SEMAINE DU 19 AU 25 OCTOBRE
Gordon Brown est de nouveau sur la sellette : le gouverneur de la Banque d’Angleterre appelle à une séparation des fonctions entre les banques d’investissement et les banques de dépôts, une proposition en conflit avec la position du gouvernement. La récession se poursuit avec une baisse de 0,4% du PIB au troisième trimestre. Et le gouvernement est mis en cause pour son manque de fermeté dans le conflit qui a amené Royal Mail à se mettre en grève. La participation du dirigeant du parti national britannique (extrême-droite) à une émission de TV a été unanimement condamnée par la presse. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : l’Afghanistan avec l’annonce d’un second tour d’élection présidentielle et l’Iran. Les journaux ont continué de suivre l’affaire Jean Sarkozy.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Mervyn King et les banques
L’appel du gouverneur de la Banque d’Angleterre à une séparation des opérations bancaires a eu du retentissement dans la presse. Et ce d’autant plus que Mervyn King se retrouve en conflit avec le gouvernement. Plusieurs journaux se félicitent de sa démarche.
« Mervyn King a parfaitement raison », écrit Will Hutton dans le GUARDIAN, estimant « honteux » que les banques aient subi si peu de réformes après avoir fait l’objet d’une opération de sauvetage. Le fossé entre la perception de la City sur ses droits aux bonus et l’incompréhension du public est effrayant. La question est de savoir quoi faire. Le gouvernement compte sur la recapitalisation, mais l’histoire a montré que les négociations internationales aboutissent à des accords où les meilleures intentions se transforment en plus petit dénominateur commun. Il et difficile de ne pas accepter l’analyse de Mervyn King sur la séparation des opérations bancaires. Le gouvernement, pour sa part, n’ose pas aller au-delà de ce qui a été décidé au G20. Cela n’était déjà pas suffisant avant. Ce ne le sera sûrement pas maintenant. « Il faut une réforme de fond en comble du système financier ».
L’INDEPENDENT considère lui aussi que les propositions du G20 sur la limitation des bonus ne visent que « les symptômes, non les causes du problème » : « il faut briser les empires financiers et faire en sorte que les opérations risquées soient séparées des opérations commerciales qui sont cruciales ».
Le FINANCIAL TIMES est plus nuancé : « Mervyn King a raison de maintenir la pression pour demander des réformes. Mais il en fait plus qu’il n’est nécessaire ». Un accroissement de la capitalisation permettrait de limiter les risques et, avec des règles plus strictes, il devrait être possible de rendre le système financier « plus solide et plus sain », conclut le journal.
Le DAILY TELEGRAPH assure que les arguments du gouverneur de la Banque d’Angleterre tiennent debout : les leçons de la crise n’ont pas été tirées ainsi que le montre le retour des bonus spectaculaires. Mais pour le journal, le message de M. King s’adresse moins au monde financier qu’à la classe politique : le système de régulation mis en place par Gordon Brown a été un échec, et la Banque d’Angleterre devra retrouver le statut qu’elle avait jusqu’en 1997. Les Tories y veilleront s’ils regagnent le pouvoir l’année prochaine.
2. La poursuite de la récession
La baisse de 0,4% du PIB au troisième trimestre a surpris tout le monde et, de l’avis de la presse, porté un nouveau coup au gouvernement (Gordon Brown comptait sur la reprise pour la campagne électorale), mais aussi à l’opposition qui ne semble pas avoir compris l’ampleur du problème en se concentrant déjà sur la baisse des dépenses.
Titrant sur la « fragilité dangereuse » de l’économie, l’INDEPENDENT appelle le gouvernement à la prudence : la crise du crédit est loin d’être terminée, et les banques doivent fournir aux entreprises les fonds dont elles ont besoin. Le GUARDIAN fait la même analyse et estime que le gouvernement doit ignorer les appels de David Cameron pour l’arrêt de la planche à billets : les conservateurs ne parlent que de réduction des dépenses. Avec la poursuite de la récession, « ils vont devoir changer de refrain ».
Que ce soit pour les Tories comme pour le Labour, les perspectives sont décourageantes, renchérit le TIMES, qui demande des « décisions fermes » pour la réduction du déficit budgétaire, sans pour autant étouffer la reprise. Le DAILY TELEGRAPH a la solution, « la seule à long terme », selon lui : le retour de l’entreprise selon les principes de Mme Thatcher.
3. La grève de Royal Mail
La grève de deux jours de Royal Mail (120.000 employés en cause) a été vivement condamnée par la presse. Tous les journaux soulignent la nécessité d’une réforme du service et quelques-uns mettent en cause le gouvernement. Un sondage montre que les Britanniques reprochent à ce dernier de ne pas suffisamment être intervenu dans le conflit.
Le SUN et l’EVENING STANDARD n’hésitent pas à parler de « grève suicidaire » de la part « des facteurs qui refusent d’entendre raison sur la modernisation ».
La modernisation est au cœur même de ce conflit, et les deux parties savent qu’il faudra des réformes, rappelle le FINANCIAL TIMES, tout en accusant les hommes politiques de tous les partis de ne pas avoir fait face à leurs responsabilités. Plusieurs gouvernements successifs ont manqué du courage nécessaire pour mener une réforme radicale. « Royal Mail ne doit pas accepter un compromis qui refuse de voir les choses en face » et qui découragerait le secteur privé de tout partenariat.
« Seule la modernisation peut sauver le Royal Mail », renchérit le DAILY TELEGRAPH qui lance une mise en garde aux syndicats : « avec une grève prolongée, il risque de ne plus y avoir d’organisation viable à moderniser ».
Le GUARDIAN pointe le doigt sur Royal Mail pour sa mauvaise gestion et ses investissements insuffisants. Il estime aussi que le gouvernement a sa part de responsabilité : pendant des années, les ministres travaillistes se sont efforcés de privatiser une partie de Royal Mail, sans se soucier des répercussions sur les différents services. Le journal considère que les syndicats ont mal défendu leur cause face au public, mais qu’ils ont raison sur le fond : Royal Mail est un service public essentiel. Il est temps que le gouvernement mette au point une stratégie qui en tienne compte.
4. Controverse autour du BNP
L’invitation de la BBC au dirigeant du BNP (parti national britannique) à participer à une émission de télévision a suscité un tollé général dans la presse. Aucun journal n’a approuvé cette initiative, même au nom de la liberté d’expression.
Les tabloïds ont réagi de la façon la plus vive. Le DAILY EXPRESS dénonce sur deux pages, dont sa une, une « honte pour l’humanité » : qu’un parti fasciste qui ne tolère que les blancs ait pu se présenter comme appartenant au courant politique représente « un moment dangereux et honteux pour la démocratie britannique ». Il faut tout faire pour le mettre en échec, conclut le journal. Le SUN est confiant : « le BNP n’est rien d’autre qu’un parti de racistes sans valeurs morales », et les électeurs ne se laisseront pas berner par ses mensonges.
Plusieurs journaux s’en prennent à la BBC qui, selon le GUARDIAN, n’aurait jamais dû donner au parti de Nick Griffin « l’occasion en or de prétendre qu’il est un parti normal ». « La liberté d’expression ne doit pas inclure le droit d’exprimer la haine sur une chaîne de TV national », renchérit le DAILY MIRROR, tandis que le DAILY MAIL dénonce « l’hypocrisie » de la BBC.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Confirmation de fraude électorale en Afghanistan
Les conclusions de la Commission électorale concernant les plaintes pour fraude durant l’élection présidentielle en Afghanistan n’ont surpris personne. Les commentateurs reconnaissent qu’il était inévitable pour M. Karzai d’accepter un second tour, mais estiment qu’il sera difficile dans l’immédiat et que la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale aurait pu être la solution.
« M. Karzai a choisi la moins mauvaise des options », admet l’INDEPENDENT, « un second tour étant préférable à une coalition forcée entre deux anciens ennemis ». Mais, selon le journal, « c’est pousser la flatterie un peu loin que d’acclamer la décision du président afghan ».
Pour le FINANCIAL TIMES, le second tour a beau être inévitable, « il représente encore une stratégie risquée et pose un sérieux défi logistique ». Il était cependant impossible de continuer avec le statu quo. Le manque de légitimité apparent du gouvernement Karzai empêche M. Obama et ses alliés d’envoyer des renforts en Afghanistan. Un second tour ne garantit pas une bonne gouvernance mais « s’il donne un résultat qui semble plus légitime, ce sera un pas dans la bonne direction ».
Le DAILY TELEGRAPH rappelle lui aussi que le « vide politique laissé par les disputes électorales » a des répercussions négatives sur la mission de l’OTAN : les Etats-Unis risquent de ne pas prendre de décision sur l’envoi de renforts tant que la Maison Blanche ne sera pas assurée d’avoir un « partenaire afghan » digne que l’on se batte pour lui. Pour le journal, une solution pour M. Karzai aurait été d’inviter son rival, Dr Abdullah Abdullah, à former un gouvernement d’unité nationale. « Les deux hommes ont déjà travaillé ensemble lors du premier mandat de M. Karzai et, s’ils peuvent mettre leurs divergences de côté, le peuple afghan ne sera pas le seul à en bénéficier ».
Le TIMES se félicite de la décision de M. Karzai et estime que sa victoire est souhaitable, « même s’il est loin d’être idéal ». Pour le journal, la solution « la plus désirable » serait la constitution d’un gouvernement de coalition avec M. Abdullah, car « l’Afghanistan doit avoir un gouvernement légitime ».
2. La question iranienne
L’Iran va-t-il accepter les propositions de l’AIEA ? : la presse s’est posé la question tout au long de la semaine, estimant que les augures étaient meilleurs qu’il y a un an. La poursuite du suspense durant le week-end, Téhéran ayant demandé davantage de temps, a fait retomber les espoirs.
L’attitude des Iraniens rend plus vraisemblable l’application de nouvelles sanctions, estime l’INDEPENDENT. Et si toutefois, l’Iran finit par accepter l’offre qui lui est faite « la crise ne sera pas résolue », écrit Con Coughlin du DAILY TELEGRAPH, rappelant que le retraitement de l’uranium par les Russes n’impliquera pas le gel immédiat du programme d’enrichissement de l’usine de Natanz. Tant que les Iraniens ne le font pas, une solution à la crise nucléaire restera difficile.
Pour le GUARDIAN, un accord permettrait néanmoins de « calmer les tensions au Proche Orient » et de lancer un processus qui « lierait autant Israël que l’Iran ».
III. AFFAIRES FRANCAISES
La controverse autour de Jean Sarkozy
La presse a continué de suivre le débat sur la nomination possible de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD. Elle a évidemment rendu compte de la décision du fils du président de la République de renoncer à ses ambitions. Les quelques commentaires qui l’ont accueillie sont plutôt négatifs.
Le TIMES y voit une « humiliation » pour le président de la République et, dans un billet intitulé « la malédiction » de l’Elysée, Charles Bremner dénonce le « réflexe de cour » dont est victime, selon lui, M. Sarkozy : ce sentiment de toute puissance qui vient avec le poste de président de la République qui détient tous les pouvoirs et sur qui personne n’a de contrôle, contrairement au président américain
Quelques jours plus tôt, Peggy Hollinger du FINANCIAL TIMES s’interrogeait sur « le style monarchique » de M. Sarkozy : cette affaire attire l’attention sur les contradictions d’une présidence qui avait promis la rupture avec un passé élitiste, mais qui s’appuie sur un petit groupe de conseillers en excluant les élus. Elle suscite des craintes, pas seulement de népotisme, un phénomène généralement toléré s’il est discret, mais à propos de la concentration du pouvoir dans les mains d’un président dont la conduite peu orthodoxe perturbe souvent l’électorat traditionnellement conservateur.
Dans un éditorial intitulé « l’Etat c’est lui », le FINANCIAL TIMES reproche au président Sarkozy de ne pas séparer ses fonctions présidentielles de sa vie personnelle, ce qu’il estime d’autant plus regrettable que M. Sarkozy a « l’énergie, le charisme, et l’intelligence pour dominer la scène politique en France et en Europe »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028