Semaine du 2 au 8 juillet

SEMAINE DU 2 AU 8 JUILLET

Gordon Brown a généralement obtenu le satisfecit de la presse pour sa première semaine à Downing Street : les commentateurs ont bien accueilli ses propositions en matière de réforme constitutionnelle ainsi que la réponse mesurée du nouveau gouvernement face à la menace terroriste. Une ombre est toutefois apparue au tableau avec la hausse des taux d’intérêt. Après la libération du journaliste de la BBC, Alan Johnston, retenu en otage à Gaza, les journaux s’interrogent sur le rôle du Hamas dans le processus de paix au Proche-Orient.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Gordon Brown et la réforme constitutionnelle

Un gouvernement davantage au service du peuple : les propositions faites par Gordon Brown en matière de réforme constitutionnelle – dans le but notamment d’accroître les pouvoirs du Parlement – sont généralement bien accueillies par la presse. Elles vont, estiment les journaux, dans la bonne direction, même si elles sont insuffisantes.

Pour le GUARDIAN, il ne s’agit pas d’une « vision révolutionnaire » (la monarchie reste en place), mais ce sont néanmoins des propositions importantes : elles montrent que le Premier Ministre comprend le besoin d’un renouvellement de la légitimité des hommes politiques si le gouvernement veut être à même de mener sa politique et de rendre la société plus juste et plus civilisée. « Il ne fait aucun doute que le Premier Ministre a pris une initiative audacieuse : il ne se départ pas de sa prudence, mais il offre au Royaume-ni un nouveau système de gouvernance plus honorable et meilleur ».

Dans la même ligne, l’INDEPENDENT approuve les « objectifs nobles » de M. Brown et « le coup de fouet apporté à la démocratie ». Mais il estime aussi que pour assurer l’efficacité de ces propositions, le Premier Ministre devra laisser les Communes et les Lords en débattre librement. Le FINANCIAL TIMES se déclare intéressé par une intention « valable », mais se montre confus par certaine des propositions, appelant en conséquence à un grand débat public.

Le TIMES reste prudent : certaines des propositions de Gordon Brown sont bienvenues et « corrigent des bizarreries accumulées au fil des siècles ». Mais il ne doit toutefois pas consacrer trop de son temps à ces questions : ce n’est pas la modernisation de la constitution qui lui vaudra les voix des Britanniques lors des prochaines élections mais une amélioration des services publics pour un coût raisonnable.

Quelques journaux sont déçus. Ainsi du DAILY TELEGRAPH qui reproche à M. Brown de ne pas aborder les deux sujets les « plus pressants » : les carences de la dévolution et surtout la nécessité d’un référendum sur le nouveau traité européen. Le SUN reprend lui aussi ce dernier point et regrette en outre le pouvoir donné au Parlement de décider d’une intervention militaire : « c’est une proposition risquée. Les menaces militaires peuvent se présenter subitement et il faut y réagir rapidement. Il revient au Premier Ministre, après consultation de son gouvernement, de prendre ce genre de décision ».

2. La lutte contre le terrorisme

La presse se félicite de l’efficacité des services de sécurité et de la réponse mesurée du nouveau gouvernement face à la menace terroriste après les attentats déjoués à Londres et Glasgow. Certains journaux évoquent un lien avec la guerre en Iraq. D’autres appellent les Musulmans modérés à davantage de coopération.

L’INDEPENDENT approuve la modération du Ministre de l’Intérieur, Jacqui Smith, « un contraste bienvenu avec le ton de son prédécesseur John Reid ». Il estime en effet que la solution n’est pas dans l’annonce de nouvelles mesures de restriction « qui pourraient aliéner les communautés mêmes dont la coopération est essentielle pour le gouvernement ».

Le GUARDIAN reprend un des thèmes récurrents depuis le début des attentats, celui du lien avec la guerre en Iraq : on ne peut plus nier aujourd’hui que cette intervention a encouragé le développement d’Ai Qaïda. M. Brown doit trouver une façon d’admettre que le Royaume-Uni a contribué à créer, sans le vouloir, les conditions de l’instabilité, de la guerre civile et du chaos en Iraq. Il doit trouver non seulement la volonté de se désengager (cette volonté existe déjà), mais aussi le langage qui convaincra les Britanniques que c’est l’objectif du gouvernement. Une telle approche ne ferait pas disparaître la menace terroriste au Royaume-Uni mais elle commencerait à changer les conditions qui encouragent le recrutement des terroristes. Philip Stephens du FINANCIAL TIMES n’en est pas aussi sûr : « Les terroristes se soucient peu des nuances et ne seront pas particulièrement impressionnés par un gouvernement plus critique à l’égard de la guerre en Iraq. Ce qu’ils veulent c’est la reddition totale ».

Les journaux conservateurs, à l’instar du TIMES, engagent les Musulmans modérés à « manifester haut et clair » leur désapprobation à l’égard des terroristes : de nouvelles mesures ne suffiront pas à elles seules à lutter contre ce fléau. Les services de sécurité doivent avoir toute la coopération possible des communautés dont sont issus les extrémistes. C’est également l’avis du DAILY TELEGRAPH : « il ne sera pas possible de protéger les Britanniques sans la coopération active de la communauté islamique qui sera mieux à même de détecter des agissements suspects et qui devra aussi comprendre la nécessité de nouvelles mesures restrictives ».

3. La hausse des taux d’intérêt

La hausse des taux d’intérêt - la cinquième en un an - annoncée par la Banque d’Angleterre a fait la une des journaux : elle touche directement les millions d’emprunteurs britanniques.

Pour la presse, à l’instar de l’INDEPENDENT, « c’est une pilule amère, mais elle est nécessaire ». Le journal estime en effet que les risques d’inflation justifient cette mesure, surtout si le Royaume-Uni veut continuer à « récolter les bénéfices du boom économique mondial ». Le FINANCIAL TIMES partage cet avis, de même que le GUARDIAN, selon lequel « il fallait mettre les freins ». Le journal appelle néanmoins la Banque d’Angleterre à faire preuve de « prudence » avant de poursuivre sur cette voie, compte tenu de l’endettement des couches les plus pauvres de la population.

La presse conservatrice pointe le doigt sur Gordon Brown. C’est lui qui en 1997 a donné son indépendance à la Banque d’Angleterre, laquelle « ne tient pas compte des sources de l’inflation », écrit le DAILY EXPRESS, ajoutant : « ce sont les ménages britanniques et non les responsables de l’inflation qui sont les victimes ». Le DAILY TELEGRAPH reproche à M. Brown lorsqu’il était Chancelier de l’Echiquier d’avoir encouragé les dépenses publiques et l’endettement des consommateurs dans « des proportions épiques ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

La libération d’Alan Johnston et le processus de paix au Proche-Orient

La libération du journaliste de la BBC, Alan Johnston, détenu depuis le 12 mars par un groupe armé palestinien a fait la une des journaux et suscité de nombreux commentaires. Si le soulagement est général, la presse est divisée sur l’intervention du Hamas et les répercussions sur le processus de paix.

« Une lueur d’espoir pour le Proche-Orient ? » : l’éditorial du DAILY MAIL opte pour un optimisme prudent. S’il montre quelques soupçons sur les « motivations » du Hamas, le journal assure que « sans son intervention, les choses ne se seraient peut-être pas aussi bien terminées ». Dressant un parallèle avec l’Irlande du nord et la nécessité de passer souvent par « la négociation avec des gens déplaisants », il conclut : il est dans l’intérêt de tous de relancer le processus de paix au Proche-Orient. En libérant M. Johnston, les terroristes du Hamas ont fait un pas en avant vers l’approbation du monde civilisé.

C’est également la ligne de l’INDEPENDENT : le journal relève que, par son action, le Hamas montre qu’il veut être pris au sérieux et que, par son succès, montre qu’il a du pouvoir et pourrait, le moment venu, être à même de ramener l’ordre à Gaza.

Le DAILY TELEGRAPH en revanche ne cache pas son inquiétude : par son intervention, « le mouvement terroriste a récolté les lauriers de la communauté internationale et renforcé ses prétentions à être le seul interlocuteur palestinien valable ». Or on ne peut oublier que le Hamas refuse le droit d’Israël à exister et s’est rendu coupable de terribles atrocités depuis 2000. Pour le journal, la confusion actuelle dans les Territoires occupés souligne de façon spectaculaire l’ampleur de la tâche qui attend le médiateur Tony Blair. Le SUN renchérit en s’interrogeant sur le « prix » de la libération de M. Johnston : le Hamas est une organisation terroriste fondée par l’Iran et la Syrie qui veut la destruction d’Israël et avec laquelle il ne peut être question de négocier./. Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028