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Semaine du 18 au 22 août

SEMAINE DU 18 AU 22 AOUT

Malgré l’euphorie des nombreuses victoires britanniques à Pékin, la presse a accueilli sans enthousiasme la rentrée politique de Gordon Brown. Les affaires internationales ont été dominées par l’OTAN (réunion de Bruxelles) et l’Afghanistan. La démission du président pakistanais a donné lieu également à une importante couverture de presse.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

La rentrée de Gordon Brown

Bien qu’il se déclare confiant pour les prochaines élections et promette une série d’initiatives, Gordon Brown n’a pas fait sa rentrée sous les meilleurs auspices : selon un sondage ICM publié par le GUARDIAN, les Tories conservent une nette avance dans l’opinion (44% des intentions de vote), contre 29% pour le Labour, et David Cameron bat de 21 points M. Brown comme M. Miliband lorsqu’il s’agit de choisir le meilleur Premier ministre.

Le GUARDIAN reproche au gouvernement d’être demeuré invisible en pratiquant « la politique de la couette » dans l’espoir de se protéger des remous. Mais, assure-t-il, c’est peine perdue.

Le DAILY TELEGRAPH doute de l’offensive annoncée. Le journal se réfère à une attaque lancée par un responsable du Trésor, Yvette Cooper, contre la politique économique de David Cameron : « c’est un peu fort de la part d’un gouvernement qui a gaspillé le fruit d’une période de croissance sans précédent en développant exagérément et en vain le secteur public ».

Quant à THE ECONOMIST, il attaque le trop grande discrétion de M. Brown sur la scène internationale, notamment lors de la crise du Caucase : « c’est une erreur, qui risque de lui coûter cher ». Une diplomatie active est particulièrement importante pour le dirigeant d’un pays de second rang comme le Royaume-Uni : si M. Brown veut notamment réussir les réformes de la Banque Mondiale et du FMI qu’il souhaite, il lui faudra se faire entendre et avoir des amis coopératifs. Ce n’est pas le cas. Les difficultés du Labour et du gouvernement n’arrangent pas les choses. Le Premier Ministre semble surtout préoccupé par la relance de son programme de politique intérieure. Il a de ce fait laissé se creuser un vide temporaire en matière de politique étrangère. David Cameron s’est empressé d’en tirer parti, tout en le faisant de manière inconvenante, souligne l’hebdomadaire.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. L’OTAN et l’Afghanistan

« L’OTAN a haussé le ton, mais n’a pas joint l’acte à la parole » (TIMES), « L’inaction est parfois préférable » (INDEPENDENT), « L’OTAN a envoyé un mauvais signal » (GUARDIAN) : les conclusions de la réunion de l’OTAN à Bruxelles ont reçu un accueil mitigé dans la presse, qui s’interroge en outre sur l’action de l’Alliance en Afghanistan, après la mort des dix soldats français.

Le DAILY TELEGRAPH est déçu : « la réponse réservée de Bruxelles aux intimidations de la Russie n’est pas de bon augure pour les ambitions de la Géorgie et de l’Ukraine ». Mais le TIMES insiste, pour sa part, sur le rôle essentiel que peut jouer l’OTAN : malgré les hésitations de l’Alliance, Moscou ne peut ignorer les critiques croissantes que lui vaut son intervention en Géorgie. Dans le même journal, Giles Whittell assure que le conflit en Géorgie pourrait aider en fait à l’élargissement de l’OTAN, un résultat que la Russie espérait à tout prix éviter.

L’INDEPENDENT se félicite de « l’inaction » de l’OTAN : « le résultat le plus positif de la rencontre de Bruxelles a été le soutien apporté à la diplomatie européenne et à l’accord de cessez-le-feu proposé par la France. Tant que les deux parties s’en tiennent à leurs engagements, le conflit a des chances de revenir au stade de la diplomatie, la seule façon réaliste de le résoudre ».

Le GUARDIAN, une fois de plus, se démarque du reste des autres journaux et reproche à l’OTAN d’avoir « envoyé un mauvais signal » : douze jours après le début des hostilités, les chars russes sont toujours en Géorgie et ne semblent pas décidés à en sortir. A y bien réfléchir, ce qui s’est produit en Ossétie du sud pourrait se répéter en Crimée, en Ukraine et dans les Etats baltes. Il n’y a pas eu d’accord international au moment de l’éclatement de l’Union soviétique. La carte pourrait être redessinée, et il n’est dans l’intérêt de personne que cela se fasse par les chars russes ou par des garanties de sécurité occidentales. Sans la participation de la Russie, la capacité de l’OTAN à résoudre un conflit dans le Caucase est limitée. Sa capacité à mettre le feu aux poudres est en revanche illimitée. La décision de créer un conseil de consultation spécial pour la Géorgie et de suspendre celui qui existait avec la Russie peut paraître un levier diplomatique utile. Mais, à long terme, l’exclusion de la Russie d’accords de sécurité collectifs dans une région où vivent des millions de Russes ethniques est le meilleur moyen de créer des conflits.

La mort des dix soldats français en Afghanistan a fait l’objet d’une importante couverture de presse, les journaux s’interrogeant sur l’engagement français dans ce pays. L’INDEPENDENT estime, à l’instar du GUARDIAN, que l’opinion risque de remettre en cause « la ligne davantage pro-américaine » adoptée par M. Sarkozy depuis qu’il a succédé à M. Chirac.

Le DAILY TELEGRAPH se félicite pour sa part de la « réaction positive » du président Sarkozy puisqu’il a annoncé la poursuite de la mission. Pour le journal, « ces derniers développements vont peut-être finalement persuader la France et les autres partenaires hésitants de l’Alliance qu’il faut faire monter les enjeux pour gagner. Il faudra pour cela un plus grand engagement en matière de soldats et d’équipement pour lutter contre le terrorisme. L’Afghanistan est le plus grand défi auquel l’OTAN a été confronté depuis la fin de la guerre froide et, malgré cela, la majorité de ses membres a tendance à ne pas y attacher d’importance. C’est une erreur, et les pertes subies par nos alliés français en apportent la preuve ».

A l’inverse, le GUARDIAN arrive à la conclusion qu’il n’y a pas de solution militaire : l’Afghanistan demande en fait une approche radicalement différente : une aide internationale coordonnée, un programme de reconstruction et un plan politique pour regagner les Taliban et tous ceux mêmes que nos troupes combattent. Peut-être devrons nous abandonner l’idée que l’Afghanistan est un Etat unitaire qui doit avoir un gouvernement central.

2. La démission du président Musharraf

Pour la presse britannique, la démission du président Musharraf est bienvenue, mais elle met en lumière l’instabilité du Pakistan : la coalition doit montrer au plus vite qu’elle est capable de gouverner ou décider de nouvelles élections.

« Les Pakistanais peuvent être fiers de s’être débarrassés d’un dictateur militaire par des moyens démocratiques », écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, tout en soulignant les « signes peu encourageants » envoyés par une coalition composée de deux partis traditionnellement hostiles. Il faudrait créer « un gouvernement d’unité nationale, reconstruire les institutions civiles, restaurer la croissance économique et rééquilibrer les relations avec l’armée, et ce n’est pas une moindre affaire », ajoute le journal avant de conclure : « les Pakistanais ont de quoi être inquiets car ils savent qu’un mauvais gouvernement est un luxe que les pays pauvres ne peuvent pas se permettre ».

Le DAILY TELEGRAPH craint pour sa part que « ce pays qualifié, non sans raison, de plus dangereux du monde ne soit pas devenu plus sûr », malgré le départ « bienvenu » du président Musharraf : il ne faut pas notamment que le Pakistan oublie ses responsabilités dans la lutte contre le terrorisme et la guerre en Afghanistan.

Pour le TIMES, « rarement un vide politique a été aussi dangereux. Ce pays de 160 millions d’habitants, qui dispose d’un arsenal nucléaire, a tout pour mal tourner : politique scissipare, inégalités sociales, rivalités tribales, extrémisme, corruption et gouvernement faible ». Pourtant, ajoute le journal, il existe une importante classe moyenne, largement urbaine, qui a rejeté les partis islamistes aux dernières élections et qui a permis au Pakistan de rester attaché à la modération et aux valeurs démocratiques. Pour éviter que l’impasse politique ne se prolonge, « il faut trouver au plus vite un remplaçant au président Musharraf ». Le nouveau président devra avoir de réels pouvoirs, car le système hybride actuel ne ferait que prolonger l’incertitude alors que le pays a besoin de leadership et de continuité. La position de l’armée doit enfin être clarifiée : son rôle est essentiel pour la guerre en Afghanistan, les luttes tribales, le terrorisme au Cachemire et la détente avec l’Inde. Et si les dirigeants politiques ne peuvent se mettre d’accord sur un président à qui seront conférés les pouvoirs nécessaires pour être efficace, ils devront tenir de nouvelles élections.

« La tenue de nouvelles élections ne doit pas en elle-même être inquiétante », souligne le GUARDIAN selon lequel il ne peut y avoir d’autre alternative pour le Pakistan qu’un gouvernement civil et une constitution qui fonctionne bien. Malgré les « défis redoutables » qui attendent le Pakistan, l’INDEPENDENT assure qu’il y a des raisons d’espérer : en dépit de l’image extrême souvent projetée à l’extérieur, la vaste majorité des Pakistanais rejette le fondamentalisme, et si les dirigeants politiques choisissent la sagesse ils peuvent redresser le pays./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028