Semaine du 19 au 25 novembre

SEMAINE DU 19 AU 25 NOVEMBRE

Un rebondissement dans l’affaire Northern Rock et de graves négligences dans l’administration fiscale ont sérieusement porté atteinte à la crédibilité du Chancelier de l’Echiquier, Alistair Darling, et mis en cause la compétence du gouvernement dans son ensemble.

Au chapitre international, la presse craint une déclaration unilatérale d’indépendance au Kosovo et l’absence de résultats lors de la rencontre d’Annapolis sur le Proche Orient.

Les journaux ont suivi les mouvements de grève en France et relevé la fermeté de M. Sarkozy.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La crise de Northern Rock

De crise financière, l’affaire Northern Rock menace de devenir une crise politique et un sérieux casse-tête pour le Labour : les difficultés de l’organisme de crédit, qui ne poursuit ses activités que grâce au soutien financier du Trésor, mais ne parvient pas à trouver un acheteur sérieux, ont fait de nouveau la une des journaux. La presse dénonce l’indécision du Chancelier de l’Echiquier, Alistair Darling.

Le GUARDIAN accuse le gouvernement de vivre dans le « royaume de la fantaisie » et de fonder sa politique sur l’espoir : celui qu’un acheteur privé offre un bon prix pour l’acquisition de l’organisme de crédit et le remboursement du prêt public. Mais « le conte de fée » ne semble pas prêt de se réaliser et, dans ces conditions, il ne reste plus que deux options : tout d’abord le dépôt de bilan qui permettrait de dédommager le contribuable, mais entraînerait de nombreux licenciements et porterait gravement atteinte à la confiance, déjà fragile, du public dans le système bancaire. La nationalisation est une autre possibilité. Ce serait un processus pénible, mais qui aurait l’avantage de ne pas léser les contribuables et les petits porteurs. « On comprend que les ministres n’aient pas envisagé cette solution au départ, mais la situation s’est trop dégradée pour qu’ils continuent de l’ignorer. De toutes les options, la nationalisation est la moins déplaisante ».

Pour le DAILY TELEGRAPH, le choix doit se faire, à défaut de trouver un acheteur sérieux, entre l’administration judiciaire et la nationalisation. La première solution n’est évidemment pas parfaite car elle serait ruineuse pour les actionnaires, mais elle n’en reste pas moins préférable. M. Darling se fait des illusions s’il croit à une recette miracle : « la débâcle ne peut plus continuer. C’est le moment de serrer les dents et de prendre une décision ». Le TIMES reconnaît aussi que le gouvernement doit agir, mais pas à n’importe quel prix : il faut se méfier de tout accord qui ferait encore appel au contribuable et « préserver la réputation économique et commerciale du Royaume-Uni ».

Le SUN pointe du doigt non seulement Alistair Darling mais aussi Gordon Brown et assure que le « fiasco » de Northern Rock est en train de devenir le « mercredi noir » du Labour (référence au jour de 1992 où le Royaume-Uni avait quitté le système monétaire européen, plongeant le gouvernement Major dans la crise). Pour le DAILY MAIL, il revient à la City de « résoudre ses problèmes » : quand tout va bien, les banques et leurs personnels empochent des bonus considérables. « Pourquoi faudrait-il les protéger lorsque les temps sont incertains » ?

2. Les négligences de l’administration fiscale et douanière

Les catastrophes ne viennent jamais seules ( GUARDIAN ) : après Northern Rock, un scandale par négligence au sein de l’administration fiscale et douanière a mis de nouveau la pression sur Alistair Darling. Les critiques de la presse se font de plus en plus virulentes à l’égard d’un gouvernement qui a laissé s’égarer des CD contenant des données confidentielles concernant 25 millions de Britanniques.

Sous le titre « Une incompétence hallucinante », le DAILY MAIL se lance dans une attaque en règle contre le Chancelier de l’Echiquier, et le gouvernement en général, et l’accuse de « trahison à grande échelle ». S’ils sont moins féroces, les autres journaux estiment, à l’instar du FINANCIAL TIMES, que cette affaire soulève la question de la compétence d’un gouvernement « qui a failli à un de ses principaux devoirs : protéger ses citoyens ». Le DAILY TELEGRAPH assure que la réputation d’incompétence du Labour est désormais « indélébile ».

Les journaux en concluent que le projet du gouvernement d’introduction de cartes d’identité nationale apparaît désormais impossible : comment faire confiance à une administration qui est incapable de sauvegarder des données essentielles ? s’interroge le FINANCIAL TIMES. Un point que reprend l’INDEPENDENT en ajoutant : le Labour doit abandonner ce projet. Le TIMES et le SUN le regrettent, car « le Royaume-Uni a désespérément besoin d’un système de cartes électroniques pour combattre le terrorisme et protéger la sécurité nationale ».

La presse est partagée sur le sort d’Alistair Darling. Pour le DAILY TELEGRAPH, les dés sont jetés : les jours du Chancelier de l’Echiquier au Trésor sont comptés, car « il a perdu la confiance de l’électorat ». Le GUARDIAN est plus nuancé : M. Darling s’est fait du tort, mais « il ne mérite pas de partir, du moins pour le moment. Toutefois, s’il veut conserver ses fonctions, il doit faire preuve d’initiative ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le Kosovo

La perspective d’une déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, après la victoire de l’ex chef politique de la guérilla aux élections législatives, inquiète la presse.

Les journaux, citant les Ministres des Affaires étrangères européens, estiment, à l’instar du FINANCIAL TIMES, qu’une « réaction en chaîne » est à craindre dans les Balkans.

Pour le GUARDIAN, très inquiet, « les perspectives semblent plus dangereuses et plus incertaines que jamais » : Belgrade cherche à lier directement le problème du Kosovo à celui de la Bosnie, prédisant le pire en cas d’humiliation de la Serbie : le Kosovo pourrait constituer un précédent pour les Albanais de Macédoine et les séparatistes du Caucase. Sans parler de l’Afrique, où « il y a cinquante Kosovo en puissance ». « L’octroi d’une indépendance précipitée ne serait pas responsable. Ce serait un affreux casse-tête pour cette province et pire encore pour l’Europe ».

La déclaration unilatérale d’indépendance est précisément ce que tout le monde – ONU, Union européenne, Serbie et Russie – voulait éviter, renchérit l’INDEPENDENT qui estime que cette solution risque de « remettre en cause la majeure partie de ce qui a été réalisé depuis 1999 ».

Le FINANCIAL TIMES souligne lui aussi les dangers d’une action unilatérale : « l’indépendance conditionnelle est donc la moins pire des options ». C’est cette solution que les dirigeants occidentaux, et en particulier l’Union européenne, doivent chercher à mettre en oeuvre. Elle n’est pas sans risques, mais pour en limiter les dangers, « l’Union européenne doit faire en sorte que les troupes de maintien de la paix au Kosovo soient prêtes à agir en cas d’urgence. Elle doit aussi faire tout son possible pour adoucir le discours des dirigeants albanais tout en maintenant la Serbie bien disposée envers l’Europe ». Pour le journal, on ne peut plus retarder la décision sur le statut de la province. Une déclaration unilatérale d’indépendance aurait les pires conséquences.

Le DAILY TELEGRAPH fait une analyse similaire : « la seule véritable option est l’indépendance supervisée qui avait été proposée par M. Ahtisaari, qui déboucherait sur un protectorat comme en Bosnie, et assurerait la protection absolue de la minorité serbe. Le Kosovo ne veut en aucune façon rester partie de la Serbie. La séparation est donc inévitable : c’est l’ampleur du traumatisme qu’il faut moduler ».

2. La situation au Proche Orient

La presse a pris bonne note des mesures annoncées par Tony Blair pour relancer l’économie palestinienne, mais elle souligne aussi le manque d’accord entre Israéliens et Palestiniens dans la perspective de la conférence d’Annapolis. Les journaux n’attendent guère de résultats de cette rencontre prochaine.

Bronwen Maddox assure qu’Annapolis sera l’occasion « d’exprimer de bonnes intentions ». Ce sera « une rencontre face à face » mais, puisqu’elle exclut le Hamas, elle ignorera les questions les plus difficiles et ne fera donc pas progresser sensiblement les choses.

Pour le GUARDIAN, ce n’est que lorsque la situation changera sur le terrain que les Palestiniens commenceront à croire à la paix : tant qu’Israël continuera de construire des obstacles ce ne sera pas possible. Les projets économiques ne peuvent être indépendants de la réunification du peuple palestinien. Ils ne peuvent pas donner de résultats sans accords politiques : Annapolis ne donnera des résultats que si Israéliens et Palestiniens mettent en application leurs déclarations. M. Abbas doit réunifier les Palestiniens et les Israéliens leur rendre la vie plus tolérable.

Seul l’ECONOMIST estime qu’avec de « l’audace et du courage », George Bush pourrait faire bouger les choses à Annapolis. Même si les ambitions concernant cette rencontre sont modestes, M. Bush peut tout changer par son discours : il devrait présenter sa vision pour la division de la Palestine. Il pourrait notamment préciser que, pour les Etats-Unis, la solution des deux Etats implique à un retour des frontières d’avant 1967. Et s’il n’est pas réaliste de demander à Israël d’évacuer toutes les colonies de Cisjordanie, il faut lui faire comprendre qu’il ne peut en garder qu’une infime partie et doit offrir des terres en compensation aux Palestiniens. Concernant les réfugiés, M. Bush doit, comme Bill Clinton, préciser que le droit de retour ne peut s’exercer que dans la nouvelle Palestine et non en Israël : c’est une pilule difficile à avaler pour les Palestiniens. Mais les Israéliens devront en avaler une de leur côté : accepter que Jérusalem devienne la capitale des deux camps. M. Olmert et M. Abbas n’aimeront guère un tel discours. Mais il ne faut pas s’en préoccuper.

III.AFFAIRES FRANCAISES

Les grèves

« Pas question de capituler » : plusieurs journaux (DAILY TELEGRAPH, FINANCIAL TIMES, TIMES) ont choisi ce titre pour rendre compte de la position de M. Sarkozy face aux mouvements de grève qui, assurent-ils, sont « impopulaires » en France.

Les journaux défendent la nécessité des réformes envisagées, et le DAILY TELEGRAPH, qui annonce « l’écroulement » du mouvement de grève, estime que M. Sarkozy a déjà remporté « une victoire symbolique, mais cruciale ».

« C’est une victoire politique importante pour M. Sarkozy, mais elle risque de coûter cher à l’Etat », écrit pour sa part le FINANCIAL TIMES. Pour le GUARDIAN, M. Sarkozy a effectivement gagné ce premier round, car il a bien choisi sa cible : des régimes spéciaux de retraite anachroniques que la plupart des employés estiment injustes. Mais, selon le journal, « le plus dur reste à venir », et cette fois les batailles se joueront sur le système de santé, le système général de retraites et la législation du travail. Sur ces questions, l’opinion est nettement plus divisée. « Avec un déficit élevé et une économie moribonde, M. Sarkozy ne peut compter sur des réductions fiscales aux entreprises pour créer des richesses. Il ne peut non plus se permettre d’augmenter les dépenses publiques. Plus l’écart se creusera entre les riches et les pauvres, plus le Président aura du mal à se faire entendre. Il a promis des mesures pour augmenter le pouvoir d’achat des familles et affirmé qu’il n’y aurait ni gagnants ni perdants. Mais il y en aura inévitablement ».

C’est aussi l’avis de THE ECONOMIST : si M. Sarkozy peut mettre fin aux grèves sans faire trop de concessions, il préparera la voie pour la suite des réformes. S’il cède sur trop de points, cela pourrait sonner le glas de toute sérieuse tentative de changement./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse
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