Semaine du 20 au 24 août

SEMAINE DU 20 AU 24 AOUT

La scène politique britannique s’est remise en mouvement : le dirigeant conservateur David Cameron a fait sa rentrée politique et a repris l’offensive. Le débat a été relancé sur la culture de la violence chez les jeunes. Une partie de la presse a de nouveau mis en cause la législation sur les Droits fondamentaux. L’Iraq a dominé les affaires internationales : si la visite de M. Kouchner a suscité des commentaires favorables, les déclarations de M. Bush n’ont pas paru convaincantes. Au chapitre européen, la presse a titré sur le rapprochement entre Londres et Berlin lors de la visite de Mme Merkel à Londres, tandis que s’est poursuivie la controverse sur le nouveau Traité et un éventuel référendum.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. L’offensive de David Cameron

David Cameron, pour regagner l’initiative, a choisi de passer à l’attaque : dénonçant « l’anarchie au Royaume-Uni » ou le programme de fermeture de certains hôpitaux, il pointe du doigt le Premier Ministre travailliste. Sa tactique ne paraît pas souvent convaincante.

THE INDEPENDENT raille David Cameron : « Anarchie, quelle anarchie ? Une telle suggestion relève du désespoir ». Le journal reconnaît certes le problème de la violence, de l’insécurité. Une présence policière, un meilleur éclairage des rues et surtout davantage d’investissements dans des centres de jeunesse pourraient apporter une solution. « Mais on n’a nullement besoin de dirigeants politiques qui sèment la panique dans l’espoir de marquer des points à court terme ».

Le FINANCIAL TIMES invite M. Cameron à corriger « l’erreur de tactique » qui l’a amené à ne pas dévoiler ses politiques jusqu’à présent de crainte que ses adversaires ne les exploitent. Or, pour le journal, on se retrouve en pleine « confusion », sans savoir ce que pense réellement le dirigeant conservateur : « celui-ci doit absolument se définir lors de la prochaine conférence annuelle du parti. Il doit donner une vision cohérente et convaincante de ce que serait un gouvernement conservateur. Il faut au moins cela pour remporter une élection ».

2. La culture de la violence

Le meurtre d’un garçon de 11 ans a relancé le débat sur la culture de la violence chez les jeunes. Le gouvernement promet de renforcer les mesures, mais le dirigeant conservateur David Cameron veut davantage. Les mêmes divisions apparaissent dans les journaux.

Une partie de la presse conservatrice souhaite en effet la tolérance zéro préconisée par M. Cameron et appliquée à New York. Ainsi du DAILY TELEGRAPH qui, s’il reconnaît les problèmes de fracture sociale, assure que la police doit montrer sa présence dans les rues et imposer sa loi. Pour le SUN, les Britanniques sont prêts aujourd’hui au même changement que les New-Yorkais lorsque M. Giuliani a imposé sa stratégie.

Le TIMES est plus mesuré : il existe aujourd’hui des lois très strictes et il n’est aucunement besoin d’imposer de nouvelles législations. Le journal estime lui aussi que la police doit jouer un plus grand rôle mais en s’assurant l’aide des parents, des services sociaux et des communautés. « Le problème n’est pas de mettre en place des nouvelles lois, mais d’appliquer celles qui existent déjà », écrit à son tour le GUARDIAN.

L’INDEPENDENT lance une mise en garde contre toutes réactions « populistes » : « la stigmatisation est contre-productive ». La délinquance juvénile n’est pas un phénomène propre au Royaume-Uni, mais elle plus élevée que dans les autres pays européens. Nous avons une durée du travail plus longue ; notre système d’éducation est mal adapté, et le nombre de familles éclatées est très élevé. « Nous n’avons ni les structures familiales de l’Europe du Sud, ni les systèmes sociaux de l’Europe du Nord ». Nous pouvons débattre des raisons de cette situation, mais nous ne devons en aucun cas céder à la panique. « Les remèdes coûteront cher et nous obligeront peut-être à changer de manière fondamentale nos priorités. Mais à long terme, cela coûtera moins cher que l’inaction ».

3. L’affaire Philip Lawrence

La presse a une nouvelle fois pris parti de façon tranchée sur la question du Bill of Rights Act, la législation sur les Droits fondamentaux introduite par le gouvernement il y a huit ans. A la base de cette réaction : une décision de justice autorisant le jeune Italien responsable du meurtre d’un directeur d’école à rester au Royaume-Uni après sa sortie de prison prochaine. L’affaire qui remonte à douze ans avait beaucoup choqué l’opinion et les protestations de la veuve de Philip Lawrence rencontrent un large soutien.

Les journaux eurosceptiques saisissent l’occasion pour critiquer la législation européenne ainsi que le Bill of Rights. Beaucoup en demandent l’abolition, à l’exemple du dirigeant conservateur David Cameron. Pour le DAILY TELEGRAPH, cette législation, « loin de mettre en valeur le principe des droits inaliénables, est devenue un cauchemar ». « Le Parlement doit trouver un autre moyen de restaurer le droit naturel britannique ». C’est également l’avis du SUN, du DAILY EXPRESS et du DAILY MAIL qui estiment que le Bill of Rights est « une insulte » aux droits des honnêtes gens et protège les criminels.

A l’opposé, le GUARDIAN et l’INDEPENDENT, fervents défenseurs des Droits de l’Homme, attaquent les « préjugés hystériques » d’une certaine presse à l’égard du droit international et européen. Ils font valoir que Learco Chindamo, le meurtrier de Philip Lawrence, vit au Royaume-Uni depuis l’âge de six ans et qu’il s’est bien comporté depuis son incarcération. « Ce sont des facteurs à prendre en considération. Il ne faut pas laisser les sentiments dicter le fonctionnement du système de justice », conclut le GUARDIAN. Pour l’INDEPENDENT, « une société équitable doit être prête à donner aux criminels la chance de se racheter. Il est difficile de critiquer la logique du tribunal. Toute tentative visant à revenir sur la législation relèverait de l’expédient politique ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La visite de M. Kouchner en Iraq

La « visite surprise » de M. Kouchner en Iraq a reçu une couverture positive.

C’est la première fois que la France envoie un ministre dans ce pays depuis l’intervention de 2003, relève unanimement la presse. Le FINANCIAL TIMES et le GUARDIAN soulignent « l’importance symbolique » de la démarche tandis que le DAILY TELEGRAPH parle d’une « manifestation de soutien sans précédent ».

« La France souhaite jouer un nouveau rôle en Iraq et renouer des liens avec Washington », écrit le GUARDIAN, ajoutant : « M. Sarkozy entend différencier sa politique étrangère de celle de M. Chirac, et donner à la diplomatie française un rôle crucial au Proche-Orient ».

Cette « nouvelle approche » est saluée avec enthousiasme par Bronwen Maddox du TIMES qui voit dans la visite de M. Kouchner « un des développements les plus encourageants de ces derniers mois ». La France a tout à y gagner, estime la journaliste : « il est utile d’avoir un pays autre que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et les voisins immédiats de l’Iraq pour chercher à réconcilier les Iraquiens. La France pourrait même aider à réintroduire l’ONU dans le conflit, même si ce n’est pas la panacée promise par certains. M. Kouchner est resté équivoque sur le rôle précis que la France entend jouer, mais il a affirmé sans ambiguïté qu’elle souhaite jouer un rôle à l’avenir ».

2. Les déclarations de George Bush

L’appel du Président Bush à tirer les leçons du Vietnam à propos de l’Iraq n’a généralement pas convaincu les médias.

Dans un éditorial intitulé « le syndrome de Saigon », le GUARDIAN y voit « le signe du désespoir de la Maison Blanche » et estime que l’on ne peut que « se poser des questions sur la vision excentrique que le Président américain a de l’histoire et les conclusions qu’il en tire ».

Bronwen Maddox du TIMES parle de « comparaison imprudente » et assure que M. Bush fait du tort à sa cause : le Président américain montre qu’il n’a aucune vision concernant le rôle des Etats-Unis en Iraq. Il n’est plus question d’installer la démocratie et, après quatre années, on ne sait toujours pas si la majorité chiite est prête à partager le pouvoir pour unir le pays. « La persistance a sa valeur, mais elle doit avoir un objectif ».

L’éditorial du TIMES, tout comme le DAILY TELEGRAPH, est un peu plus positif : M. Bush compte sur l’amélioration apportée par le renforcement des troupes américaines dans certaines régions. Le rapport présenté le mois prochain au Congrès devrait faire état de réels progrès. Le TIMES relève « l’audace politique » du Président des Etats-Unis, mais s’interroge néanmoins sur la réaction des Américains : tout comme pour le Vietnam, l’opinion pourrait avoir un rôle déterminant sur le retrait des troupes, et il n’est pas certain qu’elle se laissera convaincre.

II. AFFAIRES EUROPEENNES

1. La rencontre entre Gordon Brown et Angela Merkel

La presse a titré sur le « renforcement des liens » (FINANCIAL TIMES) entre Londres et Berlin à l’issue de la rencontre entre Gordon Brown et Angela Merkel à Downing Street. Pour le FT, Gordon Brown « souhaite mettre en lumière les bénéfices d’une coopération avec les autres membres de l’Union européenne à un moment où les conservateurs le pressent d’accepter un référendum sur le nouveau Traité ». Le journal suggère aussi que Mme Merkel cherche à « intensifier ses relations avec le Royaume-Uni pour éviter d’être trop étroitement liée à la France, notamment en matière de politique industrielle ». L’INDEPENDENT à son tour souligne que cette rencontre montre la volonté de M. Brown de « se faire des alliés pour éviter que les ambitions britanniques ne soient écrasées » par M. Sarkozy. Quant au GUARDIAN, il se contente de relever que « peu de problèmes bilatéraux opposent les deux dirigeants, si ce n’est quelques différences tactiques concernant le nouveau Traité ».

2. Le débat sur le nouveau Traité

Le débat sur le nouveau Traité s’est poursuivi dans la presse, les conservateurs mais aussi les syndicats appelant Gordon Brown à tenir un référendum.

Selon un sondage ICM pour le DAILY MAIL, 82% des Britanniques le souhaitent. Plus de la moitié d’entre eux estiment que l’Union européenne a trop d’emprise sur leur vie. Mais plus alarmant encore pour Gordon Brown, 24% des électeurs travaillistes sont prêts à lui retirer leur voix aux prochaines élections s’il n’accepte pas de référendum. Le DAILY TELEGRAPH rend compte du nombre important de ses lecteurs à s’opposer au Traité. Ce qui amène le SUN à lancer un avertissement à Gordon Brown : le Premier Ministre travailliste prendrait un sérieux risque s’il ne tenait pas compte de l’opinion.

Peter Riddell se montre beaucoup plus mesuré dans le TIMES (dont il ne partage pas l’euroscepticisme) : le Premier Ministre a raison de dire que les changements proposés affectent moins le Royaume-Uni que le reste des Etats membres (en raison principalement des opt-outs), mais cela n’empêchera pas les eurosceptiques de dénoncer la création d’un super-Etat. La question est de savoir si cette affaire va réellement influencer l’électorat. « Le public, dans sa majorité, est opposé au Traité mais, d’une manière générale, les électeurs se préoccupent beaucoup moins de l’Europe que de la santé, l’emploi et la lutte contre la criminalité. L’expérience a montré que plus les conservateurs parlent de l’Europe, plus ils réduisent leurs chances électorales. Une bataille sur l’Europe ne ferait que compliquer les futures élections. Quel que soit l’acharnement de la presse eurosceptique, M. Brown peut probablement surmonter l’obstacle. Ce n’est pas le thème de l’Union européenne qui décidera du résultat du prochain scrutin ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028