SEMAINE DU 2 AU 8 NOVEMBRE
La réforme du système bancaire et la lenteur de la reprise ont de nouveau mis le gouvernement sur la sellette. La relance des relations russo-britanniques, à l’occasion du déplacement à Moscou de David Miliband, a divisé les commentateurs. Sur la scène internationale, la presse prend note de la « victoire » de M. Karzai, mais s’interroge sur sa « légitimité ». L’Europe a de nouveau fait les grands titres de la presse après la décision de David Cameron de renoncer à un référendum sur le Traité de Lisbonne. Le GUARDIAN de samedi a publié, avant la réunion des Ministres des Finances du G20, une interview de Mme Lagarde mettant en valeur le modèle économique français.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. La réforme du système bancaire
Le gouvernement a fait de nouveau l’objet de critiques pour sa gestion du système bancaire. L’annonce de l’injection de près de 40 milliards de livres dans Royal Bank of Scotland et Lloyds (après une première opération de sauvetage en octobre dernier) suscite des inquiétudes.
Les journaux s’interrogent, à l’instar de l’INDEPENDENT, sur le « risque » pour le contribuable : depuis qu’il a pris une participation dans les banques, le gouvernement a été incapable d’appliquer une stratégie claire. D’un côté, il les encourage à reconstruire leur capital, ce qui limite le crédit ; de l’autre, il leur demande d’aider les petites entreprises. Les ministres doivent fixer clairement leurs priorités. Veulent-ils dans l’immédiat que les banques se concentrent sur leur capital ou qu’elles accordent des crédits ? Veulent-ils un secteur bancaire qui fasse des bénéfices ou une économie en bonne santé ? « Il est en effet de plus en plus évident que les deux ne sont pas possibles ». Le GUARDIAN dénonce lui aussi les contradictions de l’approche du gouvernement et considère que ses dernières mesures n’ont aucune substance (« fudge »).
L’éditorial du FINANCIAL TIMES se félicite des conditions imposées par le commissaire européen, Neelie Kroes : c’est une intervention « louable », mais « il est dommage que le Royaume-Uni ait besoin de se faire houspiller par Bruxelles pour oser s’en prendre à ses banques ». Le DAILY TELEGRAPH prend note des exigences bruxelloises, mais ajoute qu’il « reste à voir » si elles seront bonnes pour la concurrence. Le journal s’inquiète du coût exorbitant des opérations de sauvetage et estime que les assurances données par le Chancelier de l’Echiquier ne sont pas convaincantes : rien n’indique que les nouveaux investissements « colossaux » seront plus efficaces que l’année dernière.
2. La relance de l’économie
Pour tenter de relancer l’économie, la Banque d’Angleterre v actionner une nouvelle fois la planche à billets, tout en précisant qu’il s’agit d’une dernière tentative. La presse se montre sceptique sur le résultat.
Le DAILY TELEGRAPH reproche au gouvernement de ne pas avoir de « stratégie de croissance », alors que c’est cela qui doit être la priorité du Chancelier de l’Echiquier : pour relancer l’économie, il faut une baisse des impôts. Or, le gouvernement envisage de faire le contraire. « Pour une reprise rapide, il faut laisser le contribuable disposer de son argent et non pas le pressurer davantage », conclut le journal.
« Le traitement ne marche pas », relève le GUARDIAN qui regrette la timidité de l’intervention de la banque d’Angleterre (25 milliards de livres au cours des trois prochains mois). A en croire le journal, ce n’est pas le moment de couper le robinet : la reprise est loin d’être amorcée, et « le spectre de la grande dépression risque de revenir ».
Le FINANCIAL TIMES salue la démarche « sensée » de la Banque d’Angleterre : il faut pour le moment conserver une politique monétaire souple, tout en précisant que cela ne durera pas toujours.
3. La visite de David Miliband en Russie
« Réception glaciale à Moscou » (INDEPENDENT), « Rebuffade pour Miliband » (DAILY TELEGRAPH, GUARDIAN) : tous les journaux ont relevé le nouveau refus du Kremlin de répondre à la demande d’extradition du principal responsable de l’assassinat d’Alexander Litvinenko en 2006 à Londres. Les commentateurs sont en revanche divisés sur la relance des relations entre les deux pays.
Si « le symbolisme compte en diplomatie », le TIMES estime que « cette fois-ci, il envoie un mauvais message » : Alexander Litvinenko, féroce critique de Vladimir Poutine, est mort empoisonné sans avoir le moindre doute sur l’identité de ses assassins. La Russie doit comprendre qu’elle ne peut, à cause de son « obstruction », être considérée comme un allié. Les récentes déclarations du président Medvedev n’apportent pas la preuve d’une approche plus constructive. « La relance des relations entre les deux pays ne doit pas faire oublier l’affaire Litvinenko, qui est à l’origine du mauvais état de ces relations ».
Pour le GUARDIAN en revanche, la détermination des deux parties à ne pas laisser ce dossier affecter les relations bilatérales est bienvenue. L’ouverture du dialogue amorcé par le président Obama a permis de créer une meilleure atmosphère pour lancer des négociations sur des questions techniques et complexes. Les discussions sur le remplacement de Start 1 qui expire en décembre sont déjà difficiles. Avec la poursuite des politiques de M. Bush, aucun compromis n’aurait été possible. « L’impasse avec la Russie empêchait le Royaume-Uni de se faire entendre, et il était grand temps que cela change ».
Le FINANCIAL TIMES qualifie lui aussi la visite de M. Miliband de « moment important » : elle est l’occasion de relancer les relations des deux pays, mises à mal par un certain nombre d’événements. Elle permet de montrer que le Royaume-Uni et la Russie peuvent coopérer sur un certain nombre de questions – Afghanistan, Iran, Proche Orient – à un moment où le président Obama recherche le dialogue avec Moscou. Toutefois, pour le FT, Londres ne doit pas capituler sur l’affaire Litvinenko. « Les Britanniques ne pardonneraient pas à leur gouvernement de renoncer à la demande d’extradition du responsable de l’assassinat. La position ferme du Royaume-Uni doit rappeler au Kremlin et à ses agences qu’il ne tolèrera jamais des meurtres politiques sur son territoire ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
La victoire de M. Karzai
La « victoire » d’Hamid Karzai met sans doute fin à l’impasse politique mais, de l’avis de la presse, celle-ci laisse des doutes sur la légitimité du gouvernement.
« Les espoirs des pays occidentaux d’installer la démocratie en Afghanistan ont été anéantis », écrit le DAILY TELEGRAPH qui appelle cependant le président Karzai à montrer qu’il peut aider à reconstruire son pays : ce ne sera possible que par la réconciliation nationale et éventuellement la négociation avec les plus modérés des Taliban. Pour le journal, la priorité du président doit être de renforcer sa position et le mieux pour cela serait d’appeler Abdullah Abdullah à participer à un gouvernement d’unité nationale.
« Le président doit changer ses habitudes, et sans tarder », renchérit le FINANCIAL TIMES, engageant M. Karzai à former un gouvernement d’unité nationale et à lutter énergiquement contre la corruption. Dans la même ligne, le TIMES assure que, même s’il ne le souhaite pas, M. Karzai n’a pas d’autre choix que de constituer un gouvernement d’unité nationale et de mener une réforme politique véritable. Pour le journal, le président américain doit de son côté ne plus tarder à prendre une décision sur l’envoi de renforts (« il a trop longtemps attendu »). Les autres pays de l’OTAN doivent également se décider sur leur réponse : l’envoi de soldats supplémentaires ne suffira pas à écraser les Taliban et enverra le signal de la détermination.
Le GUARDIAN, particulièrement pessimiste, estime que tout le monde est perdant dans l’affaire, à l’exception d’Abdullah Abdullah qui « s’est retiré avec dignité en gardant sa crédibilité, alors que M. Karzai a encore moins de légitimité qu’avant les élections ». Selon le journal, la communauté internationale ne doit plus croire à ses promesses. Les Etats-Unis doivent comprendre que les intérêts de M. Karzai ne sont pas les mêmes que les leurs et que la situation actuelle est la pire possible pour prendre une décision sur l’envoi de renforts. Ce n’est pas seulement une affaire de corruption. « Le problème tient au système de gouvernement lui-même. Seule une réforme constitutionnelle menée par une grande assemblée (loya jirga) pourrait redonner de la légitimité au régime. Avec M. Karzai ce ne sera jamais possible, et les troupes britanniques et américaines se laisseront encore davantage entraîner dans une mission qui ne sait plus où elle va ».
Le débat sur cette mission reprend de plus belle dans la presse britannique alors que la liste du nombre des victimes s’allonge. Selon le dernier sondage, 63% de l’opinion souhaiterait un retrait des troupes dès que possible Tous les journaux engagent le gouvernement à « clarifier » sa position. « M. Brown doit faire preuve de leadership et montrer qu’il sait ce qu’il fait », écrit le DAILY TELEGRAPH, tandis que pour le SUN, « il doit agir sans tarder », et notamment envoyer les renforts promis. Les commentateurs s’interrogent également sur les « hésitations » de M. Obama qui, selon Simon Tisdall du GUARDIAN, ne font qu’empoisonner la situation.
Seul Philip Stephens du FINANCIAL TIMES estime que M. Obama a raison de prendre son temps : l’Afghanistan fait partie des grands dossiers qui ne trouvent pas de solution rapide. Il faut les gérer comme tels.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
La ratification du Traité de Lisbonne
La signature du Traité de Lisbonne par le président tchèque a porté un coup définitif aux espoirs de référendum de la presse eurosceptique qui se déchaîne une nouvelle fois contre Bruxelles et la « trahison » du Labour. Les déclarations de David Cameron - qui promet de reconquérir certains des pouvoirs cédés à l’Union - ont néanmoins apaisé une partie des Tories. Les journaux pro-européens critiquent l’approche du dirigeant conservateur.
« Trahison » pour le SUN, « Royaume-Uni : c’est la fin », pour le DAILY EXPRESS, « Un triste moment pour la souveraineté et la démocratie britanniques », selon le DAILY MAIL : la presse eurosceptique est déçue de voir lui échapper le référendum qu’elle appelait de tous ses vœux, mais estime que David Cameron a raison de déclarer forfait. Elle s’en prend, à l’instar du SUN, au « traitre » Labour qui paiera le prix de sa « trahison abjecte » lors des prochaines élections.
Le DAILY TELEGRAPH déplore lui aussi la perte de pouvoirs résultant de la ratification du traité, mais se félicite de la stratégie « cohérente et crédible » de David Cameron, « fermement eurosceptique dans le ton mais tout à fait réaliste dans son ambition ». Le dirigeant conservateur promet d’adopter une approche plus agressive envers Bruxelles et assure que si les négociations sur la reconquête des pouvoirs n’aboutissent à rien les Tories soumettront, en cas de victoire électorale, la question aux électeurs. « En d’autres termes, il n’a pas peur de pointer le canon sur l’élite européenne et cela pourrait bien la faire réfléchir ».
Le TIMES, après être revenu lui aussi sur le « mépris » de l’élite européenne pour l’opinion, estime en revanche que la reconquête des pouvoirs est difficilement praticable. Mieux vaudrait « user du prestige qu’offre le poste de Premier ministre britannique » pour mettre des bâtons dans les roues lorsque l’occasion s’en présentera lors de sommets européens.
La presse pro-européenne dénonce l’approche du dirigeant conservateur : pour le GUARDIAN, M. Cameron a voulu éviter la bagarre, mais il a surtout montré son manque de maturité. Il demande des choses que les autres Etats de l’Union n’ont aucune raison d’accepter. A un moment ou à un autre, il y aura des difficultés. La bataille a été repoussée, mais elle n’est pas évitée pour de bon ».
Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT ne prend pas au sérieux les propos de M. Cameron : ce n’est que du « flan », mais s’il remporte les élections il faudra bien qu’il réagisse : soit il persévérera dans son hostilité à l’Europe, et il sera marginalisé. Soit il tiendra tête aux eurosceptiques et il n’aura pas la vie facile. Tôt ou tard il devra faire un choix et « nous verrons la mesure de l’homme ».
« L’approche largement eurosceptique du parti conservateur constitue un réel problème pour David Cameron », renchérit le FINANCIAL TIMES. Le dirigeant conservateur sait que le Royaume-Uni doit jouer un rôle sérieux et pragmatique dans l’Union mais, au lieu d’affirmer son autorité, il choisit un discours et une politique qui entretiennent la méfiance populaire à l’égard de l’Europe.
Les déclarations de M. Lellouche au GUARDIAN sur la politique européenne des conservateurs ont été relayées par la majeure partie des journaux. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028