Semaine du 2 au 8 juin

SEMAINE DU 2 AU 8 JUIN

Au chapitre intérieur, la semaine a été dominée par la controverse sur le projet de loi prévoyant l’extension à 42 jours de la garde à vue des personnes soupçonnées de terrorisme, et qui doit faire l’objet d’un vote aux Communes mercredi. Sur la scène internationale, les commentateurs se félicitent de la « victoire » de Barack Obama qui va contraindre désormais les deux principaux candidats à élaborer un programme politique cohérent. Le sommet de la FAO à Rome est qualifié de décevant, et l’inquiétude grandit concernant la situation au Zimbabwe. Enfin, concernant l’Europe, la presse estime de plus en plus probable un rejet du traité de Lisbonne lors du référendum irlandais.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

Le débat sur les 42 jours de garde à vue

Gordon Brown assure, notamment dans une tribune parue dans le TIMES, qu’il ne cèdera pas sur le principe d’une extension à 42 jours de la garde à vue des personnes soupçonnées de terrorisme. Le Ministre de l’Intérieur promet des sauvegardes qui devraient rassurer une partie des rebelles. La presse prévoit un vote positif aux Communes, mais elle reste peu convaincue par les arguments du gouvernement.

« Gordon Brown semble devoir remporter la bataille, mais ses propositions ressemblent davantage à une combine politique qu’à une véritable réponse aux besoins sécuritaires de la nation », écrit le FINANCIAL TIMES, avant de conclure : « l’amélioration du renseignement et l’accélération des enquêtes sont la solution. La police doit agir plus vite et non prolonger la détention ».

« 42 jours ne sont pas la solution », renchérit le GUARDIAN, qui estime que les concessions offertes ne changent rien au fait que le gouvernement sacrifie des libertés réelles sous prétexte d’une protection contre une menace hypothétique ». Dans la même ligne, l’INDEPENDENT assure que les rebelles ont été persuadés de changer d’avis pour les mauvaises raisons : le problème de fond reste le même. Le gouvernement veut augmenter la durée de la garde à vue sans avoir prouvé que cette mesure est nécessaire.

Le TIMES est très critique à l’égard d’un gouvernement « qui n’hésite pas à appliquer à Westminster les pratiques du souk ». Le journal rappelle que les partisans du projet sont peu nombreux et que les opposants comptent parmi eux l’ancien Attorney General, Lord Goldsmith. L’extension de la garde à vue risquerait en fait d’aliéner les communautés musulmanes et d’aggraver le problème que l’on cherche à résoudre. Selon le TIMES, le gouvernement n’a rien démontré et doit donc garder la limite actuelle de 28 jours.

Seul le SUN, appartenant pourtant lui aussi au groupe Murdoch comme le TIMES, soutient avec enthousiasme le gouvernement : « C’est notre sécurité qui est en jeu et pas seulement l’autorité du Premier Ministre. Gordon Brown doit gagner sa bataille », déclare le tabloïd. Le DAILY TELEGRAPH publie pour sa part la contribution d’un ancien responsable de la lutte contre le terrorisme qui affirme que le principe d’une extension de la garde à vue est « juste » puisqu’elle permet de « protéger le public in extremis ».

Peter Riddell du TIMES, plus nuancé, souligne que la controverse sur la question de la garde à vue de 42 jours n’est que le premier et le moins difficile des défis auquel est confronté M. Brown pour regagner son autorité. Plus sérieux sont ceux concernant la hausse des taxes sur les carburants et les automobiles, les demandes de réductions d’impôts et l’augmentation des dépenses publiques. Dans tous ces cas, de grosses sommes d’argent sont en cause et le Trésor n’en a pas. Le coût financier du projet sur la détention est négligeable, et les électeurs ne lui accordent pas une grande priorité. Le gouvernement ne peut se permettre de donner l’impression d’opérer constamment des revirements et de céder aux demandes de groupes particuliers. Et rien n’est plus stupide que d’encourager le Labour à abandonner toute prudence sous prétexte qu’il est assuré de perdre les élections. Les jeux ne sont pas encore faits, et aucun parti ne bénéficie réellement d’un passage dans l’opposition. « La seule issue pour M. Brown est de chercher à restaurer sa réputation de compétence, s’il le peut. Pour cela, il doit faire confiance à ses instincts et ne pas chercher à satisfaire les rebelles et les protestataires ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La victoire d’Obama

« Et maintenant que la vraie bataille commence ! » : la presse se félicite de la victoire de Barack Obama sur Hillary Clinton à la candidature démocrate, et estime que la deuxième phase de l’élection présidentielle va être plus intéressante. Elle ne se jouera plus autour des personnalités mais sur les politiques.

« La présentation d’un programme politique cohérent sera déterminante pour l’Acte II », écrit l’éditorialiste du TIMES, selon lequel l’Iran pourrait, plus peut-être que l’Irak, dominer la campagne. M. Obama promet de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher le régime de Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire. Mais comment ? M. McCain, de son côté, estime que le peuple américain doit lui faire confiance du fait de son expertise en matière de sécurité. Mais la fermeté de son discours sur l’Iran pose autant de questions que le manque de clarté de son adversaire. Il y a aussi le problème de l’économie qui compte tout autant aujourd’hui qu’il y a 16 ans. M.McCain ne semble pas à l’aise sur le sujet, mais il faudra bien qu’il fasse des choix. M. Obama, pour sa part, devra choisir entre le libéralisme des marchés, les subventions et l’intervention. Le candidat démocrate a du charisme. Son rival républicain une biographie imbattable. Mais les Américains veulent davantage.

Une clarification des politiques des deux candidats est également une priorité pour le DAILY TELEGRAPH : il est particulièrement important pour le Royaume-Uni de connaître leur approche vis-à-vis de l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le commerce. M. McCain semble « plus réaliste et plus libéral », mais la « fermeté de ton » de M. Obama sur l’Iran est bienvenue. « La campagne sera excitante et montrera la vigueur de la démocratie américaine ».

C’est aussi l’avis de l’INDEPENDENT qui, s’il est favorable à Barack Obama, assure que M. McCain constitue un adversaire de taille : « il est de tous les Républicains le moins contaminé par la débâcle de M. Bush. Il est plutôt progressiste et internationaliste ». Le GUARDIAN le concède : M. McCain serait sûrement prêt à « exercer le pouvoir de manière plus sage et plus efficace que M. Bush pour défendre les grandes causes mondiales ». mais il ajoute aussi : « M. Obama le ferait mieux ».

2. Le sommet de la FAO

« Le sommet se termine sur un échec » (INDEPENDENT) : la presse avait dénoncé dans ses titres la participation de Robert Mugabe au sommet de la FAO, mais les principaux commentateurs avaient espéré que la communauté internationale se montrerait plus coopérative, notamment sur la question des OGM et des bio-carburants.

L’éditorial de l’INDEPENDENT dénonce une « occasion manquée » et s’en déclare « scandalisé », alors qu’il existe des moyens de résoudre la crise alimentaire mondiale : investir substantiellement dans la production agricole des pays pauvres, supprimer les subventions aux agriculteurs de pays riches et imposer un moratoire sur la production des bio-carburants. Le GUARDIAN se montre tout aussi déçu, à cause du manque d’action concernant les bio-carburants.

Pour le FINANCIAL TIMES, Rome n’aura pas été non plus un succès : le quotidien de la City avait appelé de ses voeux « une deuxième révolution verte », en soulignant la nécessité pressante d’une augmentation de la productivité agricole et donc l’intérêt de nouvelles récoltes et de nouvelles techniques. Le FT assure que la biotechnologie est prometteuse, mais qu’un des grands obstacles à son développement vient de « la résistance des consommateurs et des gouvernements européens aux OGM ».

« C’est une erreur que de traiter avec soupçon les OGM », note de son côté le DAILY TELEGRAPH. Le journal relève aussi que les Européens et les Américains ont tort de subventionner la production croissante des bio-carburants et devraient le reconnaître : leur avantage en matière d’environnement est controversé et ils ont fait monter le prix des denrées alimentaires.

Bronwen Maddox du TIMES élargit le débat : s’il apporte quelques solutions de fortune, le sommet de Rome ne permettra pas de régler les plus graves problèmes posés par la politique commerciale et agricole. Au lieu de défendre l’idée d’une autosuffisance nationale au nom de la sécurité alimentaire, certains des participants à la conférence de l’ONU feraient bien de se pencher sur la question des barrières douanières et du round de Doha qui a du mal à survivre après 7 années de négociations. Deux initiatives récentes ont été particulièrement néfastes : le nouveau Farm Bill américain et la décision de l’Union européenne de ne retoucher que vaguement son système absurde de subventions agricoles sans réellement le changer.

Quelques éditorialistes ont exprimé leur indignation au sujet de la participation de M. Mugabe au sommet : « une insulte » pour l’ONU et la communauté internationale, selon le TIMES. « Comment ce monstre grotesque peut-il avoir le culot de nous faire la morale » ? s’indigne le SUN, tandis que le DAILY MIRROR appelle de tous ses vœux « la fin du tyran » qui a réduit son pays au désespoir.

3. La situation au Zimbabwe

Qualifiée « d’incident sérieux » par Davil Miliband), la détention, puis la libération, par la police du Zimbabwe d’un groupe de diplomates britanniques et américains, a donné lieu à une importante couverture de presse. Les journaux y voient une preuve supplémentaire de la campagne de répression et d’intimidation menée par le régime à la veille du second tour des présidentielles, le 27 juin.

Dans son éditorial, le TIMES assure que seul Morgan Tsvangirai, chef de l’opposition, offre l’espoir de mettre fin à cette tyrannie, et qu’il a raison d’insister sur la présence d’observateurs internationaux pour l’élection. Le journal regrette le manque de coopération du président sud-africain, qui n’est selon lui malheureusement pas le seul : le Secrétaire-général des Nations Unies s’est contenté jusqu’à présent de vagues appels (pour la fin de la violence et l’envoi d’observateurs). Il doit cesser de faire des suggestions et imposer l’envoi d’un représentant qui explique en termes clairs les conséquences qu’aurait un vote truqué le 27 juin : il pourrait notamment proposer la confiscation des comptes étrangers de M. Mugabe, la menace de poursuite en vertu de la Convention de l’ONU sur la torture.

Le DAILY TELEGRAPH regrette le « mutisme scandaleux » de M. Mbeki et la « manipulation habile » des « néo-impérialistes occidentaux » qui laissent M. Mugabe intervenir sur la scène internationale. Il relève que les sanctions financières ou les restrictions sur les déplacements ne suffisent pas, et conclut : « seule la force peut venir à bout de la dictature de M. Mugabe, mais personne n’a envie d’y avoir recours ».

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Le référendum irlandais

Un « non » des Irlandais au Traité de Lisbonne apparaît, selon les sondages, de plus en plus probable.

Si cette perspective « sonne l’alarme » (FINANCIAL TIMES) à Bruxelles, comme dans les principales capitales européennes, la presse britannique eurosceptique s’en félicite. Ainsi du DAILY TELEGRAPH : « au Royaume-Uni, un non renforcerait tous ceux qui demandent un renégociation de notre relation avec l’Europe ». Pour le journal, il ne s’agit pas de défendre un retrait de l’Union, mais d’établir des liens plus souples, sur la base du libre échange et de la liberté de mouvement, plutôt que l’intégration politique, économique et militaire. Le DT ne cache pas son inquiétude à propos des projets de la France en matière de défense. Sous le titre, « Allez l’Irlande, il faut dire non », le Sunday TIMES renchérit sur le même thème : « le Traité de Lisbonne n’est que la version réchauffée de la constitution rejetée par la France et les Pays-Bas ». Il ne faut pas laisser passer cette occasion de dire non à Bruxelles.

A l’inverse, le GUARDIAN craint une défaite qui réjouirait tant les eurosceptiques et freinerait l’Europe. Et de conclure : « un oui serait idéal, mais Bruxelles doit se préparer à un plan B »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028