london_paris_panoramic Français English

» Actualités » Revues de presse » Revue de presse hebdomadaire » Semaine du 21 au 27 novembre

Semaine du 21 au 27 novembre

SEMAINE DU 21 AU 27 NOVEMBRE

L’attention s’est surtout concentrée sur les sujets de politique intérieure. La presse s’est livrée à des commentaires inquiets dans l’attente des déclarations du Chancelier de l’échiquier (« Autumn Statement ») sur l’état prévisionnel de l’économie et des dépenses publiques du Royaume-Uni ce 29 novembre. Les journaux condamnent aussi pour la plupart le mouvement de grève du secteur public prévu pour le mercredi 30 novembre. Ils ont longuement couvert les auditions par la commission d’enquête Leveson des victimes des écoutes téléphoniques illégales. L’Egypte a dominé les affaires internationales avec la condamnation des violences place Tahrir, la majorité des commentateurs plaidant pour la fin du régime des généraux et la tenue des élections. Une couverture importante a également été accordée à la Syrie (suite de l’interview du président Assad au SUNDAY TIMES, réaction de la Turquie et de la Ligue Arabe). La presse a annoncé les sanctions unilatérales prises par le Royaume-Uni contre l’Iran et les réactions de Téhéran. Concernant la zone euro, le ton est resté alarmiste même si le sujet a été moins couvert : les journaux ont relevé le refus de Mme Merkel de céder aux demandes de la France sur le rôle accru de la BCE, et son opposition aux euro-obligations. Pour la plupart, ils estiment que, sans concessions de la chancelière allemande, l’euro est voué à la destruction.

I. Royaume-Uni

1. Les défis de George Osborne

A quelques jours de la présentation par le Chancelier de l’échiquier ce 29 novembre de l’état prévisionnel de l’économie et des dépenses publiques, la presse ne peut que constater les difficultés auxquelles est confronté George Osborne.

David Cameron a déjà annoncé que la réduction du déficit prendrait davantage de temps que prévu. Et selon l’OCDE, le Royaume-Uni plongera de nouveau dans la récession au début de l’année.

THE ECONOMIST estime qu’il faut « se préparer aux mauvaises nouvelles » : « le message du Chancelier de l’Echiquier ne sera pas réjouissant : une diminution des prévisions officielles de croissance pour l’année prochaine et au-delà semble certaine. Les espoirs de la coalition d’éliminer la partie « structurelle » du déficit (celle que l’on ne peut pas attribuer au ralentissement temporaire de l’économie) et de limiter la dette publique d’ici la fin de l’année sont sérieusement en doute », l’échéance semblant désormais reportée à l’année fiscale 2016-2017. Et il y a plus inquiétant : les liens étroits du Royaume-Uni avec les pays de la zone euro signifient que son économie est entraînée dans la récession que traverse le continent.

Certains conservateurs semblent croire que le Royaume-Uni est protégé du désastre de la zone euro car il a sa propre monnaie. En fait, l’économie britannique est de plus en plus dépendante des exportations, dont les deux cinquièmes vont vers la zone euro »… « Pire encore, les banques britanniques ont fortement prêté aux pays les plus en difficulté de la zone euro…« le Chancelier de l’échiquier a déclaré qu’il ne considère pas l’exercice de mardi (« Autumn Statement ») comme un « événement budgétaire » où seront annoncés des changements en matière de dépenses et de fiscalité. Ce sera pour le budget de mars. « Mais il s’agit quand même d’un exercice politique. M. Osborne cherchera à lier entre elles toute une série de petites annonces politiques faciles, comme des mesures pour aider les petites entreprises, dans le but de présenter une stratégie cohérente pour la croissance. Mais étant donné la catastrophe qui se prépare aux portes du Royaume-Uni, cela va sembler bien maigre ».

Le FINANCIAL TIMES assure qu’au vu de son bilan le Chancelier de l’échiquier « n’a pas mal fait mais qu’il aurait pu mieux faire ». Pour l’éditorialiste du journal cependant, M. Osborne ne doit pas changer sa politique d’austérité : c’est une stratégie « sensée », même si la faiblesse de la croissance économique rend plus difficile la réduction du déficit. Ce plan a déjà permis au Royaume-Uni de regagner la confiance des investisseurs à un moment où trop de pays l’ont perdu. « Il n’y a pas de raison de sonner l’alarme », mais M. Osborne doit renoncer à de nouvelles réductions immédiates. Pour le journal, le manque de crédit et la régulation excessive freinent les investissements. « Le gouvernement doit donc faire pression sur les banques, assouplir la législation lorsque c’est possible et de ne pas changer de cap ».

« Les nouvelles sont mauvaises, mais M. Osborne ne doit pas changer de direction », renchérit le DAILY TELEGRAPH.

En revanche, l’INDEPENDENT appelle le Chancelier de l’échiquier à reconnaître l’échec de son plan A : pour le moment, le Labour n’a guère retrouvé de crédibilité mais, avec le retour de la récession et les difficultés de la zone euro, un plan B deviendra inévitable. Le GUARDIAN défend une ligne similaire en annonçant « la mort du plan A ».

Tous les journaux reviennent par ailleurs en fin de semaine sur le fait que le taux d’emprunt du Royaume-Uni est désormais plus bas que celui de l’Allemagne, ce qui est considéré par une partie de la presse comme justifiant la politique de George Osborne.

2. Les mouvements de grève du secteur public

La grève du secteur public prévue pour mercredi en protestation contre la réforme des retraites est condamnée par la majeure partie des journaux.

Un sondage publié par le SUN montre une nette opposition de l’opinion publique : seuls 37% des Britanniques interrogés soutiennent l’action annoncée pour 53% qui se déclarent contre. Le TIMES a publié un sondage convergent durant le week-end.

L’éditorial du SUN appelle les syndicats à renoncer à ce mouvement « irresponsable » qui coûtera au pays 500 millions de livres en période de crise financière. Celui de TIMES dénonce « la grave erreur » des syndicats : les salariés du secteur public devront certes verser davantage de contributions et travailler plus longtemps pour toucher des retraites parfois moins importantes. C’est effectivement difficile pour des personnes dont le niveau de vie est déjà touché par un gel des salaires en période d’inflation. Aussi pénible cela soit-il, ce n’est pas nécessairement injuste. La réforme des retraites du secteur public est essentielle : sans elle, le contribuable serait fortement touché. Bien des salariés du secteur privé quittent leurs emplois sans avoir les mêmes avantages que ceux du secteur public. Le gouvernement a fait de nombreuses concessions aux syndicats et il ne peut guère aller plus loin. « Les grèves perturberont l’activité du pays, mais il ne faut pas pour autant céder aux grévistes ».

« Ce n’est pas le moment de lancer un mouvement de grève massif », renchérit l’éditorialiste de l’INDEPENDENT qui demande lui aussi aux syndicats d’annuler cette action. Selon le journal, même avec les réformes, les retraites du secteur public restent plus avantageuses que celles du secteur privé. « Il ne s’agit pas d’une bataille idéologique, mais de ce que le contribuable peut se permettre. Le moment est venu pour le secteur public de faire preuve de réalisme ».

3. Le scandale des écoutes téléphoniques

La presse a accordé une très large couverture aux auditions par la commission d’enquête Leveson des victimes des écoutes téléphoniques illégales (sont concernés des parents de victimes comme ceux de Milly Dowler ou de Madeleine McCann ou des vedettes comme Hugh Grant, Sienna Miller). C’est l’occasion pour les journaux de qualité de relever les dénonciations conte les pratiques de la presse tabloïde tout en s’inquiétant néanmoins des conséquences qu’un tel débat peut avoir à terme sur les modalités d’encadrement de la liberté de la presse et d’exercice de son activité.

La presse revient peu sur la démission de James Murdoch des sociétés-mères du SUN et du TIMES et note que ce dernier reste membre du comité éditorial du TIMES. Elle s’interroge sur les risques que M. Murdoch soit démis de sa fonction de président de BskyB, compte tenu de la contestation d’actionnaires importants.

II. INTERNATIONAL

Le retour de la violence en Egypte

« La révolution égyptienne commence à tourner à l’aigre » : le titre de l’éditorial du DAILY TELEGRAPH traduit l’inquiétude des médias. Toute la presse pointe l’armée du doigt, estimant qu’elle a fait son temps.

L’armée doit « retourner dans ses casernes » : pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, les généraux égyptiens ne peuvent plus prétendre être les gardiens de la révolution. Les élections qui commencent lundi « offrent le meilleur espoir de transition même si dans le climat actuel d’instabilité elles s’avèrent une opération délicate. « Il n’y a pas de meilleur moyen de conférer de la légitimité aux nouveaux dirigeants d’Egypte…Une fois les élections menées, l’armée devra passer les pouvoirs sans tarder à la nouvelle autorité civile ». Quant aux nouveaux partis politiques, ils devront s’adapter à la réalité et répondre aux espoirs et aux craintes du peuple égyptien.

Pour l’éditorialiste du GUARDIAN, « les conditions actuelles sont les pires » qui soient pour des élections démocratiques. Elles risquent de faire le jeu de l’élite d’hier qui prétend que l’Egypte n’est pas prête au changement. « Mais ne rien faire conduirait certainement au chaos ». Le TIMES reconnaît lui aussi que les élections pourraient permettre à la vieille garde de se regrouper. Pour le journal, elles sont cependant essentielles. Les protestataires ont raison de demander une transition rapide vers la démocratie et le départ des généraux qui n’ont apporté « qu’une façade de changement ».

« L’armée doit céder la place à la démocratie », renchérit l’éditorial de l’INDEPENDENT qui relève les « frustrations » de la population face à la dégradation de la situation et conclut qu’il « faut persuader les généraux que toute tentative de prolongation à la tête du pouvoir ne fera qu’aggraver une situation déjà dangereuse ». THE ECONOMIST reprend la même ligne : « les généraux doivent partir et vite ». Selon l’hebdomadaire, « il y a de fortes chances que, comme en Tunisie, les Islamistes respectent les règles du jeu démocratique et cherchent à influencer non à dominer la vie politique ».

III. EUROPE

1. La zone euro

Les journaux ont continué de commenter la gravité de la situation dans la zone euro même si l’attention apportée au sujet a été plus faible que d’habitude, en partie du fait de la forte actualité intérieure. Avec l’échec partiel de la vente des obligations allemandes, l’Allemagne elle-même paraît n’être pas à l’abri de la contagion, soulignent-ils. Ils ne manquent pas non plus de relever l’opposition de l’Allemagne au projet d’euro-obligations présenté par le président de la Commission européenne ainsi que les désaccords entre Paris et Berlin sur le rôle de la BCE. Le mini-sommet de Strasbourg a été à cet égard une « victoire » pour Angela Merkel, souligne la presse, qui note également que me président de la République s’est rangé à la demande allemande d’un changement des traités.

« Est-ce vraiment la fin » ? THE ECONOMIST s’interroge en UNE sur le sort de l’euro dont il n’exclut plus l’effondrement à moins d’une action rapide de la BCE. L’hebdomadaire regrette la rigidité de Mme Merkel : « c’est une attitude qui doit changer, ou l’euro s’effondrera ». La chancelière allemande et la BCE ne peuvent pas continuer de menacer d’exclusion les économies imprudentes et rassurer juste après les marchés en leur promettant le sauvetage de l’euro. A moins de faire vite son choix, Mme Merkel risque de découvrir qu’il a été fait pour elle.

Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES défend l’idée des euro-obligations : c’est plus que jamais le moment d’avoir une discussion ouverte sur les mérites de ce projet, et le livre vert de la Commission constitue un bon point de départ. En dépit des objections allemandes, il y a de bonnes raisons pour que cette proposition vienne en tête de liste de l’agenda politique de la zone euro. Ce serait une sécurité pour les pays fortement endettés, qui leur laisserait suffisamment de temps pour remettre de l’ordre dans leurs finances. « Berlin a raison de dire que les euro-obligations ne sont pas une panacée, cependant les dirigeants européens ne recherchent pas des panacées mais plutôt des politiques acceptables et efficaces. Ce n’est pas une solution que de rejeter d’emblée les euro-obligations ».

Les journaux reviennent enfin sur la visite de David Cameron à Berlin le 18 novembre et l’attitude que pourrait adopter le Royaume-Uni à l’égard des projets de modification des traités européens. Seuls le FINANCIAL TIMES et le GUARDIAN ont mentionné « l’accord » qu’aurait obtenu le Premier ministre britannique d’une flexibilité à venir sur l’application de la directive temps de travail, concession qu’il pourrait vendre à l’aile conservatrice eurosceptique en échange d’un mouvement sur le changement des traités. Quelques commentateurs (éditorialiste du FINANCIAL TIMES, Philip Stephens dans le même journal et Matthew Parris dans une tribune publiée par le TIMES) considèrent par ailleurs que le Royaume-Uni n’a pas son mot à dire sur cette réforme qui concerne avant tout la zone euro.

2. Les élections en Espagne

La chute des marchés après l’annonce du résultat des élections est à attribuer selon les journaux à la crainte que le Parti Populaire n’ait pas de plan cohérent pour résorber l’important déficit du pays.

Pour l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, le nouveau Premier ministre, Mariano Rajoy n’a pas de temps à perdre : il a été trop « vague » sur son plan, et doit maintenant agir « vite et bien » sur deux points : se choisir une « équipe crédible » et expliquer en détail comment il entend réduire la dette et le déficit. Il doit être « agressif » et « éliminer les rigidités du marché du travail qui contribuent au taux de chômage de 22,6% ». Selon le journal cependant, M. Rajoy ne peut pas réussir tout seul. Il a besoin de l’aide de ses partenaires européens pour maintenir les taux d’intérêt à un niveau raisonnable.

Le TIMES relève un atout pour l’Espagne : les remèdes nécessaires pour tenter de redresser la situation vont être appliqués par des « hommes politiques élus et non par des technocrates n’ayant pas de mandat électoral », comme en Italie et en Grèce. De plus, l’Espagne s’en est plutôt bien tirée en termes de croissance économique lors des dix dernières années. Elle a malheureusement succombé à la bulle du crédit et de l’immobilier : la seule façon pour elle de sortir de la crise sera de s’ajuster à la réalité en coupant les coûts, les allocations et les dépenses publiques. « M. Rajoy doit montrer immédiatement sa détermination à réduire le déficit budgétaire ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028