Semaine du 21 au 27 avril

SEMAINE DU 21 AU 27 AVRIL

Ajoutée au reste, l’affaire de l’abolition de la tranche fiscale de 10% a, de l’avis des commentateurs porté sérieusement atteinte à la crédibilité de Gordon Brown. Concernant la crise financière, le plan de sauvetage des banques a été accueilli plutôt bien avec toutefois quelques réserves. Au chapitre international, la presse a continué de suivre la situation au Zimbabwe, relevant en particulier les démarches de Jacob Zuma, le successeur présumé de M. Mbeki à la présidence sud-africaine. La tournée au Proche Orient de l’ancien président américain, Jimmy Carter, a donné lieu à quelques commentaires positifs. Quelques journaux ont couvert l’interview télévisée du président de la République.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Gordon Brown face à la rébellion

Gordon Brown a probablement évité une rébellion aux Communes à propos de la suppression de la tranche fiscale de 10%. Mais, pour la presse, en se résignant à faire des concessions, le Premier Ministre a offert des munitions à ses adversaires. David Cameron n’a pas manqué de s’en servir, en y allant d’une petite phrase assassine : « He is a loser, not a leader ».

Les journaux pro-travaillistes expriment leur soulagement. C’est le cas du GUARDIAN qui estime le gouvernement « dans une meilleure position aujourd’hui qu’hier » : la menace de rébellion est passée. Certaines insultes ont davantage de poids à Westminster que dans le reste du pays, et ce sera probablement le cas pour l’accusation de « rétropédalage » portée contre Gordon Brown. Pourtant ajoute le journal, le Premier Ministre est affaibli par ses hésitations, et « il se rongera sûrement les ongles » à la pensée de nouveaux mouvements d’opposition à certaines de ses politiques, comme la prolongation de la détention préventive dans les affaires liées au terrorisme. Steve Richards de l’INDEPENDENT n’en souligne pas moins que « mieux vaut les concessions annoncées qu’un échec fatal aux Communes lundi » (lorsque sera voté le budget).

Le DAILY MIRROR se félicite de voir que M. Brown « écoute » enfin l’opinion et l’engage de ce fait à renoncer à certaines de ses politiques contestées, comme les 42 jours de détention préventive. Le SUN applaudit le « bon sens » du Premier Ministre et assure qu’en agissant comme il l’a fait M. Brown a montré « de la force, non de la faiblesse ».

Le TIMES, qui appartient pourtant comme le SUN au groupe Murdoch, est persuadé du contraire : même s’il obtient le vote des Communes, ce sera pour le Premier Ministre une « victoire à la Pyrrhus ». Il a perdu à la fois son autorité à Downing Street et son héritage du Trésor (sa réputation de Chancelier de l’Echiquier solide et compétent), parce qu’il a utilisé la fiscalité à des fins politiques. Sous la pression de ses députés, M. Brown a dû renoncer à une des mesures d’un budget qu’il avait lui-même préparé avant d’accéder aux fonctions de Premier Ministre. « Cela donne une impression distincte de manque de leadership ».

Pour le FINANCIAL TIMES, le revirement de M. Brown est « humiliant », d’autant que les compensations annoncées ne sont pas « la bonne solution » : mieux aurait valu, pour aider les plus pauvres, relever le seuil d’imposition. Le journal relève lui aussi que le Premier Ministre a perdu de son autorité et que sa décision va enhardir les rebelles. « Sa reculade a mis l’accent sur ses faiblesses apparentes et estompé ses points forts, ou perçus comme tels ».

Le DAILY TELEGRAPH est féroce : « Jamais, depuis la période noire de John Major, un gouvernement n’a semblé autant coupé de son électorat que celui de Gordon Brown aujourd’hui ». Le dernier sondage YouGov ne gratifie le Labour que de 26% des intentions de vote, contre 44% pour les Tories, et « il faut remonter à l’apogée du Thatchérisme, en 1987, pour retrouver les travaillistes dans une aussi mauvaise posture ». Mais, selon le journal, les élections sont plus importantes que les sondages : le 1er mai des millions d’électeurs vont pouvoir s’exprimer à l’occasion des municipales en Angleterre et au Pays de Galles. Dans une semaine nous aurons donc une idée beaucoup plus claire de la gravité de la situation dans laquelle se trouve le Premier Ministre.

Plusieurs quotidiens soulignent l’importance que revêt le duel entre Ken Livingstone et son rival conservateur, Boris Johnson, pour le poste de maire de Londres.

2. Le plan de sauvetage des banques

Une action bienvenue, mais qui ne doit pas permettre aux banques de se tirer facilement d’affaire : la presse a exprimé quelques réserves après la décision de la Banque d’Angleterre d’injecter 50 milliards de livres dans le circuit monétaire en apportant aux banques des titres d’Etat sans risques, en contrepartie de crédits compromis.

LE TIMES parle de décision « sensée et pleine d’imagination » : mieux vaut exposer maintenant le contribuable à des risques limités plutôt que de risquer l’échec total du système bancaire. La seule façon pour les autorités de ramener la confiance, c’est de soutenir les marchés financiers. Le succès de leur politique devrait permettre d’abaisser les taux interbancaires ce qui par la suite devrait donner aux banques la possibilité d’offrir de nouveau du crédit. Mais dans l’immédiat celui-ci doit rester limité. Il ne serait pas dans l’intérêt de l’économie ni des particuliers de revenir à la situation antérieure (celle du crédit trop facile).

Le FINANCIAL TIMES partage cet avis : c’est une bonne chose d’accroître la circulation monétaire, mais « il n’est pas question d’absoudre les banques des conséquences de leurs erreurs passées » ni de relâcher le crédit.

Le DAILY TELEGRAPH reste méfiant et estime qu’il « ne faut pas oublier la culpabilité du gouvernement et du système bancaire » qui ont laissé le contribuable et l’emprunteur plus vulnérables face à la crise à cause d’une politique monétaire trop « laxiste ». « Si l’économie du pays s’en sort sans trop de mal, il faut espérer que tout le monde aura tiré les leçons du passé. Le contribuable ne doit pas être la solution de facilité pour les Chanceliers dépensiers et les banquiers imprudents », conclut le journal.

Même si le plan de la Banque d’Angleterre réussit, l’INDEPENDENT appelle à une « enquête non partisane » sur les causes de la crise. La responsabilité des banques est, selon le journal, évidente. Les régulateurs – Banque d’Angleterre, Autorité Financière et Trésor – n’auraient jamais dû les laisser faire. Il faut des sauvegardes et de « nouvelles mesures pour empêcher le pays d’être à nouveau victime de l’imprudence de la haute finance ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le Zimbabwe

La presse se félicite de voir Jacob Zuma, le successeur présumé du président sud-africain, hausser le ton à propos du Zimbabwe.

Tous les journaux sont évidemment conscients de la stratégie de Robert Mugabe. « Il est déterminé à voler l’élection qu’il a pourtant de toute évidence perdue », écrit l’INDEPENDENT. Mais le journal assure que le courant semble finalement se retourner contre lui. A l’origine de ce changement : Jacob Zuma qui, après s’être entretenu à Londres avec M. Brown, a rencontré M. Sarkozy à Paris et Mme Merkel à Berlin. Alors que la « diplomatie tranquille » défendue par M. Mbeki paraît de plus en plus discréditée, M. Zuma appelle les dirigeants africains à débloquer l’impasse du Zimbabwe. Toute l’Afrique adopte une nouvelle approche : le nouveau Premier Ministre du Kenya demande l’usage de la force si nécessaire pour le renversement de M. Mugabe, l’Union Africaine exprime sa désapprobation. En Afrique du Sud, M. Mbeki et M. Zuma sont en pleine épreuve de force, et l’issue en reste incertaine. Cela fait des années que le président sud-africain cherche à « faire épingler » son rival (accusations de corruption, de viol). Le Zimbabwe est une des cartes principales dans leur jeu de poker : M. Zuma sait que s’il parvient à débloquer la situation dans ce pays, il calmera en grande partie les inquiétudes de la communauté internationale sur son leadership et qu’il gagnera du poids politique en Afrique du Sud et dans tout le continent africain.

Le GUARDIAN estime qu’il faut profiter de la nouvelle détermination de l’Afrique et de la fermeté de M. Zuma pour mener un second tour d’élections au Zimbabwe : l’Union africaine et l’ONU pourraient envoyer des observateurs, et M. Kofi Annan pourrait, après sa médiation réussie au Kenya, apporter une aide précieuse. Selon le journal, M. Tsvangirai, rival de M. Mugabe, doit accepter ce défi, même s’il comporte de « gros risques » : c’est le prix à payer pour une « transition pacifique ».

2. La tournée de Jimmy Carter

Même si elle n’a pas reçu le soutien de Washington ou d’Israël, la tournée de l’ancien président Jimmy Carter au Proche Orient a été jugée positive par la presse.

Le FINANCIAL TIMES assure que « M. Carter a eu raison de s’entretenir longuement avec le dirigeant du Hamas », dont il a obtenu des clarifications : le groupe islamiste serait prêt à vivre en paix avec Israël à condition que les Palestiniens obtiennent leur propre Etat indépendant sur tous les territoires saisis durant la guerre des Six Jours en 1967. Deux tiers des Israéliens sont d’accord avec M. Carter : à savoir qu’Israël ne peut être en guerre avec la moitié des Palestiniens et espérer faire la paix avec l’autre moitié. S’il doit y avoir une solution, le Hamas doit en être partie. Celui-ci doit évidemment accepter l’existence d’Israël, dans le cadre de la solution des deux Etats, mais il est injustifié et irréaliste d’exiger de lui qu’il accepte d’abord un Etat en permanente expansion. M. Abbas a rempli toutes les conditions fixées par Israël et Washington et n’obtient toujours rien pour son engagement non violent. Pour l’ouverture d’un dialogue, le Hamas doit déclarer un cessez-le-feu. Israël aussi. Mais « isoler les Islamistes est destructeur et signe de myopie ».

Le TIMES comprend la politique de Washington « qui préfère isoler le Hamas plutôt qu’engager le dialogue » avec lui. Mais le journal estime aussi que le processus actuel ne marche pas, et qu’il faut de « nouvelles approches » : c’est une bonne chose que de rechercher la médiation de la Syrie, et l’initiative de M. Carter permet de connaître les intentions du Hamas. « Le mouvement islamiste doit saisir l’occasion pour appeler au cessez-le-feu et libérer les prisonniers israéliens. Cela pourra lui permettre de se faire entendre par d’autres personnalités plus importantes que l’agriculteur de Georgie ».

III.AFFAIRES FRANCAISES

L’interview de M. Sarkozy

« J’ai fait des erreurs, mais les réformes continuent » (DAILY TELEGRAPH), « M. Sarkozy reconnaît ses fautes » (TIMES) : l’intervention télévisée du président de la République a donné lieu à plusieurs articles de presse.

Le TIMES assure que M. Sarkozy est « dans une forme combative » et que, confronté à la déception du public, il se défend en invoquant la crise économique mondiale. Pour le journal, cette intervention avait pour but de « contre-attaquer un déluge de critiques aussi bien de l’opposition socialiste que des média et de son propre camp ».

Le DAILY TELEGRAPH relève la baisse de popularité « vertigineuse » de M. Sarkozy, mais rappelle aussi que le président de la République a remporté des « succès palpables » (réforme des retraites du secteur public, Traité européen, chômage au plus bas). Le journal conclut que si la crise financière a réduit la « marge de manœuvre » du réformateur, la situation n’est pas irréversible.

Sous la plume de Jason Burke, l’OBSERVER consacre deux pages à la « déception » de la France : « les Français ont perdu la foi » dans un président qui leur avait promis une révolution politique et économique. Le journaliste estime toutefois qu’il ne faut pas « exagérer l’impopularité » de M. Sarkozy et il ajoute qu’il ne faut pas oublier qu’une grande partie du pays continue de soutenir son programme de réforme. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028