SEMAINE DU 21 AU 27 JUIN
La presse reconnaît à l’unanimité la fermeté du budget présenté par le nouveau Chancelier de l’Echiquier, mais une partie des journaux estime qu’il comporte des risques. Plusieurs commentateurs en déplorent le caractère « injuste ». L’Afghanistan occupe une large place en politique internationale : les médias s’interrogent une nouvelle fois sur cette mission après le départ anticipé de l’envoyé spécial du Royaume-Uni et le renvoi par M. Obama du général McChrystal. Les divisions des dirigeants mondiaux en matière de politique budgétaire à la veille des réunions du G8 et du G20 ont dominé les analyses de la presse qui n’en espéraient guère de résultat.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le budget
« Un budget pour sauver le Royaume-Uni » (DAILY EXPRESS), « Un remède de cheval » (FINANCIAL TIMES), mais aussi « le budget d’un joueur » (GUARDIAN), qui n’est pas nécessairement « équitable » (INDEPENDENT) : George Osborne avait annoncé l’austérité, et le premier budget du Chancelier de l’Echiquier est conforme à ses promesses. La presse conservatrice est satisfaite, elle a obtenu ce qu’elle demandait. Les autres journaux s’interrogent sur les risques de récession, la solidité de la coalition et l’impact des mesures budgétaires sur les couches les moins favorisées.
Le DAILY TELEGRAPH salue « l’excellent début » de M. Osborne qui par son « budget courageux » va permettre au Royaume-Uni de ne pas sombrer : sa stratégie pour la réduction du déficit est crédible, la hausse des impôts et la baisse des dépenses sont réparties équitablement et il encourage la croissance du secteur privé.
« L’histoire jugera peut-être que ce budget a marqué le moment où le Royaume-Uni s’est tourné vers un avenir meilleur », s’enthousiasme le SUN, tandis que le TIMES n’est pas loin d’en faire autant. Le journal se félicite en effet de voir que le budget fait ressortir le meilleur du conservatisme en matière de politique budgétaire tout en incluant une bonne dose de justice sociale.
Le FINANCIAL TIMES se montre plus réservé. Tout en reconnaissant que M. Osborne a tenu ses promesses, le journal estime qu’il fait aussi un « gros pari en matière de macro-économie ». Que ferait-il en cas de récession ? « Ce budget nécessitait du courage politique, mais de sérieuses difficultés économiques déstabiliseraient le gouvernement et mettraient à l’épreuve la détermination du Chancelier de l’Echiquier. Toutefois si l’activité ne faiblit pas, M. Osborne aura rendu un grand service au Royaume-Uni », conclut le FT.
THE ECONOMIST salue le « cran » de George Osborne, dont le budget radical a été bien accueilli par les marchés. L’hebdomadaire estime toutefois que le Chancelier de l’Echiquier a commis une erreur en promettant de maintenir le budget du système de santé national (NHS). C’est un des secteurs qui coûtent le plus cher à l’Etat et il faudra pour compenser réduire de 25% en moyenne le budget des autres ministères. De plus, si M. Osborne a raison de miser sur la croissance du Royaume-Uni parallèlement à un recul de l’Etat, il ne doit pas oublier que c’est précisément un pari et qu’il faudra peut-être des ajustements. La reprise au Royaume-Uni est loin d’être robuste. La baisse des dépenses publiques et la hausse des impôts ne vont guère encourager la demande intérieure, et la zone euro – notre principal partenaire – est en difficulté. Dans ce contexte, prudence et flexibilité sont nécessaires. La hausse de la TVA, prévue pour janvier, pourrait être repoussée si l’économie se dégrade. M. Osborne a montré du courage. La sagesse voudrait qu’il ait aussi un plan B.
La presse travailliste souligne, à l’instar du DAILY MIRROR, qui le qualifie de « cruel », que ce budget « pressure les pauvres ». C’est d’ailleurs le titre d’un des éditoriaux du GUARDIAN, mais le principal éditorial du journal se concentre sur l’aspect de « grand pari national » que constitue ce paquet de mesures : George Osborne table sur le fait que l’économie tiendra bon, tout comme la coalition. Selon le journal, toutes les mesures d’austérité annoncées n’étaient pas nécessaires : il existe un risque réel pour la reprise, et M. Osborne n’a pas de plan B pour stimuler la croissance en cas de difficultés économiques. « Ce budget n’était pas inévitable. C’était une affaire de choix ». Et, selon l’INDEPENDENT, le choix qui a été fait est « sujet à controverse » : c’est un pari sur le plan économique, mais c’est aussi une démarche politiquement risquée, car elle met la coalition à l’épreuve : certains libéraux-démocrates ne cachent pas leur malaise, car ils ne sont pas convaincus du caractère « progressiste » de ce budget.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La mission des Britanniques en Afghanistan
Le bilan des victimes britanniques en Afghanistan atteint désormais le chiffre de 300, et l’envoyé spécial du Royaume-Uni dans ce pays a décidé de quitter ses fonctions un mois avant une conférence internationale importante à Kaboul. Il n’avait jamais caché son scepticisme à l’égard d’une mission à laquelle David Cameron accorde la priorité. Certains journaux commencent à se poser des questions.
Le DAILY TELEGRAPH approuve la « clarté » de David Cameron et estime qu’elle est bienvenue après les « discours souvent confus » du précédent gouvernement. Selon le journal, le nouveau Conseil de Sécurité Nationale mis en place par le Premier ministre doit poursuivre ses consultations de façon régulière et rendre compte de ses délibérations devant les Communes, chaque fois que ce sera possible.
L’INDEPENDENT estime que le moment est venu de faire le point sur la nature même de cette opération : l’idée d’un engagement indéfini ne tient plus. Cette mission ne dispose ni du soutien du public ni des ressources nécessaires… M. Cameron et M. Obama ne doivent pas laisser le public espérer trop de cette mission. Ils doivent expliquer ce qu’est la véritable menace pour les intérêts occidentaux, ainsi que les moyens les plus efficaces pour les sauvegarder. Les dirigeants politiques commencent à se montrer beaucoup plus réalistes sur la question en privé. Ils doivent faire preuve de la même franchise auprès de leurs électorats plutôt que de continuer à raconter les mêmes contes de fée. Il est temps de faire preuve de réalisme ».
Certains tabloïds vont plus loin. « Quelles preuves avons-nous que les sacrifices de nos courageux soldats vont stabiliser » ce pays ? s’interroge le DAILY EXPRESS, qui soupçonne la coalition de vouloir maintenir la mission pour gagner les faveurs des Etats-Unis. Le DAILY MAIL, tout aussi sceptique, se demande « combien de temps cette guerre peut-elle durer ? ».
2. La mission américaine
Le renvoi du général McChrystal après ses indiscrétions au magazine Rolling Stone est accueilli sans surprise par la presse. Quelques commentateurs évoquent un « désaccord » sur l’Afghanistan entre la Maison Blanche et l’armée américaine. Ils s’interrogent sur la poursuite de la stratégie, mais estiment généralement que le remplacement du général McChrystal par le général Petraeus est à cet égard rassurant.
Pour le FINANCIAL TIMES, M. Obama n’avait pas d’autre choix que de renvoyer le général McChrystal : c’est un « franc-tireur ». Son poste comportait un élément politique et il a compromis les efforts des Etats-Unis et de leurs alliés. « Un leadership divisé, même seulement en apparence, est un cadeau à l’ennemi ».
L’INDEPENDENT dénonce « l’erreur de jugement » du général et estime aussi que ses propos « semblent confirmer les rumeurs » de divergences. Simon Tisdall du GUARDIAN rappelle que « ce n’est pas la première fois » que le président américain et son général « croisent le fer » : « Stanley McChrystal est peut-être un bon général au meilleur de lui-même dans l’action, mais dès qu’il cherche à faire de la politique, il est aussi catastrophique que MacArthur ».
Seul le TIMES avait estimé que ce serrait une « grave erreur » de congédier Stanley McChrystal malgré la « folie extraordinaire » de ses propos car il est, selon le journal, l’architecte de la première stratégie militaire cohérente en Afghanistan. Pour le TIMES, bien des critiques exprimées par le général sont légitimes. La décision du président américain montre qu’il « fait passer les considérations politiques avant les considérations militaires ». Le journal se félicite cependant du choix du général Petraeus : ayant réussi en Irak, il faut espérer que ce dernier pourra faire la même chose en Afghanistan. The ECONOMIST regrette lui aussi, dans une certaine mesure, le départ du général McChrystal (c’est un maître de la contre-insurrection et il était un des rares Américains à pouvoir travailler avec M.Karzai). Pour l’hebdomadaire, M. Obama a fait un bon choix en le remplaçant par le général Petraeus, mais rien ne garantit qu’il réussira cette fois-ci.
3. Les sommets du G8 et du G20
La presse s’est beaucoup étendue sur les divisions des participants aux rencontres de cette année – contrairement à l’année dernière - estimant pourtant que la coopération et la solidarité restent essentielles.
« Les dirigeants mondiaux qui ne juraient que par la coordination pour combattre la crise se chicanent sur la politique budgétaire », écrit le FINANCIAL TIMES, expliquant le dilemme : certains veulent serrer la vis alors que leur économie n’a enregistré qu’une faible croissance (0,2% pour l’Allemagne durant le premier trimestre de cette année), d’autres réclament une nouvelle stimulation alors qu’ils sont largement sortis de la récession (la croissance des Etats-Unis est de 0,8%). Selon le journal, M. Obama a raison de craindre pour l’économie de l’Europe : si cette dernière entre de nouveau en récession, c’est le monde entier qui en souffrira. Les nations qui ont des excédents doivent venir à la rescousse. La Chine fait un effort, l’Allemagne doit trouver elle aussi le moyen de déverrouiller l’épargne des consommateurs et des entreprises. « Sans davantage de solidarité au sein du G20, la politique mondiale pourrait vite se gâter sérieusement »
Pour l’INDEPENDENT, ce serait de la « folie » que de tourner le dos à la coopération en ce moment. Le risque d’une nouvelle crise financière n’est pas exclu. La zone euro est toujours en difficulté et les gouvernements doivent présenter un front uni face aux banques.
Le DAILY TELEGRAPH relève la « position de force » de David Cameron face à la plupart de ses partenaires : son gouvernement a fait accepter au public et aux marchés un budget d’austérité sans précédent, et annoncé un projet de report de l’âge de la retraite montrant ainsi un réalisme qui semble faire défaut aux autres chefs de gouvernement. Mme Merkel a accepté les vertus de la discipline monétaire mais n’a pas encore convaincu son électorat. Quant à M. Sarkozy, il a peur des Français qui n’ont guère envie de devoir repousser l’âge de la retraite. M. Obama n’a pour sa part aucun plan crédible pour la réduction du déficit budgétaire. Ce manque d’unité « déprimant » est le résultat des événements, notamment la crise de la dette grecque, mais aussi de la myopie de certains dirigeants, y compris le président américain, qui ne comprennent pas le pouvoir limité du recours à l’impôt pour rétablir la prospérité. « Le Royaume-Uni a la chance d’avoir une Premier ministre qui comprend cela. Si la coalition réussit à réduire la part de l’Etat sans infliger trop de dommages au tissu social et au moral de la population, le Royaume-Uni sera en mesure d’offrir un modèle de gouvernement au reste du G20 », conclut le DT.
Concernant le G8, la presse de dimanche a titré sur l’avertissement des dirigeants mondiaux à M. Karzai : le président afghan a cinq ans pour régler ses problèmes./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028