Semaine du 1er au 7 octobre

SEMAINE DU 1er AU 7 OCTOBRE

En décidant de renoncer à des élections anticipées, Gordon Brown a mis fin à des spéculations qui devenaient embarrassantes, mais a, de l’avis de la presse, terni sa réputation. Il a aussi permis à David Cameron, dont la performance assurée au congrès de Blackpool a valu à son parti une nette remontée dans les sondages, de marquer des points. En début de semaine, le déplacement du Premier Ministre à Bagdad et son annonce d’un retrait des troupes d’Irak avaient été vivement critiqués par les commentateurs qui y voyaient avant tout une manœuvre politique. Sur la scène internationale, la presse dénonce les nouvelles ambitions de Vladimir Poutine et continue de s’inquiéter pour la Birmanie. Au chapitre de la France, elle relève les difficultés d’EADS et du projet Galileo.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La fin des spéculations

« Retraite humiliante », « épisode embarrassant » : la presse à l’unanimité estime que Gordon Brown a perdu son pari et, pire, terni sa réputation.

« Il a pris la bonne décision, pour les mauvaises raisons », écrit L’INDEPENDENT ON Sunday : pour le journal, il n’y avait pas besoin d’élections. Le Premier Ministre a voulu profiter de la situation et il a reculé seulement face aux mauvais sondages. Il avait promis de donner un nouveau visage à la politique. « Soudain ses promesses manquent réellement de sincérité ».

L’OBSERVER considère de son côté que « M. Brown paiera le prix de son pari peu sage » et qu’il a gaspillé « cette denrée cruciale et éphémère en politique, le bénéfice du doute ».

Pour le Sunday TIMES, « M. Brown est victime de sa propre manipulation ». C’est aussi l’avis du Sunday TELEGRAPH qui s’en félicite : « la vraie bataille commence. Il y a désormais une division claire entre les deux principaux partis sur l’avenir du Royaume-Uni. Le Labour et les conservateurs ont maintenant le temps, en dehors de l’hystérie d’une campagne électorale, de convaincre les électeurs que leur vision répond le mieux aux intérêts du pays ».

2. Le congrès du parti conservateur

David Cameron a marqué des points : alors que le scepticisme dominait initialement dans les rangs conservateurs et que le Labour pensait avoir semé le désarroi chez ses adversaires, le congrès de Blackpool a été qualifié de succès.

La presse conservatrice, à l’instar du DAILY TELEGRAPH, découvre avec enthousiasme un « leader formidable » qui, au lieu de se laisser déstabiliser par les manœuvres de Gordon Brown et les spéculations électorales s’en est trouvé « galvanisé » : il a montré que son parti est apte à regagner le pouvoir. Le DAILY EXPRESS assure qu’en David Cameron, le Premier Ministre a un « adversaire de taille », et le DAILY MAIL que « les électeurs ont enfin un vrai choix ».

Le FINANCIAL TIMES salue la « performance assurée » de David Cameron et estime « prometteur » le fait qu’il ait enfin donné une indication plus claire sur la future direction du parti : à lui de démontrer qu’il peut passer aux actes, conclut le journal.

Pour l’INDEPENDENT, il fallait, compte tenu des spéculations sur des législatives anticipées, que le dirigeant conservateur se présente en Premier Ministre plausible et en rival crédible. « Et il s’en est bien sorti, sur le fond comme sur la forme ».

Le GUARDIAN reconnaît le « courage » et le côté « modernisateur » de David Cameron. Il relève aussi certaines de ses contradictions (appel à une plus grande souplesse du travail et à l’abolition du chapitre social européen). Il met en doute la justesse de ses calculs : comment peut-on promettre des réductions d’impôts tout en augmentant les dépenses publiques ? Nul doute que « le Labour pourra exploiter ces faiblesses », conclut le journal.

La presse Murdoch est assez nuancée : si le SUN juge après tout que David Cameron a accompli sa mission : prouver que les Tories peuvent revenir au pouvoir, le TIMES considère que le dirigeant conservateur doit « articuler ses idées plus clairement et de façon moins ambiguë ». Le commentateur du journal Peter Riddell considère que M. Cameron a présenté « beaucoup de mesures populistes, sans fournir de stratégie d’ensemble ».

Un autre point fort du congrès de Blackpool a été l’intervention de George Osborne, Chancelier de l’Echiquier du cabinet fantôme, sur la suppression d’une partie des droits de succession. La presse conservatrice se félicite d’une démarche qui ne peut qu’être « attrayante pour les classes moyennes ». Le FINANCIAL TIMES relève « l’habileté » d’une manœuvre « qui met le doigt sur les points faibles du gouvernement travailliste ». Seule la presse travailliste, à l’instar du GUARDIAN, reproche à M. Osborne de ne pas avoir fait minutieusement ses comptes.

3. Gordon Brown et l’Irak

La visite surprise du Premier Ministre à Bagdad et l’annonce du retrait de 1000 soldats britanniques d’ici Noël ont été accueillies de façon très négative par la presse : l’ensemble des commentateurs n’y a vu qu’une pure manœuvre politique pour embarrasser les Tories.

Reprenant comme ses confrères les propos de l’ancien Premier Ministre conservateur John Major qui a accusé Gordon Brown de jouer avec la vie des soldats et la stabilité de l’Irak à des fins politiques, le DAILY TELEGRAPH parle « d’erreur politique regrettable ». Pour le journal, un « tel opportunisme » ne donne pas une bonne image du dirigeant travailliste et montre qu’il est « faillible et vulnérable » face à un parti conservateur qui reprend de la vigueur.

Les tabloïds conservateurs se déchaînent contre cette « basse manœuvre » (DAILY EXPRESS), la « manipulation cynique » d’un Premier Ministre « qui rappelle de façon bien désagréable Tony Blair à ses pires moments » (DAILY MAIL). Le SUN lui-même assure que Gordon Brown « doit prendre garde à ne pas jouer avec la vie de nos soldats ».

La presse travailliste, a priori favorable à un retrait rapide des troupes d’Irak, soupçonne, comme l’INDEPENDENT, une manœuvre politique dans toute sa brutalité : l’annonce de M. Brown est tombée en plein congrès du parti conservateur et a alimenté les spéculations sur des élections anticipées. Pour le GUARDIAN, la démarche du Premier Ministre relève de la manipulation et risque, avec de bonnes raisons, d’être qualifiée de « cynique ». Pour le journal, « c’est d’autant plus regrettable que la stratégie d’ensemble de M. Brown à propos de l’Irak est la bonne ».

Dans un éditorial intitulé « Pas si vite », le TIMES revient sur son argument habituel : la politique de ces derniers mois en Irak donne des résultats positifs. Il ne faut pas mettre cet acquis en danger. « Le Royaume-Uni ne doit pas retirer ses troupes tant que la mission n’est pas accomplie ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les ambitions de Vladimir Poutine

La presse dénonce unanimement les intentions du Président Poutine : se faire élire au parlement à la fin de son mandat et devenir éventuellement Premier Ministre.

C’est une insulte à la démocratie, estiment les journaux. Le DAILY TELEGRAPH ne doute pas que M. Poutine fera élire un Président fantoche de manière à continuer d’exercer la même autorité que maintenant. C’est « un homme dangereux » face auquel la communauté internationale a réagi trop timidement.

Cette affaire « souligne la faiblesse de la démocratie et de la constitution de la Russie », renchérit le TIMES. Bronwen Maddox dans le même journal assure que les projets de M. Poutine garantissent sans doute « une stabilité, dans le genre autoritaire » à la Russie, « ce qui n’ouvre sûrement pas la voie à une Russie moderne et prospère ».

Pour le FINANCIAL TIMES, « M. Poutine donne l’impression de vouloir utiliser la démocratie pour consolider son emprise quasi-totale sur la politique de la Russie ». « C’est un bon stratagème s’il réussit. Et si M. Poutine tient vraiment à tout diriger – ce qui semble être le cas - , mieux vaut qu’il le fasse dans le cadre des institutions que dans les coulisses, à la tête par exemple de Gazprom », conclut le journal.

Simon Tisdall du GUARDIAN qualifie certes de « remarquable » la capacité de M. Poutine à « dicter les termes du discours politique en Russie », mais il estime aussi que « cela ne durera pas indéfiniment » : le Président russe a su répondre aux frustrations de son peuple durant la transition, mais il a manipulé le système de façon à étouffer les critiques. Son image d’homme fort est construite sur de l’argile. Elle est fragile. De même, la puissance de la Russie repose sur ses réserves de pétrole et de gaz, rien de plus. Tout peut s’effondrer d’autant qu’il n’y a pas eu d’investissements dans l’infrastructure du pays, dans son industrie et ses institutions. « Les Russes risquent un jour de voir dans l’ère Poutine une gigantesque occasion manquée ».

2. La situation en Birmanie

La presse accueille avec scepticisme le « retour à la normale » annoncé en Birmanie.

« Le régime militaire a été ébranlé, mais les généraux conservent le contrôle », écrit l’INDEPENDENT qui craint que l’émissaire de l’ONU n’obtienne aucune concession. Le journal estime que, dans l’ensemble, la communauté internationale n’a pas réagi de façon suffisamment énergique. Il aurait fallu isoler davantage le régime. « Les généraux ont fait du tort à leur réputation. Il faut maintenir la pression ».

Carl Mortished du TIMES est d’un avis contraire : « Boycotter la Birmanie et lui imposer des sanctions ne feraient qu’aggraver les choses ». Autrefois, les sanctions pouvaient avoir de l’autorité morale et une certaine efficacité économique. Aujourd’hui, les investisseurs asiatiques interviennent à tous les coins du monde et l’organisation d’un boycott sans leur participation serait non seulement inutile, elle risquerait aussi de saper l’autorité morale des principes occidentaux. « Si notre seule réponse face à des régimes dangereux est de les isoler, nous perdons à la fois l’avantage commercial et l’avantage moral ».

III. AFFAIRES FRANCAISES

1. Les difficultés d’EADS

Des menaces pèsent sur Airbus : sous ce titre l’INDEPENDENT et le GUARDIAN ont rendu compte des conclusions de l’Autorité des marchés financiers sur les soupçons de délits d’initiés concernant les principaux actionnaires et dirigeants d’EADS.

Le TIMES assure que l’affaire est gênante pour M. Sarkozy : le Président de la République, proche d’Arnaud Lagardère, cherche en effet à faire accepter des réductions d’emplois pour permettre le sauvetage d’Airbus, mais les syndicats sont furieux à l’idée que la direction « s’en est mis plein les poches tout en maintenant le secret sur les difficultés de l’entreprise ».

Sous le titre « Accrochez vos ceintures, des turbulences sont à prévoir », Paul Betts du FINANCIAL TIMES se félicite de la fermeté de l’AMF : « c’est une bonne nouvelle pour le marché parisien, même si c’est de mauvais augure pour EADS et peut-être même le gouvernement français ». « Quelles que soient les conclusions, les derniers développements portent un nouveau coup à la réputation d’EADS et au moral d’une entreprise qui cherche à mettre de l’ordre dans ses affaires et à entreprendre une restructuration majeure de sa filiale Airbus. Si au bout du compte, on décide de poursuites judiciaires, les gouvernements français et allemands devraient en tirer les leçons et reconnaître qu’ils font courir trop de dangers à une entreprise confrontée à la concurrence mondiale. Il serait préférable qu’ils se retirent et la laissent vivre comme une entreprise du secteur privé ».

2. Celles de Galileo

Quelques journaux ont mentionné les difficultés de financement du projet Galileo et la solution proposée par la Commission d’utiliser les fonds restants de la PAC.

Paul Betts du FINANCIAL TIMES relève à cet égard la divergence franco-allemande, une de plus, souligne-t-il, à une période où « les relations entres Paris et Berlin n’ont jamais été pires » : la France aurait préféré une autre solution, mais est prête à accepter car ses entreprises auraient beaucoup à y gagner. L’Allemagne en revanche ne veut pas en entendre parler. Or, pour le commentateur, « le temps presse », car les Russes et les Chinois progressent dans leurs propres projets. Les Américains mettent au point une nouvelle génération de satellites pour 2012. « Si l’Europe ne peut d’ici là résoudre ses difficultés, elle risque de prendre trop de retard sur ses rivaux pour que Galileo soit viable ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028