Semaine du 21 au 27 janvier

SEMAINE DU 21 AU 27 JANVIER

La semaine a de nouveau été difficile pour Gordon Brown : démission du Ministre du Travail, Peter Hain, ouverture du débat aux Communes sur le Traité européen controversé et réactions négatives au plan de sauvetage de Northern Rock. Le krach boursier est venu ajouter à la morosité. Sur la scène internationale, la presse a condamné unanimement l’action d’Israël contre les Palestiniens de Gaza. Elle a fait bon accueil aux propositions de M. Barroso sur l’environnement ainsi qu’au rapport Attali pour la réforme de la France.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La démission de Peter Hain

La démission tardive du Ministre du Travail, Peter Hain, mis en cause pour irrégularités dans ses comptes de campagne, ne fait que mettre en lumière, selon la presse, « l’indécision » du gouvernement Brown. Les commentateurs sont en effet unanimes : la position de M. Hain n’était pas tenable et ce, depuis plusieurs semaines. Pour le TIMES, M. Brown a eu tort de « laisser l’infection se propager », et son « indécision » combinée au « refus obstiné d’admettre ses erreurs » constitue un « alliage inquiétant ». Le DAILY TELEGRAPH accuse Gordon Brown « d’institutionnaliser l’hésitation ». Les tabloïds conservateurs sont sans pitié : « l’homme qui avait promis de ramener l’intégrité dans la vie politique » commet les mêmes erreurs que son prédécesseur, écrit le DAILY MAIL, tandis que le DAILY EXPRESS estime que le gouvernement « donne de plus en plus l’impression d’atteindre sa phase terminale ». La presse travailliste n’est pas tendre non plus : pour le GUARDIAN, Gordon Brown « va devoir se battre pour regagner sa réputation ». Le journal estime que M. Hain, en dépit de ses qualités (« esprit combatif et indépendance ») « a affaibli le gouvernement ». L’INDEPENDENT reprend les mêmes arguments : M. Hain a fait preuve de beaucoup de courage par le passé, mais on ne peut lui pardonner une obstination qui a causé un sérieux tort au gouvernement.

2. Le débat des Communes sur le Traité de Lisbonne

Le débat a commencé aux Communes en vue de la ratification du Traité de Lisbonne. En dépit de quelques rebelles travaillistes et des conservateurs qui demandent un référendum, Gordon Brown semble assuré d’obtenir le vote demandé. Mais tout le monde, en particulier dans la presse, campe sur ses positions. Les journaux conservateurs eurosceptiques dénoncent la « trahison » de Gordon Brown et appellent les députés à ne pas lâcher prise. « Les députés ont l’obligation morale d’agir en accord avec la dignité de leur Assemblée, dans l’intérêt de leurs électeurs et conformément à leurs promesses électorales. Ils doivent agir en leur âme et conscience, et non se faire les agents des désirs de quelqu’un d’autre », écrit le DAILY TELEGRAPH, avant de conclure : « l’histoire se souviendra – ce journal aussi - de ceux qui ont voté en fonction de leurs promesses ». Un point repris par le SUN : « les députés doivent faire céder le gouvernement ».

« Les députés paieront cher s’il n’y a pas de référendum », renchérit le DAILY EXPRESS, tandis que le DAILY MAIL appelle Gordon Brown à se montrer de bonne foi : « admettre que le Traité n’est autre que l’ancienne constitution et annoncer un référendum ». La presse pro-européenne, à l’instar du GUARDIAN, fait un plaidoyer pour le Traité à partir des arguments suivants : le Royaume-Uni ne gardera son influence dans le monde qu’en fonction de la place qu’il occupera en Europe. « Il est donc dans notre intérêt d’aider à préparer l’avenir de l’Union. Pour gagner en poids, l’Europe a besoin d’une politique étrangère et de défense mieux coordonnée. C’est un des objectifs du Traité de Lisbonne. Le gouvernement doit chercher à acquérir la confiance du public et même lui insuffler de l’enthousiasme pour la direction que prend enfin l’Europe ». Quelques commentateurs analysent le jeu des principaux partis politiques. Peter Riddell du TIMES rappelle les déboires de John Major lors de Maastricht en 1992. Pour le commentateur, « Il ne faut pas toutefois exagérer les comparaisons ». Le gouvernement Major n’avait alors qu’une majorité de 21 sièges. Celle du Labour est de 70 environ. De plus les eurosceptiques travaillistes sont moins intransigeants que ne l’étaient les rebelles conservateurs en 1992, et le vote aux Communes sur le traité ne devrait pas perturber le reste du programme du gouvernement. Les divisions sur l’Europe sont en fait beaucoup moins importantes que par le passé, et le gouvernement devrait remporter le vote. Bien sûr M. Brown sera accusé de trahison par les conservateurs, mais David Cameron doit prendre garde : ses critiques pourraient apparaître excessives et trop europhobes surtout si le traité est ratifié par le reste de l’Europe avant les prochaines élections. Steve Richards de l’INDEPENDENT lance également un avertissement au dirigeant conservateur : les Britanniques sont peut-être eurosceptiques, mais les partis politiques qui se battent sur ce thème aux élections ne réalisent jamais de bons scores.

3. La crise de Northern Rock

Le plan de sauvetage présenté par Alistair Darling aux Communes pour la « sécurisation » de la dette de Northern Rock a fait l’objet de nombreuses critiques. « C’est un plan qui protège davantage les hommes politiques que les contribuables », écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES. Dans le même journal, Philip Stephens parle de « feuille de vigne pour masquer l’échec du Labour » : le gouvernement est prêt à tout pour éviter la nationalisation, et échapper aux vieux démons des années 70. Mais le projet de M. Darling revient à une nationalisation sans les bénéfices potentiels. C’est une démarche plus politique qu’économique. Le GUARDIAN accuse le gouvernement d’aller trop loin pour éviter la nationalisation. C’est trop risqué pour le contribuable et peu conforme aux règles de l’Union européenne. Pour le journal, la meilleure solution dans l’immédiat reste la nationalisation. Si la presse conservatrice préfère la deuxième solution à la nationalisation, elle n’en est pas moins critique à l’égard d’un gouvernement « qui s’y est mal pris depuis le début ». Le DAILY TELEGRAPH reproche à M. Darling de « se moquer du contribuable ». Le TIMES regrette les « hésitations » persistantes des autorités et estime que, s’il est habile, le plan de M. Darling ne bénéficie pas à ceux qui le méritent : l’argent du contribuable ne devrait pas servir à enrichir des Richard Branson ou à épargner M. Brown.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La crise financière

Après Northern Rock, le Krach boursier est venu renforcer les inquiétudes, occupant la une des journaux plusieurs jours de suite.

La réduction de ¾ de point du taux de la Réserve Fédérale américaine (Fed) a, de l’avis de la presse, souligné la gravité de la situation. Pour le DAILY TELEGRAPH, « il faut s’attendre au pire » : l’économie américaine est dans une plus mauvaise posture qu’on ne le pensait. En fait, les Etats-Unis sont en récession. Pire encore, les marchés craignent que cette récession ait des répercussions sur l’économie mondiale. « Il est temps d’attacher les ceintures, car la traversée va être rude ».

La Fed montre son inquiétude, note à son tour le FINANCIAL TIMES, qui estime la réduction du taux d’intérêt justifiée, mais également risquée : une fois la stabilité retrouvée, il faudra augmenter les taux aussi vite qu’ils ont été baissés.

Pour la presse, il faut évidemment tirer les leçons de cet épisode. Le TIMES annonce « la fin de l’argent facile » : 2008 sera l’année de l’incertitude économique. Aux Etats-Unis, ce sera plus probablement celle de la récession. Pour les dirigeants d’entreprise, la prudence s’impose, mais la relance de l’économie demandera la poursuite de la libéralisation commerciale. « La stabilité reviendra en son temps, mais on ne sait pas quand. En attendant, il faut s’ajuster aux nouvelles réalités ».

Une fois l’équilibre retrouvé, le GUARDIAN assure que le Labour devra réviser ses principes, notamment celui de ne pas intervenir dans la City : le manque de transparence des institutions financières complique en effet, selon le journal, la réponse aux crises financières.

La presse a par ailleurs largement couvert l’affaire de la Société Générale, se demandant dans quelle mesure elle avait pu contribué au Krach du début de la semaine.

2. La situation à Gaza

La presse a unanimement critiqué le blocus israélien à Gaza.

Même s’il est juste qu’Israël prenne au sérieux les attaques de roquettes, « la punition collective d’1,5 million de Palestiniens n’est pas une façon de répondre à la menace », proteste l’INDEPENDENT, ajoutant que ce blocus ne fera que renforcer la détermination des extrémistes et exposera Israël encore plus au danger.

« Priver un peuple des produits essentiels ne fait qu’accroître sa haine envers Israël et fait le jeu des extrémistes », renchérit le DAILY TELEGRAPH, qui accuse le gouvernement israélien de « faire preuve de faiblesse ». Le Hamas doit cesser ses attaques de roquettes, tandis que l’Egypte doit renforcer le contrôle de ses frontières pour empêcher la contrebande d’armes. « Mais Israël doit tâter le terrain auprès du Hamas, dans le but de commencer un dialogue. Une solution dans la bande de Gaza est nécessaire pour un accord au Proche Orient. Le Hamas ne peut plus être ignoré comme interlocuteur ». Dans la même ligne, le GUARDIAN assure que « seule une forme de dialogue avec le Hamas arrêtera les attaques de roquettes », mais accuse Israël de s’y opposer et de mettre une fois de plus en danger la solution des deux Etats. Le FINANCIAL TIMES, à son tour, estime que « les islamistes doivent être inclus dans les discussions, à condition qu’ils soient prêts à coopérer à la création d’un Etat palestinien ».

III. AFFAIRES EUROPEENNES

L’Europe et la lutte contre le réchauffement climatique

Jugées trop ambitieuses ou au contraire pas assez, les propositions de M. Barroso pour lutter contre le réchauffement climatique sont néanmoins bien accueillies par la presse. Les commentateurs estiment que le plus dur pour l’Union sera de convaincre le reste du monde de suivre son exemple.

« Personne ne peut accuser M. Barroso de faire preuve de timidité face au réchauffement climatique », écrit le TIMES qui, s’il estime « défectueux » certains des objectifs annoncés sur la réduction des émissions et les énergies renouvelables, assure que « dans leur ensemble, les propositions de M. Barroso confirment que l’Europe prend au sérieux la lutte contre le réchauffement climatique, et se montre fort ambitieuse par rapport à la situation présente ». Dans la même ligne, le FINANCIAL TIMES souligne que si l’on veut faire reculer la menace, il faudra réduire les émissions de gaz carbonique sur une grande échelle, et les propositions de M. Barroso sont « les plus ambitieuses » qui aient été avancées par une grande économie. Comme le TIMES, le FT considère en revanche qu’il faut laisser chaque Etat membre décider du rythme d’introduction des énergies renouvelables.

Le GUARDIAN se félicite d’une démarche « bienvenue », mais regrette qu’elle n’aille pas suffisamment loin. De plus, relève le GUARDIAN, le reste du monde « continue de traîner les pieds » et les entreprises risquent de se montrer moins enthousiastes maintenant que l’économie donne des signes de morosité. « Le gros risque pour M. Barroso c’est que les autres gros pollueurs refusent de se joindre à ses projets et que l’Europe, en représailles, ait recours au protectionnisme », note aussi le TIMES avant de conclure : « pour leur bien et pour le nôtre, il faut chercher à persuader, sans les intimider, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde à suivre l’exemple de l’Europe ».

L’INDEPENDENT compare « l’efficacité » de l’Europe à l’inaction des Etats-Unis, mais engage la Commission à « ne pas tomber dans le piège de croire qu’elle peut compter entièrement sur le marché ». Seul un impôt permettra de réduire les gaz d’émission, ce qui impliquera une « rude bataille politique ».

IV. AFFAIRES FRANCAISES

Le rapport Attali

« Révolutionnaires », mais bonnes pour la France : les propositions du rapport Attali sont accueillies avec enthousiasme par une partie de la presse.

C’est un rapport qui, selon le TIMES, « ne manque pas d’audace » : le Président de la République possède désormais un outil qui devrait lui permettre d’ouvrir l’économie française. Il devrait en suivre les grandes lignes et le faire au plus vite. M. Sarkozy a gagné le pouvoir en promettant une réforme de la France en profondeur. Le plan de M. Attali pourrait lui être d’une grande aide : il est basé sur la libéralisation et l’ouverture. « Un grand nombre de ses idées sembleraient banales au Royaume-Uni, mais en France elles sont révolutionnaires ».

Généralement assez mal disposé à l’égard de M. Attali (« L’ancien conseiller économique du président Mitterrand n’a pas d’exploit majeur à son actif, et son passage à la BERD a été obscurci par son goût trop poussé pour le marbre de Carrare »), le FINANCIAL TIMES estime néanmoins qu’il faut « prendre son rapport au sérieux » : si ses principales recommandations étaient mises en œuvre, « ce serait une véritable révolution dans la vie socio-économique de la France ». Déréglementation, concurrence et fin de la bureaucratie sont les maîtres-mots. Il s’agit essentiellement de libéralisation. Politiquement, la question est de savoir si le président de la République saura convaincre les Français. Beaucoup descendront protester dans la rue et commencent déjà à qualifier M. Attali d’Attila moderne.

« Le programme est courageux. Mais pourra-t-il être mis en œuvre ? », s’interroge enfin THE ECONOMIST, avant de conclure : « les expériences passées ne sont pas encourageantes »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028