SEMAINE DU 17 AU 23 SEPTEMBRE
Northern Rock et la crise financière ont dominé l’actualité de la semaine et porté atteinte à la crédibilité de la Banque d’Angleterre. Le congrès annuel des Libéraux-démocrates s’en est trouvé relégué à l’arrière-plan. Le discours de clôture de Sir Menzies Campbell a suscité toutefois un regain d’intérêt mais, pour les commentateurs, le leader du parti n’a fait qu’assurer sa survie. La presse a accordé une large place aux déclarations de M. Kouchner sur l’Iran. Elle a commenté de façon favorable le programme de réforme de M. Sarkozy.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’affaire Northern Rock
Les difficultés de Northern Rock et les réactions de panique des épargnants britanniques ont continué de faire les grands titres de la presse. Les garanties explicites offertes par le Chancelier de l’Echiquier étaient, selon les commentateurs, la seule chose à faire. Mais ces derniers estiment aussi que le gouvernement et la Banque d’Angleterre s’y sont mal pris et qu’il faudra de toute urgence réformer le système pour éviter une répétition.
Nils Pratley du GUARDIAN parle de « grave erreur de communication » : c’est dès le premier jour de la crise qu’il aurait fallu garantir les dépôts des clients de Northern Rock. Ces derniers ne disposaient en effet d’aucune protection et leur décision de se ruer massivement pour retirer leurs avoirs n’avait rien d’irrationnel. Le FINANCIAL TIMES explique à son tour que, contrairement au système américain, le système britannique n’est pas favorable aux épargnants. Il en conclut qu’à long terme, « le Trésor, la banque d’Angleterre et les autorités financières vont devoir réviser la réglementation actuelle pour accroître la sécurité et empêcher une répétition de la débâcle de Northern Rock ».
Toutefois, pour l’éditorialiste du FT, il doit y avoir des limites aux protections accordées aux clients des établissements de crédit : on risquerait en effet de devoir renforcer la supervision des banques au point d’en venir presque à la nationalisation, ce qui mettrait fin à toute innovation. Le TIMES plaide pour un système de « régulation responsable », et considère que l’intervention exceptionnelle du Chancelier de l’Echiquier pour rassurer les épargnants de Northern Rock ne doit pas créer un précédent.
Dans l’ensemble, les journaux estiment que Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, a perdu de sa crédibilité : « son explication concernant l’intervention sur les marchés monétaires est peu convaincante », écrit le FINANCIAL TIMES (comment justifier une action à laquelle il s’était fermement opposé une semaine auparavant ?). THE ECONOMIST renchérit en soulignant « qu’un gouverneur de banque centrale sans crédibilité n’a aucune utilité ».
Le DAILY TELEGRAPH lance de nouveau une mise en garde contre le crédit trop facile : « les institutions financières doivent réviser leurs critères. L’intervention de l’Etat ne sera plus nécessaire si elles agissent de manière responsable. Northern Rock n’est pas un désastre pour le capitalisme, mais c’est un avertissement ». Un point repris par un éditorial du DAILY MAIL sous le titre : « nous ne devons plus vivre au-dessus de nos moyens ».
2. Le congrès libéral-démocrate
« Manque d’énergie et absence de direction » : c’est une des nombreuses accusations qui ont été portées contre le parti libéral-démocrate réuni pour son congrès annuel à Brighton. Malgré le discours de clôture bien reçu de Sir Menzies Campbell, beaucoup de commentateurs s’interrogent sur sa compétence, sans être toutefois convaincus qu’un changement de dirigeant puisse faire des miracles.
Peter Riddell du TIMES reconnaît que le parti libéral-démocrate n’est pas dans une position enviable : il attire généralement les votes protestataires. Or, ses adversaires travaillistes et conservateurs ont été renforcés par l’arrivée de nouveaux dirigeants. « Il se retrouve sur la défensive dans l’espoir de minimiser ses pertes plutôt que de faire une avance ». Pour le commentateur, les « idées nouvelles » proposées par les Libéraux-démocrates, à la seule exception de l’environnement, ne risquent guère d’attirer les électeurs.
Pour le GUARDIAN, Sir Menzies Campbell « a fait mieux que l’année dernière », mais il n’a assuré que « sa survie ». « Chacun sait que pour renouveler ses ambitions, le parti aura besoin d’un nouveau leader ».
Dans la même ligne, Philip Stephens du FINANCIAL TIMES parle de « l’air de résignation » des Libéraux-démocrates. Pourtant, souligne le commentateur, il y a de la place pour un troisième parti, si seulement il montre « l’énergie et le brio » nécessaires. L’INDEPENDENT estime lui aussi qu’il y a de la place pour un troisième parti et que, sur la question de l’environnement et du réchauffement climatique, les Libéraux-démocrates offrent des politiques plus sérieuses que le Labour et les Tories. Le journal rappelle également que ce parti est le plus pro-européen et considère que Menzies Campbell a les arguments les « plus crédibles » à propos du nouveau Traité. Toutefois, comme ses confrères, l’INDEPENDENT reconnaît que le dirigeant libéral-démocrate ne s’est pas montré suffisamment convaincant.
Le DAILY TELEGRAPH est sans appel pour Menzies Campbell : « non seulement il ridiculise les Libéraux-démocrates, il déséquilibre en plus tout le parti ». « Il n’a ni le tempérament, ni l’énergie pour mener à bien sa tâche. Il doit partir maintenant ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
La France et le dossier nucléaire iranien La presse a relevé le « durcissement » de ton de la France à l’égard de l’Iran : tous les journaux ont en effet rapporté les propos de M. Kouchner selon lesquels « il fallait se préparer au pire, à savoir la guerre ». Ils ont toutefois aussi souligné que le Ministre continuait de privilégier la démarche diplomatique.
Titrant « La France veut des sanctions européennes », le FINANCIAL TIMES assure que le gouvernement français a renforcé son attitude hostile au programme nucléaire iranien et engagé des discussions avec Londres et Berlin pour mettre en place des sanctions dans le cadre de l’Union européenne. Le journal y voit le signe que « M. Sarkozy se rapproche beaucoup plus de la ligne américaine en politique internationale que ses prédécesseurs » et entend jouer un rôle plus affirmé sur la scène internationale, en redevenant un acteur majeur en Europe tout en se rapprochant des Etats-Unis. Selon le FT, la position française reflète également la crainte de Paris, Londres et Washington que le récent accord entre Téhéran et l’inspecteur de l’AIEA M. El-Baradei ne se traduise par un affaiblissement de la pression internationale sur l’Iran.
Le GUARDIAN reprend cet angle et consacre un article à M. El Baradei, présenté comme une épine dans le pied des Américains qui lui reprochent d’avoir conclu un accord avec les Iraniens qui permet à ces derniers une nouvelle fois de gagner du temps et de poursuivre leur programme d’enrichissement. Le DAILY TELEGRAPH met en avant « l’escalade verbale entre l’Occident et l’Iran », citant les menaces proférées par les Iraniens contre des cibles américaines et le durcissement de la France par la voix de son Ministre des Affaires étrangères.
Quelques commentateurs s’inquiètent de la montée des tensions. Ainsi de Simon Tisdall du GUARDIAN : « tant que l’administration Bush sera divisée, que les Etats-Unis et l’Europe ne se mettront pas d’accord sur une solution diplomatique et que les Iraniens poursuivront leurs activités nucléaires sans contrôle, le Président américain risque d’opter pour la force ». Les désaccords en Europe (l’Allemagne ne veut pas de la ligne de M. Kouchner) et les réactions de la Russie et de la Chine font craindre une division au Conseil de Sécurité, comme lors de la crise irakienne. Condoleezza Rice semble vouloir trouver un consensus à l’ONU sur une solution diplomatique, mais « sa tâche sera colossale ». « M. Cheney et les néo-conservateurs, les faucons israéliens, les Etats arabes terrifiés de l’expansion iranienne et les partisans de la ligne dure à Téhéran forment une coalition terrifiante. Leur objectif commun est la confrontation, leur cause commune la peur. Ils sont convaincus d’avoir raison et il sera difficile de les arrêter ».
Bronwen Maddox met en avant la « confusion » sur la scène diplomatique : M. El-Baradei s’est mis à dos les pays occidentaux, la France durcit le ton et l’administration américaine est divisée. « Alors que le discours guerrier intervient dans le débat, il est difficile de prédire ce que feront les Etats-Unis. La diplomatie et les sanctions peuvent-elles reprendre le dessus » ?
III. AFFAIRES FRANCAISES
Le programme de réforme de M. Sarkozy
« Une vision largement anglo-saxonne » (FINANCIAL TIMES), « une approche persuasive » (INDEPENDENT) : le programme de réforme annoncé par Nicolas Sarkozy a été bien reçu par la presse britannique.
Les journaux de droite, comme de gauche, approuvent la détermination de M. Sarkozy : « tout comme Tony Blair avec l’abandon de la Clause 4 (qui a mis fin à la toute puissance des syndicats au sein du Labour), M. Sarkozy s’engage dans une bataille riche de symbole et de ramifications politiques », écrit le GUARDIAN. Si le journal rappelle l’échec des précédents gouvernements, il relève aussi que l’opinion est nettement plus favorable à la réforme qu’en 1995, et que les syndicats risquent fort de ne pas avoir le soutien du public s’ils déclenchent un mouvement de grève. De plus, ajoute-t-il, le Président de la République n’a rien à craindre de l’opposition socialiste, toujours déchirée par ses querelles internes.
Le TIMES souligne à son tour que « la situation a changé depuis 1995 » : « le Président de la République a su créer l’image d’un réformateur qui n’a pas peur d’affronter les intérêts particuliers ». L’opinion a compris que la France ne peut plus se permettre la semaine de 35 heures, des assurances sociales généreuses et la retraite à 55 ans pour certains. Le journal évoque, comme ses confrères, les « dangers » : la législation du travail reste trop rigide et, pire encore, le taux de croissance, inférieur d’au moins 1% à ce qu’il devrait être pour équilibrer le budget. Mais pour le TIMES, M. Sarkozy doit montrer la même fermeté en politique intérieure qu’en politique étrangère. « Il ne doit pas ménager le secteur public ».
L’éditorial du FINANCIAL TIMES se félicite de voir « prendre forme » le programme de M. Sarkozy : « ses déclarations sont pleines de bon sens. Mais il doit maintenant donner des résultats ». Le journal estime que l’on peut « mesurer le sérieux des intentions du Président de la République » à la menace d’une grève nationale le 17 octobre prochain. « M. Sarkozy a promis des consultations intensives mais une forme de confrontation est inévitable. Il faut espérer que sa détermination politique sera à la hauteur de son discours ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028