SEMAINE DU 19 AU 25 AVRIL
Nouveau temps fort de la campagne électorale : le deuxième débat télévisé opposant les candidats des trois principaux partis ont confirmé la poursuite de l’effet Clegg. La paralysie du trafic aérien après l’éruption du volcan islandais a donné lieu à une importante couverture de presse et quelques critiques sur l’excès de précaution. Les propositions du FMI pour l’application de deux nouvelles taxes aux banques sont bien accueillies par quelques commentateurs.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’effet Clegg et le deuxième débat télévisé
« Clegg a résisté à la tempête », assure en une le GUARDIAN et, à l’exception de quelques tabloïds comme le SUN et le DAILY EXPRESS qui titrent sur la grande victoire de David Cameron, les journaux estiment pour la plupart que le dirigeant libéral-démocrate reste une force avec laquelle il faut compter. L’effet Clegg n’aura pas été de courte durée, et les sondages confirment l’engouement nouveau des Britanniques pour le dirigeant libéral-démocrate qui semble « différent » des autres hommes politiques. L’enquête ICM/Guardian effectuée après le deuxième débat télévisé donne Nick Clegg vainqueur avec 33% des voix, contre 29% à la fois pour Gordon Brown et David Cameron. Selon le sondage Populus publié par le TIMES, David Cameron ne l’emporte que d’un point (37%) sur Nick Clegg (36%), alors que Gordon Brown n’obtient que 27% des voix. Autre élément intéressant : les enquêtes d’opinion montrent que le dirigeant libéral-démocrate pourrait mobiliser les jeunes et accroître le taux de participation.
Si l’éditorialiste du SUN continue de clamer que « Cam est notre homme », les autres journaux conservateurs sont plus craintifs. Benedict Brogan du DAILY TELEGRAPH estime que le dirigeant conservateur s’en est mieux sorti que la semaine précédente, mais n’est toujours pas arrivé à rattraper Nick Clegg. David Cameron a montré de la conviction, réaffirmant qu’il ne faut pas avoir peur du changement. Mais à aucun moment, il n’a réussi à « faire pencher la balance en sa faveur ». Il a été bon, il s’est comporté en Premier ministre potentiel, mais le résultat de l’élection dépend peut-être maintenant du troisième et dernier débat de la semaine prochaine. Quelle ironie quand on pense que c’est le dirigeant conservateur qui a voulu ces débats télévisés, alors que c’est Nick Clegg qui en est le grand bénéficiaire !
Pour le TIMES, les deux débats télévisés ont avant tout mis à nu les faiblesses de Gordon Brown : désormais, la compétition se joue entre les deux candidats qui peuvent de manière plausible incarner le changement. Le Premier ministre travailliste ne le peut pas. Nick Clegg a confirmé qu’il est une présence crédible sur la scène politique britannique. Certaines de ses propositions sont inquiétantes (refus de l’énergie nucléaire, abandon du Trident, Europe), mais l’impression qu’il a laissée lors du premier débat s’est confirmée durant le second. « Les électeurs ont désormais le choix entre deux candidats ».
« Gordon Brown a été meilleur, Nick Clegg est resté fort et David Cameron a plus que tenu le coup : le deuxième débat télévisé ne déterminera pas le résultat de l’élection mais il a montré que l’effet Clegg n’est pas un accident et peut durer jusqu’au 6 mai », écrit de son côté le GUARDIAN. Selon le journal, les trois candidats n’ont pas exprimé des vues fondamentalement divergentes que ce soit sur l’Afghanistan ou le réchauffement climatique. Sur l’Europe, le dirigeant libéral-démocrate a fait preuve de davantage de courage que ses deux adversaires sans toutefois beaucoup mettre l’accent sur les forces de l’Union. Personne n’a remporté la bataille des idées mais si David Cameron avait commis une erreur, il aurait pu perdre l’élection. Gordon Brown, pour la première fois dans la campagne, aura donné de l’espoir au Labour. Toutefois, même ses plus proches alliés estimeront que c’est illusoire. Une nouvelle fois, c’est Nick Clegg qui s’est mis en avant sur la scène, a exprimé ses convictions et a montré pourquoi ces élections sont devenues intéressantes. Un point que développe également l’INDEPENDENT : les conservateurs et le Labour n’ont pas réussi à « faire rentrer le génie libéral-démocrate dans sa bouteille ». « M. Clegg a été à la hauteur de sa performance précédente, se présentant (plutôt que M. Cameron) comme le vrai visage du changement ».
Après s’être félicité du « piment » apporté à la campagne électorale par les libéraux-démocrates, le FINANCIAL TIMES dresse sous la plume de Philip Stephens le bilan du deuxième débat : David Cameron a montré davantage d’assurance que la première fois, Gordon Brown s’est servi de ses atouts et Nick Clegg a conservé ses gains. Les trois candidats ont toutefois évité d’aborder la question la plus importante de toutes, celle du déficit budgétaire. Peut-être le prochain et dernier débat apportera-t-il quelques réponses.
2. La polémique autour du nuage de cendres de l’Eyjafjöll
La paralysie de l’espace aérien en Europe et la fermeture de tous les aéroports britanniques, bloquant des centaines de milles de passagers ont fini par susciter une controverse au Royaume-Uni : le gouvernement se fait critiquer pour ne pas avoir réagi assez vite, et les commentateurs s’interrogent sur l’excès de précaution.
Le DAILY TELEGRAPH accuse le gouvernement d’avoir compris un peu tard le sérieux de la situation : il était peut-être justifié d’opter pour la prudence. Il n’y a cependant pas de consensus scientifique, et il n’y a eu aucune conférence de presse quotidienne pour informer le pays pas plus que de plans d’urgence. Une crise de cette envergure est du ressort du gouvernement. Malgré la campagne électorale, le pays était en droit d’attendre que quelqu’un prenne les choses en mains.
Le FINANCIAL TIMES estime de son côté que l’industrie du tourisme a eu raison de critiquer les autorités de la navigation aérienne et les gouvernements européens pour la lenteur et le manque de souplesse de leur réaction : il faut mettre en place le plus vite possible des précautions sensées et fondées sur des bases scientifiques. Le reste de la presse considère qu’il vaut mieux, dans de telles circonstances, se montrer prudent au risque d’en faire trop.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Le FMI et les taxes sur les banques
Plusieurs journaux se félicitent des dernières propositions du FMI concernant l’application de deux nouvelles taxes sur les banques.
Le GUARDIAN est du nombre : le rapport du Fonds Monétaire International contient « les propositions les plus importantes et les plus détaillées qui aient jamais été produites ». Il a été réalisé à la demande de M. Brown, M. Obama et les autres dirigeants du G20 qui en discuteront lors de leur prochain sommet en juin à Toronto. Alistair Darling estime qu’un accord international sur l’imposition des banques est possible d’ici la fin de l’année, à condition bien sûr que les banquiers ne fassent pas dérailler le processus. « Venant du FMI, ces propositions ont de quoi surprendre de par leur audace. Elles ne constituent pas la fin du débat sur la réforme des banques, mais elles représentent un tournant important », conclut le journal.
« De telles propositions radicales sont inattendues venant par le FMI », renchérit l’INDEPENDENT qui y voit une « initiative encourageante sur la voie de la réforme ». Le journal estime cependant que si cette démarche a ses mérites, l’objectif final doit être la réforme du secteur bancaire : il faut casser les grandes banques et encourager la concurrence.
La réforme du système bancaire est également la priorité du FINANCIAL TIMES : pour le journal, les propositions du FMI sont d’une logique impeccable si l’on part du principe que les banques ne peuvent pas être réformées. Le système financier doit être « plus robuste et plus simple » et les banques plus petites. Des taxes bien ciblées et des règles plus strictes pourraient apporter une amélioration, mais des taxes seules n’écarteront pas le danger qui menace encore les banques, conclut le journal.
IV. AFFAIRES FRANCAISES
Législation sur le voile intégral
Seuls deux journaux (GUARDIAN et DAILY TELEGRAPH) ont évoqué l’intervention du président de la République en faveur d’une loi sur l’interdiction de la burqa et du niqab en public. Tous deux estiment que cette décision ne manquera pas de susciter une controverse. Ils rappellent à cet égard l’avis du Conseil d’Etat, mais soulignent que le parlement est largement favorable à une telle législation./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028