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Semaine du 18 au 24 janvier

SEMAINE DU 18 AU 24 JANVIER

Plusieurs sujets de controverse cette semaine pour le gouvernement : les statistiques du chômage dont la baisse n’est pas nécessairement significative, la relance du débat sur la défense et le rachat de Cadbury par le groupe américain Kraft. La catastrophe d’Haïti a dominé les affaires internationales, avec une place toute particulière pour les « accusations » de la France. La « guerre » du président Obama contre Wall Street a également occupé une place importante dans les médias, et les commentateurs se sont interrogés sur le veto de la Chine à des sanctions contre l’Iran.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La baisse du chômage

Le chômage au Royaume-Uni a baissé pour la première fois depuis 18 mois : c’est un « cadeau » pour le gouvernement selon certains commentateurs mais, pour les autres, il ne s’agit que de statistiques trompeuses qui ne font que masquer les problèmes, en particulier le chômage des jeunes.

Larry Elliott du GUARDIAN admet qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour Gordon Brown, déterminé à faire de l’économie le thème central de la campagne électorale. Le DAILY MIRROR salue « le beau travail » du Labour : la baisse du chômage est le résultat direct de l’action du gouvernement. Si les conservateurs avaient été au pouvoir le contraire se serait produit.

Les commentateurs estiment cependant que le chômage des jeunes est le principal sujet de préoccupation. Soulignant qu’un jeune sur cinq est sans emploi, le SUN parle d’une « génération perdue ». La baisse du chômage n’est pas le signe d’une amélioration de la situation économique, renchérit l’éditorialiste de l’INDEPENDENT qui relève lui aussi la situation difficile des 16-24 ans (20% sont sans emploi) et ajoute que la chute du nombre de chômeurs, loin de refléter la création de nouveaux postes, est le résultat d’un accroissement des emplois à temps partiel. Même si le journal reconnaît que la décision du gouvernement de maintenir ses dépenses publiques durant la crise a contribué à stabiliser le marché de l’emploi, il n’y voit pas le signe d’une sortie de la récession. A cause de l’importance du déficit budgétaire, une réduction des dépenses du secteur public sera inévitable à un moment donné. Le jour viendra où le gouvernement ne créera plus d’emplois. Si cela se produit avant que le secteur privé ne puisse prendre le relais ce sera un cauchemar pour le marché de l’emploi. Les dernières statistiques n’ont décidément rien de réconfortant.

2. La politique de défense

La perspective d’une forte réduction des dépenses lors du prochain budget a relancé le débat sur l’avenir des forces armées décidées à défendre chacune leur bout de terrain : après le plaidoyer du chef d’Etat-major de l’armée de terre, Sir David Richards, ce fut le tour de l’amiral Sir Mark Stanhope. Les commentateurs appellent les partis à clarifier leur position même si la nouvelle stratégie de défense ne doit être présentée qu’après les élections.

« Ce n’est pas aux experts militaires ni aux chefs de l’armée de trancher. Au bout du compte, il s’agit de savoir quel rôle militaire le Royaume-Uni veut jouer. C’est un débat qui doit être au cœur de la prochaine campagne électorale », écrit ainsi l’éditorialiste du GUARDIAN.

Le TIMES reproche aux principaux partis de prendre pour excuse la présentation tardive de la stratégie de défense pour ne pas aborder la question dans leurs programmes. « Quels que soient les vainqueurs, le prochain gouvernement devra prendre de difficiles décisions » : sur le renouvellement du Trident (dissuasion nucléaire), les nouveaux porte-avions, la refonte des services. Une seule armée, à la manière des Marines américains, au lieu des trois armées traditionnelles, serait une solution satisfaisante. Tous ces choix pourraient et devraient être au cœur du débat électoral. Jusqu’à présent les deux principaux partis se sont contentés d’allusions. « Qu’ils entrent en campagne sans faire de place à la politique militaire est non seulement contraire à la démocratie, c’est aussi parfaitement choquant », conclut le TIMES.

Selon le FINANCIAL TIMES, il est juste que les chefs des forces armées expriment leur opinion et leurs divergences. Il est également important que le Royaume-Uni décide de ses alliés avant de définir sa stratégie : quelle valeur peut-il ajouter à la puissance américaine ? Comment peut-il mettre en commun ses capacités avec celles de l’Union européenne ? « Le débat doit avoir lieu maintenant et en public », ajoute le journal.

3. Le rachat de Cadbury

L’OPA du géant américain Kraft sur un fleuron de l’industrie britannique a suscité beaucoup d’émoi dans la presse. Si certains éditorialistes se félicitent de l’ouverture du marché britannique, d’autres déplorent le manque d’action du gouvernement.

« Le statut de champion national ne l’emporte pas au Royaume-Uni », écrit le FINANCIAL TIMES, soulignant les « vertus » du code financier qui veut que les actionnaires prennent les décisions. Selon le journal, ce n’est pas en érigeant des barrières artificielles que l’on protège les entreprises britanniques mais en leur offrant un régime fiscal « prévisible » et une main d’œuvre hautement qualifiée.

Pour le TIMES également, le rachat d’entreprises britanniques par des étrangers est parfaitement « bienvenu ». Le journal s’inquiète en revanche du peu d’incitation à la création de nouvelles entreprises : « où est le Googles britannique ? Où sont les géants de ce siècle en matière de science, technologie, banque et finance » ?

Le GUARDIAN pointe le gouvernement du doigt : des réductions d’emploi vont être « inévitables » et « par dizaines de milliers ». Selon l’éditorialiste du journal, cette vente est une honte. Elle montre que toutes les promesses après la chute de Lehman Brothers sont vaines. Une fois de plus, c’est la City qui a fait la loi pour un bénéfice à court terme. « Le gouvernement est mis directement au défi. M. Brown parle d’une nouvelle politique industrielle mais, pour le moment, il ne s’en tient qu’à des discours », conclut le GUARDIAN.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La catastrophe d’Haïti

La situation en Haïti a occupé une place très importante dans la presse. Plusieurs journaux, dont le FINANCIAL TIMES dans un article de une, ont fait état des critiques de la France concernant la méthode américaine pour l’organisation des secours.

Le DAILY TELEGRAPH a repris les déclarations de M. Joyandet sur « l’occupation » d’Haïti par les Américains, et demandant à l’ONU de clarifier le rôle des Etats-Unis sous prétexte qu’ils gênaient l’effort humanitaire. Le journal souligne que Médecins Sans Frontières a donné son soutien au ministre français mais revient sur le sujet dans un éditorial.

Selon le DT, « Washington a réagi rapidement et énergiquement » et son « altruisme généreux » a été accueilli avec une extraordinaire grossièreté. Les accusations de M. Joyandet, sont « ridicules ». Un tel anti-américanisme est aussi prévisible qu’il est déprimant. Si Washington n’avait rien fait, ses critiques n’auraient pas été davantage satisfaits. Il est à mettre au crédit des Américains d’être prêts à agir en Haïti, comme ils l’ont fait en Irak et en Afghanistan, tout en sachant que cela pourra être dénigré, conclut le journal.

Ben Macintyre dans le TIMES fait un procès à la France qui, par son action il y a 200 ans, est directement à l’origine des malheurs d’Haïti aujourd’hui. Les fortes indemnités demandées par la France en 1825 en échange de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti ont endetté le pays au point de détruire son économie. Selon le journaliste, la France a une dette morale qu’elle refusera cependant d’honorer. « Haïti n’a pas besoin de discours ou de conférences, mais d’argent ».

2. La « guerre » du président américain contre Wall Street

Les mesures annoncées par le président américain pour contrôler la conduite des banques et empêcher les opérations risquées divisent la presse britannique.

Le FINANCIAL TIMES estime que M. Obama commet « une erreur » : les mises en garde adressées en décembre aux banquiers et l’application d’un impôt pour les banques ayant fait l’objet d’un sauvetage étaient justifiées. Mais en cherchant à répondre à l’opinion devenue franchement hostile à Wall Street, le président américain opère un « changement radical ». L’objectif en matière de régulation doit être de permettre aux banques de faire faillite sans que cela soit un danger pour tout le système et pour la société. Le remède prescrit par M. Obama ne contribue nullement à cela, conclut le journal.

« C’est une réponse populiste à court terme qui n’est guère logique sur le plan économique », assure le TIMES qui ne voit pas comment les mesures proposées pourraient contribuer à la stabilité financière : elles risquent d’amener les entreprises à se tourner vers d’autres centres financiers.

Le GUARDIAN félicite en revanche M. Obama pour « être enfin passé à l’action » : les autres gouvernements parlent de réforme, mais le G20 ne se met pas d’accord, l’OCDE ne prend pas d’initiative. C’est juste une affaire de volonté politique. Gordon Brown doit en prendre de la graine. Dans la même ligne, l’INDEPENDENT estime que les propositions de M. Obama sont « la première tentative de réforme sérieuse dans la bonne direction ». « Il faut maintenant poursuivre avec le même zèle que les banquiers dans la quête de leurs bonus ».

3. L’Iran et le veto de la Chine

Le veto de la Chine à l’imposition de nouvelles sanctions contre l’Iran a été vivement critiqué par l’éditorialiste du TIMES : la Chine prive la communauté internationale d’un moyen d’action et donne à l’Iran une forme d’immunité contre les résolutions du Conseil de sécurité. Selon le journal, le rôle de Pékin est cependant crucial. Sa puissance économique compte dans l’application de sanctions. Son importance diplomatique, comme membre permanent du Conseil de sécurité, déterminera la réaction de Téhéran. La Chine est un marché gigantesque pour les exportations iraniennes et elle fournit des missiles à l’Iran. Face à l’aventurisme nucléaire de ce pays, la diplomatie internationale doit donner des résultats. La Chine fait malheureusement en sorte qu’elle échoue avant même d’avoir commencé.

Bronwen Maddox estime cependant dans le même journal que le non de la Chine ne doit pas signifier la fin des pressions sur Téhéran. Les Etats-Unis et de l’Europe vont pouvoir agir plus rapidement et décider de l’application de nouvelles sanctions. La déclaration de soutien de Mme Merkel est à cet égard importante car l’Allemagne est de loin le plus gros exportateur d’Europe en Iran. Les dirigeants iraniens sont peut-être convaincus qu’avec la Chine pour alliée ils peuvent ignorer les pressions du reste de la communauté internationale. Il faut toutefois espérer que des millions d’Iraniens veulent aussi des liens avec les Etats-Unis et l’Europe.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028