SEMAINE DU 23 AU 29 JANVIER
Les difficultés économiques du Royaume-Uni (dette élevée et croissance négative au 4e trimestre 2011) ont relancé le débat sur la politique du gouvernement, tandis que les propositions du gouvernement pour l’encadrement des hauts salaires ont suscité des réactions très tranchées. L’Europe a occupé une large place avec les deux interventions de David Cameron d’abord à Strasbourg devant la CEDH et à Davos où le Premier ministre a prononcé un discours offensif sur la zone euro. Dans les deux cas, la presse conservatrice et tabloïde applaudit la fermeté de ton du Premier ministre mais n’est pas toujours persuadée qu’il conservera cette approche à Bruxelles lors du sommet du 30 janvier. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : les sanctions décidées le 23 janvier contre l’Iran, et la Syrie avec la couverture des troubles dans les banlieues de Damas et les négociations internationales en vue d’une résolution de l’ONU. Avec la présentation du programme de François Hollande, les journaux commencent à multiplier les articles sur les présidentielles.
I. ROYAUME-UNI
1. La situation économique
La dette du Royaume-Uni dépasse les 1000 milliards de livres, et l’économie a eu une croissance négative de 0,2% lors du dernier trimestre de 2011. Pourtant, affirme le gouverneur de la banque d’Angleterre, « il n’y a aucune raison de désespérer car toutes les crises ont une fin ». Les réactions de la presse sont variables, mais qu’ils approuvent ou non la politique d’austérité du gouvernement, les journaux appellent à des mesures pour encourager la croissance.
Pour l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH, le montant de la dette fournit « d’autant plus de raisons de réduire le déficit » : la crise de la zone euro a contrecarré les prévisions du gouvernement qui paie le prix des dépenses excessives des précédents gouvernements. La politique d’austérité est justifiée, et c’est pour cela que les conservateurs s’en sortent bien dans les sondages. « L’opinion est prête à accepter les sacrifices tant qu’elle est convaincue que le gouvernement fait tout son possible pour ramener la prospérité à long terme ».
Le TIMES soutient lui aussi le gouvernement : « la baisse du PIB n’est pas une excuse pour repousser la réduction du déficit ». Mais il appelle le gouvernement à faire davantage pour stimuler la croissance : le Royaume-Uni ne manque pas de fonds pour l’investissement. Le gouvernement doit aider à créer les nouveaux marchés qui permettront au pays de prospérer.
Pour stimuler l’économie, le FINANCIAL TIMES compte sur un assouplissement de la politique de la Banque d’Angleterre, mais le GUARDIAN estime que le gouvernement devrait écouter les conseils de Christine Lagarde et inclure des mesures appropriées dans le budget de mars. Une réduction des contributions sociales pourrait notamment encourager les entreprises à employer des jeunes.
Le DAILY MIRROR voit dans le montant de la dette et les perspectives économiques « la preuve que les politiques du gouvernement sont erronées ».
2. L’encadrement des hauts salaires
Après des mois de discussions, Vince Cable, ministre libéral-démocrate responsable des entreprises, a présenté une série de propositions pour encadrer les hauts salaires : il y aura davantage de transparence, et les actionnaires auront leur mot à dire.
Là encore, les réactions sont très variées. Le FINANCIAL TIMES estime que le gouvernement va dans « la bonne direction », même si bon nombre de ses propositions « n’ont rien d’exceptionnel » et que certaines risquent de semer la confusion. Le journal souligne que tout dépendra de la volonté des actionnaires à mettre ces mesures en œuvre. « M. Cable a au moins mis la balle dans le camp de ceux qui sont concernés, les investisseurs, et si ces derniers ne réagissent pas, la colère du public se retournera contre eux ».
Pour le DAILY TELEGRAPH en revanche, Vince Cable et le gouvernement n’ont pas à se mêler de ce qui ne les regarde pas au risque de créer un « précédent dangereux » : ce n’est pas à l’Etat de décider, mais aux marchés. Le salaire des PDG doit être fixé en fonction des bénéfices qu’ils apportent à leurs entreprises.
La polémique sur le bonus attribué à Stephen Hester, PDG de Royal Bank of Scotland, n’aura pas cessé de monter au cours de la semaine, une grande partie des titres (à commencer par les tabloïds) jugeant injustifiée une telle allocation. La presse du week-end a couvert abondamment les attaques d’Ed Miliband contre David Cameron et George Osborne accusés d’avoir laissé passer ce versement.
3. Le discours de David Cameron à Strasbourg
Il faut une réforme de la CEDH, de manière à ce qu’elle se concentre sur les violations graves (et donc pas sur ce qui se passe au Royaume-Uni) : le discours prononcé à Strasbourg par David Cameron, dans le cadre de la présidence britannique du Conseil de l’Europe, a été vivement applaudi par la presse eurosceptique et tabloïde. Les autres journaux craignent la réaction hostile des autres Européens.
Le refus de la CEDH il y a quelques semaines d’autoriser l’extradition du terroriste Abu Qatada a contribué à envenimer le débat au Royaume-Uni. Un journal comme le DAILY TELEGRAPH estime inadmissible que la cour européenne l’emporte sur le droit britannique. Selon le quotidien conservateur, M. Cameron a présenté des « arguments raisonnables et mesurés », et il doit dans cette affaire montrer la même détermination et la même fermeté que lors de son veto à Bruxelles en décembre 2011.
Le SUN parle de « performance impressionnante », mais craint la « vengeance » de l’élite européenne qui « risque de redoubler d’efforts pour porter atteinte à la City » : « le Premier ministre doit rester ferme et trouver un moyen de libérer le Royaume-Uni des entraves de la CEDH. Plus il se battra, plus le pays lui accordera son soutien ».
« Il faut que la CEDH change ses façons d’agir ou que le Royaume-Uni en sorte », renchérit le DAILY EXPRESS, une position que défend aussi le DAILY MAIL.
L’INDEPENDENT, qui avait publié en début de semaine une tribune du président britannique de la CEDH, très critique envers le Premier ministre, renchérit sur le même registre dans un éditorial : M. Cameron ne se comporte pas en « homme d’Etat » et s’incline devant les tabloïds, trahissant une ignorance du rôle incontestable de la CEDH.
II. INTERNATIONAL
1. Les sanctions contre l’Iran
L’annonce des sanctions prises par l’Union européenne le 23 janvier était attendue. Elle donne cependant lieu à une importante couverture de presse, les journaux évoquant également la présence de navires britanniques, français et américains dans le Golfe persique.
Si ces sanctions sont jugées nécessaires, les commentateurs s’inquiètent des risques d’une escalade.
Sous le titre « la République de la peur », l’éditorialiste du TIMES assure que les sanctions sont « nécessaires » face à « un régime extrémiste qui se livre à la répression sur son sol et à l’agression au-delà de ses frontières ». Pour le journal, « la réponse ferme et unie des pays occidentaux est bienvenue » et « elle ne vient pas trop tôt ».
Le DAILY TELEGRAPH se félicite lui aussi de « l’unité » de l’Union européenne qui, par le passé, a souvent été divisée sur le programme nucléaire iranien et qui montre aujourd’hui qu’elle prend la menace au sérieux. Le journal compte cependant sur une « diplomatie créative » pour empêcher une escalade : si l’Iran veut une levée des sanctions, la balle est dans le camp de Téhéran qui doit respecter les résolutions de l’ONU et prouver à la communauté internationale que ses ambitions nucléaires sont entièrement pacifiques.
« Nous voulons un accord avec l’Iran, non une guerre », renchérit l’INDEPENDENT qui craint plus que jamais, du fait des nouvelles sanctions, une confrontation dangereuse : il est vital de se souvenir que l’objectif des pays occidentaux est d’amener l’Iran non sur un champ de bataille mais à la table de négociations. Le journal voit dans la mission prochaine de l’AIEA l’occasion de tester la sincérité du régime.
L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES appuie la décision européenne : il est justifié d’augmenter la pression sur l’Iran « qui doit comprendre qu’on ne le laissera pas mettre au point l’arme nucléaire ». Le journal engage cependant les pays occidentaux à « rester ouverts à la possibilité d’une reprise des négociations ». Toutefois, « tant que Téhéran n’en exprime pas le désir, il faut maintenir la pression ».
« Une déclaration de guerre » ? Julian Borger du GUARDIAN s’inquiète des tensions croissantes qui pourraient conduire à des affrontements militaires et une hausse du prix du pétrole. Le journaliste estime que les sanctions européennes ont mis en marche le mécanisme d’une bombe à retardement dont la détonation sera pour le 1er juillet. « Même si Washington et Téhéran sont déterminés à éviter ce résultat, le risque d’une guerre qui éclaterait par accident augmente avec chaque mois qui passe ».
2. La Syrie et les propositions de la Ligue arabe
C’est sans grand enthousiasme que la presse accueille le plan proposé le 22 janvier par la Ligue arabe pour sortir la Syrie du chaos : transfert dans les deux mois du pouvoir à un gouvernement intérimaire sous la direction du vice-président actuel, puis élections législatives et présidentielles en vue de former un gouvernement d’unité nationale.
Pour le FINANCIAL TIMES, il s’agit d’un compromis entre ceux qui souhaitent le changement immédiat et les autres qui n’osent pas toucher au statu quo. Ce compromis délicat pourrait cependant augmenter la pression sur le « régime vicieux » de M. Assad qui commence à avoir du mal à maitriser son pays fortement touché par les sanctions.
Sous le titre « Un plan sans résolution », le GUARDIAN se montre plus sceptique à l’égard de la Ligue arabe « qui mérite largement sa réputation d’être une organisation chargée de rechercher le consensus et qui n’y parvient jamais ». Le journal reconnaît que la solution proposée est « honnête », et que même si elle a des défauts « elle est pour le moment le mieux que l’on puisse espérer ».
La couverture de presse s’est ensuite centrée à la fin de la semaine sur la rébellion gagnant les portes de damas et le mouvement en direction d’une résolution aux Nations Unies.
III. EUROPE
Le discours de David Cameron à Davos
« Cameron attaque la zone euro » (FINANCIAL TIMES), « Cameron s’en prend à Berlin » (GUARDIAN), « Une taxe financière européenne serait de la folie, selon Cameron » (INDEPENDENT) : le discours de David Cameron à Davos le 26 janvier a fait l’objet d’une importante couverture de presse (UNE du FINANCIAL TIMES), y compris dans les tabloïds.
Il a été perçu d’abord comme une attaque contre l’Allemagne, mais aussi contre la France à sur le projet de taxe sur les transactions financières. La presse a vu dans cette intervention l’annonce de nouvelles frictions entre Londres et ses partenaires européens, à commencer par la France.
Seule la presse eurosceptique se félicite des « leçons » que donne le Premier ministre. Le SUN et le DAILY MAIL engagent les autres pays de l’Union européenne à « écouter » ce que leur dit le Premier ministre. Le TIMES renchérit en s’inspirant des propos de M. Cameron : la zone euro a besoin « d’audace, non de prudence ». Si le journal reconnaît que M. Cameron et Mme Merkel partagent un certain nombre de vues, souhaitant notamment que l’Europe devienne plus compétitive, que le secteur public soit plus efficace et que l’entreprise soit encouragée, il estime que, sur les points de désaccord, « M. Cameron a raison de s’opposer à une philosophie qui imposerait des contraintes à l’Europe à un moment où les choses commencent à s’améliorer ».
Le SUNDAY TIMES renchérit sur le même registre, mais le SUNDAY TELEGRAPH s’interroge sur la détermination de M. Cameron : il a été « héroïque » le 9 décembre, mais il ne doit pas « laisser éroder » son veto. Il doit en fait saisir l’occasion du Conseil européen de Bruxelles pour tenter de regagner certains pouvoirs (en matière de police notamment).
IV. FRANCE
La campagne pour les présidentielles
Après le meeting du Bourget, la présentation du programme de François Hollande le 26 janvier a donné lieu à une importante couverture de presse. Si les commentateurs font état des « doutes » concernant la capacité du candidat socialiste à gouverner, ils relèvent son nouveau ton combatif et son offensive contre le milieu de la finance.
Le TIMES a fait sa UNE vendredi 27 janvier sur les propositions de M. Hollande, en soulignant les sérieux risques d’affrontements avec le Royaume-Uni (craintes pour la City) et l’Union européenne (menaces sur le pacte budgétaire). Le journal évoque « la perspective d’un retour à l’étatisme traditionnel » qui ne devrait pas enthousiasmer les entreprises, les investisseurs et les riches. Il souligne cependant que M. Hollande est en accord avec M. Sarkozy sur la question de la taxe sur les transactions financières et les euro-obligations.
Le FINANCIAL TIMES met en avant les divergences entre le candidat socialiste et le président actuel qui portent sur les réformes structurelles de l’économie, notamment les retraites et sur la façon de restaurer la compétitivité de l’industrie. Dans un éditorial samedi 28 janvier, le FT souligne « l’habileté » du programme de M. Hollande « qui a su mettre en avant les faiblesses de son rival ». Mais s’il estime que ce programme est « astucieux » d’un point de vue politique, le journal ne le trouve pas convaincant sur le plan économique : M. Hollande n’explique pas comment il réduira le déficit. De plus, il risque de faire trop de promesses sur l’Europe.
Il faudra que M. Hollande réponde aux accusations de M. Sarkozy sur les dépenses excessives de la gauche française et son manque de crédibilité en matière de politique économique, ajoute le GUARDIAN, tandis que l’INDEPENDENT fait le bilan de « l’offensive de charme » de M. Hollande « qui s’avère persuasif ».
La presse a abondamment relayé les propos attribués à Nicolas Sarkozy lors de son déplacement en Guyane et annoncé son intervention à la télévision le 29 janvier au soir./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028