Semaine du 22 au 28 octobre

SEMAINE DU 22 AU 28 OCTOBRE

La presse a fait bon accueil au débat sur la réforme constitutionnelle lancé par Gordon Brown. En revanche, les prévisions sur l’accroissement de la population britannique ont relancé de façon plutôt négative le débat sur l’immigration. Trois dossiers ont dominé les affaires internationales : les élections en Pologne, les sanctions américaines contre l’Iran et les risques d’une incursion turque en Irak. Les conclusions du Grenelle de l’Environnement ont reçu une bonne couverture médiatique.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La réforme constitutionnelle

La presse estime bienvenu le débat sur la réforme constitutionnelle lancé par Gordon Brown et son Ministre de la Justice, Jack Straw. Elle regrette cependant le manque de cohérence ou le manque d’ambition des propositions avancées : sur la liberté d’expression, le rôle du parlement (notamment sur la décision de faire la guerre ou la nomination des juges) ou sur un nouveau « Bill of Rights » britannique.

« On ne peut plus accuser le Premier Ministre de n’avoir aucune vision sur la constitution », écrit Peter Riddell du TIMES qui craint toutefois qu’une « myriade de propositions » ne risque d’obscurcir le débat. Dans la même ligne, le GUARDIAN félicite M. Brown pour un discours « enthousiaste et bien documenté sur la liberté et la tolérance », mais souligne le « manque de cohérence » d’une longue liste d’initiatives, traitant aussi bien des pouvoirs de la police antiterroriste que de l’accès à l’information.

« De bonnes idées, mais il reste beaucoup à faire », renchérit l’INDEPENDENT qui reproche surtout à M. Brown de manquer d’ambition : le Premier Ministre « prend une direction historique » en évoquant la possibilité d’une constitution écrite, mais il ne va pas assez loin, notamment sur la réforme de la Chambre des Lords ou la réforme électorale. « Les changements annoncés ne peuvent être que le commencement d’une vraie révolution constitutionnelle ».

Pour l’éditorialiste du TIMES, les nouvelles mesures permettant un plus grand accès à l’information (grâce à un renforcement du Freedom of Information Act) sont particulièrement encourageantes car elles garantiront davantage la « transparence ». Un point dont se félicite également le DAILY TELEGRAPH. Ce dernier déplore en revanche l’absence de réflexion accordée au « déficit démocratique de l’Angleterre », créé par la dévolution en Ecosse et au Pays de Galles, et le refus du gouvernement d’accorder un référendum sur le nouveau Traité européen. Le DAILY TELEGRAPH reproche aussi à M. Brown de refuser d’admettre le concept cher aux Tories d’un rôle plus limité de l’Etat : pour lui au contraire, « l’Etat sait mieux que tout le monde ».

2. L’accroissement de la population et l’immigration

La population du Royaume-Uni devrait augmenter de plus de 10 millions au cours des 25 prochaines années, soit 4 millions de plus que les prévisions initiales : ces chiffres sont avancés par l’Office National des Statistiques qui attribue la croissance à la hausse du taux de natalité, l’allongement de la durée de vie et l’immigration. Une partie de la presse saisit ce dernier point pour critiquer la politique du Labour.

Le DAILY TELEGRAPH dénonce « un échec de grande envergure » : nous payons le prix de l’absence de politique du Labour sur l’immigration. Celle-ci a triplé en dix ans et il y a un demi-million d’immigrés clandestins au Royaume-Uni. Notre société est affaiblie par le développement de communautés qui choisissent de ne pas s’intégrer. « Ce sont les Tories qui se montrent les plus sensés sur la question en proposant la création d’une police pour le contrôle des frontières et une limite annuelle pour le nombre des immigrés », conclut le journal. Pour le DAILY EXPRESS, la politique « des portes ouvertes » du Labour montre ses résultats. Le DAILY MAIL parle de « bombe à retardement » : après dix ans de malhonnêteté, le gouvernement a perdu le contrôle de ses frontières tout en refusant la discussion, « du moins jusqu’à présent ».

A l’inverse, l’INDEPENDENT souligne les avantages de l’immigration : elle a fait gagner 6 milliards de livres à l’économie du pays et, même s’il est difficile de calculer les coûts additionnels en matière d’infrastructure et de services, elle reste toujours bénéfique. Le journal rejette toutes analyses alarmistes et estime que si le Royaume-Uni attire tant de monde, il faut y voir « un vote de confiance » et en « tirer orgueil ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les élections en Pologne

Toute la presse se félicite de la défaite infligée aux frères Kaczynski et estime que « la démocratie polonaise a fait son chemin ».

La victoire de Donald Tusk « marque la fin de deux années d’un gouvernement populiste et dangereusement imprévisible » dans ce qui est pourtant la plus grande démocratie d’Europe de l’est, écrit le DAILY TELEGRAPH. Pour le journal, l’Union européenne ne peut que se sentir soulagée par la chute d’un régime qui la considérait avec hostilité.

Pour le GUARDIAN, la démocratie a fait une grande avancée en Pologne, à l’occasion d’une élection qui concernait « tout autant l’image de ce pays à l’étranger que le besoin de tolérance et de liberté ». La politique étrangère ne changera pas du jour au lendemain, mais « la Pologne est désormais un pays plus cohérent sur le plan politique, qui en a fini avec les coalitions chancelantes et la présence de partis extrémistes peu ragoûtants au Parlement ».

Le TIMES salue la maturité de la démocratie polonaise, mais appelle Donald Tusk à se montrer le modernisateur qu’il a promis d’être : il a les qualités qu’il faut pour faire de son pays une démocratie libérale au plan économique. Mais le journal met le nouveau Premier Ministre en garde sur la question d’un retrait précipité des troupes d’Irak « qui serait malavisé aussi bien pour la Pologne que pour le Royaume-Uni ».

M. Donald Tusk « a obtenu un mandat puissant. Il ne doit pas le gaspiller », écrit à son tour le FINANCIAL TIMES qui fixe trois objectifs prioritaires au nouveau Premier Ministre : ramener le calme sur la scène politique polonaise, entreprendre la réforme de l’économie et améliorer l’image de la Pologne à l’étranger, en particulier en Europe.

Mary Dejevsky de l’INDEPENDENT qualifie le résultat de cette élection de « nouveau départ » pour la Pologne. Elle estime qu’il a été influencé par les jeunes Polonais, émigrés dans les autres pays de l’Union européenne : directement, du fait de leur expérience et de l’argent qu’ils ont envoyé chez eux, et indirectement, par l’intermédiaire de leurs familles, leurs amis et les employeurs frustrés de Pologne.

2. Les sanctions américaines contre l’Iran

L’annonce de sanctions américaines unilatérales contre l’Iran a reçu une importante couverture de presse dont la tonalité est négative.

« L’administration Bush se rapproche d’un confit militaire avec Téhéran », écrit l’INDEPENDENT, qui précise que ces sanctions sont les plus dures depuis le siège de l’ambassade américaine en 1979. « C’est une manifestation contre-productrice de machisme international, qui n’assurera ni la paix, ni la sécurité », ajoute le journal, selon lequel seule une « négociation raisonnée » peut faire bouger les choses.

Philip Stephens du FINANCIAL TIMES dénonce « la grave erreur de calcul » de M. Bush et assure que le moment est venu « d’avoir peur, très peur même » : du programme nucléaire de Téhéran, mais aussi de la possibilité d’une attaque militaire des Etats-Unis. Pour le commentateur, les ressources de la diplomatie ne sont pourtant pas épuisées. Mais malheureusement « M. Bush n’est pas le seul à parler du simple choix entre la bombe et la guerre. M. Sarkozy fait le même raisonnement. Ce n’est pas la bonne démarche. Indépendamment des représailles iraniennes quasi inévitables après une attaque, on risque de se retrouver à la fois avec une guerre et un Iran doté de l’arme nucléaire ». Le DAILY MIRROR s’en prend pour sa part au Président américain, qui fait une fois de plus cavalier seul, et semble « ne pas avoir tiré les leçons de l’Irak ».

Le TIMES en revanche affirme que les nouvelles sanctions « envoient un message clair à Téhéran » et que les Iraniens devraient avoir « la sagesse » de l’écouter. Le journal rappelle que la position de M. Bush a été renforcée par le soutien de M. Sarkozy.

3. Le dilemme du Premier Ministre turc

S’ils appellent M. Erdogan à la modération, les commentateurs estiment aussi que la communauté internationale doit faire tout son possible pour aider le Premier Ministre turc.

« L’invasion du Kurdistan irakien est une terrible idée », assure le FINANCIAL TIMES qui cite trois raisons : M. Erdogan a fait des progrès « tangibles quoique modestes » dans la réconciliation des Kurdes ; les précédentes incursions n’ont pas donné de résultats ; et une invasion turque détruirait la paix relative de la région. La diplomatie reste, selon le journal, la meilleure solution, mais la Turquie doit pour cela avoir le soutien de ses alliés.

Dans la même ligne, le DAILY TELEGRAPH estime que « les conséquences d’une invasion en termes de déstabilisation dépasseraient de loin les bénéfices en matière de sécurité ». Toutefois, ajoute le journal, M. Erdogan est parfaitement en droit de demander au Royaume-Uni et aux Etats-Unis d’user de tous leurs pouvoirs pour refréner les projets meurtriers du PKK. Et plutôt que de lancer des avertissements à la Turquie, le gouvernement irakien devrait prendre des mesures énergiques pour empêcher le PKK d’utiliser le territoire irakien comme base pour ses opérations de terrorisme. Le TIMES comprend, pour sa part, l’intransigeance de la Turquie « qui se sent abandonnée par ceux qui devraient être ses alliés ».

III. AFFAIRES FRANCAISES

Le Grenelle de l’environnement

« La prochaine révolution française » (TIMES), « La France entend donner le ton en matière d’environnement » (DAILY TELEGRAPH) : les conclusions du Grenelle de l’environnement ont été d’autant plus suivies par la presse britannique que l’on s’interroge ici sur un possible revirement du gouvernement Brown en matière d’énergie renouvelable.

Les journaux soulignent les ambitions de la France et précisent que M. Sarkozy souhaite faire de l’environnement une des priorités de la présidence française de l’Union. Ils ne sont pas toujours convaincus des résultats à en attendre.

La révolution pourrait « ne produire que du vent », écrit l’INDEPENDENT. Le journal relève le « bilan inégal » de la France dans ce domaine : elle est dans les normes vis-à-vis des recommandations de Kyoto et émet environ 20% de moins de gaz carbonique que le Royaume-Uni, mais elle se situe nettement derrière l’Allemagne et les autres pays européens concernant l’usage des éoliennes et l’isolation des logements.

Pour le FINANCIAL TIMES, tout dépend « de la distance que le gouvernement est prêt à parcourir ». C’est également l’avis du TIMES qui craint que les propositions du Président de la République ne soient pas assez radicales. Le projet d’une nouvelle limitation de vitesse ainsi que celui d’un impôt sur les vols intérieurs ont été abandonnés, précise le DAILY TELEGRAPH qui ajoute : « il n’y aura vraisemblablement pas de changement dans le recours à l’énergie nucléaire qui continuera de fournir 80% des besoins en électricité »

Même s’il souligne « la démarche sans précédent » de M. Sarkozy, le GUARDIAN relève aussi que la France « est nettement à la traîne par rapport à un grand nombre de pays européens » et que « les défenseurs de l’environnement estiment qu’il faudra des années pour rattraper le retard »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028