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Semaine du 23 au 27 août

SEMAINE DU 23 AU 27 AOUT

La possibilité d’une nouvelle récession est évoquée par la presse qui s’interroge sur la politique d’austérité du gouvernement. Les journaux relancent le débat sur l’immigration et déplorent par ailleurs le recul spectaculaire de l’apprentissage des langues étrangères au Royaume-Uni après la décision du Labour d’en supprimer l’obligation. Trois dossiers dominent les affaires internationales : le Proche Orient avec l’annonce d’une reprise des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens, le Pakistan et le rapport de l’ONU sur les atrocités commises au Congo. La situation économique de la France et sa politique concernant l’expulsion des Roms donnent lieu à plusieurs articles et commentaires.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Les mesures d’austérité et les risques de récession

La politique économique du gouvernement est de nouveau mise en cause : un des membres du Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre estime que le risque d’une nouvelle récession au Royaume-Uni est « réel », et l’Institute for Fiscal Studies (IFS), un des Thinktanks les plus respectés, accuse la politique d’austérité du gouvernement de nuire avant tout aux pauvres.

Anatole Kaletsky du TIMES ne partage pas l’optimisme des hommes politiques et des dirigeants d’entreprise qui pensent que le public est préparé à l’austérité et que le pire est passé : les effets d’un resserrement budgétaire ne se font sentir qu’au bout de six à douze mois. Ce n’est qu’au milieu de l’année prochaine que les conséquences de la politique budgétaire du gouvernement seront visibles. Si la croissance fléchit au lieu d’accélérer comme le promettent le gouvernement, la Banque d’Angleterre et certains économistes, les objectifs budgétaires seront impossibles à atteindre. La coalition sera alors face à un choix clair : soit elle renonce à ses promesses d’une réduction de la dette, soit elle condamne le pays à une récession prolongée sans d’ailleurs pour autant atteindre ses objectifs.

L’éditorial du GUARDIAN se concentre sur le rapport de l’IFS et le fait que le gouvernement s’en prend surtout aux pauvres : plutôt que de mesures progressistes, il s’agit de régression. Nick Clegg et les libéraux-démocrates ne peuvent plus se présenter comme les bons anges de la coalition. Les réductions massives des dépenses mettent l’économie en danger. Il existe un « risque réel » de récession, conclut le journal.

« La coalition semble prendre les électeurs pour des imbéciles », écrit l’éditorialiste du DAILY MIRROR, ajoutant : « c’est une plaisanterie que de parler d’équité. Le vilain parti (le parti conservateur) n’a pas changé. La seule différence c’est qu’il est soutenu par les libéraux-démocrates ».

2. La hausse de l’immigration

Sous le titre « la hausse de l’immigration pose un problème à Cameron », le FINANCIAL TIMES rend compte d’une inquiétude croissante dans la population et que vient renforcer la publication de deux séries de statistiques : le nombre des immigrés a augmenté de près de 20% depuis 2008, tandis que l’Angleterre est le pays le plus densément peuplé de l’Union européenne.

Le DAILY TELEGRAPH dénonce de nouveau « plus de dix ans de politique migratoire sans contrôles sous le Labour » : le pays le pays est surpeuplé. Les Anglais souhaitent une réglementation plus rigoureuse non pas par xénophobie ou racisme mais pour soulager les pressions intolérables qui s’exercent sur nos services publics et nos infrastructures, donc sur notre qualité de vie. Le journal rappelle que la coalition propose d’imposer une limite annuelle pour l’immigration économique. Selon lui, il est erroné de se concentrer seulement sur cet aspect, alors qu’un grand nombre de personnes s’installent au Royaume-Uni et s’y marient. Les nombreux immigrés du sub-continent indien posent des problèmes sociaux et culturels que les dirigeants politiques n’osent pas aborder. Ils ont tort car ils ne tiennent pas compte de ce que pense le public.

Pour le SUN cependant, la politique de la coalition relève du « bon sens » : une limite précise est la solution alors que les travaillistes semaient la pagaille.

3. Les Britanniques et l’apprentissage des langues

Les jeunes britanniques délaissent de plus en plus l’apprentissage des langues, notamment du français. La presse déplore une tendance dont elle rend le précédent gouvernement travailliste responsable : c’est en effet le Labour qui a permis aux élèves d’abandonner l’étude des langues étrangères dès l’âge de 14 ans. Pour les commentateurs, il est temps de revenir sur cette décision.

« En dehors des considérations utilitaires, l’apprentissage d’une langue élargit l’esprit, enseigne les rudiments de la grammaire et donne une meilleure compréhension de sa langue natale », écrit l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH, qui engage le gouvernement à rendre de nouveau obligatoire - et sans tarder - l’enseignement d’au moins une langue étrangère dans le programme des GCSE (examen passé à la fin de l’équivalent de la seconde).

L’INDEPENDENT dénonce « l’insularité du programme scolaire national » : comparé aux autres pays européens, c’est « presque une honte » et le caractère optionnel de l’étude des langues étrangères a des conséquences « regrettables ». Un avis que partage le GUARDIAN : trois personnes sur quatre dans le monde ne parlent pas anglais. De plus, renoncer à se familiariser avec d’autres langues revient à renoncer à la chance de percevoir le monde sous un autre angle.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La reprise des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens

L’invitation faite par Barack Obama aux Israéliens et aux Palestiniens de relancer leurs discussions directes le 2 septembre à Washington ne suscite guère d’espoir.

« Pour le président américain, qui n’a guère d’autres succès à présenter en matière de diplomatie internationale qu’un prix Nobel prématuré, cette initiative est avant tout affaire de relations publiques », écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES qui n’en attend pas grand chose. Déplorant l’absence d’ordre du jour propre, le journal assure que les Américains n’ont pas le droit d’abdiquer leur leadership : ils devraient proposer une solution (selon les paramètres de Clinton de 2000 et le plan de paix de la ligue arabe de 2002) et clairement faire savoir qu’ils ne laisseront pas les discussions trainer au-delà d’une année. Ils devraient exiger de chacune des deux parties qu’elle soumette un accord final à ses électeurs par référendum. C’est un pari risqué, mais c’est la seule façon de faire obstacle aux obstructionnistes et d’associer le Hamas. Toutes les parties devraient préférer un accord négocié, en particulier Israël dont le plus grand risque est de porter atteinte à sa légitimité internationale. Le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, pourrait être rapidement en position de déclarer un Etat palestinien sans l’accord d’Israël. « L’acte final de la farce du Proche Orient n’est peut-être pas éloigné ».

2. La situation au Pakistan

Face à l’ampleur de la catastrophe au Pakistan, la presse estime que la communauté internationale doit changer son approche à l’égard de ce pays et accroître son aide.

Le DAILY TELEGRAPH relève les accusations de l’Unicef sur « le manque extraordinaire de soutien » du reste du monde sous prétexte que le Pakistan a un gouvernement corrompu et une attitude ambigüe vis-à-vis du terrorisme : les millions de victimes des inondations n’y sont pour rien et ont besoin d’une aide d’urgence pour reconstruire l’infrastructure du pays.

« Le besoin d’aide est indiscutable », renchérit le TIMES tout en soulignant que la question cruciale est de faire bon usage des fonds : il est indispensable de résoudre les problèmes anciens – comme l’approvisionnement en eau et en électricité - qui ont contribué à l’ampleur de la tragédie.

L’INDEPENDENT déplore que la catastrophe ait contribué à renforcer les extrémistes et assure qu’à long terme la communauté internationale doit changer d’approche envers le Pakistan : l’aide bilatérale en provenance des Etats-Unis ou d’Europe doit viser directement la construction d’une société civile au lieu d’aller directement au régime militaire. « Il faut commencer à traiter ce pays non pas comme un problème en matière de sécurité mais comme une nation qui a besoin de toute urgence de se développer ».

3. Les atrocités commises au Congo

En l’espace de quelques jours entre la fin juillet et le début d’août, 200 femmes et enfants auraient été violés par les rebelles au Congo, alors qu’une force de maintien de la paix de l’ONU était stationnée à une vingtaine de kilomètres : la nouvelle suscite une vive condamnation dans la presse britannique qui s’interroge sur le rôle des soldats de la paix.

Pour l’éditorialiste du TIMES, même s’ils sont débordés, leur priorité doit être de protéger les populations locales, ce que de toute évidence ils n’ont pas fait. La décision du Secrétaire Général de l’ONU d’envoyer sur place deux responsables de son organisation est bienvenue, mais l’échec des Nations Unies au Congo crève déjà les yeux. Il ne suffit pas d’envoyer des bérets bleus. Encore faut-il clairement définir leurs tâches et avoir des lignes de communication crédibles !

La mission de l’ONU est nécessaire au Congo, mais elle devrait faire mieux, assure l’éditorialiste de l’INDEPEDENT, qui dénonce un manque de communications choquant. Le journal estime cependant qu’il ne faut pas céder aux demandes du président Kabila d’un retrait des soldats de la paix. « La RDC a besoin de davantage de présence de l’ONU, non de moins ».

III. AFFAIRES FRANCAISES

1. Les perspectives économiques

Après la révision à la baisse des prévisions de croissance de la France, la presse émet des « doutes » sur la solidité de l’économie. Le gouvernement n’a-t-il pas promis plus qu’il ne peut faire en matière de réduction de déficit ? Le FINANCIAL TIMES publie une interview de Christine Lagarde qui se justifie et qualifie de « prudentes et réalistes » les dernières prévisions.

Dans un éditorial, le FT assure que les arguments de la Ministre des finances se tiennent : la crise a eu des effets positifs sur la France. Le président Sarkozy veut à juste titre élever l’âge de la retraite et tailler dans les avantages du secteur public. Alors que la pression va monter avec la rentrée de septembre, le gouvernement doit tenir bon dans ses projets. Il doit aller plus loin aussi dans la réduction des impôts, et Mme Lagarde doit profiter de l’occasion pour réduire les dépenses. Toutefois, selon le FT, si la réduction du déficit budgétaire pose un réel problème à la France, ce n’est pas le plus grave : bien pire est en effet l’exclusion persistante d’une large partie de la population – en particulier les jeunes – de la vie active. Les règles rigides du marché du travail protègent les salariés mais sont en réalité un fléau pour l’économie et la société. Alors que la cicatrisation de la crise est en bonne voie, M. Sarkozy et Mme Lagarde ne doivent pas laisser cette plaie ouverte.

2. L’expulsion des Roms

Sous le titre « La France cherche le soutien de l’Union européenne », le DAILY TELEGRAPH évoque la réunion des Ministres de l’Intérieur prévue la semaine prochaine et au cours de laquelle l’expulsion des Roms sera à l’ordre du jour. Le journal précise que le gouvernement français a déjà obtenu le soutien de l’Italie. Il souligne cependant que la politique de M. Sarkozy a été condamnée par ses adversaires politiques et l’Eglise catholique.

Un article du GUARDIAN titre sur les protestations grandissantes : les mesures prises contre les Roms sont attaquées « de tous les côtés du spectre politique et social », et non pas seulement par « l’élite de gauche parisienne » qui serait selon M. Hortefeux coupée du reste de l’opinion. « La droite religieuse montre des signes de malaise » et, pour beaucoup de Français, ces mesures sont excessives.

Le FINANCIAL TIMES relève les « pressions » de Paris sur la Roumanie pour améliorer le sort de sa communauté de gitans et réduire le flot d’immigrés dans le reste de l’Europe. Le journal souligne aussi que la politique de la France concernant l’expulsion des Roms est examinée de près à Bruxelles et suscite de toutes parts un « malaise grandissant ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028