Semaine du 17 au 21 décembre

SEMAINE DU 17 AU 21 DECEMBRE

La dernière conférence de presse de Gordon Brown pour 2007 a marqué le début de la trêve de Noël. Si le Premier Ministre est apparu plus confiant, il n’a pas totalement convaincu les commentateurs. Ces derniers ont en revanche accueilli avec une certaine satisfaction l’élection d’un nouveau dirigeant à la tête du parti libéral-démocrate. Trois dossiers ont dominé les affaires internationales : la rétrocession de Bassora aux Irakiens, l’élection de Jacob Zuma à la tête de l’ANC et la conférence des Donateurs sur la Palestine.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Gordon Brown et la trêve de Noël

Lors de sa dernière conférence de presse avant Noël, Gordon Brown a voulu montrer sa détermination à surmonter les crises récentes, et rassurer à la fois les députés du Labour et l’électorat. Il n’y a qu’en partie réussi, selon les commentateurs. Le dernier sondage YouGov pour le DAILY TELEGRAPH souligne la tâche qui attend le Premier Ministre : avec 43% des intentions de vote, les conservateurs l’emportent de 12 points sur le Labour (31%). De plus, 60% des électeurs se déclarent insatisfaits de M. Brown. Le GUARDIAN assure néanmoins que le Premier Ministre a donné l’impression d’un leader décidé à sortir de ses difficultés plutôt qu’à foncer tête la première dans une nouvelle crise. Selon lui, le gouvernement n’entend pas faire une opération de relance en janvier, mais va plutôt chercher à restaurer sa réputation grâce à une amélioration des services publics et une bonne gestion de l’économie. « Ce ne sera probablement pas spectaculaire, et tout pourrait encore dérailler. Mais pour le moment, le Premier Ministre peut profiter de Noël et peut-être même essayer de se détendre » « Gordon Brown, comme ses critiques, se trompe », écrit pour sa part Peter Riddell dans le TIMES, en faisant l’analyse suivante : les événements de cet automne ne sont nullement un « petit blip » qui sera vite oublié, mais « ils ne signifient pas non plus le début d’une érosion irréversible de l’autorité du Premier Ministre ». Pour Steve Richards de l’INDEPENDENT, Gordon Brown « a déjà rebondi bien des fois » et il peut encore le faire. Il doit pour cela adopter un langage qui le rende plus accessible. Face aux conservateurs qui se constituent une réserve de petites phrases puissantes, inspirées de Mme Thatcher, il doit être prêt à défendre l’action du gouvernement en ayant recours au populisme. Sinon ces derniers remporteront l’élection comme en 1979. 2. La victoire de Nick Clegg Nick Clegg, 40 ans, ancien fonctionnaire européen, vient d’être élu à la tête du parti libéral-démocrate, qui en est à son troisième dirigeant en deux ans. La presse est prête à donner ses chances à cette figure politique nouvelle, largement inconnue, qui a été choisie avant tout pour sa personnalité. « Le fait que l’on ne connaisse guère ses idées pourrait tourner à son avantage », écrit le DAILY TELEGRAPH : il peut en effet se montrer créatif. Mais il doit clarifier pour cela ce qu’il entend par « changement », « ambition », « avenir libéral », « des propos qu’auraient pu tenir aussi bien Gordon Brown que David Cameron ». Le TIMES fait remarquer que M. Clegg ne l’a emporté que d’une courte tête, mais ajoute que cela ne doit pas « l’intimider » : il doit clarifier sa position. « S’il a le courage de dire et de faire des choses intéressantes, nombreux sont ceux qui seront prêts à l’écouter ». Pour le GUARDIAN également, le nouveau dirigeant libéral-démocrate doit montrer de « l’audace », et parler avec confiance de l’Europe et de politique internationale. Mais il doit rester cohérent et préparer son parti aux prochaines élections. Il doit se faire entendre autrement que par intermittence. « Lorsqu’ils sont eux-mêmes et en pleine forme, les Libéraux-démocrates défendent des valeurs que les autres partis négligent. Il est dans l’intérêt du Royaume-Uni que M. Clegg parle avec franchise, crée des remous et suive ses instincts libéraux ».

L’INDEPENDENT assure que les Libéraux-démocrates ont une chance de se démarquer des autres partis et d’affirmer leur identité sur les questions de l’Europe, de l’environnement et de l’immigration. Ils doivent viser le long terme avec, selon le journal, un atout : leur solidarité et leur désir de prendre un nouveau départ. « Il faut l’espérer car le troisième parti est plus nécessaire que jamais sur la scène politique britannique », conclut-il.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Bassora : la rétrocession aux Irakiens

Mission accomplie ou constat d’échec ? La presse est divisée sur le bilan de l’action des Britanniques à Bassora maintenant qu’ils ont laissé aux forces irakiennes la charge de la sécurité. Le DAILY TELEGRAPH accorde un satisfecit aux soldats « qui ont fait du bon travail » : les seuls perdants dans l’affaire sont les terroristes qui ont toujours prétendu résister à « l’occupant » et qui auront désormais du mal à justifier toute attaque contre les représentants de leur propre gouvernement. Pour le journal, il faut préparer le retrait de l’ensemble des troupes, même si dans l’immédiat il est « sensé de maintenir une infrastructure militaire ». Le redéploiement du personnel, actuellement en Irak, vers l’Afghanistan, où nous sommes en train de gagner la guerre, est tout à fait justifié et devrait redonner confiance à l’opinion, ajoute le DAILY TELEGRAPH.

Pour le GUARDIAN, en revanche, les Britanniques laissent Bassora « en plein chaos ». Ils battent la retraite et « ne font que s’extirper d’un bourbier qu’ils ne comprennent pas ». « Parler de paix, de réconciliation est excessif. Il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus. Cessons d’imaginer que l’Irak deviendra une démocratie pro-occidentale. Nous devons voir ce pays tel qu’il est, ne serait-ce que parce que nous en sommes en partie responsables ». L’INDEPENDENT dresse un bilan tout aussi noir : « les Britanniques ont perdu 170 soldats. On ne compte pas le nombre des morts irakiens, et la sécurité reste loin d’être idéale ». Cette guerre inutile laisse un triste héritage qui ne s’effacera pas avant longtemps.

« Il faut un drôle d’aplomb pour parler de succès à Bassora », note à son tour le FINANCIAL TIMES en prévoyant pour l’Irak une théocratie chiite ou bien une sorte de Balkans.

2. La victoire de Jacob Zuma

Si la presse se félicite de la bonne marche de la démocratie en Afrique du Sud, elle se montre peu enthousiaste pour le nouveau président de l’ANC, « choisi faute de mieux ».

Le DAILY TELEGRAPH se réjouit de la « compétition au sein de l’ANC », dont la domination fait presque de l’Afrique du Sud un Etat à parti unique. Le journal estime que M. Mbeki ne méritait pas d’être reconduit : il a bien géré l’économie de son pays et joué un rôle utile de diplomate dans plusieurs conflits africains. Mais il n’a déclaré que des stupidités sur le SIDA qui touche une grande partie de la population sud-africaine, et il s’est montré trop réticent sur la question du Zimbabwe. Mais M. Zuma, de son côté, a passé les dernières années à se battre contre des accusations de corruption qui pourraient encore l’empêcher d’occuper les fonctions de président. Et de conclure : « On peut applaudir la vigueur de la démocratie de l’Afrique du Sud, mais il est difficile de ne pas conclure que son choix s’est fait faute de mieux ».

Dans la même ligne, l’INDEPENDENT énumère les carences de M. Mbeki mais ajoute : Cela ne veut pas dire que M. Zuma mérite de lui succéder. Il est accusé de corruption et est, à bien des égards, compromis. « A la vérité, tous les deux sont des hommes du passé ».

Le FINANCIAL TIMES est plus positif : pour tirer avantage de ce processus démocratique, « les deux rivaux doivent chercher à coopérer pour le bien de leur pays ». M. Mbeki doit reconnaître que les électeurs ont repoussé son style de gouvernement. La balle est dans le camp de M. Zuma qui semble être plus proche de la population, mais il doit prendre garde à ne pas mettre l’économie en péril. Avant de briguer la présidence du pays, il devra répondre des accusations de corruption portées contre lui, montrer qu’il croit en une bonne gouvernance, pas seulement au pouvoir, et qu’il est à la hauteur de ces fonctions.

3. La conférence des Donateurs

La presse se félicite de l’aide promise par les pays donateurs mais estime que l’argent seul ne suffira pas à relancer l’économie palestinienne. Pour Bronwen maddox du TIMES, « tant qu’Israël ne réduira pas les contrôles imposés aux Palestiniens en Cisjordanie, cette région restera incapable de mener une activité économique viable ». Aucun des pays donateurs ne conteste le droit d’Israël à protéger son peuple, mais c’est une illusion que de vouloir le faire en imposant des conditions de plus en plus difficiles aux Palestiniens : elles ne vont qu’alimenter le ressentiment. Peu à peu, les militants risquent de se rallier les modérés, même en Cisjordanie. « Il faut que des négociations politiques en vue d’un accord entre Israéliens et Palestiniens aient lieu parallèlement a l’amélioration de la situation économique ainsi que la création de structures gouvernementales efficaces en Palestine », écrit à son tour Tim Butcher du DAILY TELEGRAPH. Pour le commentateur, il est important notamment de mettre en place un système de sécurité capable de contenir l’anarchie et le militantisme./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028