Semaine du 16 au 22 juin

SEMAINE DU 16 AU 22 JUIN

L’alerte à l’inflation au Royaume-Uni a fait les grands titres de l’actualité nationale. Au chapitre international, les commentateurs estiment que le moment est venu de hausser le ton à l’égard de l’Iran et du Zimbabwe. Ils se félicitent de la trêve entre Israël et le Hamas. Le Conseil européen a une nouvelle fois déçu les médias : après le non des Irlandais, une bonne partie des journaux misait sur la mort du Traité de Lisbonne. Le Livre Blanc sur la Défense présenté par M. Sarkozy est salué pour son ambition, mais le rôle attribué à l’Europe suscite des inquiétudes dans les tabloïds.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

Le risque inflationniste

Aujourd’hui à 3,3%, son niveau le plus élevé depuis 16 ans, l’indice des prix à la consommation pourrait atteindre 4% d’ici la fin de l’année : l’avertissement du gouverneur de la Banque d’Angleterre a fait la une de plusieurs journaux et donné lieu à de nombreux éditoriaux.

Mervyn King assure que les consommateurs doivent « apprendre à vivre » avec la hausse des prix, mais n’évoque toutefois pas la possibilité d’une augmentation des taux d’intérêt. Les commentateurs s’attendent à une période difficile. « Il va falloir se serrer la ceinture, et pendant un bon moment », souligne le GUARDIAN.

« Cela va être difficile, mais peut-être pas autant que certains le disent », estime pour sa part le DAILY TELEGRAPH, qui souligne les points rassurants de la lettre de Mervyn King : la Banque d’Angleterre réagit de manière responsable et sonne l’alarme dans les plus brefs délais ; la perspective d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt ne semble pas imminente, car M. King compte sur le ralentissement de l’économie pour faire baisser le coût de la vie. Ses espoirs pourraient certes être contrariés par des demandes de hausses de salaires excessives ou par une autre flambée du prix des denrées. Une chose est sûre : il faut s’attendre à des temps difficiles avant un retour à la stabilité des prix, mais c’était inévitable après les excès du crédit bon marché de ces dernières années.

Pour le TIMES, la Banque d’Angleterre doit faire preuve de fermeté, « prendre les décisions difficiles qui s’imposent et ignorer les pressions populistes ». Le gouvernement, pour sa part, doit « cesser de faire passer les considérations politiques avant la prudence », comme il l’a fait dernièrement en empruntant pour financer une réduction d’impôt. « Même s’il doit se rendre impopulaire, le Premier Ministre doit résister aux demandes de hausses de salaire du secteur public. Il ne peut pas se permettre de gaspiller ce qui reste de la réputation du Nouveau Labour en matière de compétence économique. Ce n’est vraiment pas le moment de renoncer à la prudence ».

Les autres journaux s’inquiètent du « retour du spectre de l’inflation » (INDEPENDENT) qui « touche les plus pauvres » et risque de provoquer de l’agitation sociale. Le journal reconnaît que le gouvernement et la Banque d’Angleterre « n’ont guère de marge de manœuvre » mais estime que « ne rien faire (en attendant la suite) ou appeler à la modération des salaires ne constituent pas un remède ».

« S’il n’y a plus aujourd’hui de marge de manoeuvre », c’est la faute de Gordon Brown, clame le DAILY MAIL qui reproche au Labour d’avoir augmenté constamment les impôts et les dépenses publiques pendant 11 ans. « Le passé revient hanter » le Premier Ministre, conclut le journal, prédisant pour le gouvernement la même fin que pour les autres gouvernements travaillistes : « chaos économique et agitation sociale ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les sanctions contre l’Iran

Après les propositions de l’Union européenne et les déclarations de George Bush, la presse estime que le moment est propice pour faire pression sur les Iraniens et les contraindre à freiner leur programme nucléaire.

La réponse immédiate de Téhéran a certes semé la confusion. Ainsi que le relève le FINANCIAL TIMES, les dirigeants iraniens continuent de refuser l’abandon de leur programme d’enrichissement, mais ils n’ont pas rejeté d’emblée l’offre de M. Solana, promettant d’en étudier les détails. Les pays occidentaux craignent évidemment que Téhéran ne cherche à gagner du temps et n’estime qu’il n’est pas nécessaire de faire des concessions tant que les Etats-Unis n’ont pas élu leur nouveau président. L’arrivée de M. Obama pourrait signifier le rétablissement de relations diplomatiques. « Il n’en reste pas moins que la balle est dans le camp de Téhéran. Tôt ou tard, le régime iranien devra accepter l’offre qui lui est faite, sinon la communauté internationale aura de moins en moins de doutes sur ses véritables intentions », conclut le journal.

Pour Bronwen Maddox du TIMES, « il est temps de hausser le ton » : les dirigeants européens, la Russie et la Chine sont plus convaincus que jamais de l’urgence d’une action. Les propositions présentées par M. Solana ne sont guère différentes de l’offre faite il y a deux ans et rejetée par Téhéran. Mais le temps fait la différence, et « les Iraniens reconnaissent aujourd’hui que nos menaces sont sérieuses ». Les difficultés économiques de l’Iran se sont aggravées, compte tenu de ses besoins en importation d’essence, de la hausse des produits alimentaires qui touche avant tout les plus pauvres et du manque d’autres sources de revenus. Ces problèmes et la question du programme nucléaire lui-même ont suscité des divisions au sein du régime. « Le moment semble donc venu de durcir les sanctions et d’envisager des restrictions sur les importations d’essence et les exportations de gaz et de pétrole ».

Pour le SUN, l’Iran doit prendre garde : le président américain fait preuve d’une grande détermination, et « il a le soutien des dirigeants européens », M. Brown, Mme Merkel, M. Sarkozy. « Les ambitions des Iraniens menacent la sécurité du monde entier, et d’une manière ou d’une autre Téhéran devra y mettre fin ».

2. La situation au Zimbabwe

Face à l’escalade de la violence, et après le retrait de M. Tsvangirai de la campagne, la presse engage la communauté internationale à réagir.

Le FINANCIAL TIMES dénonce le « terrorisme électoral » de M. Mugabe qui a perdu tout droit au pouvoir et doit « être évincé ». Pour le TIMES, il est temps que la communauté internationale fasse savoir à M. Mugabe qu’elle rassemble des preuves qui pourront être utilisées contre lui. Elle avait tardé à intervenir au Rwanda, au Liberia et au Sierra Leone, mais elle ne recommencera probablement pas cette fois-ci.

Jusqu’à la dernière minute, plusieurs journaux continuaient d’affirmer, comme l’INDEPENDENT, que l’élection « restait la meilleure solution de se débarrasser de ce tyran ». C’était aussi l’avis de l’OBSERVER : « des élections même truquées peuvent hâter la transition politique ». Mais, pour le journal, le président Mugabe est de « plus en plus discrédité », et la communauté internationale, en accroissant ses pressions, peut réussir à le faire désavouer.

3. Le processus de paix au Proche Orient

La presse a accueilli avec un optimisme prudent les derniers développements : l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, l’ouverture de négociations bilatérales entre Israël et le Liban, et la proposition de rencontre entre Ehud Olmert et le président syrien Assad le 14 juillet à Paris.

Le TIMES rappelle que le Premier Ministre israélien est dans « une position précaire » dans son pays, mais estime néanmoins que les récentes initiatives sont encourageantes. Richard Beeston souligne à cet égard les efforts de la France pour renouer des liens avec la Syrie. Or c’est à Damas que se joue surtout la solution du Liban. « Même si M. Olmert est un homme politique compromis, il a enfin trouvé quelque chose de positif à réaliser », conclut le journal.

Le cessez-le-feu est « bienvenu » pour le FINANCIAL TIMES, qui regrette que M. Olmert « ait mis si longtemps à comprendre » que c’était la seule voie à suivre. Pour le journal, les Palestiniens doivent profiter de l’occasion pour chercher la réconciliation entre le Hamas et le Fatah : « une solution au Proche Orient passe nécessairement par le Hamas. L’actuel président américain trouve cette idée impossible. Il faut espérer que son successeur sera plus ouvert », conclut le journal.

Le GUARDIAN se félicite du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, mais estime qu’il serait « prématuré » d’y voir le début d’une grande offensive de paix. Pour le journal, il s’agit d’un « exercice d’équilibrisme, qui peut à tout moment dérailler. Mais tant qu’il dure, il offre des possibilités qu’il serait dommage de ne pas exploiter ». L’INDEPENDENT reprend la même ligne : même s’il ne faut pas exagérer les chances qui se présentent, une approche plus « pragmatique » à l’égard du Hamas ne peut être que bienvenue.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Le sommet de Bruxelles

L’attaque de M. Sarkozy contre M. Mandelson a fait les grands titres de la presse. La position « inhabituelle » de M. Brown « salué par ses partenaires européens », mais critiqué par les eurosceptiques pour son impatience à faire ratifier le Traité de Lisbonne a également été beaucoup remarquée.

Les journaux soulignent la détermination de M. Sarkozy de faire de la présidence française un succès. Il est « d’humeur combative », relèvent l’INDEPENDENT et le FINANCIAL TIMES, à propos notamment de la taxe sur le pétrole. Ils notent enfin que les Européens ont quatre mois pour régler le sort du Traité de Lisbonne.

La presse campe sur ses positions, et une majorité de commentateurs assure que l’Union européenne peut fonctionner sans Lisbonne. Ainsi selon THE ECONOMIST, le non de Dublin représente certes un revers, mais il n’entraîne pas de crise. « La machinerie de Bruxelles continue de fonctionner normalement ». Il faut enterrer le Traité et aller de l’avant : se concentrer sur les questions importantes de l’énergie, du réchauffement climatique, de l’immigration, des relations avec la Russie et de l’élargissement. « L’Irlande est un petit pays, mais l’Union est une organisation intergouvernementale qui ne peut agir que par consensus. Elle doit respecter le verdict d’un million de ses citoyens ».

Pour la presse pro-européenne, l’Union peut et doit aller de l’avant, même sans le Traité de Lisbonne. Le « non » des Irlandais au Traité de Lisbonne confirme le désenchantement d’une partie des citoyens européens envers l’Union, écrit le FINANCIAL TIMES qui ne voit pas pour autant la nécessité d’une « nouvelle phase d’introspection ». Les dirigeants européens doivent se concentrer sur les mesures pratiques qui peuvent être mises en œuvre sans nouveau traité pour rendre l’Europe plus démocratique et plus transparente. Mais ce n’est pas tout. Il est temps qu’ils commencent à mettre en avant leurs succès face à leurs électeurs : l’élargissement est une réussite fantastique. Il en va de même pour l’euro et les quatre libertés de mouvement (personnes, capital, biens et services). Si l’Europe ne fait pas ressortir ces points positifs, elle risque de retomber dans un carcan nationaliste.

Le GUARDIAN estime que l’Union doit chercher à conserver les éléments positifs du Traité, qui sont de faciliter le processus de décision. Mais cela pourrait vouloir dire utiliser des instruments différents pour aboutir à des résultats similaires, sinon identiques. L’Union est confrontée à de nombreux défis en matière de politique étrangère. Elle a besoin pour cela non pas seulement de coopération entre Etats, mais d’institutions multilatérales fortes. Quelle chance l’Union aurait-elle de créer un ordre mondial solide si elle ne se présente que comme une vague alliance de partenaires commerciaux ?

IV. AFFAIRES FRANCAISES

Le Livre Blanc sur la défense

Les propositions du Livre Blanc sur la défense présentées par M. Sarkozy ont donné lieu à une importante couverture médiatique. Les journaux relèvent les « changements de direction » dans la doctrine de la France et s’en félicitent, mais la presse eurosceptique s’inquiète du rôle militaire que le président de la République entend faire jouer à l’Union européenne. Le FINANCIAL TIMES et le DAILY TELEGRAPH insistent sur la modernisation d’une des plus grandes armées européennes et son adaptation aux besoins du monde d’aujourd’hui, notamment face à la menace terroriste. Dans un éditorial, le TIMES accueille avec satisfaction les « propositions ambitieuses et sensées » de M. Sarkozy : la France signale un important changement de doctrine en matière de défense, en annonçant son intention de rejoindre la structure militaire de l’OTAN et en tournant la page du gaullisme. Plusieurs des réformes annoncées sont dictées par des besoins économiques, mais M. Sarkozy tourne la nécessité à son avantage : la France a encore une des plus grandes armées d’Europe, et les réductions d’emplois militaires et civils lui permettront d’investir dans les nouvelles technologies et le renseignement. C’est un changement qui est dans la ligne de la rupture annoncée. Et si les gaullistes déplorent le retour dans l’OTAN, M. Sarkozy sait bien qu’une politique de défense indépendante des Etats-Unis et de leurs alliés relève de la pure folie. Pour le TIMES, il y a toutefois un point délicat dans le Livre Blanc : le projet d’un plus grand rôle de l’Union européenne en matière de défense. Mais s’il ne s’agit pour l’Europe que d’agir en complément de l’OTAN, alors la France mérite le soutien de ses alliés pour le succès de sa nouvelle vision stratégique. Ce rôle de l’Europe suscite une véritable levée de boucliers dans la presse eurosceptique. La une du SUN apostrophe M. Sarkozy et dénonce la « folie » de ses projets, tandis que le DAILY MAIL accuse les Français de vouloir « détourner notre Navy ». L’éditorial du SUN assure que Lord Nelson « doit s’agiter en haut de sa colonne à l’idée de voir la flotte britannique se retrouver sous pavillon européen, avec la France aux commandes »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028