interroge le FT, avant de conclure en appelant l’émirat à clarifier au plus vite sa situation.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le choix de la nouvelle Commission européenne
« Une rebuffade pour Gordon Brown » (FINANCIAL TIMES), « La France bat le Royaume-Uni » (INDEPENDENT), « Craintes de la City après la victoire de la France » (TIMES) : la nomination de Michel Barnier au portefeuille du marché intérieur a été présentée comme une grande victoire pour M. Sarkozy. « La France a eu le dernier mot », souligne David Charter du Times, ajoutant que « M. Barnier veut changer la City, ce qui signifie des affrontements féroces en perspective entre Londres et Bruxelles au cours des cinq années à venir ».
L’INDEPENDENT relève lui aussi les inquiétudes de la City : « les Français veulent faire rentrer les banques dans les rangs, car ils les estiment responsables de la récession. Ils ont décidé de réformer la City, qui détient 80% de l’industrie de la finance en Europe ».
Le SUNDAY TELEGRAPH a repris en une les propos tenus par le président de la République au journal « Le Monde » (« les Anglais sont les grands perdants de l’affaire ») : selon le journal, ces « remarques provocantes » vont alimenter les tensions et elles sont d’autant plus surprenantes que l’on s’attendait à ce que M. Sarkozy cherche à « rassurer » les Britanniques sur les intentions de M. Barnier.
L’éditorial du FINANCIAL TIMES de samedi restait prudent : à première vue, la nouvelle Commission est « décevante », surtout venant après la nomination de M. Van Rompuy et de Mme Ashton. Avec le recul, le FT considère toutefois que M. Barroso s’est bien sorti du difficile exercice d’équilibrisme auquel il a dû se livrer. Le journal souligne aussi qu’il aurait été justifié de scinder en deux le portefeuille du marché intérieur, « la pièce de résistance » attribuée à M. Barnier et qui inquiète la City et les diplomates britanniques. Il rappelle cependant que les inquiétudes suscitées dans le passé par la nomination de M. Lamy au portefeuille du commerce s’étaient avérées sans fondement. M. Barnier aura notamment pour tâche de rassurer les Français à propos de la mondialisation. « Dans l’ensemble, la nouvelle Commission mérite un accueil prudent », conclut le FT. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028