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Semaine du 22 au 28 mars

SEMAINE DU 22 AU 28 MARS

La présentation du budget a constitué le temps fort de la semaine. Dans l’ensemble, la presse estime qu’Alistair Darling s’est plutôt bien tiré de l’exercice compte tenu des circonstances. Par ailleurs, trois anciens ministres travaillistes ont été mis en cause pour vente d’influence, ce qui a relancé le débat sur le lobbying. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : le regain de tension dans les relations entre le Royaume-Uni et Israël, et la réforme de la santé aux Etats-Unis. Le sommet de Bruxelles a donné lieu à une couverture modérément abondante tandis que le résultat des élections régionales en France a été largement commenté.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le budget

Le dernier budget avant les élections a occupé la majeure partie des journaux et fait l’objet de nombreux suppléments spéciaux. Si le TIMES titre sur le caractère « totalement politique » de l’exercice, le FINANCIAL TIMES s’inquiète en une de la « dérobade » d’Alistair Darling face au problème du déficit public. La presse conservatrice (DAILY TELEGRAPH, DAILY EXPRESS) dénonce en pages de couverture, et en gros caractères, « le raid sur les classes moyennes » et « la vengeance du Labour sur les durs travailleurs ».

A l’unanimité, les journaux reconnaissent qu’il s’agit d’un budget politique « habile »(TIMES), « astucieux » qui « met au défi » ses adversaires (INDEPENDENT). Comme le souligne l’éditorial du GUARDIAN, le Chancelier de l’Echiquier va rendre la vie de l’opposition difficile : personne ne peut l’accuser de s’être montré prodigue. Il n’a pas cherché à faire du spectaculaire. « C’est une démarche intelligente de la part d’un Chancelier de l’Echiquier qui n’avait pas beaucoup d’options ».

Dans un deuxième éditorial, le GUARDIAN salue la performance de M. Darling « qui possède désormais une qualité dont disposent peu d’hommes politiques : la confiance ». Cela ne fait pas nécessairement de lui un grand Chancelier, mais il représente un des rares atouts pour le Labour à l’approche des élections. Si les travaillistes l’emportent, M. Brown aurait tort de se séparer de lui. Andrew Grice de l’INDEPENDENT salue à son tour Alistair Darling « qui montre enfin de quoi il est fait ».

Plusieurs journaux, dont le FINANCIAL TIMES, regrettent toutefois le silence de M. Darling sur le déficit : l’état des finances publiques est catastrophique. Il ne fallait pas nécessairement faire tomber le couperet maintenant, mais expliquer ce que seraient les réductions au fur et à mesure de la reprise. M. Darling n’a donné aucun détail sur les économies que devra inévitablement faire le prochain gouvernement. Dans la même ligne, l’éditorial du TIMES reproche au Chancelier de l’Echiquier d’avoir laissé passer l’occasion de présenter une « politique économique saine » et une vision pour l’avenir d’un pays qui est en proie à une profonde incertitude, ce qui aurait justifié un quatrième mandat pour le Labour.

Les tabloïds conservateurs tirent à boulets rouges sur M. Darling. « Personne n’attendait quoi que ce soit de bon du dernier budget travailliste, et c’est ce qui s’est produit », écrit le SUN, accusant le Labour de préférer augmenter les impôts plutôt que de réduire les dépenses. « Tant que les travaillistes sont au pouvoir, nous risquons un chaos comparable à celui de la Grèce. Ce budget est mauvais pour le pays, mais il devrait permettre à David Cameron de montrer de quoi il est capable ». Le DAILY EXPRESS accuse le Labour de revenir à la « politique de l’envie » et de s’en prendre aux créateurs de richesse, dont la seule conséquence sera « d’appauvrir la nation et de détruire l’économie ».

L’hebdomadaire THE ECONOMIST consacre sa une à l’état de l’économie britannique, sous le titre « Sortir des ruines ». Dans le principal éditorial, qui porte le même titre, l’hebdomadaire estime que le climat général dans le pays est allé trop loin dans le pessimisme, mais que les prévisions de croissance d’Alistair Darling (1,25% cette année, puis 3,25% l’année prochaine et 3,5% l’année suivante) sont trop optimistes. Toutefois, selon THE ECONOMIST, le Royaume-Uni a les moyens de rebondir à condition de réduire la taille de l’Etat.

2. Les députés et la vente d’influence

Tout comme Geoff Hoon, ancien ministre de la défense et Patricia Hewitt, ancien ministre de la santé, Stephen Byers aurait vendu ses services à un journaliste s’étant fait passer pour le directeur d’une entreprise de communication. M. Byers, est allé plus loin que ses collègues, en proposant de faire changer la législation au profit de ses clients éventuels, comme il l’aurait fait pour d’autres. La presse dénonce ces pratiques.

Bien qu’il rappelle que ces trois anciens ministres travaillistes ne se représenteront pas aux prochaines élections, le TIMES considère que les accusations portées contre M. Byers sont trop sérieuses pour être simplement ignorées. Downing Street a trop rapidement exclu la tenue d’une enquête. Lors du scandale de l’été dernier concernant les dépenses des députés, le parlement a mis trop de temps à comprendre l’ampleur du dégoût de l’opinion face à des pratiques que les élus considéraient comme normales. Peut-il être réellement prêt à commettre la même erreur ? Le SUN, dans la même ligne, exige aussi une enquête, « l’affaire sentant suffisamment mauvais pour ne pas être étouffée ».

Le FINANCIAL TIMES estime en revanche que le lobbying est une pratique normale : « il est raisonnable pour des organisations, comme pour des individus, de vouloir influencer la politique des gouvernements ». « La transparence est cependant vitale », ajoute le journal qui demande la mise en place de réformes aussi rapidement que possible « avant que de nouveaux députés ne prennent de mauvaises habitudes et qu’une nouvelle crise ne se produise ». Le DAILY TELEGRAPH fait le même raisonnement : il faut un nouveau code de conduite prévoyant des sanctions s’il n’est pas respecté. « Et pour le rendre plus efficace, la transparence ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les tensions entre Israël et le Royaume-Uni

L’expulsion d’un diplomate israélien en poste à Londres a fait de nouveau monter la tension entre les deux pays. La presse britannique se montre sévère, mais à des degrés divers, envers l’Etat hébreu.

Le DAILY TELEGRAPH estime qu’il est « profondément regrettable » que le Royaume-Uni ait dû en arriver là. Le journal rappelle que cette décision fait suite à l’accusation portée contre les services secrets israéliens qui auraient fabriqué et utilisé des faux passeports britanniques afin d’assassiner un dirigeant du Hamas à Dubaï. Il souligne aussi qu’Israël et le Royaume-Uni ont souvent coopéré sur des questions de sécurité importantes, en particulier face à la menace iranienne. De bonnes relations entre Israël et les pays occidentaux sont essentielles pour négocier un accord de paix durable au Proche Orient. La colère du Royaume-Uni est justifiée, et Israël devrait en tenir compte. Pour le DT, la reprise de relations normales risque cependant d’être difficile tant que M. Nétanyahou opte pour la confrontation avec ses alliés : les adversaires du Premier ministre israélien affirment qu’il ne veut pas faire la paix avec les Palestiniens. « Si tel est le cas, Israël risque de s’isoler plus encore : ce n’est pas dans l’intérêt des pays occidentaux et cela réduit les perspectives d’un règlement durable ».

Soulignant la fermeté « sans précédent » de M. Miliband, « qui a presque accusé le gouvernement israélien d’avoir participé à une opération terroriste criminelle », le GUARDIAN pointe le doigt sur M. Nétanyahou dont les propos sur Jérusalem-Est ne sont pas ceux d’un gouvernement prêt à négocier. Le journal dénonce « une nation arrogante qui croit pouvoir agir en toute impunité, y compris contre la volonté d’un de ses plus proches alliés ». Le Premier ministre israélien doit faire face aux conséquences de son approche à propos de Jérusalem-Est. Sur cette question, comme sur le reste de la Cisjordanie, où le nombre des colonies a plus que doublé depuis la signature des accords d’Oslo de 1993, Israël cherche à préparer un accord final en créant un état de fait sur le terrain. « Aucun accord avec les Palestiniens ne sera possible dans ces conditions ».

L’INDEPENDENT opte pour la modération : « le gouvernement britannique a non seulement voulu faire connaître son mécontentement, mais il l’a fait haut et fort ». Ce n’est pas nécessairement dans son intérêt. Il n’aurait probablement pas agi de la sorte si les relations entre les deux pays n’étaient pas déjà aussi tendues. « Il faut espérer une amélioration », conclut le journal.

2. Barack Obama et la réforme de la santé

Même si elle a été acquise de justesse, la victoire de Barack Obama sur la réforme de la santé représente une étape importante, estime la presse britannique, qui attend cependant la réaction des Américains lors des élections de novembre.

Comme celui du GUARDIAN, l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES estime que le président américain « a assuré sa place dans l’histoire ». « M. Obama a fait adopter la principale promesse de son manifeste. Peu de dirigeants peuvent se vanter d’en avoir fait autant un an seulement après leur arrivée au pouvoir », souligne le GUARDIAN, tandis que le TIMES se félicite d’un « vote pour le progrès » : « M. Obama a trouvé le courage de ses convictions. Ses opposants espèrent récupérer des voix aux élections de novembre, mais ils ne tiennent peut-être pas compte de l’appétit des électeurs pour des réformes attendues depuis longtemps. M. Obama – et ce n’est pas la première fois – est du côté de l’histoire ».

« Pour les démocrates, le plus dur de la bataille est à venir », note de son côté l’INDEPENDENT qui, s’il se félicite d’une victoire de grande importance symbolique, estime que la législation est « loin d’être parfaite ». Comme ses confrères, le journal rappelle que l’électorat américain est sceptique et que les démocrates devront mener une campagne féroce contre leurs adversaires. Les hommes politiques peuvent gagner s’ils font preuve d’audace au bon moment, conclut-il cependant.

Le DAILY TELEGRAPH en est moins sûr : M. Obama a remporté un trophée, mais ses réformes sont mal conçues et elles ont suscité bien des divisions. Il a montré ses défauts de gestionnaire et c’est en contraste avec ses convictions.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Le sommet de Bruxelles

Les principaux journaux titrent sur l’accord à propos de la Grèce, mais une partie de la presse eurosceptique s’inquiète des propositions franco-allemandes pour la gouvernance économique de l’Union.

Le FINANCIAL TIMES se félicite d’un « sage compromis » : le FMI est la meilleure institution pour aider la Grèce. L’accord entre la France et l’Allemagne prouve que la coopération est concevable même sur des questions difficiles. « Avec l’accord intervenu cette semaine, les gouvernements européens ont cherché à juste titre un remède à court terme. Il ne faut cependant pas oublier le plus important : la restructuration des dettes souveraines doit toujours être possible au sein de l’union monétaire ».

Le GUARDIAN et l’INDEPENDENT sont inquiets de l’insuffisance des mesures annoncées. Il ne s’agit pas d’un « plan », mais d’un accord pour mettre au point un « plan ». La crédibilité de l’euro dépend d’une action commune et énergique, et on en est loin, écrit le GUARDIAN. L’INDEPENDENT doute lui aussi que ce plan calme les craintes des marchés : la Grèce pourrait encore faire faillite et entraîner avec elle d’autres membres de la zone euro. Pour le journal, la proposition de Mme Merkel d’un nouveau traité pour assurer la stabilité de l’union monétaire serait certainement une bonne chose compte tenu de l’échec du Pacte de stabilité à imposer la discipline à la Grèce.

Ce n’est évidemment pas l’avis de la presse eurosceptique. Même s’il est plus nuancé que le SUN, le DAILY MAIL et le DAILY EXPRESS qui y voient une manœuvre de Paris et Berlin pour acquérir davantage de pouvoirs, l’éditorialiste du TIMES s’interroge sur les répercussions d’une telle démarche : La proposition d’une gouvernance économique pour l’ensemble de l’Union met les Britanniques au défi et est de nature à rouvrir la question du Traité de Lisbonne. « Une chose est sûre : c’est maintenant l’Allemagne qui mène le jeu en Europe, et le prochain gouvernement britannique devra prêter sérieusement attention à Mme Merkel », conclut le journal.

Dans la même ligne, le DAILY TELEGRAPH présente la proposition d’une gouvernance économique comme une « excuse pour renforcer le fédéralisme » : la France et l’Allemagne veulent augmenter la centralisation et pas seulement pour la zone euro. Le Royaume-Uni doit prendre garde, et il ne doit pas compter sur le Premier ministre actuel pour défendre ses intérêts.

IV. AFFAIRES FRANCAISES

Les régionales

Les principaux journaux tirent les conclusions du résultat des régionales et relèvent la « victoire exceptionnelle » de la gauche. Ils cherchent néanmoins à mettre les choses en perspective.

S’il reconnaît que M. Sarkozy a subi un « revers personnel » avec ces élections, Simon Tisdall du GUARDIAN estime que les principales difficultés du président de la République, comme pour tous les autres dirigeants européens, ne sont ni idéologiques, ni personnelles. Elles tiennent à la fragilité de la reprise économique, à l’ampleur de la dette et au manque de confiance de l’opinion envers les hommes politiques.

M. Sarkozy a dû sacrifier un de ses alliés pour empêcher une révolte, écrit Charles Bremner du TIMES, précisant que M. Darcos « a payé le prix de sa défaite en Aquitaine ». Le DAILY TELEGRAPH titre sur l’annonce de la création d’un nouveau parti par M. de Villepin, un point repris également par l’INDEPENDENT. Soulignant que le résultat des élections a été « catastrophique » pour l’UMP, le journal précise que M. Sarkozy a offert des postes ministériels à de jeunes responsables proches de son prédécesseur, M. Chirac, et de son rival, M. de Villepin.

Pour le FINANCIAL TIMES, ce n’est pas parce que l’UMP a subi une défaite que le président de la République a dit son dernier mot. Plutôt que de se concentrer sur les manœuvres politiques au jour le jour, M. Sarkozy devrait penser à la postérité. Une de ses graves erreurs a été de vouloir trop en faire. Il devrait prendre exemple sur M. Obama et porter toute son attention sur une grande réforme. Le président de la République a déjà indiqué que sa priorité serait la réforme du régime de retraite. Il a raison, d’autant que les sondages montrent que les Français sont favorables à une réforme de l’économie. « Avec une forte majorité au parlement, M. Sarkozy a une excellente chance de faire adopter la réforme des retraites. Ce serait une bonne chose pour la France et peut-être même habile sur le plan politique ».

L’éditorial du GUARDIAN met surtout en avant la « victoire remarquable » de la gauche : les socialistes ont redécouvert l’art des alliances, tandis que l’UMP n’a plus personne vers qui se tourner. Le journal excluait, comme beaucoup de ses confrères, un départ de M. Fillon « plus populaire que son président » et dont les pouvoirs de négociateur seront nécessaires pour moderniser le système des retraites, « la partie la plus importante du programme de réforme ». Selon le GUARDIAN, Martine Aubry est « l’héroïne socialiste de l’élection » et elle se retrouve en bonne position pour affronter M. Sarkozy lors des présidentielles de 2012.

THE ECONOMIST relève lui aussi la remontée des socialistes, mais rappelle que, selon les sondages, c’est Dominique Strauss-Kahn qui disposerait des plus grandes chances de battre le président en 2012. Pour l’hebdomadaire, la candidature du directeur du FMI serait en fait une bonne chose pour la France : depuis trois ans, M. Sarkozy domine la vie politique française et il a été relativement peu mis au défi. Un véritable débat face à un adversaire crédible permettrait aux Français de faire leur choix. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028