SEMAINE DU 16 AU 22 NOVEMBRE
Bien qu’il s’agisse en principe de l’événement majeur de la rentrée parlementaire, le dernier discours du Trône avant les élections a laissé les médias sur leur faim. L’Afghanistan a dominé une nouvelle fois les affaires internationales, avec d’une part le discours du président Karzai et de l’autre les nouveaux signaux envoyés par le gouvernement britannique. Le voyage du président Obama en Chine et les perspectives du sommet de Copenhague ont donné lieu à quelques articles et commentaires. La désignation des responsables de l’Union européenne a reçu une couverture exceptionnelle et suscité une controverse aussi bien dans la presse pro-européenne que dans la presse eurosceptique. Enfin, concernant la France, la presse a salué les succès de Mme Lagarde, mais dénoncé la « tricherie » de Thierry Henry lors du match de qualification pour la coupe du monde de football.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
Le discours du Trône
La presse se montre largement déçue par le discours du Trône qui a présenté le programme du gouvernement pour les quelques mois qui restent avant les prochaines élections. Les commentateurs estiment en effet que le Labour a cherché davantage à marquer des points plutôt qu’à défendre les intérêts du pays.
Pour le FINANCIAL TIMES, le Labour met trop l’accent sur les différences politiques entre les partis et pas assez sur l’adoption de projets de loi « utiles » : en cherchant à « piéger » ses adversaires, il prive les électeurs du « débat cohérent » auquel ils ont droit.
Dans la même ligne, le TIMES souligne que le programme du gouvernement donne l’impression de n’avoir aucune priorité, si ce n’est le désir de tendre des pièges au parti conservateur. Le Labour fait passer cyniquement ses ambitions électorales avant les intérêts du pays. Toutes les décisions difficiles sont laissées pour plus tard : il n’y a rien dans le discours du Trône sur les dépenses des députés, une question qui a pourtant dominé la vie politique britannique pendant des mois. De plus, il faudra attendre le pré-budget début décembre pour aborder sérieusement le volet économique et l’état des finances publiques.
Plus indulgent, le GUARDIAN relève que le gouvernement propose moins de mesures « populistes » que durant les années Blair et se concentre davantage sur les services publics, réaffirmant fait le rôle de l’Etat. Le journal se pose la question de savoir si toutes ces promesses collent à la réalité : les ambitions de M. Brown nécessitent des ressources financières qu’il n’a pas. « M. Brown a rappelé au pays ce que le Labour aimerait réaliser. Cependant, compte tenu du nombre limité de jours qu’il reste au parlement avant les élections, peu de ses ambitions finiront par faire loi ».
La presse ultraconservatrice a déjà tranché : le DAILY TELEGRAPH attend au plus vite l’arrivée d’un nouveau parlement « davantage digne de son nom ». Le SUN, du même avis, reproche au gouvernement d’avoir entièrement laissé de côté la question des dépenses des députés « qui a détruit la réputation du parlement » et accuse le Labour d’avoir « fait perdre son temps » à la reine. « A quoi bon ce discours du Trône ? », s’interroge de son côté le DAILY EXPRESS, tandis que le DAILY MAIL dénonce « les six minutes de couardise morale » du Labour qui « en pleine période de crise n’a su offrir qu’un exercice préélectoral cynique et surréaliste ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. L’Afghanistan
Les promesses d’Hamid Karzai sont accueillies avec prudence : le président Karzai doit joindre les actes à la parole, estiment les commentateurs.
« M. Karzai a compris la gravité de la situation et il en a dit assez pour rassurer certains dirigeants occidentaux », reconnaît le TIMES, qui reste cependant prudent à l’égard de « promesses qui ne sont que des mots et sont pour certaines fort imprécises ». Pour le journal, le président afghan devra être mis à l’épreuve, par le choix de ceux qu’il nommera dans son gouvernement et la transparence sur la richesse de sa famille.
Pour le FINANCIAL TIMES également, M. Karzai doit passer à l’action : Il ne sera pas possible aux alliés de la coalition de continuer à soutenir à Kaboul un gouvernement corrompu et sous l’influence des seigneurs de la guerre et des trafiquants de drogue. C’est la corruption qui alimente l’insurrection, mais l’emprise croissante des Talibans empêche les alliés de mettre fin à leur mission. M. Karzai doit accepter la décentralisation de la mission, même si cela n’est pas facile. Rapprocher le gouvernement de la population offre au moins la possibilité de rendre des comptes. L’Afghanistan est encore une société largement féodale hostile à toute forme de gouvernement central. Un des aspects du féodalisme est qu’il implique des compromis dans les deux sens.
L’INDEPENDENT voit dans la stratégie du président afghan une concordance avec la nouvelle approche de Washington et de Londres qui ne parlent plus de mission de longue durée mais préparent un retrait « honorable ». C’est en effet le message qu’a fait passer David Miliband à l’occasion d’une conférence de l’OTAN à Edimbourg, tandis que Gordon Brown envisagerait de fixer une date pour le retrait des troupes lors d’une conférence de l’ONU prévue au début de 2010 à Londres.
Le GUARDIAN appelle la communauté internationale à chercher « une autre solution » : tout d’abord offrir un cessez-le-feu aux Talibans ; puis mettre sur pied une Loya Jirga à laquelle les Talibans seraient invités à participer ; enfin chercher le soutien des Etats voisins (Pakistan, Inde, Iran) ainsi que de l’Arabie saoudite, de la Russie et de la Chine. Il ne s’agit pas de tourner le dos à l’Afghanistan, mais de continuer à travailler dans ce pays et avec lui. « Pour le moment, nous cherchons à monter des tentes en pleine tempête de sable. La tempête doit finir avant que nous puissions construire quelque chose de solide ».
2. M. Obama et la Chine
La presse a longuement commenté l’importance des relations bilatérales entre Washington et Pékin à l’occasion du voyage du président américain en Chine.
L’INDEPENDENT voit dans ce voyage « l’occasion précieuse pour Barack Obama de renforcer et de reformater » les relations des Etats-Unis avec la Chine. Même si le journal n’attend pas de résultats « spectaculaires », il souligne la nécessité de la coopération chinoise pour les Américains aussi bien en matière de réchauffement climatique que face aux ambitions nucléaires de l’Iran et de la Corée du nord, et surtout en matière de change : la faiblesse « artificielle » de la monnaie chinoise accroit les risques d’une guerre commerciale qui serait néfaste pour tout le monde.
« Les relations entre ces deux grands pays ne seront jamais faciles. Il ne pourra jamais y avoir une rencontre des esprits entre une dictature communiste rébarbative et un pays qui défend depuis longtemps la liberté politique », relève pour sa part le DAILY TELEGRAPH. Pour le journal, cela ne signifie pas cependant que les deux ne peuvent pas faire affaire ensemble. « Et c’est pour cette raison que l’intransigeance de la Chine à propos de sa monnaie a beaucoup plus de répercussions pour les pays occidentaux que la question des Droits de l’Homme ».
C’est plutôt une mise en garde que le FINANCIAL TIMES adresse à M. Obama : s’il est certain que le Président américain ne peut plus se permettre de jouer les donneurs de leçon et que les Etats-Unis dépendent de leurs créanciers extérieurs, notamment de la Chine, M. Obama « tâtonne de façon maladroite ». Il est justifié pour Washington d’adopter une nouvelle approche avec Pékin, de « montrer son respect pour la Chine, mais ce n’est pas une raison pour courber l’échine ».
3. Le sommet de Copenhague
« M. Obama a raison » (FINANCIAL TIMES), « Cela n’avance pas assez vite » (GUARDIAN) : la presse est divisée après les déclarations du président américain excluant tout accord contraignant lors du sommet de Copenhague.
Le FINANCIAL TIMES reconnaît qu’il reste « trop d’obstacles ». Le Congrès américain ne s’est pas encore mis d’accord sur les objectifs tandis que l’Union européenne a fait un certain nombre de propositions excellentes. « Mais Washington a raison de prendre son temps ». De plus, la Chine a un rôle à jouer : en présentant un projet de réduction d’émissions de gaz carbonique, elle montrerait son engagement et encouragerait les représentants du Congrès américain à prendre la décision que l’on attend d’eux.
Le GUARDIAN est déçu de constater que le président américain n’a plus les moyens de pression nécessaires auprès du Congrès américain. Le monde développé devrait montrer l’exemple en diminuant sa consommation d’énergie. Même si les gouvernements discutent, « ils n’avancent pas assez vite ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
La désignation des nouveaux responsables de l’Union
Si le FI NANCIAL TIMES opte pour un titre sobre (« Les principaux postes vont au Royaume-Uni et à la Belgique »), des journaux comme le GUARDIAN (pro-européen) ou le DAILY MAIL (eurosceptique acharné) barrent leurs unes, et en gros caractères, d’un « grand coup monté ». Le TIMES souligne pour sa part que Gordon Brown a dû laisser tomber Tony Blair.
L’éditorial du GUARDIAN exprime une réelle déception : Herman van Rompuy et Catherine Ashton se feront à peine remarquer à Bruxelles, encore moins à Pékin. Le Traité de Lisbonne prévoyait un dirigeant dynamique capable de galvaniser le Conseil européen et de traiter d’égal à égal avec Washington dans les grandes négociations internationales. Au lieu de cela, l’Europe reprend ses vieilles habitudes : un coup monté franco-allemand. Tony Blair aurait eu le statut nécessaire, mais l’Irak et l’approche du Royaume-Uni envers l’Europe lui faisaient du tort. Ce n’était pas une raison pour choisir un inconnu, alors qu’il y avait d’autres candidats possibles, comme Felipe Gonzales. Il est décevant que Mme Merkel et M. Sarkozy n’aient pas abandonné leur esprit de clocher pour le bien du continent, mais cela permettra peut-être de calmer le débat empoisonné au Royaume-Uni. L’Union européenne a laissé passer la chance de mettre un frein à un monde dominé par Washington et Pékin, mais une Europe des nations continuera néanmoins de compter quel que soit son président.
Le FINANCIAL TIMES, sous la plume de Quentin Peel, regrette lui aussi que l’Europe « ne montre pas sa force » : Herman Van Rompuy et Catherine Ashton ne sont pas connus sur la scène internationale et ne feront pas d’ombre aux autres dirigeants européens. Il est évident que le Traité de Lisbonne ne simplifie pas la répartition des postes entre les 27 Etats membres et ne rehausse guère le profil du représentant de l’Union sur la scène internationale. L’éditorial du journal se montre plus féroce : « la montage a accouché d’une souris. Ce n’est pas une heure de gloire pour l’Europe. C’est un exercice pitoyable d’euro-minimalisme ».
Les dirigeants européens ont choisi des candidats « sûrs et ennuyeux » », relève pour sa part l’INDEPENDENT qui rappelle néanmoins que l’Europe a franchi une étape et qu’il ne faut pas d’emblée rejeter ses choix : M. Van Rompuy est l’homme du consensus et Ladys Ashton une administratrice efficace.
La presse eurosceptique se montre, à l’instar du SUN, très critique à l’égard de « l’obscur politicien » qui devient la personne la plus importante d’Europe et de la baronne Ashton qui n’a jamais affronté le suffrage universel et « n’est guère connue au Royaume-Uni » et qui aura elle aussi des pouvoirs importants. Pour le tabloïd, « la farce de jeudi soir est la dernière insulte pour les Britanniques à qui le Labour a refusé un référendum ». « Ce coup monté est une insulte pour les Britanniques », renchérit le DAILY MAIL qui estime « plus inévitables que jamais » de sérieux affrontements entre Londres et Bruxelles. Le DAILY TELEGRAPH enchaîne sur le ton de la menace dans un long éditorial : « nous vous aurons à l’œil M. Van Rompuy »
IV. AFFAIRES FRANCAISES
1. Les succès de Madame Lagarde
Le FINANCIAL TIMES a consacré une page entière au classement des Ministres des finances européens dans lequel Mme Lagarde, « Ministre de l’année », arrive en tête : « les juges ont apprécié sa performance sur la scène internationale à propos de la régulation et de l’avenir du secteur bancaire ». Le journal relève aussi que l’économie française a été parmi les plus résistantes durant la crise, et assure que Mme Lagarde est « devenue une des stars du gouvernement de M. Sarkozy et que son nom est même évoqué pour le poste de Premier ministre ».
Le journal a également publié une interview de la ministre française qui y exprime ses inquiétudes sur la puissance de certaines institutions financières et propose la préparation d’un rapport pour s’attaquer au problème avant le prochain sommet du G20. Le FT approuve cette initiative qui « ne doit cependant n’être qu’un début ». Il faudrait ensuite un rapport international, ouvert à d’autres secteurs, ce qui prendrait du temps et demanderait des ressources. Le manque de concurrence a de nombreuses causes et nécessite une variété de solutions. Il appartient aux gouvernements de les trouver.
Le SCOTSMAN a relayé le lancement du « grand emprunt » de M. Sarkozy, soulignant cependant que cet emprunt, susceptible d’améliorer la compétitivité de l’économie française à long terme, ne fait pour le moment qu’aggraver une situation budgétaire déjà préoccupante.
2. La « tricherie » de Thierry Henry
« Plus qu’un jour de gloire, c’est un jour d’infamie » : le commentaire du DAILY TELEGRAPH au lendemain de la qualification de l’équipe de France de football grâce à une faute d’arbitrage a suscité des remous dans la presse. Le SUN a dénoncé la tricherie du « frog » Thierry Henry et souligné que ses propres fans estiment son attitude « honteuse ».
Plusieurs journaux, à l’instar du TIMES, ont vu dans l’affaire « matière à incident diplomatique ». Le GUARDIAN relève une réaction « sans précédent » qui, d’un seul coup, a fait passer l’enfant chéri de l’opinion au statut d’ennemi public numéro un, et John Lichfield de l’INDEPENDENT assure que, dans l’ensemble « les Français se sentent gênés ». Plusieurs commentateurs estiment qu’il est temps de permettre aux arbitres d’avoir recours aux technologies modernes pour éviter ce type d’erreur.
Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES ironise sur les différentes façons de « tricher » au football : Britanniques et Irlandais n’hésitent pas à recourir à la violence physique que les Français n’aiment pas. Et de conclure : « parfois, le football nous unit dans un sentiment d’humanité commune, parfois il permet aux différentes nationalités de se souvenir de leurs différences ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028