london_paris_panoramic Français English

» Actualités » Revues de presse » Revue de presse hebdomadaire » Semaine du 2 au 8 janvier

Semaine du 2 au 8 janvier

SEMAINE DU 2 AU 8 JANVIER

Alors que la vie politique commençait tout juste à reprendre son cours après la trêve de Noël, la condamnation de deux des meurtriers d’un crime raciste commis en 1993 qui a marqué un tournant dans la société britannique a fait la UNE des journaux à plusieurs reprises. La visite « historique » de William Hague en Birmanie (la première d’un ministre depuis 56 ans) a donné lieu à une bonne couverture de presse sans toutefois beaucoup de commentaires : les journaux se sont contentés de reprendre les déclarations du chef de la diplomatie britannique sur la réalité des réformes et la nécessité de poursuivre ce changement. Seul le TIMES estime que les gouvernements occidentaux doivent rester sceptiques. Les menaces iraniennes d’une fermeture du détroit d’Ormuz ont dominé les affaires internationales, suscitant de sérieuses inquiétudes malgré la part de « bluff » attribué à Téhéran. Dans la zone euro, l’accalmie de la période des fêtes s’est maintenue toute la semaine mais les commentateurs attendent de nouveaux remous : difficultés de l’Espagne et Conseil européen du 30 janvier qui pourrait voir un autre affrontement franco-britannique autour de la taxe sur les transactions financières et du nouveau traité. La presse de samedi assure que la France et l’Allemagne vont utiliser les institutions européennes pour fixer des politiques dont le Royaume-Uni sera exclu. Concernant la France, le projet de TVA sociale est vivement critiqué par le FINANCIAL TIMES.

I. ROYAUME-UNI

L’affaire Stephen Lawrence

« Après 18ans, justice » (GUARDIAN), « Enfin un peu de justice » (TIMES), la fin d’un « procès historique » (FINANCIAL TIMES) : la condamnation de deux des meurtriers de Stephen Lawrence, victime d’un crime raciste en 1993, a fait la UNE de tous les journaux. Tous se félicitent unanimement que « justice soit faite », quoique tardivement et partiellement. Ils soulignent les défaillances de la police et relèvent que l’affaire a permis à la société de prendre conscience de ses préjugés racistes. Plusieurs rappellent cependant que trois autres suspects au moins restent toujours en liberté. D’où la UNE du SUN : « Et maintenant attrapons les autres ».

Comme ses confrères, l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES est satisfait : « la justice a sans doute été repoussée de façon intolérablement longue, mais elle a finalement été faite. Le droit l’a emporté et c’est un message rassurant pour le public ».

Les journaux s’interrogent néanmoins, comme le TIMES, sur « l’incompétence et l’insensibilité » de la police alors « engluée dans ses propres préjugés racistes ». Pour le journal, il est impossible d’exagérer l’importance d’une enquête qui a contraint les autorités publiques à changer totalement d’attitude face au racisme. Le TIMES regrette cependant l’insuffisance des progrès, notamment dans la composition ethnique de la police. « La violence à caractère raciale est moins répandue, mais on peut se demander pourquoi un étudiant indien a été mortellement blessé à la tête dans une de nos rues au lendemain de Noël », conclut le journal.

L’INDEPENDENT et le GUARDIAN rendent hommage aux parents de Stephen Lawrence : leur détermination, ajoutée à « l’audace » de certains journalistes, a permis de déboucher sur cette condamnation. Tous les journaux relèvent en effet l’action du DAILY MAIL qui avait révélé le nom des suspects il y a plusieurs années et qui n’a pas cessé depuis de faire campagne pour la justice dans cette affaire.

Dans un éditorial, le DAILY MAIL assure que son pari a été payant : le journal n’avait-il pas couru le risque d’un procès en diffamation en publiant en première page la photo des cinq suspects sous le titre : « The MAIL accuse ces hommes de meurtre. Si nous avons tort, qu’ils nous attaquent en justice » ? « Alors que toute la presse est dans une certaine mesure en jugement dans le cadre de l’enquête Leveson, nous estimons que cette affaire vient à point nommé rappeler l’importance vitale pour une démocratie saine de journaux indépendants, viables et qui s’autorégulent ».

II. INTERNATIONAL

Les menaces iraniennes

Ce ne peut pas être seulement du « bluff » : les menaces iraniennes concernant la fermeture du détroit d’Ormuz en représailles contre les sanctions occidentales sont prises au sérieux par la presse qui relève aussi l’accord dégagé à Bruxelles à propos de l’embargo sur les exportations de pétrole iranien.

L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES prend acte de la « montée des tensions » et souligne qu’un embargo européen sur les exportations de pétrole iranien infligerait un « sérieux coup » à l’économie du pays. Il évoque aussi le ton « belliqueux » de Téhéran et estime que ses « provocations » ne doivent pas être considérées seulement comme du « bluff » : l’Iran s’est montré capable d’actions imprévisibles. Mais la fermeture du détroit d’Ormuz est difficile à imaginer. « Ce serait un acte militaire de suprême folie ». Selon le journal, les pays occidentaux ne doivent pas toutefois se montrer complaisants. Ils doivent affirmer que toute interférence dans l’acheminement du pétrole ne sera pas tolérée. Ils doivent aussi penser à l’utilisation d’autres voies de transport et à la constitution de réserves stratégiques. En un mot, il leur faut « se préparer au pire ».

L’éditorialiste de l’INDEPENDENT parle « d’escalade des tensions inquiétante » : l’administration américaine peut prétendre que si Téhéran hausse à ce point le ton, c’est parce que les sanctions commencent à se faire durement sentir, mais « la situation est explosive ». « Une petite erreur de calcul de part ou d’autre pourrait être fatale. Les grandes guerres du passé ont été déclenchées par beaucoup moins ».

Les sanctions occidentales commencent sans doute à faire leur effet mais « un régime qui se sent le dos au mur pourrait devenir dangereux », renchérit Simon Tisdall dans le GUARDIAN

III. EUROPE La crise de la zone euro

Le grand calme dans la zone euro durant la période des fêtes touche à sa fin, alors que les difficultés de l’Espagne recommencent à faire les grands titres de la presse. Tony Barber dans le FINANCIAL TIMES s’inquiète de la « fragilité des finances publiques de l’Europe du sud » et met en doute l’efficacité des amendements constitutionnels envisagés sur l’équilibre budgétaire.

« Rien n’illustre mieux l’approche légaliste de l’Europe envers la crise que son apparente croyance dans le fait que les nouveaux traités, les lois et les régulations, plus que du vrai cash, règleront tout. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont donnés pour mission que tous les 17 pays de la zone euro insèrent un engagement pour des budgets équilibrés dans leur constitution ou adoptent des règles contraignantes équivalentes. Le co-leadership de M. Sarkozy dans cette croisade suscite des sourires ironiques dans certains couloirs du pouvoir bruxellois, depuis que ses efforts pour modifier la constitution française se heurtent à un mur. En juste retour, ses opposants socialistes ont refusé de coopérer avec lui en amont des élections présidentielles françaises de d’avril et mai » alors que les hommes politiques espagnols ont mis de côté leur confrontation.

« Or, la question réelle n’est pas de savoir si un parlement d’un pays de la zone euro ou un autre est capable de réviser sa constitution, mais plutôt si de tels changements contribueront à régler la crise de la dette ». « Une réponse à cette question se trouve dans les clauses d’exemption que les dirigeants politiques allemands et espagnols ont pris soin d’inclure dans leurs lois sur l’équilibre des budgets ».

« Des règles budgétaires strictes ne sont pas nuisibles en elles-mêmes ». Elles fonctionnent bien en Suisse. « Dans la zone euro, un bon point de départ pour régler la crise de la dette consisterait à reconnaître qu’à l’exception de la Grèce, les problèmes sont nés non pas d’une mauvaise gestion des finances publiques mais de la dette du secteur privé aggravée par l’imprudence des investissements et des prêts bancaires et par les déséquilibres en matière de compétitivité et de comptes courants ».

« Mal diagnostiquer un problème entraîne souvent la prescription du mauvais remède. Selon les tendances actuelles, l’Europe va finir 2012 en mettant au point des amendements constitutionnels d’un côté et en continuant de se battre contre la crise de la dette de l’autre. »

THE ECONOMIST dénonce « l’aveuglement des dirigeants européens » à vouloir à tout prix un nouveau traité qui « pourra aider à empêcher une nouvelle crise mais qui ne fera rien pour arrêter la crise actuelle ».

IV. FRANCE

La TVA sociale

Seul le FINANCIAL TIMES, dans un article et un éditorial, a évoqué de façon négative le projet de TVA sociale qui devrait être soumis au parlement en février pour pouvoir entrer en vigueur avant les élections présidentielles.

Le journal en explique le principe : réduire les charges des employeurs et des employés et compenser le manque à gagner par une hausse de la TVA dans le but de stimuler la création d’emplois. Pour le FT, tout cela représente un « gros risque » : il faut certes du « courage » pour se lancer dans une telle entreprise avant des élections. Mais une hausse de la TVA, « dans un mouvement patriotique visant à stimuler l’industrie française », comporte des risques. Elle pourrait en effet porter gravement atteinte à la consommation, « depuis longtemps le moteur de croissance » du pays.

Selon le journal, l’imposition progressive est une manière plus équitable de financer les dépenses de l’Etat, alors qu’une simple hausse de la TVA frappe davantage les pauvres. Les charges sociales pèsent en effet sur la compétitivité des entreprises françaises. Mais c’est le système de protection sociale beaucoup trop généreux qui est la racine du problème et il doit être réajusté. C’est en se penchant sur cette question avant les élections présidentielles que M. Sarkozy ferait preuve d’un véritable courage politique », conclut le FT./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028