Semaine du 17 au 23 mars

SEMAINE DU 17 AU 23 MARS

Face à l’aggravation de la crise, la presse s’interroge sur la capacité du gouvernement à gérer l’économie du Royaume-Uni. Les dernières initiatives du Premier Ministre en matière de sécurité suscitent également le scepticisme. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : l’agitation au Tibet et le cinquième anniversaire du début de la guerre en Irak. Concernant la France, la presse appelle le président Sarkozy à tirer les leçons de son « revers » aux élections municipales.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La crise financière

« La pire crise depuis 1992 » : après l’affaire de la Bear Stearns aux Etats-Unis, la presse craint de plus en plus les répercussions d’une récession mondiale et exprime ses doutes sur la capacité du gouvernement Brown à gérer l’économie du pays dans une période difficile.

Si le FINANCIAL TIMES conserve son calme et appelle banques centrales et gouvernements à « une action concertée et coordonnée » pour éviter le pire, le reste des journaux pointe le doigt sur le Labour. Il est vrai que l’opinion publique semble aller dans le même sens : un sondage ICM pour le GUARDIAN place les travaillistes dans leur plus mauvaise position depuis l’arrivée de Gordon Brown à Downing Street (29% des intentions de vote, contre 42% pour les Tories). L’explication en est simple : les électeurs n’ont plus confiance dans la compétence du gouvernement en matière d’économie. « Le labour aurait-il atteint le point de non retour ? », s’interroge Peter Riddell du TIMES.

Pour l’éditorial du GUARDIAN, M. Brown a un « problème d’image » : il est perçu davantage comme un tacticien qu’un stratège. Il donne l’impression de manquer de détermination et de solidité. Il doit comprendre que « l’électorat est inquiet, qu’il doit agir et bien le montrer ».

L’INDEPENDENT s’interroge sur la durée d’une crise qui risque en effet d’être particulièrement tenace au Royaume-Uni : le pays dépend non seulement, comme les Etats-Unis, de l’immobilier, mais il dépend aussi et davantage que les autres des services financiers. Pour le journal, l’optimisme exprimé par Alistair Darling lors de la présentation du budget « ne semble plus simplement excessif, mais totalement irresponsable ».

Le DAILY TELEGRAPH et le SUN assurent, pour leur part, que la rapidité du sauvetage de Bear Steanrs par la FED devrait servir de « leçon » à Gordon Brown : le gouvernement britannique a attendu des mois pour décider du sort de Northern Rock au détriment du contribuable.

2. La politique en matière de sécurité

Face aux menaces croissantes aussi bien du terrorisme que des catastrophes naturelles, des épidémies et de la pauvreté, Gordon Brown a annoncé, comme promis, une série d’initiatives pour accroître la sécurité nationale. Mais la démarche du Premier Ministre ne suscite aucun enthousiasme réel.

Le TIMES admet que le document sur la sécurité nationale a le mérite d’informer le public sur les risques auxquels il peut être confronté, de lui faire mieux comprendre les mesures de prévention et de le rendre plus vigilant. Mais il estime aussi que les propositions annoncées relèvent du « pétard mouillé » : elles n’indiquent guère de stratégie, ne précisent pas comment seront fixées les priorités ou ce que seront les ressources allouées pour la mise en place du projet. Il s’agit davantage d’un constat des menaces que d’une vue d’ensemble sur les moyens de les affronter. Le DAILY TELEGRAPH utilise la même expression de « pétard mouillé » : c’est une stratégie qui manque de vision et qui reprend bien des éléments existants. « Le gouvernement devra faire mieux l’année prochaine ».

L’INDEPENDENT craint de voir dans la stratégie de M. Brown un retour « au vieil ennemi de la guerre contre le terrorisme » : le gouvernement semble encore avoir l’intention d’accroître la durée de la détention préventive pour les suspects de terrorisme. Il continue de vouloir susciter la peur. « Toute sa démarche n’est rien d’autre qu’un petit jeu politique ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. L’agitation au Tibet

Les affrontements au Tibet ont suscité une importante couverture de presse. Les commentateurs mettent en cause la politique de Pékin.

Pour le FINANCIAL TIMES, la Chine commet deux erreurs au Tibet : tout d’abord, sa politique est erronée, car elle impose sa loi avec rudesse et refuse d’accorder leur autonomie aux Tibétains ; ensuite, elle cache la vérité sur les événements. Contrairement à la propagande officielle, les Tibétains ne demandent pas une indépendance totale. Pékin devrait donc cesser ses accusations et commencer à négocier avec le Dalai Lama en vue d’introduire une réelle autonomie.

« Pékin a l’art de s’aliéner ses alliés », note à son tour le DAILY TELEGRAPH qui reproche au régime chinois « d’agir contre son propre intérêt en diabolisant un homme qui est l’incarnation même de la paix ».

Le GUARDIAN estime lui aussi qu’il faut miser sur le Dalai Lama « qui représente l’autorité morale en défendant l’autonomie culturelle plutôt que le séparatisme ». Le journal met Pékin en garde contre une résurgence des appels en faveur d’un boycott des J.O et engage M. Brown à rencontrer le Dalai Lama, ce qui est désormais prévu : « On ne peut tout de même pas condamner la junte birmane pour son traitement des moines bouddhistes sans avoir les mêmes exigences vis-à-vis d’un membre du Conseil de Sécurité de l’ONU ».

L’INDEPENDENT assure que la Chine doit faire un choix : rejoindre le reste de la communauté internationale ou rester à l’écart. Si elle opte pour la première solution, elle devrait alors accepter l’offre diplomatique du Dalai Lama de se rendre à Pékin et saisir l’occasion de tirer un trait sur une affaire qui empoisonne la situation. « Le Tibet n’a pas d’autre ambition que d’être le Tibet », souligne le journal.

Mais Si l’on en croit l’analyse de Rosemary Righter du TIMES, il ne faut pas espérer faire entendre raison à la Chine : les demandes d’autonomie des Tibétains sont justifiées, mais Pékin est « terrifié » par le pouvoir spirituel du Dalai Lama, surtout maintenant que le parti communiste chinois a perdu, avec la fin du maoïsme et du marxisme-léninisme, toute attache idéologique propre. Et c’est pour cette raison que le régime chinois accuse le Dalai Lama de menacer la stabilité.

2. Le cinquième anniversaire de la guerre en Irak

Après avoir multiplié, durant toute la semaine, reportages et analyses sur le cinquième anniversaire de la guerre en Irak, la presse reste tranchée dans son bilan.

Le TIMES, qui a toujours approuvé l’intervention anglo-américaine, se déclare peu surpris du bilan négatif des opposants à la guerre. Le journal reconnaît qu’il y a eu « beaucoup d’occasions manquées, et trop de choses ont été laissées au hasard ». Mais il ajoute que les récriminations ne servent à rien : ce qu’il faut, c’est aider le peuple irakien à s’en sortir. La reprise a déjà commencé. La sécurité s’est améliorée. L’infrastructure commence à être restaurée, et les exilés reviennent au pays. Trois facteurs vont déterminer les prochaines années : les Etats-Unis, l’Iran, et ce qui se passe sur le terrain. Il revient avant tout aux Irakiens de faire pression sur leur gouvernement pour qu’il accepte les compromis nécessaires à la bonne gestion du pays : cela signifie le partage équitable des revenus pétroliers, une autonomie régionale, une réduction du tribalisme, un développement du commerce et la fin de la politique de vendetta. « La démocratie réelle est peut-être encore loin, mais l’Irak a enfin une chance ». Dans la même ligne, le SUN assure que « l’espoir est revenu en Irak, et que le Royaume-Uni peut être fier du rôle qu’il a joué ».

L’INDEPENDENT, qui a été en revanche un des plus farouches opposants à la guerre, assure que « la totalité de l’échec crève les yeux » : il n’y a de semblant de démocratie que dans la zone kurde, et c’était déjà le cas avant la guerre. Les pertes humaines ont été considérables, et la sécurité en Irak est loin d’être garantie. Sur la scène internationale, les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont diminués. Pour le journal, c’est « le refus obstiné des dirigeants politiques » de reconnaître leurs erreurs qui est le plus grave. Et l’enquête promise par M. Brown est peut-être un pas dans la bonne direction mais il est dommage qu’elle ait été reportée. Le GUARDIAN est tout aussi sévère : « l’invasion a été une erreur monumentale ». La nouvelle stratégie américaine (le « surge ») n’a pas réduit la violence autant qu’on le prétend. Un compromis ne sera possible sur le terrain que lorsque les Américains auront fixé la date de leur départ. Mais il faut préparer ce départ en « internationalisant la solution » et en convoquant une conférence régionale sur la sécurité qui regrouperait tous les états voisins. De nouvelles élections devront enfin être tenues.

« Cinq ans après l’intervention militaire, l’Irak est un pays brisé, renchérit le FINANCIAL TIMES qui dénonce le « triomphalisme » du président américain et ajoute qu’il ne reste plus en fait de bonnes options. La moins mauvaise des solutions serait pour l’Irak de devenir une confédération souple, avec un gouvernement central aux pouvoirs limités. Pour cela, les Américains doivent rester suffisamment longtemps pour éviter un bain de sang, mais partir suffisamment tôt, quand même, pour permettre aux dirigeants des diverses factions de parvenir à un modus vivendi. Une telle solution sera facilitée par un rapprochement entre l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite sunnite, ce qui est possible, et si Washington enterre le passé et cherche un accord diplomatique avec Téhéran, ce qui est envisageable avec un nouveau président américain.

III. AFFAIRES FRANCAISES

Les élections municipales

La presse appelle le président Sarkozy à tirer les leçons de son « revers » aux élections municipales.

Le FINANCIAL TIMES estime que la baisse de popularité du chef de l’Etat « est entièrement de son fait » à cause de sa maladresse sur deux sujets : le pouvoir d’achat des Français et son style de gouvernement. Selon le journal, pour retrouver « un second souffle politique », M. Sarkozy doit accélérer son ambitieux programme de réforme. Il lui faut pour cela « reconsidérer ses priorités et se concentrer sur les défis les plus importants, comme l’assouplissement du marché du travail ». « Il est grand temps pour le président de passer aux choses sérieuses ».

THE ECONOMIST parle de « rebuffade » pour M. Sarkozy et assure lui aussi que pour « regagner sa crédibilité », le président doit réviser son style de présidence et remédier à la déception des Français face au manque de résultats de ses réformes. Mais pour l’hebdomadaire, si les électeurs sont impatients, tous ne veulent pas nécessairement le changement : ils veulent davantage de protection, des salaires plus élevés, non pas des règles de licenciement plus faciles ou davantage de concurrence. M. Sarkozy saura-t-il résister à des mesures qui le rendront populaires à court terme et conserver ses réflexes réformistes initiaux ?/.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028