SEMAINE DU 22 AU 28 JUIN
La presse mise, mais sans toujours y croire, sur l’élection d’un nouveau speaker à la Chambre des Communes pour remettre de l’ordre à Westminster. Elle reproche à Gordon Brown de ne pas admettre la nécessité d’une réduction des dépenses publiques. Par ailleurs, la politique européenne de David Cameron divise les médias. L’Iran domine toujours les affaires internationales. Au chapitre de la France, le discours de Versailles et les déclarations du président de la République sur la burqa ont donné lieu à une importante couverture de presse à la tonalité plutôt positive.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le nouveau speaker des Communes
La Chambre des Communes a un nouveau speaker : John Bercow, qui a appartenu un temps à l’aile droite conservatrice, mais a flirté ensuite avec la gauche, a été élu en remplacement de Michael Martin grâce aux voix des travaillistes et à la grande déception des Tories. M. Bercow va être mis à l’épreuve mais, de l’avis de la presse, s’il s’y prend bien il peut faire de grandes choses.
« Ce sera un triomphe ou une catastrophe, mais le choix de John Bercow ne conduira vraisemblablement pas à la médiocrité », estime le TIMES, selon lequel le nouveau speaker a des qualités (il est jeune, éloquent, libéral et réformateur) qui le rendent supérieur à son prédécesseur. Il devra se montrer « un réformateur authentique et ne pas être prisonnier des traditions ». Il doit pour cela comprendre que la politique demande un avocat et un leader. Il doit faire accepter par ses collègues les réformes nécessaires au bon fonctionnement des Communes, tenir les promesses faites par tous les candidats sur le renforcement du pouvoir législatif par rapport à l’exécutif. Il doit aussi accepter le fait de ne pas être inamovible. « John Bercow est un homme à deux faces : d’un côté, le réformateur articulé et passionné ; de l’autre, le traditionnaliste qui veut porter les atours du speaker. C’est le premier qui doit l’emporter dès demain », conclut le TIMES.
Dans la même ligne, le DAILY TELEGRAPH met en avant « l’occasion unique » qui s’offre à M. Bercow d’opérer les changements qui s’imposent : il doit à cette fin faire preuve « d’énergie, d’intelligence et avant tout de courage ». Le GUARDIAN assure pour sa part que la victoire de John Bercow et de son programme de réforme montre qu’il y a « une certaine vigueur aux Communes ».
Le SUN déplore que M. Bercow, impopulaire auprès des conservateurs, doive sa victoire au Labour, « qui a agi par vengeance après la démission forcée de Michael Martin ». Selon le tabloïd, le nouveau speaker doit faire en sorte de gagner au plus vite la confiance de tous les partis. Le DAILY MAIL n’y croit pas et estime qu’il faut « mettre fin à cette farce en provoquant des élections ».
2. Le Labour et les dépenses publiques
Multipliant les interviews dans la presse, notamment dans le TIMES (26 juin), Gordon Brown se déclare prêt à mener le Labour à la victoire et se fixe pour priorité la croissance économique et la réforme du secteur public. Il accuse de nouveau les conservateurs de vouloir réduire les dépenses et donc de menacer les principaux services publics. La presse lui reproche de ne pas accepter la réalité et le dernier sondage (YouGov pour le DAILY TELEGRAPH) signale que trois électeurs sur quatre sont favorables à une réduction des dépenses.
En refusant d’accepter la logique des chiffres, le Premier Ministre sape ses arguments, écrit l’éditorialiste du GUARDIAN, soulignant que tous les principaux partis politiques savent qu’il faudra maîtriser le déficit budgétaire. Le journal reconnaît que les instincts des travaillistes et des conservateurs restent cependant différents. Un gouvernement conservateur finirait par réduire la taille de l’Etat, les services publics et diminuer les impôts des plus riches. M. Brown pourrait facilement attaquer ses adversaires s’il acceptait la réalité. Pour cela, le Labour doit changer de tactique au plus vite. « Le message des travaillistes devrait être le suivant : faîtes confiance à nos instincts, non aux leurs. Nous vous protégerons, eux ne le feront pas. Mais nous devons admettre les dures réalités ».
Le TIMES est du même avis : « M. Brown comprend le besoin d’une réforme radicale du service public. Mais il n’aboutira à rien s’il ne change pas sa position sur la réduction des dépenses. Le SUNDAY TIMES renchérit et engage le Premier Ministre à « montrer du courage et lancer un débat honnête » : si le Labour pense pouvoir mieux gérer les services publics en période d’austérité, qu’il défende ses arguments.
3. David Cameron et l’Europe
L’annonce par David Cameron du retrait des députés européens conservateurs du PPE a suscité des réactions très tranchées dans la presse.
Le FINANCIAL TIMES, pro-européen, est atterré : dans un éditorial intitulé « les Tories castrés », le journal dénonce « l’erreur lamentable » de M. Cameron. Sa décision va affaiblir l’influence du Royaume-Uni à bien des égards. En rejoignant un petit groupe largement composé de Tchèques et de Polonais, M. Cameron risque de saper les relations avec ses alliés de centre-droit naturels à Berlin et à Paris, où il est déjà impopulaire du fait de son ambition de tuer le Traité de Lisbonne. « Le dirigeant conservateur prétend se battre pour la souveraineté britannique, mais en réalité il va réduire l’influence du Royaume-Uni sur des questions d’importance fondamentale, comme le changement climatique et la régulation financière. Si Le Royaume-Uni devient un acteur de second plan en Europe, il perdra non seulement de son influence à Bruxelles, mais aussi à Washington. La relation spéciale dépend du rôle du Royaume-Uni sur le continent : s’il n’a pas de poids en Europe, il n’en a nulle part ailleurs ».
A l’inverse, le DAILY TELEGRAPH se félicite de ce développement : « il est important que les électeurs se rendent compte que David Cameron croit à ce qu’il dit ». C’est une bonne chose aussi que tous ceux qui ont voté pour des partis non-fédéralistes soient représentés au parlement européen. Les blocs de centre-droit et de centre-gauche sont tous partisans de l’intégration (armée, police, espace judiciaire, siège unique à l’ONU). Ce n’est pas ce que veulent les Européens. Nous devons reprendre des pouvoirs à Bruxelles, et nous devons féliciter M. Cameron pour sa démarche.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
L’Iran et les relations avec le Royaume-Uni
Les tensions montent entre Londres et Téhéran après les accusations de complot portées par l’Ayatollah Khamenei. La presse estime qu’une fermeté de ton s’impose et relève que le président Obama lui-même est en train de changer d’approche.
Les journaux (DAILY TELEGRAPH, TIMES, INDEPENDENT) rappellent que l’Iran prend volontiers le Royaume-Uni pour bouc-émissaire et le fait d’autant plus volontiers que le régime de Téhéran a été pris de court par les ouvertures de M. Obama. Tous soulignent aussi que les Iraniens sont furieux du rôle « superbe » joué par la chaîne de télévision de la BBC en farsi. Le DAILY TELEGRAPH considère que la « réponse mesurée » face aux provocations des mollahs risque toutefois de ne pas être tenable si les relations continuent de se détériorer.
L’INDEPENDENT conserve l’espoir du fait que Téhéran hésite pour le moment à « brûler les ponts » avec l’administration américaine, mais le TIMES rejette les accusations iraniennes : « l’étendue supposée de l’influence du Royaume-Uni dans le Golfe n’a peut-être pas de quoi déplaire au Foreign Office, mais elle ne fait aucun sens. Les régimes répressifs adoptent toutes sortes de moyens pour faire taire leurs dissidents. La propagande contre les pays étrangers en fait partie. Ce n’est pas le Royaume-Uni qui s’en prend à la théocratie, mais le peuple iranien. Le plus inquiétant c’est que le régime sait que ses problèmes politiques sont nés en Iran et que c’est en Iran qu’il faudra trouver la solution ».
Quant au ton plus ferme de Barack Obama envers Téhéran, Bronwen Maddox du TIMES assure qu’il est venu juste à temps pour calmer le Congrès américain. Pour la journaliste, cela ne marque pas la fin des ouvertures tentées par le président américain, mais la donne a toutefois changé. Celui-ci va peut-être envisager un renforcement des sanctions et chercher à obtenir davantage de coopération de l’Union européenne à l’occasion du G8. L’Allemagne semble à présent prête à accepter des sanctions plus dures. Or, c’est à cause de la réticence antérieure des Allemands que l’Union européenne se retrouve, sur ce front, nettement à la traîne des Etats-Unis. Quentin Peel du FINANCIAL TIMES considère pour sa part que les Européens et les Américains sont « sur la même longueur d’onde » : les dirigeants politiques de part et d’autre de l’Atlantique savent très bien qu’ils ont une capacité limitée à influencer les événements en Iran et qu’une réaction excessive risquerait d’attiser le ressentiment.
Dans la même ligne, THE ECONOMIST estime que M. Obama a eu raison, comme les dirigeants européens, de hausser le ton. Il a eu raison aussi de ne pas prendre parti contre le régime. Le président américain doit avoir pour priorité de mettre fin au programme nucléaire iranien et il devra pour cela reprendre tôt ou tard le dialogue avec Téhéran.
III. AFFAIRES FRANCAISES
Le discours de Versailles et le débat sur la burqa
Le discours du président de la République a donné lieu à une importante couverture de presse, les journaux soulignant le caractère « historique » de l’exercice. Si le FINANCIAL TIMES s’est concentré sur l’économie, et la priorité à l’emploi, ses confrères ont préféré titrer sur la question de la « burqa ».
Outre un article factuel, le FINANCIAL TIMES consacre un éditorial au discours de Versailles. Pour le quotidien de la City, le président de la République a des raisons d’être satisfait, mais il « peut mieux faire » : la France a mieux résisté à la crise que ses voisins et, si elle ne peut échapper à la récession, elle peut s’attendre néanmoins à faire mieux que le Royaume-Uni et l’Allemagne. M. Sarkozy a refusé toutefois d’aborder la question du déficit budgétaire, et pour le FT, elle est pourtant pressante : les retraites, les dépenses sociales et de santé ont besoin de réformes urgentes. « M. Sarkozy propose une action radicale contre le gaspillage et les lourdeurs administratives. C’est bien peu pour un président qui avait promis une réforme réelle. S’il ne peut mieux faire, la France ne sortira pas de la crise mieux armée que les autres pour réussir, comme il le promet ».
THE ECONOMIST estime que M. Sarkozy aurait les moyens de mettre en œuvre ses réformes malgré la récession : il a regagné une partie de sa popularité, l’UMP a fait un bon score aux élections européennes et l’opinion est divisée. Pourtant, selon l’hebdomadaire, le président de la République n’a pas donné l’impression d’être prêt à saisir l’occasion.
Dans l’ensemble, la presse britannique apporte son soutien au président de la République sur la burqa, la presse tabloïde en particulier. Barrant toute sa une d’un « Bannissons la burqa ici au Royaume-Uni. Même les Musulmans n’en veulent pas », le DAILY EXPRESS reprend les propos de M. Sarkozy et donne les résultats d’un sondage effectué auprès de ses lecteurs, indiquant que 98% d’entre eux souhaitent l’abolition de la burqa. Le DAILY MAIL ouvre ses colonnes sur toute une page à une musulmane qui défend l’intégration : « ceux qui choisissent de vivre selon les règles des Taliban n’ont rien à faire ici ». Un commentaire de l’INDEPENDENT relève que M. Sarkozy a raison et que « la burqa est un objet de répression ».
Un éditorial du TIMES renchérit sur ce thème : la burqa n’est pas le voile, et elle est même controversée au sein de l’Islam. Le Coran n’en demande pas le port. Au sein d’une société occidentale, se couvrir la face est contraire aux droits fondamentaux de transparence et d’égalité. « Ainsi que le déclare M. Sarkozy, il est inacceptable que des femmes soient prisonnières derrière un grillage ». Tolérer cette pratique ouvre la voie à l’intolérance et à la création de ghettos. Une interdiction absolue de la burqa n’est pas nécessaire et serait difficile à mettre en œuvre. Mais l’éducation civique et religieuse, ici, en France et dans le monde musulman, sont la meilleure façon de consigner dans les ténèbres ce sombre symbole./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028