Semaine du 18 au 24 février

SEMAINE DU 18 AU 24 FEVRIER

L’annonce de la nationalisation de Northern Rock et l’admission d’une implication dans les vols de la CIA ont constitué, de l’avis des médias, deux nouveaux épisodes embarrassants pour le gouvernement britannique. Au chapitre international, la presse a accueilli avec une dose d’optimisme le résultat des élections pakistanaises, l’indépendance du Kosovo et le départ de Fidel Castro, trois événements qui – en dépit de nombreux obstacles – apportent, selon elle, l’espoir d’un changement.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La nationalisation de Northern Rock

La nationalisation de Northern Rock, après six mois de crise, était selon la presse « inévitable », mais elle représente aussi un revers pour le gouvernement et une « humiliation » pour le Chancelier de l’Echiquier.

Dans l’ensemble, les journaux estiment, à l’instar du FINANCIAL TIMES, que la nationalisation était la « moins mauvaise des solutions », mais ils se demandent pourquoi le gouvernement a attendu cinq mois pour en arriver là. Le quotidien de la City se montre néanmoins plutôt optimiste : « Northern Rock a un avenir, et il peut même être florissant. La différence entre cette nationalisation et celles du passé est évidente. Elle ne sera que temporaire, et personne ne prétend que la performance de la banque sera meilleure sous le contrôle du gouvernement. Quiconque suggère que le Labour est revenu au socialisme des années 70 se couvre de ridicule ».

Les commentateurs assurent néanmoins que la réputation du gouvernement en matière de compétence économique en a pris un sérieux coup. Le gouvernement a opté pour la nationalisation, « non par conviction, mais par défaut », écrit le TIMES, avant de conclure : « le dimanche noir » aura longtemps des répercussions sur le Labour. Il ternit la réputation du Royaume-Uni et celle de M. Brown.

« C’est un moment de honte pour le Labour », renchérit le GUARDIAN, soulignant que « la réputation du parti en matière de compétence économique, la base même de son succès lors des trois dernières élections, est sinon complètement détruite, fortement ébranlée ». L’INDEPENDENT est du même avis : « Il sera désormais difficile pour le Premier Ministre de se vanter du succès de l’économie britannique ou de la supériorité du Royaume-Uni comme centre financier ». Pour le journal, un chapitre se ferme, mais « les malheurs d’Alistair Darling continuent ».

Le DAILY TELEGRAPH titre sur « l’humiliation d’Alistair Darling ». Anthony Hilton de l’EVENING STANDARD va plus loin : « Aux yeux de la City, le Chancelier de l’Echiquier est fini. La meilleure option pour Gordon Brown serait de s’en séparer au plus vite ».

2. Le Royaume-Uni et les vols de la CIA

En dépit de ses dénégations précédentes, le gouvernement britannique a dû admettre avoir joué un rôle dans les vols de CIA : la base de Diego Garcia a été utilisée à deux reprises en 2002, apparemment sans que les Américains en informent leur allié de Londres. Les excuses présentées au parlement par le Secrétaire au Foreign Office, David Miliband, ne satisfont généralement pas les commentateurs.

Tant que nous ne saurons pas pourquoi cette information arrive si tard, il sera difficile de ne pas soupçonner le gouvernement de chercher à « limiter les dégâts », écrit le FINANCIAL TIMES, avant d’ajouter : faut-il s’attendre à d’autres révélations ? Y-a-t-il d’autres éléments que Londres ignore, ou souhaite pouvoir nier de manière plausible ? « Le chapitre ne devrait pas être clos tant qu’une enquête approfondie ne fera pas clairement le point sur le rôle du Royaume-Uni dans ces vols de la torture ».

Pour le GUARDIAN, il est non seulement embarrassant, mais aussi « honteux » que Londres n’ait pas été tenu au courant par Washington alors que les deux gouvernements étaient supposés avoir des « relations vraiment étroites ». Si le journal se félicite du désir de « transparence » exprimé par M. Miliband, il doute que les soupçons du public se dissipent aussi vite que le souhaiterait le gouvernement. Le DAILY MIRROR assure pour sa part que le Secrétaire au Foreign Office se fait plutôt du tort en acceptant si facilement la « bonne foi » de Washington.

Le TIMES admet volontiers qu’il ne peut y avoir eu une politique officielle d’assistance aux vols de la torture et ajoute que c’est « rassurant ». Il reproche toutefois au gouvernement américain d’avoir mis son allié « inutilement dans l’embarras ». « Ce genre d’omission extraordinaire ne peut que faire du tort à Washington ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les élections pakistanaises

La presse se félicite du résultat des élections qui semblent s’être déroulées « sans truquage », une « heureuse exception », selon le FINANCIAL TIMES, mais elle appelle aussi les principaux partis d’opposition à coopérer malgré leurs divergences.

Pour le FINANCIAL TIMES, la défaite du président Musharraf est « retentissante », et il devrait se retirer, ne serait-ce que pour sauver sa réputation. Selon le journal, le fait qu’aucun parti n’ait la majorité « est probablement une bonne chose ». Il faudra une coalition, et un gouvernement d’unité nationale « pourrait aider à stabiliser le pays ». Pour le DAILY TELEGRAPH, l’objectif doit être la stabilité : « les Pakistanais la méritent après avoir rempli leur devoir ». Il revient aux hommes politiques d’assurer la suite.

« Le Pakistan a franchi un pas important sur la voie de la démocratie », renchérit le GUARDIAN qui se montre lui aussi favorable à un gouvernement d’unité nationale regroupant les deux principaux partis (celui de Mme Bhutto et de M. Sharif). Il ne durerait probablement pas longtemps, mais ce n’est pas grave, car il n’aurait qu’un nombre de tâches spécifiques : restaurer l’indépendance des juges, lever les restrictions sur les médias, veiller au départ de M. Musharraf et fixer de nouvelles élections. Pour le journal, même si Washington regrette le départ de l’actuel président pakistanais, « il est sûrement temps pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni d’envisager la vie après Musharraf, car c’est ce que veulent les électeurs ».

Bronwen Maddox du TIMES partage cet avis lorsqu’elle déclare : « Musharraf est fini. Il devrait suivre l’exemple de Castro ». Mais l’éditorialiste du journal assure que le président pakistanais, qui « a montré davantage de réalisme dernièrement, pourrait encore jouer un rôle : « maintenir le statut du Pakistan à l’étranger, garantir la continuité en ne conservant qu’un titre de chef d’Etat honorifique ».

L’INDEPENDENT fait une suggestion similaire : une coalition des deux principaux partis victorieux, avec un président Musharraf n’ayant qu’un rôle symbolique, le Pakistan pourrait enfin mettre au point un système politique tenu de rendre des comptes. Pour le journal, une chose est sûre : les dix dernières années ont montré qu’une dictature ne vient pas à bout de l’extrémisme, elle l’alimente. « Un régime militaire ne donne qu’une illusion de stabilité. Il faut empêcher son retour au Pakistan ».

2. L’indépendance du Kosovo

La presse estime qu’il serait « malvenu » de nier au Kosovo son moment de joie. Mais pour les commentateurs, cette « naissance difficile » ne se présente pas sous les meilleurs auspices.

« L’euphorie va vite se dissiper », assure le TIMES, qui énumère tous les obstacles que devra affronter le nouvel Etat : la colère des Serbes, la pauvreté, le manque d’unité de l’Union européenne, et surtout l’hostilité de la Russie. Il va falloir que le nouveau Premier Ministre, Hashim Thaci, fasse preuve de réalisme et accorde des garanties à la minorité serbe.

Pour l’INDEPENDENT, « le départ est prometteur », mais le Kosovo devra affronter bien des dangers après les célébrations : « les petits pays ne peuvent prospérer que s’ils ont des structures politiques stables, des économies bien organisées et lorsqu’ils sont bien acceptés par leurs plus importants voisins. Et le Kosovo n’a rien de tout cela ». D’où l’importance de l’aide que devra lui apporter la communauté internationale.

Le FINANCIAL TIMES engage, pour ces raisons, l’Union européenne à apporter autant de soutien que possible au Kosovo : d’abord par l’efficacité de sa mission, mais aussi en maintenant la porte ouverte pour une éventuelle admission du Kosovo et de la Serbie. Elle doit aussi s’efforcer de faciliter les échanges afin de mettre un terme à l’isolement social qui a si longtemps paralysé les Balkans.

Le GUARDIAN s’interroge sur l’unité de l’Europe et estime qu’elle sera « mise à l’épreuve, militairement et politiquement ». Le journal regrette en fait une « solution unilatérale » qui repousse encore l’objectif d’un nouvel ordre mondial dans lequel les décisions sont prises multilatéralement.

Le DAILY TELEGRAPH rappelle que le statut du Kosovo est contesté, qu’il n’aura pas de souveraineté réelle, et que des questions se posent sur sa légitimité. « Les prétentions du Kosovo à l’indépendance se fondent sur le principe de l’autodétermination. Mais, par la même logique, la minorité serbe réclame un droit identique ». Une approche véritablement démocratique aurait permis à la majorité de voter pour son indépendance tout en laissant les Serbes sous le contrôle de Belgrade. Il y aura partition de facto. Pourquoi ne pas reconnaître cette situation légalement ?

3. Le départ de Fidel Castro

Le dictateur avait fait son temps, et Cuba va pouvoir se préparer au changement : le départ de Fidel Castro est unanimement bien accueilli.

Le sort de la révolution cubaine dépend désormais de Raul Castro, écrit le DAILY TELEGRAPH, qui estime que l’on peut se permettre un certain degré d’optimisme mais qu’il serait « naïf de compter sur un changement radical ». L’INDEPENDENT prévoit, pour sa part, une « accélération » de la tentative de libéralisation déjà commencée, mais ajoute qu’il faudra attendre un peu plus longtemps pour des « changements vraiment spectaculaires ».

Le TIMES assure que le départ de Fidel Castro n’apporte que « la moitié de la solution » pour Cuba : l’autre moitié devra venir de l’engagement américain. Pour le journal, c’est maintenant que Washington doit venir en aide à la population cubaine et non pas attendre, comme le souhaitent les Républicains, la tenue d’élections « justes et équitables », qui ne sont pas vraisemblables dans l’immédiat.

Le GUARDIAN appelle lui aussi Washington à montrer sa « générosité » : le modèle à rechercher pour Cuba serait celui de l’Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin. Mais il faudra pour cela une aide extérieure, et logiquement elle devrait venir des Etats-Unis. Les Américains devraient commencer par lever un boycott, qui visait à détruire Fidel Castro, mais n’a fait que le maintenir au pouvoir tout en empoisonnant la vie des Cubains.

« Les Etats-Unis, l’Europe et le reste du monde doivent faire des ouvertures au gouvernement cubain », renchérit le FINANCIAL TIMES, appelant Washington à abandonner son embargo économique. Pour le journal, il faudra attendre probablement l’élection d’un nouveau président américain pour cela mais, dans l’immédiat, un assouplissement /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028