SEMAINE DU 19 AU 25 SEPTEMBRE
Le discours « responsable » de Nick Clegg à la clôture du congrès des libéraux-démocrates a redonné du punch à un exercice qui avait été jugé ennuyeux et souvent boudé en début de semaine. La question de la Palestine et la démarche de Mahmoud Abbas auprès de l’ONU ont dominé les affaires internationales. Les difficultés de la zone euro ont continué de faire l’objet d’une très forte attention (question de la recapitalisation des banques françaises, déclaration de David Cameron devant le Parlement canadien, réunion du FMI en fin de semaine). Concernant la France, deux sujets ont retenu l’attention des médias : les retombées de « l’affaire de Karachi » sur le président de la République et l’interview télévisée de Dominique Strauss-Kahn.
I. ROYAUME-UNI
Le congrès des libéraux-démocrates
Le congrès des libéraux-démocrates s’est terminé mieux qu’il n’avait commencé : le troisième parti qui partage le gouvernement avec les tories avait en effet abordé ce rendez-vous annuel en position de faiblesse. Selon un sondage Populus pour le TIMES, la réputation des libéraux-démocrates a été précisément ternie par leur alliance avec les conservateurs : c’est aujourd’hui le parti dans lequel les électeurs ont le moins confiance (16%), alors que le Labour bénéficie du plus grand niveau de confiance (52% contre 22% pour les conservateurs).
En soutenant dans son discours de clôture le programme d’austérité du gouvernement, Nick Clegg a été plébiscité par une bonne partie des commentateurs. « Il a appris les avantages et les inconvénients du partage du pouvoir », écrit l’éditorialiste de l’INDEPENDENT qui se félicite de la maturité acquise par le vice-Premier Ministre et son parti depuis leur arrivée au gouvernement : ils ont des succès à mettre à leur crédit, mais ils doivent cependant désormais prendre garde à ne pas « perdre leur âme ».
L’éditorialiste du TIMES se montre lui aussi bien disposé à l’égard du leader libéral-démocrate : un homme sobre, intelligent et capable de gouverner. Il a promis que son parti ne choisirait pas la voie de la facilité, qu’il ne se laisserait pas influencer par les intérêts en place et qu’il entendait maintenir le gouvernement au centre. Il s’agit d’une attitude « responsable », estime le TIMES qui regrette toutefois que M. Clegg ne se soit pas montré plus « créatif » et n’ait pas élaboré sur le libéralisme. « Ce congrès a été en vérité un peu ennuyeux », mais mieux vaut être terne qu’irresponsable, ajoute le journal. « Nick accepte enfin les réalités économiques », applaudit le SUN tout en regrettant de ne pas pouvoir en dire autant de son parti.
Ayant lui aussi reproché aux libéraux-démocrates de ne pas accepter la « réalité de la vie », le DAILY TELEGRAPH est soulagé de voir que le leader du parti libéral-démocrate soutient le programme d’austérité du gouvernement car « c’est la seule façon réaliste de rééquilibrer les comptes de la nation ».
Sous le titre « le dirigeant libéral-démocrate appelle ses troupes à se rallier à leurs camarades conservateurs », le FINANCIAL TIMES rappelle que la situation économique est comparée à « un équivalent de la guerre » et il salue la fermeté du message de Nick Clegg. « C’est un discours qui montre combien il est éloigné de ceux qui au sein de son parti pensent que la coalition est une aberration ».
II. INTERNATIONAL
Mahmoud Abbas à l’ONU
La « détermination » de Mahmoud Abbas à présenter une demande de reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU et les réactions de la communauté internationale ont été mises en avant tout au long de la semaine. Si le dirigeant de l’Autorité palestinienne a fait la démarche « la plus importante de sa vie politique », celle-ci ne fait pas l’unanimité dans la presse britannique. Ses réactions sont néanmoins plutôt positives.
Le FINANCIAL TIMES évoque le dilemme des quatre gouvernements européens siégeant au Conseil de sécurité et qui sont pris entre deux feux : qu’ils votent oui ou non sur la reconnaissance d’un Etat palestinien, ils seront assaillis de critiques. Le journal a mentionné le discours du président Sarkozy, ce qu’ont fait également d’autres quotidiens mais ne lui assurant à chaque fois qu’une couverture limitée. La presse a en revanche accordé une place importante aux discours du président Obama et de David Cameron.
Les commentaires ont été très divers et parfois en évolution au cours de la semaine ou décalés par rapport à leur tradition partisane. L’éditorialiste du TIMES, qui en début de semaine avait appelé le Royaume-Uni à voter non, se montre vendredi plus partisan d’un compromis : les revendications des Palestiniens sont justifiées, mais la solution des deux Etats doit être discutée par les deux parties concernées, non pas imposée à Israël par un vote de l’ONU. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis doivent se déclarer en faveur du principe d’un Etat palestinien, soutenir le processus de paix et faire pression sur Israël pour l’amener à négocier. Il est grand temps que soit créé un Etat palestinien, mais la résolution de l’ONU telle qu’elle est proposée par les Palestiniens gênera davantage qu’elle n’aidera la création d’un Etat.
Les autres commentaires se montrent plus favorables à la demande de Mahmoud Abbas. L’INDEPENDENT revient sur « les progrès importants » accomplis par les Palestiniens et estime qu’il serait dangereux pour le dirigeant de l’Autorité palestinienne de revenir sur sa décision : risque de remous dans le monde musulman et d’une confrontation violente avec Israël. Le journal reproche au gouvernement britannique d’être ambivalent : il ne veut pas abandonner ses alliés américains, mais sait aussi qu’un vote contre les Palestiniens ne passera pas bien auprès de l’opinion. Le problème israélo-palestinien ne se résoudra finalement que par des négociations directes, mais avec la reconnaissance d’un Etat palestinien ces négociations pourront être menées davantage d’égal à égal. « Les Américains ont limité la liberté de manœuvre, mais le Royaume-Uni doit voter en soutien de la Palestine ».
« Oui à un Etat palestinien », titre l’éditorial de l’ECONOMIST, estimant que M. Abbas ne peut pas faire marche arrière sans avoir toutefois carte blanche : si sa demande de reconnaissance d’un Etat palestinien est bloquée, il devrait revenir à « l’option Vatican » et chercher à rassurer Israël. Cependant, « les Palestiniens méritent un Etat à eux. Par son intransigeance, M. Nétanyahou fait le jeu de ceux qui veulent détruire Israël. Quant aux Américains, en bloquant les aspirations palestiniennes, ils apportent de l’eau au moulin des extrémistes de part et d’autre ».
David Gardner du FINANCIAL TIMES se montre particulièrement sévère à l’égard de la coalition menée par M. Nétanyahou et « composée de partisans irrédentistes d’un grand Israël » opposés au fond à la création d’un véritable Etat palestinien.
Même Con Coughlin du DAILY TELEGRAPH (quotidien conservateur) assure qu’Israël « devrait accéder à la demande des Palestiniens » : après tout le chemin parcouru, l’étape suivante pour les Palestiniens devrait logiquement être la reconnaissance de leur Etat. M. Nétanyahou a choisi une approche qui conduit Israël à l’isolement politique et diplomatique. Il est pourtant dans l’intérêt à long terme de l’Etat hébreu de s’ajuster à ses voisins.
Cette couverture de presse s’est clôturée dimanche par une tribune de William Hague dans le SUNDAY TELEGRAPH qui plaide pour des négociations directes entre les deux parties. Selon le responsable de la diplomatie britannique, le Royaume-Uni usera de son vote à l’ONU, quelle que soit la proposition sur laquelle il faudra voter, de manière à augmenter les chances d’un retour à des négociations utiles et soutenir les modérés de part et d’autre.
III. EUROPE
La crise économique
« Le monde est au bord d’une nouvelle crise économique » (DAILY TELEGRAPH), « Le monde se dirige vers une nouvelle récession (TIMES) : la nouvelle chute des marchés a fait revenir les titres alarmistes. Tous les journaux ont repris les avertissements lancés par Christine Lagarde et David Cameron.
Le GUARDIAN a fait sa une sur les déclarations du Premier ministre britannique devant le parlement d’Ottawa critiquant le manque d’accord des dirigeants de la zone euro pour stabiliser la monnaie unique.
Comme le TIMES qui l’annonce en première page, le GUARDIAN évoque également la lettre de David Cameron, cosignée avec cinq autres chefs de gouvernement on européens du G20 et adressée à M. Sarkozy, en sa qualité de président du G20. Selon le journal, cette lettre montre à quel point le Royaume-Uni commence à prendre ses distances vis-à-vis de ses partenaires européens. C’est un tournant dans la diplomatie britannique, ajoute le GUARDIAN : jamais un Premier ministre britannique ne s’était allié à deux dirigeants du Commonwealth - Canada et Australie – et à trois autres dirigeants non européens (Indonésie, Mexique, Corée du nord) pour lancer un avertissement aux principaux Etats membres de l’Union européenne. Le ton de M. Cameron est le signe « d’une profonde frustration » du Royaume-Uni face à l’incapacité des dirigeants de la zone euro à sortir de la crise.
De nombreux articles sont revenus sur la fragilité des banques européennes. Le FINANCIAL TIMES a évoqué les projets de recapitalisation de 16 d’entre elles suite aux « stress-tests » de juillet. Il cite aussi des déclarations françaises indiquant qu’aucune intervention de l’Etat n’est nécessaire pour venir en aide aux banques françaises qui ont passé avec succès leurs « stress tests », même si la presse britannique fait part de nombreux doutes sur ce sujet. Le FINANCIAL TIMES relève notamment les difficultés à ses yeux de certaines banques (retrait de 500 millions d’euros de la Société Générale par Siemens et problème de financement de la BNP).
Les commentaires sur la situation économique mondiale et la capacité des leaders politiques, à commencer par ceux de la zone euro, à prendre les décisions qui s’imposent sont très pessimistes. Larry Elliott du GUARDIAN craint une répétition de l’automne 2008 : le fait que seuls 6 membres du G20 aient signé la lettre à M. Sarkozy montre à quel point les dirigeants mondiaux sont divisés. Il est probablement trop tard pour éviter la récession même si par miracle les dirigeants politiques trouvent un plan crédible pour l’emploi et la croissance. Ce qui est inquiétant c’est que trois ans après la chute de Lehman Brothers les problèmes restent toujours insolubles. .. Le monde entier suit l’exemple du Japon. « Il n’y a pas de remède en vue et le malade s’affaiblit », renchérit Ian Fleming dans le TIMES, dénonçant le manque d’unité du G20, qui se réduit à une cacophonie appelant à l’action mais ne produisant pas de résultats.
La presse ce week-end est enfin revenue longuement sur le nouveau plan de sauvetage de la zone euro qui serait en cours d’élaboration, tout en estimant que le défaut de la Grèce est quasi certain. Elle a repris les déclarations de George Osborne sur le fait que la zone euro a six semaines d’ici le sommet du G20 pour dégager une solution.
IV. FRANCE
1. L’affaire de Karachi
Le GUARDIAN, le DAILY TELEGRAPH, l’INDEPENDENT et le FINANCIAL TIMES ont titré sur la mise en cause de deux proches de Nicolas Sarkozy, dont son « garçon d’honneur » à propos des fonds illégaux, touchés sur des ventes d’armes qui auraient financé la campagne de M. Balladur en 1995.
Pour le GUARDIAN, il s’agit du « plus grand scandale de corruption depuis la deuxième guerre mondiale ». Et, ajoute le FINANCIAL TIMES, le président de la République risque d’être pris dans les filets de l’affaire. Le journal rappelle comme le DAILY TELEGRAPH que M. Sarkozy a participé à la campagne de M. Balladur et a été ministre du Budget dans son gouvernement.
C’est un « scandale explosif » souligne l’INDEPENDENT qui mentionne toutefois comme ses confrères le démenti de l’Elysée. Tous les journaux relèvent aussi que la gauche n’a pas manqué de s’emparer de cette affaire pour attaquer le président de la République qui avait promis en 2007 de rendre la France « irréprochable ».
2. L’interview de Dominique Strauss-Kahn et les socialistes
Comme tous ses confrères, le TIMES a évoqué l’interview télévisée de Dominique Strauss-Kahn, titrant sur la « faute morale » admise par l’ancien directeur-général du FMI. Le journal a repris sur une pleine page les déclarations de DSK, soulignant son désir de « regagner la confiance des Français ». Agnès Poirier dans le même journal parle de « gâchis » : lorsque M. Strauss-Kahn a abordé avec brio la question de la dette grecque, les Français ont compris ce qu’ils avaient perdu : « comment un homme à l’esprit aussi brillant a-t-il pu commettre une chose aussi stupide ? C’est vraiment une tragédie grecque ».
Pour l’INDEPENDENT, cette interview a « divisé » la France, certains commentateurs ayant été « perturbés », « voire révoltés » par cette « mise en scène », d’autres estimant que M. Strauss-Kahn a fait une tentative équilibrée de « reconstruction de sa carrière politique ».
En confirmant qu’il avait bien eu l’intention de se présenter aux présidentielles et qu’il y avait bien eu un accord avec Martin Aubry, l’ancien directeur-général du FMI « a fait du tort à son alliée politique », ajoute le DAILY TELEGRAPH.
« M. Strauss-Kahn n’est peut-être le candidat de rien », mais ses quelques commentaires l’ont replacé au centre de la course pour les présidentielles, souligne le FINANCIAL TIMES : il rappelle aux électeurs de gauche ce qu’ils ont perdu alors que les deux principaux candidats à la nomination socialiste ont du mal à se différencier cherchant à n’offenser personne et présentant un manifeste sans le moindre rapport avec la crise actuelle.
Même son de cloche dans le GUARDIAN qui constate que M. Strauss-Kahn « envenime les tensions chez les socialistes »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028