SEMAINE DU 1er AU 7 JUIN
La déroute du gouvernement accompagnée de la démission de plusieurs membres du gouvernement, à la veille d’une cuisante défaite électorale, a dominé les commentaires de la presse qui doute encore de la survie politique de Gordon Brown. Le discours du président américain au Caire suscite l’espoir, mais les journaux attendent de voir les résultats. Le pessimisme est en revanche perceptible à l’occasion du 20ème anniversaire de Tiananmen. Après avoir de nouveau été évoquée de manière critique (à cause de l’absence de la reine), la commémoration du débarquement en Normandie a donné lieu durant le week-end à une importante couverture médiatique qui en a souligné l’ampleur symbolique et oublié la controverse.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
La déroute du gouvernement
« Les rats quittent le navire » (DAILY MAIL), « Brown perd son autorité » (TIMES) : « l’effondrement » du gouvernement était annoncé par une bonne partie de la presse alors que le Labour s’apprêtait à une défaite électorale « historique » et que les ministres démissionnaient l’un après l’autre. Le départ du Ministre du Travail, James Purnell, a porté un sérieux coup au Premier Ministre et la presse ne pense pas qu’un remaniement redressera la situation. Les journaux conservateurs appellent à des élections législatives sans tarder. Le GUARDIAN, pro-travailliste, estime que le Labour doit se débarrasser de M. Brown.
Le GUARDIAN est sans appel à l’égard du Premier Ministre : « les Britanniques demandent un meilleur système politique et un parlement honnête. Ils veulent des dirigeants préparés à agir. Gordon Brown a laissé passer sa chance. Il n’a pas de vision, pas de plan pour l’avenir et pas de soutien. Un remaniement n’effacera pas les terribles résultats des élections. M. Brown gagnerait beaucoup de respect à quitter son poste et laisser son parti choisir un leader capable de réformer le parlement et de mener une campagne électorale crédible. Seul un gouvernement travailliste, travaillant en coopération avec les Libéraux-démocrates pourra mener à bien une réforme sérieuse. « Le Premier ministre s’est montré incapable d’une telle collaboration. Les dés sont jetés. Le Labour a un an devant lui avant les élections. Son leader actuel lui ferait perdre son temps. Le moment est venu de le lâcher ».
Le tabloïd DAILY MIRROR, lui aussi pro-travailliste, s’interroge : « Gordon peut-il sauver le gouvernement ? ». Le journal reproche à M. Brown d’avoir manqué d’énergie face aux derniers événements. Le moment est venu de faire preuve de « courage et d’audace ». Le Nouveau Labour doit montrer les idées et le dynamisme qu’attend l’électorat. Si Gordon Brown entend « s’accrocher » à son poste, il doit présenter sans tarder un nouveau programme politique et donner une nouvelle image. Il doit commencer à « galvaniser » le pays et mettre fin à cette lente marche vers « l’annihilation ».
L’OBSERVER est sévère pour M. Brown : même s’il reste à son poste, le renouveau politique doit venir d’ailleurs et la responsabilité en revient à des ministres comme Alan Johnson et David Miliband qui semblent pour le moment avoir renoncé à prendre son poste.
Les journaux conservateurs ont déjà conclu, à l’instar du DAILY TELEGRAPH, à l’effondrement du gouvernement : « Il n’y a pas eu de telle turbulence depuis la nuit des longs couteaux en 1962 (Harold Macmillan avait renvoyé sept ministres dans l’espoir de sauver sa peau, mais sans résultat). Pour le journal, aucun remaniement ne changera rien, car le mal est trop profond. Cela reviendrait à changer les transats de place sur le pont du Titanic. Il ne servirait à rien de continuer ainsi pendant un an. Mieux vaut des élections au plus tôt. « Si le gouvernement faisait passer les intérêts du pays avant les siens, il provoquerait des élections maintenant », renchérit le SUNDAY TELEGRAGH.
C’est aussi l’avis du SUN (« des élections maintenant seraient une miséricorde pour tout le monde »), ainsi que du DAILY MAIL : « ce gouvernement de zombies ne peut pas continuer encore pendant un an. Plus longtemps les élections seront repoussées, plus grand sera le danger pour le Royaume-Uni ».
« Un gouvernement qui ne peut se gouverner lui-même ne peut pas gouverner le pays. Un Premier Ministre sans autorité ne peut diriger le gouvernement »,estime de son côté le TIMES qui, pour la première fois, se prononce pour un changement de leader. Selon le journal, le Labour a perdu le droit de faire lui-même son choix : lorsqu’il aura sélectionné la personne qu’il souhaite mettre à sa tête, il devra provoquer des élections pour laisser les Britanniques décider.
S’il reste toujours mesuré le FINANCIAL TIMES admet que « l’avenir du Premier Ministre britannique est en cause » : M. Brown a une faible chance de rétablir son autorité, mais « s’il échoue, la solution ne sera pas dans une nouvelle révolution de palais, mais dans des élections ». Il n’a pas à quitter son poste tant qu’il a une majorité aux Communes et ce serait le pire moment possible pour imposer aux électeurs un nouveau leader non élu. Il est certain que le mandat de M. Brown est désormais associé à l’échec, même s’il a plutôt bien réagi face à la crise financière. Son autorité est sérieusement atteinte et le gouvernement est paralysé car il ne sait plus où il va. Le scandale des dépenses a été exagéré et ne devrait en principe pas suffire pour écarter un Premier Ministre du pouvoir. Les jours qui viennent vont montrer si M. Brown peut entreprendre un remaniement crédible. S’il se laisse déstabiliser par le départ chaotique de Ministres comme Jacqui Smith et Hazel Blears, dont la réputation était fort endommagée, les augures ne sont pas bons. Une catastrophe électorale aujourd’hui pourrait l’achever. Le dernier devoir du gouvernement serait alors de nettoyer le parti, réformer le système des dépenses des députés et ensuite d’appeler les électeurs à se prononcer.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le discours de Barack Obama au Caire
Un « discours brillant » (FINANCIAL TIMES), qui pourrait « changer l’histoire » (INDEPENDENT) : toute la presse a fait bon accueil au discours du Caire, saluant généralement le « courage » (GUARDIAN) du président américain. Les commentateurs s’interrogent cependant sur ses effets et la réponse du monde musulman.
« Rarement un discours a été aussi attendu », écrit l’éditorialiste du TIMES, ajoutant : « si le président américain pouvait réaliser ses promesses et ses aspirations, bien des graves problèmes de la région deviendraient plus faciles à résoudre ». M. Obama a montré beaucoup de « fermeté et de sensibilité », comprenant que le « soft power » peut aider à régler ce que la force militaire n’a pas réussi à faire.
M. Obama a, de l’avis du FINANCIAL TIMES, « changé le ton des relations entre les pays occidentaux et l’Islam », tandis que le DAILY TELEGRAPH qualifie le discours de « magistral ». L’INDEPENDENT assure que le président américain a préparé la voie à un « rapprochement historique » : il a employé le ton qu’il fallait et le contenu était sans faute. Il a réalisé « un tour de force diplomatique et intellectuel », présentant des « arguments logiques et cohérents pour l’abandon des stéréotypes et la coexistence harmonieuse de deux visions différentes, mais pas automatiquement conflictuelles du monde ».
Evidemment, ajoute l’INDEPENDENT, « les discours ne font pas les actes ». Ce thème est repris par l’ensemble des commentateurs. Le DAILY TELEGRAPH se demande si le Proche Orient « a la capacité de mener un dialogue rationnel » : le fondamentalisme islamique a tellement corrompu le monde musulman qu’il risque de ne jamais accepter Israël. Les Iraniens vont probablement réélire un président qui nie l’holocauste et veut la destruction d’Israël. Est-ce que ce dernier acceptera jamais la division de Jérusalem ? « M. Obama a montré sa foi dans le peuple musulman. La question est de savoir si celui-ci fera preuve de la même générosité ».
Le FINANCIAL TIMES s’interroge sur la droite israélienne et la partie de bras de fer qui oppose le président américain à M. Nétanyahou. Pour Gideon Rachman, les applaudissements ne doivent pas faire oublier à M. Obama que ses problèmes de politique étrangère restent les mêmes, « aussi dangereux qu’auparavant » : si Israël tente une action contre l’Iran, tous ses projets de paix au Proche Orient partiront en fumée. M. Obama a déjà des relations tendues avec le nouveau gouvernement israélien sur la question de la colonisation et il est évident que son influence a ses limites. Pour le commentateur, c’est d’autant plus dangereux que le président américain a fait naître des espoirs excessifs sur les résultats de l’engagement et de la diplomatie.
Le GUARDIAN souligne lui aussi les risques que fait peser l’Iran et ajoute que M. Obama n’a pas fait de réelle percée, notamment sur le dialogue avec le Hamas : « le président américain s’est montré courageux et sûrement sincère. Reste à voir si son noble discours débouchera sur une action audacieuse ».
2. Le 20ème anniversaire du massacre de Tiananmen
La presse a dressé un bilan de la situation de la Chine, 20 ans après le massacre de Tiananmen et conclu à l’unanimité que la démocratie n’y a guère progressé.
Le TIMES reconnaît que le régime a su apporter la prospérité à sa population en se lançant avec une extraordinaire énergie dans la libéralisation de l’économie : les Chinois ont la « liberté économique », c’est sûr, « mais il est évident que le manque de liberté et de démocratie pèse encore sur la Chine ».
Dans la même ligne, l’INDEPENDENT relève que le gouvernement chinois a misé, comme beaucoup de régimes totalitaires et avec succès, sur un bon niveau de vie pour la majorité contre le silence d’une minorité : « la Chine est plus riche, plus développée et a davantage de poids sur la scène internationale. Mais comme démocratie, elle a peu progressé ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, si les Chinois sont davantage intéressés par leur économie que par la démocratie, les pays occidentaux ont des moyens de pression. Ces derniers ont certes besoin de la Chine (ils se gavent de ses exportations et comptent sur son appui pour traiter avec la Corée du Nord), mais Pékin est également en position de dépendance : le rythme de sa croissance économique n’est pas soutenable, les réserves élevées de dollars font peser un risque, le rééquilibrage de l’économie demande une structure plus solide en matière de commerce et de monnaie. Il est possible pour les pays occidentaux de dénoncer les erreurs commises tout en préparant l’avenir des relations avec la Chine.
III. AFFAIRES FRANCAISES
La commémoration du débarquement
« Victoire ! » (DAILY MAIL), « le Prince Charles désamorce la querelle » (TIMES, INDEPENDENT, DAILY EXPRESS), et ce « grâce à l’intervention spectaculaire de la Maison Blanche » (SUN) : une fois de plus, la presse était revenue sur la commémoration du débarquement en Normandie et la « rebuffade » à la Reine Elizabeth.
Deux tabloïds y sont allés d’un éditorial : le SUN estimait « choquant » que le Président Sarkozy ait pu penser que l’événement pouvait avoir lieu sans la présence du « seul chef d’Etat ayant servi durant la guerre ». De son côté, le DAILY MAIL se félicitait de ce que « le Président Sarkozy ait été obligé d’inviter le Prince Charles. Bravo à ce dernier d’avoir accepté ».
Toutefois, pour Liz Hunt du DAILY TELEGRAPH, M. Sarkozy n’est en fait pas à blâmer : « c’était la responsabilité du gouvernement britannique de gérer les événements et de demander une invitation pour la Reine ».
La presse du dimanche a oublié la controverse et évoqué, à longueur de pages et avec de nombreuses photos, les cérémonies qui se sont déroulées en Normandie. Dans un éditorial, le SUNDAY TIMES assure que « l’occasion était trop importante pour être gâchée par des considérations de politique politicienne ». Selon le journal « M. Sarkozy a employé les mots qu’il fallait et rendu hommage à tous les soldats, y compris britanniques, qui ont risqué leurs vies pour sauver la France »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028