SEMAINE DU 18 AU 24 JUIN
Si l’Europe et la réforme de ses institutions ont dominé l’actualité, les média ont néanmoins consacré de nombres articles aux trois des principaux acteurs sur la scène politique britannique : Tony Blair dont ils ont évoqué le rôle futur, Gordon Brown, le prochain Premier Ministre prêt à faire des ouvertures en dehors du Labour, et David Cameron qui a présenté sa vision pour le Royaume-Uni. Les commentateurs ont accueilli sans surprise l’accord de Bruxelles : avec soulagement pour les pro-européens et par des protestations chez les eurosceptiques.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’avenir de Tony Blair
Après Downing Street, quel avenir pour Tony Blair ? Alors que le Premier Ministre se prépare à quitter ses fonctions, la presse a réagi diversement à une proposition de George Bush qui consisterait à lui confier le poste d’envoyé spécial du Quartet au Proche-Orient.
Les journaux proches du Labour sont atterrés. L’INDEPENDENT assure que Tony Blair est « l’homme le moins qualifié pour ce poste » : non seulement l’intervention en Iraq a affaibli sa position dans l’Union européenne, mais surtout il n’a aucune crédibilité au Proche Orient : du fait de la guerre, de son refus de demander un cessez-le-feu durant la guerre au Liban et de son alliance avec M.Bush. « Le diplomate le plus irréprochable et le plus digne de confiance rencontrerait d’immenses difficultés pour négocier des questions aussi sensibles que l’avenir de Jérusalem, le retour des réfugiés palestiniens et les frontières israélo-palestiniennes. Or M. Blair n’a aucune de ces qualités aux yeux des Musulmans ». Jonathan Steele du GUARDIAN est tout aussi critique : la proposition de M. Bush créerait une « coalition des discrédités » (Bush, Olmert, Blair). Elle ressemble « à une satire, alors que le Premier Ministre britannique n’a aucune crédibilité auprès du Hamas et des Palestiniens ».
Le DAILY TELEGRAPH (conservateur) est en revanche favorable à cette suggestion. Même s’il perçoit un « obstacle évident » (le Premier Ministre britannique n’est pas particulièrement bien vu dans le monde arabe compte tenu de la guerre en Iraq et de ses liens avec George Bush), il estime aussi que M. Blair a d’autres atouts : il a montré son expertise en Irlande du nord, et il a le poids d’un dirigeant mondial, une autorité que n’avait pas son prédécesseur dans ce rôle, l’ancien Président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn. C’est un « défi » de taille, mais M. Blair « doit le saisir ».
2. Les projets de Gordon Brown
« Exit Tony Blair, enter Gordon Brown ». Le futur Premier Ministre travailliste, à quelques jours de son entrée en fonction à Downing Street, a montré son désir d’ouverture. Et malgré le refus des Libéraux-démocrates de participer à son gouvernement, il semble décidé à faire appel à des personnalités hors du Labour. Sa démarche est bien accueillie par la majorité des journaux.
La presse travailliste montre un intérêt certain pour cette nouvelle approche « à condition que M. Brown l’envisage avec sérieux ». Pour le GUARDIAN, les libéraux-démocrates ont « de bonnes idées à offrir au futur Premier Ministre notamment sur l’Iraq et la constitution ». Le journal donne en exemple le Président Sarkozy qui a appelé dans son gouvernement « des représentants d’autres partis et d’autres idéologies ». L’INDEPENDENT se félicite lui aussi de voir M. Brown s’inspirer des initiatives de M. Sarkozy.
Le DAILY TELEGRAPH de son côté met en doute les motivations de Gordon Brown : soit il cherche à « coloniser » le centre pour mettre David Cameron en difficulté, soit il craint de ne pas avoir une majorité suffisante lors des prochaines élections.
3. La vision de David Cameron
Moins de gouvernement et un rôle accru pour l’individu : David Cameron, chef des conservateurs, a cherché à rassurer les partisans traditionnels de son parti, en marquant bien ses différences avec le Labour tout en promettant de faire du parti conservateur « le véritable moteur du progrès au Royaume-Uni ». Si les commentateurs se félicitent de voir l’activité reprendre sur la scène politique britannique (la période de transition entre M. Blair et M. Brown a donné parfois l’impression de paralysie), ils sont peu enthousiasmés par le discours du dirigeant conservateur.
Certaines des propositions de M. Cameron sont « honorables », mais il devra se montrer plus précis face à un Labour « renouvelé », écrit le DAILY TELEGRAPH, rappelant que l’arrivée de Gordon Brown à Downing Street « mettra fin à la drôle de guerre ». « On veut des détails, Dave », clame plus brutalement, mais dans la même ligne, le SUN.
Le DAILY MAIL estime que David Cameron a « raison sur le principe », mais il se méfie de ses « petites phrases toute faites » avant de conclure : « il aura fort à faire pour convaincre le pays qu’il fera mieux que Brown ».
La presse travailliste reprend souvent les mêmes arguments : l’INDEPENDENT estime que le parti s’est fait du tort en affichant ses divisions (sur les écoles notamment) et donne l’impression de ne pas « avoir trouvé sa place ». Or « M.Cameron entre dans une phase déterminante. La lune de miel est passée et il va devoir bientôt affronter un redoutable adversaire (M. Brown).
II .AFFAIRES EUROPEENNES
Le Conseil européen
Une fois de plus, la presse aura titré sur un « accord de la 11ème heure » y voyant le résultat d’un compromis accepté par la Pologne et des assurances obtenues par Tony Blair sur les fameuses « lignes rouges ». Les commentaires des journaux sont sans surprise.
Les quotidiens pro-européens expriment leur soulagement, même s’ils estiment l’accord imparfait. C’est le cas du FINANCIAL TIMES qui assure que l’Union doit désormais aller de l’avant et se consacrer aux questions plus pressantes que sont le réchauffement climatique, la sécurité de l’énergie et les relations avec la Russie. Un point que reprennent l’INDEPENDENT et le GUARDIAN. Ce dernier explique par ailleurs pourquoi il ne faut pas de référendum : les changements décidés sont « la seule façon de faire avancer une organisation qui a été trop longtemps paralysée ». M. Brown le sait, il peut l’expliquer aux Britanniques mais, dans la confusion actuelle, il perdrait un plébiscite et laisserait ainsi passer sa chance de jouer un rôle de leader sur la scène européenne.
La presse eurosceptique appelle en revanche à un référendum. Pour le Sunday TIMES comme pour le Sunday TELEGRAPH, le nouveau traité n’est rien moins que « la constitution sans le nom ». Bruxelles a acquis de nouveaux pouvoirs et il est impératif que M. Brown tienne les promesses du Labour : « son premier geste doit être de renverser la capitulation de M. Blair pour sauvegarder les droits démocratiques du Royaume-Uni ».
Tous les journaux ont relevé l’intervention de Gordon Brown, à plusieurs reprises vendredi, à propos des demandes françaises sur la concurrence. Le TIMES proteste vivement dans un éditorial contre la démarche de M. Sarkozy qui lui donne « une meilleure chance de soutenir les grandes entreprises françaises avec l’aide du contribuable et de se protéger contre des OPA malencontreuses » : « cela en dit long sur les carences de l’Union s’il lui est aussi facile de vendre son âme ». Pour le DAILY TELEGRAPH, l’action de la France « sape la valeur de notre appartenance à l’Union »./. Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028