SEMAINE DU 1 AU 7 MARS
Le témoignage de Gordon Brown devant la commission Chilcot sur la guerre en Irak a marqué un temps fort dans la semaine, tandis que deux développements ont mis David Cameron dans l’embarras : l’avance des conservateurs dans les sondages continue de diminuer, tandis que les révélations sur le statut fiscal du vice-président du parti, Lord Ashcroft, suscitent de vives critiques. Par ailleurs, les projets de réforme annoncés par la BBC sont unanimement jugés insuffisants. La visite d’état du président sud-africain au Royaume-Uni a été suivie avec un regard critique par la presse. La crise grecque a encore dominé les affaires européennes.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. M. Brown devant la commission Chilcot
Après Tony Blair, Gordon Brown a dû à son tour répondre aux questions de la commission Chilcot sur la guerre en Irak. Le Premier ministre a défendu la décision prise par son prédécesseur, tout en déplorant contrairement à ce dernier les victimes de la guerre et en soulignant les sacrifices des soldats. Il s’est défendu, contredisant certains généraux, de n’avoir pas donné les moyens financiers suffisants à l’armée.
Pour l’INDEPENDENT, la défense de M. Brown est « crédible » et il se sort relativement indemne de quatre heures d’interrogatoire. « Avec sa façon discrète, il a peut-être même arrangé ses affaires », conclut le journal. Le TIMES se félicite de la manière résolue dont M. Brown a défendu la guerre, même s’il n’a pas toujours été convaincant sur la question du budget des armées. Le journal considère que c’est grâce à la guerre que les Irakiens ont pu se rendre dimanche aux urnes : « c’est une source d’espoir pour le pays et la meilleure justification de l’intervention militaire ».
Le DAILY TELEGRAPH reconnaît que M. Brown s’en est bien tiré et ajoute que ce témoignage ne devrait pas handicaper le Labour lors des prochaines élections. Il est cependant peu convaincu par les arguments concernant les moyens mis à la disposition de l’armée : quoi qu’en dise M. Brown, des équipements inadéquats et insuffisants ont causé des morts inutiles et le gouvernement doit rendre des comptes.
Le FINANCIAL TIMES est plus sévère que ses confrères et évoque la performance « inquiétante » du Premier ministre : M. Brown est incapable d’admettre ses erreurs et recule devant ses responsabilités. Même ceux des électeurs qui n’étaient pas opposés à la guerre devraient s’interroger sur la manière dont M. Brown défend son rôle.
Quant au GUARDIAN, il reproche au Premier ministre de n’avoir pas répondu à la seule question importante : tout le monde savait en 2003 qu’il était hostile à une intervention militaire en Irak. S’il l’avait dit clairement, la guerre n’aurait jamais eu lieu. C’est en mars 2003 qu’il aurait pu avoir son moment. Il a alors laissé passer l’occasion.
2. Les conservateurs et les sondages
Alors que l’avance des Tories diminue dans les sondages et que la crainte d’un futur gouvernement sans majorité absolue à la Chambre des Communes fait baisser la livre sterling, les commentateurs appellent David Cameron à clarifier ses projets.
Le FINANCIAL TIMES reproche à David Cameron de mener une campagne faible et confuse : le dirigeant conservateur se déclare optimiste sur l’avenir du pays, mais assure que la société britannique est brisée. Il promet de faire une priorité de la réduction du déficit budgétaire mais envisage de nouvelles dépenses publiques en faveur des hôpitaux. M. Cameron conserve des projets élaborés avant la crise et s’y accroche obstinément au lieu de les abandonner. Il tient à affirmer qu’il n’est pas un doctrinaire de droite, mais il n’est pas clair sur ce qu’il est vraiment. Il doit maintenant sortir du bois et dire ce qu’il entend faire du pays dans les dix années à venir, identifier les politiques qui lui permettraient de réaliser cette vision et rejeter le reste. Cela lui serait utile pour la campagne électorale et l’aiderait à mettre au point un plan crédible pour un gouvernement. C’est d’autant plus important que les investisseurs comptent sur sa victoire au cours des mois prochains.
« Les électeurs ne sont pas vraiment sûrs de ce qu’ils voient parce que les dirigeants du parti conservateur ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils veulent faire », renchérit Steve Richards dans l’INDEPENDENT.
Rachel Sylvester du TIMES met David Cameron en garde : l’agression constante contre Gordon Brown risque de passer pour de l’arrogance et de décourager les électeurs, particulièrement l’électorat féminin. Le dirigeant conservateur serait mieux avisé d’expliquer ce qu’il ferait s’il entrait à Downing Street. Il doit convaincre un électorat sceptique qu’il a une mission à accomplir et qu’il cherche les moyens pour la réaliser.
L’éditorial du DAILY TELEGRAPH rappelle que les conservateurs invitent à voter pour le changement, mais il relève aussi qu’ils ont beaucoup de mal à expliquer ce que cela signifierait. Pour le journal, la police et l’ordre dans les rues serait un bon thème de campagne, alors que le Labour semble avoir totalement perdu son temps dans ce domaine au cours des 13 années écoulées.
3. Le statut fiscal de Lord Ashcroft
Autre embarras pour les Tories : Lord Ashcroft, vice-président du parti, et un de ses plus gros donateurs a finalement admis qu’il n’est pas domicilié sur le plan fiscal au Royaume-Uni, quoique résident à long terme. Cette révélation, après une longue campagne médiatique, suscite de vives critiques dans la majeure partie des journaux.
Seul le DAILY TELEGRAPH se satisfait de la « franchise » de Lord Ashcroft et estime que le Labour n’a plus à s’en prendre à lui ; d’autant que plusieurs donateurs travaillistes se trouvent dans la même situation.
Le TIMES n’accepte pas ce raisonnement : Lord Ashcroft n’est pas seulement un donateur, il est en sa qualité de vice-président du parti conservateur une importante personnalité politique. Son pouvoir est énorme, et son statut fiscal intéresse naturellement l’opinion. Il est inquiétant qu’il ait cherché si longtemps à ne pas le révéler. Selon le journal, il est à mettre au crédit de David Cameron d’avoir soulevé la question et de prévoir une législation qui forcerait pairs et députés à payer leurs impôts au Royaume-Uni, mais Lord Ashcroft n’en continue pas moins de narguer les contribuables britanniques ainsi que ses propres collègues car il ne clarifie pas vraiment ses intentions. « Lord Ashcroft a fait beaucoup pour le parti conservateur, mais absolument rien pour sa réputation. Il est une force politique efficace, mais un énorme embarras politique ».
Dans la même ligne, l’INDEPENDENT assure que cette affaire ne donne pas une bonne image du parti conservateur et que David Cameron aurait dû depuis longtemps mettre Lord Ashcroft au pied du mur. « Il n’est pas possible que quelqu’un joue un rôle privilégié dans les affaires publiques sans payer ses impôts », renchérit le GUARDIAN.
THE ECONOMIST se montre sévère à l’égard de David Cameron : « le parti conservateur aurait pu survivre sans Lord Ashcroft et la mauvaise publicité qu’il a attirée ». Cette affaire met en cause le jugement de M. Cameron. Aura-t-il la volonté de prendre des décisions de principe difficiles s’il accède au poste de premier ministre ? Pour dissiper les doutes, il devrait se séparer du vice-président de son parti, conclut l’hebdomadaire.
4. La réforme de la BBC
La BBC prend les devants : à l’approche des élections et pour parer à des mesures plus drastiques en cas de victoire des conservateurs, le directeur-général du groupe a annoncé une restructuration, notamment la suppression de quelques chaînes et la réduction de la taille du site web. Les journaux, toutes tendances confondues, estiment ces changements insuffisants.
Le GUARDIAN souligne le caractère politique de la démarche. Il souligne que ce ne serait pas nécessairement une mauvaise chose si les réformes annoncées répondaient à la nécessité ou à un désir de qualité et ne visaient pas avant tout à plaire à l’opposition conservatrice, qui pourrait arriver au pouvoir dans quelques semaines, ainsi qu’à James Murdoch qui semble avoir une telle influence sur la politique de David Cameron en matière de médias. Selon le journal, en dépit de quelques rares points positifs, le document proposé par le directeur de la BBC relève généralement de la « manœuvre tactique » et risque de faire du tort à l’organisation au niveau stratégique.
« Ce n’est pas la révolution dont la BBC a besoin », renchérit l’INDEPENDENT qui estime que les réformes proposées ne sont que « symboliques » : il faudrait une restructuration radicale, et plutôt que de réduire les budgets des programmes diminuer le nombre excessif de directeurs trop payés.
Le DAILY TELEGRAPH dénonce lui aussi l’excès de dirigeants « béatement inconscients des rigueurs du marché », alors qu’il faudrait que la BBC rende des comptes aux millions de Britanniques contraints de la financer. Le journal accuse la corporation d’être passée du stade de « trésor national à celui de tyran de l’audiovisuel ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
La visite du président Zuma à Londres
A l’occasion de la visite d’état du président sud-africain au Royaume-Uni, la couverture de presse a été plutôt hostile, particulièrement dans les tabloïds qui se sont beaucoup penchés sur la vie privée de M. Zuma. Les grands journaux sont dans l’ensemble favorables à un resserrement des liens entre Pretoria et Londres, mais estiment qu’il serait peu souhaitable de répondre à l’appel du président sud-africain d’une levée des sanctions contre le Zimbabwe.
L’éditorial du TIMES est catégorique : la position de M. Zuma sur le Zimbabwe et le président Mugabe n’est pas acceptable. M. Brown a eu raison de rejeter sa demande d’une levée des sanctions qui gênent, selon lui, le développement économique de ce pays. Les sanctions mises en place par l’Union européenne et les Etats-Unis visent avant tout l’entourage de M. Mugabe et rien ne montre que la population en est affectée. Lever les restrictions maintenant bénéficierait à l’élite qu’elles étaient censées punir. L’Afrique du sud est pourtant bien placée pour jouer un rôle constructif au Zimbabwe. C’est le pays le plus puissant du continent et il est temps qu’il se comporte conformément à son statut.
L’INDEPENDENT fait le même raisonnement : un renforcement des liens commerciaux avec l’Afrique du Sud est souhaitable, mais il ne faut pas prêter attention aux demandes de M. Zuma concernant le Zimbabwe, car ce ne sont pas les sanctions qui empêchent le fonctionnement du gouvernement et de l’économie. C’est M. Mugabe qui s’en charge avec tout son cynisme.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
La crise grecque
Le FINANCIAL TIMES consacre tout un dossier à la crise grecque. Dans un article de une, le journal annonce qu’Athènes se prépare à demander l’aide du FMI si ses partenaires de l’Union européenne n’acceptent pas de lui fournir l’aide financière nécessaire. Le journal mentionne la rencontre, au cours des prochains jours, de M. Papandréou avec Mme Merkel, M. Sarkozy et M. Obama.
Dans un autre article, Quentin Peel et Gerrit Wiesmann évoquent les « profondes divergences », en particulier entre Paris et Berlin, face à cette crise : l’Allemagne, en tant que gardien suprême de la rectitude budgétaire, est hostile à toutes mesures d’aide à la Grèce tant que cette dernière n’aura pas fait son travail (en appliquant un programme d’austérité drastique). La France et les autres membres de la zone euro seraient prêts à se montrer plus conciliants envers Athènes. Toutefois, selon le FT, Berlin semble désormais disposé à davantage de souplesse.
L’éditorial du FINANCIAL TIMES appelle la Grèce à faire tout son possible pour mériter l’aide de l’Europe. Selon le journal, une telle intervention est devenue une nécessité surtout politique, mais les Etats membres de l’Union ont raison de vouloir minimiser les risques et d’exiger que la Grèce prenne davantage de mesures.
La crise grecque a du bon pour la France, écrit de son côté Paul Betts dans le FINANCIAL TIMES, relevant les propos de Christine Lagarde ainsi que les commentaires de la presse française sur les bénéfices que la baisse de l’euro a pour l’exportation.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028