SEMAINE DU 23 AU 29 JUIN
Le premier anniversaire de l’arrivée de Gordon Brown au pouvoir a fait l’objet d’une importante couverture de presse, unanimement négative. Et pour les commentateurs, l’avenir ne semble guère prometteur puisque le secteur public menace de se mettre en grève. Le Premier Ministre a néanmoins obtenu une petite compensation cette semaine avec le vote par le parlement d’un projet de loi devant faciliter les Grands projets. Le Zimbabwe a dominé l’actualité international.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le 1er anniversaire de Gordon Brown à Downing Street
Sur fond d’agitation sociale, et après une série de revers sérieux, la première année de Gordon Brown à Downing Street fait l’objet de commentaires largement négatifs.
Un sondage ICM pour le GUARDIAN ne crédite le Labour que de 25% des intentions de vote contre 45% pour les Tories, qui se retrouvent à leur plus haut niveau depuis 20 ans. Pour la majeure partie des électeurs travaillistes, il ne peut y avoir d’espoir de victoire à la prochaine élection si M. Brown reste Premier Ministre.
Sous le titre « Anniversaire malheureux », l’éditorial du GUARDIAN ne cache pas sa déception et accuse M. Brown d’avoir « sacrifié la stratégie à la tactique ». Même si le Premier Ministre n’est pas entièrement responsable de ses malheurs (le cycle électoral – 11 ans de Labour – et le ralentissement économique jouent leur part), le journal estime que M. Brown et son parti doivent changer d’approche et définir clairement leurs priorités s’ils veulent que l’avenir leur appartienne.
L’INDEPENDENT regrette « l’année désastreuse » de M. Brown : l’arrivée du Premier Ministre semblait pleine de promesses, et les espoirs des premières semaines rendent plus amère la déception des mois qui ont suivi. Pour le journal, puisqu’il n’a pas à affronter l’électorat avant deux ans, M.Brown n’a rien à perdre à montrer de l’audace : il devrait se concentrer sur quelques grands sujets (comme l’environnement, l’Afrique) sur lesquels il a de fortes convictions. En ces temps difficiles, l’électorat ne demande pas de constantes initiatives spectaculaires. Il veut du solide et des garanties.
Philip Stephens du FINANCIAL TIMES assure que la grande erreur de M. Brown a été de reculer devant une élection en octobre dernier : du jour au lendemain, il est apparu faible et indécis, davantage intéressé par la tactique que la stratégie. Comme l’INDEPENDENT, le FINANCIAL TIMES estime que la seule chance pour le Premier Ministre est de se concentrer sur deux ou trois projets, comme la santé, l’éducation, l’économie. C’est une approche dont le succès n’est pas garanti, mais ce ne sont pas des grandes idées sur la direction du parti à long terme qui permettront de remporter les élections en 2010.
C’est tout le Labour que le DAILY TELEGRAPH met en cause : Gordon Brown sert en fait de bouc-émissaire pour toutes les erreurs d’un parti en pleine dégringolade. Les travaillistes ont laissé passer la chance de se renouveler après les dernières années sordides de Tony Blair. Au lieu de débattre de la direction à prendre après dix ans de pouvoir, ils ont opté paresseusement pour la continuité. Le Premier Ministre aurait eu davantage d’autorité s’il avait été élu. Et si les électeurs lui ont initialement accordé le bénéfice du doute, ils ont changé d’avis après sa décision d’octobre dernier de ne pas provoquer d’élections anticipées et la crise de Northern Rock. Pour un retournement de situation, il faudrait que l’économie fasse une remontée spectaculaire et que le gouvernement prenne une nouvelle direction. Après des années d’impôts et de dépenses élevés, les électeurs veulent moins de gouvernement, moins de charges et regagner le contrôle de leur existence. Le Ministre du Travail, James Purnell, a présenté cette semaine des orientations radicales en proposant d’impliquer davantage le secteur privé dans la réforme des services publics. Si M. Brown opte pour cette approche, il pourrait avoir un meilleur anniversaire l’année prochaine.
2. L’agitation sociale
« De la déception à la colère » : la presse prédit un « summer of discontent » pour le gouvernement Brown alors que 600.000 employés du secteur public menacent de faire grève pour protester contre l’insuffisance des hausses salariales.
Même si les commentateurs sont sans indulgence pour le Premier Ministre, ils dénoncent aussi les exigences d’un secteur public qui a pourtant beaucoup bénéficié de l’arrivée du Labour au pouvoir.
Le gouvernement a raison de vouloir limiter les hausses salariales aux environs de 2% (son objectif en matière d’inflation) bien que l’indice des prix à la consommation dépasse les 3%, écrit le DAILY TELEGRAPH. C’est aussi l’avis de l’EVENING STANDARD : une spirale des salaires remettrait en hausse toute la politique de lutte contre l’inflation de ces trente dernières années.
Le TIMES défend les mêmes arguments : le gouvernement ne doit pas céder, même s’il se trouve dans une position inconfortable. Il risque en effet de voir encore baisser sa popularité s’il s’oppose aux demandes des syndicats, mais s’il s’incline c’est l’économie qui sera mise en péril. « Si le secteur public ne peut montrer de la modération dans les circonstances actuelles difficiles, il revient au gouvernement de l’y contraindre ».
Le DAILY MAIL prend les syndicats pour cible et appelle Gordon Brown à réagir : « le Premier Ministre aura-il le cran de leur tenir tête ? Ou est-il condamné à finir comme Jim Callaghan il y a 30 ans » ?
« Ils sont dérangés », titre l’éditorial du SUN à propos des candidats à la grève « qui ont la sécurité de l’emploi et la retraite à 60 ans » : comment peuvent-ils, dans le contexte actuel, demander au reste des contribuables de travailler jusqu’à 70 ans pour financer leurs avantages ?
3. Le projet de loi sur l’aménagement du territoire
La presse se montre favorable au projet de loi sur l’aménagement du territoire qui vient d’être adopté par le parlement et devrait permettre de simplifier la procédure pour le lancement des grands travaux d’infrastructure. Plusieurs journaux estiment cependant que le gouvernement devrait continuer à prendre les décisions finales.
Les journaux sont unanimes à dénoncer, comme le FINANCIAL TIMES, le système qui a prévalu jusqu’à présent « lent, complexe et imprévisible » (il a fallu quatre ans pour obtenir la permission de construire le terminal 5 d’Heathrow). Même si le projet de loi prévoit de laisser une commission de non élus prendre les décisions ( ce qui ne satisfait peut-être pas tous les critères de la démocratie), « il représente une amélioration par rapport au système actuel, et mérite de passer », conclut le journal.
Le DAILY TELEGRAPH est prêt lui aussi à faire passer « la nécessité avant la démocratie », surtout lorsqu’il s’agit de projets de grande importance nationale, « comme l’énergie nucléaire » : les décisions doivent être prises au plus vite car tout retard pourrait mettre en danger nos approvisionnements énergétiques.
Dans la même ligne, le TIMES se félicite de la mise en place d’un processus qui « permettra de réduire les manœuvres dilatoires, comme celles des militants opposés au nucléaire ». Le journal considère en revanche qu’il n’est pas juste de laisser un groupe de non élus décider de projets qui seront inévitablement controversés. « La décision finale doit revenir au gouvernement qui est responsable devant le parlement. Le système actuel doit être rendu plus efficace, mais il doit faire passer en priorité l’intérêt général ».
Le GUARDIAN insiste davantage sur l’aspect démocratique et la nécessité de réduire les pouvoirs de la commission de non élus : celle-ci devrait n’avoir qu’un rôle de conseil tandis que le parlement débattrait des politiques proposées. L’INDEPENDENT est déçu par un développement qu’il qualifie de « peu attrayant » : il est certain que le lancement des Grands projets prend souvent trop de temps et que le pays aurait tout à gagner de décisions plus rapides. Mais avec les nouvelles propositions du gouvernement, le public n’aura plus son mot à dire.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Le Zimbabwe
La presse se félicite du durcissement de ton de la communauté internationale, en particulier de l’Afrique, à l’égard du régime Mugabe : elle estime unanimement que le président du Zimbabwe ne peut plus prétendre à la légitimité.
Pour le DAILY TELEGRAPH, le retrait de Morgan Tsvangirai de l’élection présidentielle aura constitué un « tournant positif ». Le Conseil de sécurité des Nations Unies vient de condamner la violence perpétrée par le régime de M. Mugabe et, pour la première fois, l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie ont joint leurs critiques à celles des autres. La déclaration extraordinaire de l’ANC est plus remarquable encore, compte tenu du long silence du gouvernement sud africain sur les monstruosités commises par son voisin. Il est évident que le président Mbeki aurait dû faire cette démarche depuis longtemps, et le changement intervenu est à mettre au crédit de son héritier apparent, Jacob Zuma. Mais il est vraisemblable que les Etats voisins du Zimbabwe vont suivre cet exemple.
« L’Afrique a enfin rompu son silence, et on doit l’en féliciter », renchérit l’INDEPENDENT, appelant les dirigeants africains à continuer leur pression pour faciliter la fin du régime et empêcher M. Mugabe de s’approprier une fausse victoire électorale. Le journal accueille avec beaucoup de satisfaction les déclarations de Nelson Mandela condamnant la violence au Zimbabwe, car elle devrait renforcer la nouvelle approche de l’Afrique à l’égard de ce tyran.
C’est en effet la crainte que M. Mugabe ne s’apprête à « voler » l’élection présidentielle qui indigne le FINANCIAL TIMES. Selon le journal, il ne peut être question pour les pays occidentaux d’aider un gouvernement d’unité nationale qui aurait encore à sa tête M. Mugabe ou son parti. Les Etats-Unis et l’Europe doivent durcir leurs sanctions. Les biens des hommes politiques et de leurs intermédiaires doivent être gelés, et les restrictions sur les déplacements – qui touchent déjà les principaux membres du Zanu – doivent être étendues à leurs enfants pour les empêcher d’aller faire des études à l’étranger. Il faut également interdire aux banques occidentales d’exercer à Harare. « La colère ne suffit pas. Il faut faire souffrir le régime de Mugabe ».
« L’Afrique doit traiter ce régime en paria, de sorte que M. Mugabe ne soit plus maître de rien », note à son tour le GUARDIAN. C’est aussi l’avis du TIMES qui appelle au gel des comptes étrangers de tous les hommes de main de M. Mugabe et à la restriction des déplacements de leurs familles. Le journal souligne qu’il est trop tôt pour envisager une intervention militaire mais n’en exclut pas totalement la possibilité./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028