SEMAINE DU 2 AU 8 AOÛT
I. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Royaume-Uni/Pakistan : Visite du Président Zardari
Une semaine avant la visite du président Zardari, M. Cameron avait fortement critiqué la politique complaisante du Pakistan à l’égard des Talibans. Il avait notamment accusé le Pakistan de jouer un « double jeu ». La presse britannique, à l’exemple du TIMES, soutient les prises de position de M. Cameron, mais appelle le Premier Ministre à plus de retenu. Une coopération avec le Pakistan reste essentielle sur des questions touchant tant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, que la guerre en Afghanistan. Si le ton de Cameron en politique étrangère est tranché, l’INDEPENDENT le met en garde à ne pas faire d’amalgame entre les différentes instances du pouvoir. Car si Zardari représente le gouvernement civil, l’armée et l’ISI (service de renseignement) échappent en partie à son pouvoir.
Simon Tisdall dans le GUARDIAN va plus loin dans la critique et veut, reprenant les paroles d’un conseiller de Zardari, « éduquer » Cameron. Il résume en cinq points ce que le Premier Ministre « doit savoir » sur le Pakistan :
Le Pakistan est la première victime de l’instabilité en Afghanistan et au Cachemire.
La frontière pakistano-afghane a été dessinée par les Britannique pour diviser les Pachtouns, ceux-là même qui constituent actuellement le vivier Taliban.
L’Inde est en partie responsable de l’instabilité du Cachemire puisqu’elle refuse toute discussion internationale.
La démocratie pakistanaise est fragile.
Malgré une population forte de 180 millions de personnes, le Pakistan a une croissance économique faible et a besoin de plus de soutien international.
De nombreux médias britanniques ont critiqué le maintien de la visite de M. Zardari au Royaume-Uni alors que le Pakistan affronte une importante crise humanitaire liée aux inondations. Le DAILY TELEGRAPH rapportait en début de semaine les critiques venant du Pakistan contre Zardari, selon lesquelles celui-ci aurait dû boycotter sa visite à Londres compte-tenu des propos de M. Cameron en Inde.
Selon Alex Barker du FINANCIAL TIMES, la rencontre entre Cameron et Zardari avait donc un double enjeu : Cameron devait surmonter le ressentiment de l’establishment politique pakistanais qui n’avait pas supporté qu’il se prononce sur des sujets aussi sensibles alors qu’il se trouvait en Inde. Zardari devait envoyer un message à l’attention de ceux qui le critiquent pour son absence alors que le pays fait face à une importante catastrophe naturelle.
2. Iran
« Tensions en Iran », Editorial, The Daily Telegraph « Le grand arbitre ottoman », Editorial The Times « Cameron trébuche à nouveau en commettant une erreur sur l’Iran », Alex Barker, Financial Times »
L’incident perçu comme étant une tentative d’assassinat du président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été l’occasion pour le DAILY TELEGRAPH de souligner les tensions qui règnent dans le pays. Un rapport alarmant se penche sur l’acquisition récente par le pays de missiles à longue portée S-300, de confection russe. La Russie niant avoir participé à la transaction, les armes pourraient venir de Biélorussie, ce qui selon le journal montre la faible portée des sanctions internationales. Le quotidien s’inquiète de ce qui pourrait être une manœuvre du gouvernement qui tente de préserver son pouvoir au sein d’un régime instable. La crise que traverse le régime iranien se manifeste aussi sur la scène internationale par la proposition du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva d’offrir l’asile diplomatique à Mme Ashtiani menacée d’être lapidée dans son pays. Son avocat, M. Mustafei a demandé l’asile à la Turquie et le TIMES de revenir sur le rôle d’arbitre joué par Ankara dans la relation houleuse qu’entretiennent les pays Occidentaux et la république islamique. Le journal affirme que la Turquie devra choisir entre son aspiration à devenir membre de l’Union Européenne et défendre les actions du gouvernement iranien. Si elle veut assumer ses ambitions régionales, elle doit non seulement offrir l’asile à M. Mustafei, mais aussi exiger de l’Iran la libération de sa famille. En fin de semaine la République islamique a aussi été le sujet de propos très controversés de David Cameron. Selon le FINANCIAL TIMES, le premier ministre aurait déclaré peu de temps avant la rencontre avec son homologue M. Zardari, que l’Iran détiendrait des armes nucléaires. Cette déclaration a permis au Labour de dénoncer par la voix de Chris Bryant « les gaffes (de M. Cameron) qui deviennent une dangereuse habitude ». Certains journaux soulignent que ce nouvel épisode alimente la critique de ceux qui reprochent au style « sans équivoque » de Cameron de nuire à la diplomatie britannique. 3. Procès de Charles Taylor
L’audition de Naomi Campbell par le tribunal spécial pour le Sierra Leone a fait l’objet d’une très importance couverture médiatique. Appelée à témoigner lors du procès de l’ancien président du Sierra Leone de 1996 à 2002, Naomi Campbell contribue à sa médiatisation. Dans un éditorial intitulé « Sang et Diamants », le TIMES ne doute pas de la bonne foi de ce top-modèle quand elle affirme ne pas avoir su qui était Charles Taylor, mais souligne l’importance de son témoignage pour l’accusation. Inculpé de plus de 11 chefs d’accusation, allant du crime de guerre au crime contre l’humanité, M. Taylor aurait financé les combattants du front révolutionnaire unifié (RUF) à l’aide de l’argent obtenu par l’exploitation de diamants bruts. Le journal rappelle que ce groupe armé fut responsable des pires atrocités commises pendant cette guerre. L’ancien dirigeant plaide « non-coupable » et l’ancien mannequin a déclaré ne pas connaître l’identité du généreux donateur de ces diamants. L’accusation reste donc pour l’instant en suspend. Selon le quotidien, deux éléments méritent toutefois d’être rappelés. D’une part, les britanniques n’ont pas pris part au conflit aux côtés du RUF et ont envoyé un soutien militaire en 2000 pour stabiliser le pays. D’autre part, il est bon que la société internationale mette à bas l’immunité des anciens chefs d’Etat inculpés pour des crimes au regard du droit international. II. FRANCE
1. L’intervention de la police contre les immigrés de la Courneuve
L’évacuation par la police du squat de la Courneuve fait l’objet d’une large couverture médiatique en début de semaine. La violence montrée dans les vidéos circulant sur internet (une d’entre elle est en deuxième position des vidéos les plus regardées sur le site de la BBC) fait réagir la presse. Le GUARDIAN et l’INDEPENDENT reviennent sur le contexte dans lequel s’est déroulée l’opération, à savoir un débat houleux sur l’immigration et sur un projet de loi prévoyant la déchéance de la nationalité française pour les criminels d’origine étrangère s’en prenant aux forces de l’ordre. Pour l’INDEPENDENT, ce retour au débat sur la sécurité a pour unique objectif de détourner l’attention de l’affaire Bettencourt et marque le début de la préparation de la droite à la campagne présidentielle de 2012. 2. Le démantèlement d’une filière d’immigration clandestine
Le GUARDIAN revient sur le démantèlement d’une filière d’immigration clandestine annoncé par les polices française et britannique en soulignant qu’il s’agit de la plus importante opération du genre menée conjointement par les deux forces de l’ordre. De plus, le quotidien rappelle le démantèlement en septembre dernier de la « jungle » de Calais qui a marqué le début d’une vague de répression de la part du gouvernement fortement critiquée par les ONG.
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