SEMAINE DU 1er AU 7 FEVRIER
La publication du Livre Vert sur la défense du Royaume-Uni et la perspective d’une coopération franco-britannique dans ce domaine ont lancé un débat animé dans les médias. Les journaux ont critiqué le manque de clarté de la politique budgétaire des conservateurs et pris bonne note des conclusions d’un rapport sur les dépenses et notes de frais des députés. Les tensions entre Téhéran et Washington ont dominé les affaires internationales, tandis qu’au chapitre européen, la « rebuffade » de M. Obama à l’Union et les difficultés de la Grèce ont fait les principaux titres de la presse.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le Livre Vert sur la défense
Le Livre Vert sur la défense britannique qui, entre autres recommandations, appelle à une plus grande coopération avec la France suscite de nombreuses réactions dans la presse, allant de l’approbation à la méfiance, voire l’inquiétude.
L’éditorialiste du FINANCIAL TIMES se félicite de cette perspective : « la France et le Royaume-Uni peuvent réellement se compléter, en mettant en commun leurs hélicoptères et leurs drones, en coordonnant la maintenance de leurs porte-avions et même en collaborant en matière de dissuasion nucléaire ». Pour le journal, il vaudrait cependant mieux éviter à l’avenir des projets controversés comme l’Eurofighter et l’A400M. Mais, contrairement à ce que disent les critiques, il ne s’agit pas de créer une armée européenne. « Cette collaboration est la meilleure façon d’éviter un gaspillage que plus personne ne peut s’offrir en Europe ».
Les bénéfices d’une coopération sont évidents aussi pour le GUARDIAN, en particulier si cela permet aux deux pays de ne pas acheter le même équipement. « Cela ne se fera toutefois pas sans mal : il faudra faire des compromis et accepter de perdre un peu d’autonomie », ajoute le journal qui relève qu’un Premier ministre britannique aurait eu quelques difficultés à décider de l’intervention en Irak s’il avait dû consulter un président français, mais il conclut : « en l’occurrence, écouter l’Elysée aurait été une bonne chose ». L’INDEPENDENT se félicite lui aussi que le Livre Vert pose les bonnes questions sur la défense : les partenaires européens du Royaume-Uni cherchent depuis longtemps une plus grande intégration des forces armées britanniques en Europe. « Et avec le retour de la France dans le commandement militaire de l’OTAN, grâce à M. Sarkozy, un rapprochement franco-britannique en matière de défense devrait paraître moins difficile même avec l’arrivée d’un gouvernement conservateur aux accents eurosceptiques ».
THE ECONOMIST qualifie « d’attrayante » la perspective d’une mise en commun des ressources, mais relève aussi que « la France et le Royaume-Uni ne partagent pas nécessairement les mêmes priorités » : en ce moment, l’Afghanistan constitue la « mission principale » des Britanniques. Ce n’est pas vrai des Français.
Une méfiance certaine est perceptible dans l’éditorial du DAILY TELEGRAPH, qui reconnaît qu’une coopération avec la France est « clairement désirable », mais s’inquiète du « refus égoïste » des Français à faire leur part de travail en Afghanistan : un partenariat risque fort de n’impliquer que des efforts d’un seul côté.
Le SUN se livre pour sa part à une attaque sans nuances : peut-on compter sur la France quand la situation devient difficile ? « Ces retors de Français ne se sont pas couverts de gloire à propos de l’Irak… et en Afghanistan, ils n’ont que 3500 soldats alors que nous en avons 10.000 ». L’éditorial se termine par une diatribe contre Gordon Brown responsable, selon le Sun, du sous-équipement des soldats britanniques.
2. Les conservateurs et la réduction du déficit budgétaire
Accusés de manquer de clarté concernant leur politique budgétaire, et notamment la réduction des dépenses publiques, les conservateurs ont cherché à reprendre le dessus : le programme économique présenté par George Osborne ne convainc cependant pas grand monde et les sondages montrent que les Britanniques ne lui font guère confiance.
« Les conservateurs se disent prêts à prendre le pouvoir. On ne s’en douterait guère » , écrit l’éditorialiste du FINACIAL TIMES qui estime que le parti met surtout en avant la faiblesse de son organisation. Les marchés s’attendent à une victoire de David Cameron, mais les sondages se resserrent et la nomenklatura devient nerveuse. Les Tories ont commencé l’année en apportant des changements à leur programme en matière de santé. Plus récemment, ils ont révisé leur approche concernant le déficit budgétaire : après avoir promis des réductions importantes et immédiates des dépenses, ils ont été contraints d’assouplir leur position du fait de la faiblesse de la reprise. Ils auraient dû se montrer plus prudents et mettre au point une politique plus efficace. « En pleine campagne électorale seule une politique claire et cohérente est défendable. Il n’est dans l’intérêt de personne qu’un parti se fasse du tort à lui-même. Les conservateurs doivent se ressaisir ».
Le DAILY MAIL (ultraconservateur) fustige David Cameron pour son manque de décision : « les électeurs n’aiment pas les hommes politiques qui changent constamment d’avis. Les conservateurs font cela à propos de l’Europe, du mariage et de la politique budgétaire. A quelques mois – ou quelques semaines – des élections, cette confusion est contreproductive.
« Les Tories pourront-ils dissiper les doutes » ? s’interroge Benedict Brogan dans le DAILY TELEGRAPH. Le commentateur reproche à M. Osborne de cacher délibérément les détails de sa politique budgétaire. Il doit expliquer clairement ce qu’il entend faire s’il veut donner du poids à ses arguments. Et il devra se méfier de Gordon Brown.
3. Les dépenses et notes de frais des députés
La publication du rapport de Thomas Legg sur les dépenses excessives et notes de frais des députés et la mise en accusation de quatre d’entre eux (qui risquent des peines de prison) devraient permettre de clore une affaire qui a empoisonné la vie politique depuis l’été dernier. Elle souligne cependant la conduite « malhonnête » de la moitié de la Chambre des Communes et, pour les commentateurs, seule l’élection permettra de tourner la page.
« Toute cette affaire a non seulement mis en évidence la malhonnêteté et la cupidité des députés, elle a aussi fait du tort à notre démocratie », assure le DAILY TELEGRAPH, avant de conclure : « seul un nouveau parlement pourra remédier à la chose, à condition que les électeurs dégoutés par tous les hommes politiques ne décident pas de bouder les urnes ».
« Le verdict final sera prononcé le jour des élections », renchérit Peter Riddell dans le TIMES pour qui ces dépenses abusives auront auront coûté au parlement sa réputation.
L’INDEPENDENT souligne aussi le tort porté à la réputation des hommes politiques. Même si certaines critiques sont allées un peu trop loin, « pour le bien de la démocratie, il faut tirer un trait et mettre en place un système équitable et totalement transparent. Les députés seraient stupides de chercher à s’y opposer ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Les tensions entre Washington et Téhéran
« Les Etats-Unis font monter les enjeux à propos de l’Iran » : les journaux ont signalé le déploiement de nouveaux systèmes antimissiles américains dans la région du Golfe, une mesure qui va selon eux exacerber les tensions entre Washington et Téhéran. Plusieurs commentateurs craignent un renforcement des partisans de la ligne dure au sein du régime iranien.
Seul le DAILY TELEGRAPH estime que Washington « a raison de resserrer l’étau sur l’Iran » : de toute évidence, les Américains ne voient pas d’avenir immédiat aux tentatives de réconciliation. Le mélange d’un leadership affaibli à Téhéran et d’un gouvernement israélien qui voit dans les ambitions nucléaires de l’Iran une menace à son existence rendent la situation « explosive ». Dans ces conditions, l’approche de M. Obama n’est que le reflet du bon sens.
Simon Tisdall du GUARDIAN reproche en revanche à Barack Obama de prendre exemple sur George Bush et de lancer une course aux armements imprévisible dans une région déjà explosive. L’action des Etats-Unis, face à un régime iranien de plus en plus menaçant, est explicable, mais elle n’est pas nécessairement sage. Les Iraniens s’inclineront peut-être devant la force, mais il est plus vraisemblable que les partisans de la ligne dure y voient une justification de leurs accusations contre le Grand Satan et se lancent eux aussi dans une course aux armements. En déployant des missiles, Washington a voulu rassurer ses amis arabes et chercher à calmer les faucons israéliens. Les Américains veulent dissuader l’Iran, non se battre avec lui. Officiellement, les Etats-Unis veulent toujours négocier avec Téhéran, mais en pratique un dialogue semble de plus en plus difficile. Douze mois après son arrivée à la Maison Blanche, M. Obama n’a obtenu aucun résultat en faisant des ouvertures à Téhéran. Il n’a pas fait de très gros efforts. Il n’a pas essayé longtemps. Et maintenant, les Etats-Unis semblent avoir repris leurs habitudes.
« Les Américains reprennent leurs habitudes : les menaces d’intervention militaire remplacent les timides tentatives de dialogue », renchérit l’INDEPENDENT qui voit lui aussi « une certaine logique » dans l’approche de Washington (montrer à Israël qu’il ne lui est pas nécessaire d’intervenir pour se protéger de la menace iranienne). Le journal regrette cependant une course aux armements qui risque d’amener l’Iran à en tirer les mauvaises conclusions.
III.AFFAIRES EUROPEENNES
1. La « rebuffade » de M. Obama à l’Europe
La décision du président américain de ne pas participer au prochain sommet européen de Madrid a été généralement présentée comme une « rebuffade » à l’Union. Quelques commentateurs estiment cependant que la faute en revient aux Européens eux-mêmes.
« L’Europe est obsédée par les symboles et pas assez par l’essentiel » écrit le FINANCIAL TIMES qui donne raison à M. Obama : « A bon quoi participer à un exercice inutile » ? Le Traité de Lisbonne est une déception…L’Europe prend des décisions moins utiles que les Américains. Elle est moins engagée en Afghanistan et pourrait faire davantage pour la stabilité au Proche Orient et en Europe de l’est (accepter les candidatures de la Turquie et de l’Ukraine par exemple).
Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT fait le même constat : le président Obama n’aime pas parler pour ne rien dire. Le Traité de Lisbonne était supposé rapprocher les 27 Etats membres, les faire parler d’une seule voix et agir de façon plus efficace. Cela ne s’est pas encore produit. Ce que veulent les Européens c’est une réponse aux grands défis que sont la récession, le changement climatique, l’emploi, le terrorisme et la sécurité. Le Royaume-Uni aurait un rôle à jouer dans ces domaines, qui se traitent mieux collectivement. Mais l’Europe reste un projet en construction, et l’attitude du président américain donne une leçon au Royaume-Uni. M. Obama ne cherche plus de relations spéciales, il souhaite des alliances ad-hoc qui servent les intérêts de son pays. « Si nous voulons de l’influence, nous devons la chercher en Europe. Et nous – Gordon Brown tout comme David Cameron – devrons commencer par avoir l’air d’y croire », conclut le commentateur. Pour Bronwen Maddox du TIMES, la réponse est simple : les Européens doivent se concentrer sur les moyens de sortir de la récession, de manière aussi énergique que le président Obama l’a fait aux Etats-Unis.
2. Les difficultés de la Grèce
La presse annonce le plan proposé par la Commission européenne pour aider la Grèce à résoudre ses difficultés financières.
Le FINANCIAL TIMES s’en félicite mais assure qu’Athènes devrait faire davantage et chercher notamment l’arbitrage du FMI, car cela rassurerait les marchés. La réponse au problème est le FMI, renchérit THE ECONOMIST : le Fonds monétaire imposera sans doute des conditions strictes, mais c’est justement ce qu’il faut.
Le DAILY TELEGRAPH en profite pour critiquer l’Union monétaire : puisqu’elle a adopté l’euro, la Grèce ne peut plus dévaluer. « Elle va devoir subir les conséquences d’un système qui a toujours eu des défauts et qui met en évidence la sagesse des divers gouvernements britanniques qui ont refusé de l’adopter ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028