london_paris_panoramic Français English

» Actualités » Revues de presse » Revue de presse hebdomadaire » Semaine du 16 au 22 janvier

Semaine du 16 au 22 janvier

SEMAINE DU 16 AU 22 JANVIER

Pas plus que le discours de David Cameron sur le « capitalisme responsable » qui n’a eu que peu d’échos dans la presse qui le critique pour son absence d’idées originales, la tentative d’Ed Miliband de rehausser son image n’a été couronnée de succès. La presse tabloïde a réagi violemment au jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme qui a refusé l’extradition d’un membre important d’Al Qaïda (sous le prétexte qu’il risquerait d’être torturé dans son pays, la Jordanie). Elle estime que la présidence britannique du Conseil de l’Europe doit être l’occasion de mieux encadrer les pressions de la Cour. La demande de Christine Lagarde d’un renforcement des contributions au FMI a suscité des réactions très tranchées : adhésion du FINANCIAL TIMES et tollé dans la presse eurosceptique et tabloïde. Après l’agitation consécutive à la dégradation le 13 janvier de plusieurs pays de la zone euro, la presse s’est gardée de tout commentaire alarmiste, attendant la suite des négociations sur la dette de la Grèce et le prochain Conseil européen. La perte du triple A étant considérée comme un « revers » pour M. Sarkozy, les journaux commencent à évoquer les élections présidentielles en France.

I. ROYAUME-UNI

1. La situation d’Ed Miliband

Déjà en difficulté face à l’opinion, Ed Miliband a été vivement attaqué par les syndicats qui lui reprochent de trahir les valeurs fondamentales du Labour en acceptant l’austérité pratiquée par le gouvernement pour sauver le capitalisme.

Les éditoriaux engagent vivement le dirigeant travailliste à remettre à leur place des syndicats enfermés dans leurs « utopies » et qui se croient encore dans les années 70. Ils estiment aussi que M. Miliband doit présenter une politique économique qui se tient, ce qui serait sa meilleure arme.

Le GUARDIAN défend la position de M. Miliband face aux syndicats : il est dans une situation difficile car les difficultés économiques actuelles l’empêchent de faire des promesses pour 2015 (sur l’abandon des mesures d’austérité). Il a peut-être du mal à s’imposer comme leader, mais c’est « un réaliste qui a des principes » et qui comprend les priorités. « La popularité à court terme et la crédibilité à long terme ne sont pas la même chose. M. Miliband a raison de mettre la crédibilité en premier ».

M. Miliband doit « rester ferme devant les syndicats », renchérit l’INDEPENDENT qui estime que sa réponse à ces derniers déterminera de son sort. « Les inconditionnels du vieux Labour peuvent percevoir son changement de direction comme une trahison », mais s’il remet les syndicats à leur place, il commencera au moins à calmer les inquiétudes concernant la crédibilité du Labour au plan de l’économie.

Pour le DAILY TELEGRAPH également, « les syndicats ne laissent plus le choix au Labour » : M. Miliband doit les affronter et il ne peut pas se permettre de perdre la bataille. Au bout pourrait se trouver sa récompense.

« Il ne suffit pas pour le Labour de se repositionner. Il doit avoir une stratégie économique plus détaillée », souligne pour sa part le FINANCIAL TIMES : expliquer notamment comment il réduirait les dépenses.

2. La CEDH en cause

Le jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme, qui a refusé l’extradition d’Abu Qatada, bras droit de Ben Laden, a suscité un tollé dans la presse tabloïde et eurosceptique. Le SUNDAY TELEGRAPH est revenu sur le sujet dimanche en évoquant les propositions de réforme que David Cameron pourrait exiger cette semaine à Strasbourg dans le cadre de la présidence britannique du Conseil de l’Europe.

L’éditorialiste du SUNDAY TELEGRAPH soutient la démarche de M. Cameron : le Premier ministre a raison de vouloir limiter les attributions de la CEDH et de redonner davantage de souplesse aux tribunaux nationaux. Selon le journal, si cela s’avère impossible, « le Royaume-Uni doit envisager de quitter, non pas la Convention européenne sur les Droits de l’Homme, mais le tribunal de Strasbourg à la juridiction imparfaite ».

Dans un éditorial, le SUN rappelle que « les Etats-Unis ont abattu Ben Laden », mais ajoute que son bras droit « n’a rien à craindre, car il est totalement protégé au Royaume-Uni ». « Quels imbéciles nous sommes ! Alors que nous devons réduire nos forces armées pour faire des économies, nous consacrons des millions pour assurer la protection de ce monstre ». « Depuis que nous avons laissé l’Europe gouverner notre pays, pourquoi nous soucier de défendre la nation » ? Le SUN du lundi 23 janvier ne cache pas que sa préférence irait à un retrait du Royaume-Uni de la CEDH.

Le DAILY MAIL pointe du doigt la CEDH : « pendant combien de temps encore allons-nous laisser ces juges de pacotille déboussoler notre justice et mettre les vies des Britanniques en danger » ? Le DAILY EXPRESS a une réponse : il faut « ignorer la cour européenne et renvoyer immédiatement Abu Qatada ».

Pour le GUARDIAN, pro-européen, ce jugement aidera David Cameron à défendre ses propositions de limitation des pouvoirs de la CEDH dans le cadre de la présidence britannique du Conseil de l’Europe.

II. INTERNATIONAL

Le renforcement du FMI

La demande de Christine Lagarde d’un renforcement des contributions au FMI a fait l’objet d’une importante couverture de presse : si le FINANCIAL TIMES estime que c’est un appel qui « doit être entendu », les protestations sont vives dans la presse eurosceptique et tabloïde.

Pour l’éditorialiste du FT, la crise de la dette dans la zone euro représente aujourd’hui la plus grande menace à la stabilité financière mondiale. L’Europe peut et doit contenir cette menace elle-même, pour son bien et celui de l’économie mondiale. Mais ce n’est pas une raison pour rejeter la demande du FMI, car sa puissance de feu n’est pour le moment pas suffisante. Les Etats membres ont les moyens d’augmenter leurs contributions. L’obstacle est politique car bien des pays craignent que le FMI cherche seulement à servir la zone euro. Mais si la crise s’aggrave, cela ne servira à rien de critiquer l’ineptie des Européens. Un FMI fort est dans l’intérêt de tous, d’autant que des remous financiers sont possibles ailleurs (Chine, Asie, Amérique latine). Un accroissement des ressources du FMI ne doit pas être présenté comme visant essentiellement à stabiliser les marchés européens. S’il n’y a rien à attendre des Etats-Unis, le Royaume-Uni ne doit pas faire passer la politique nationale avant les besoins de la communauté internationale : l’appel du FMI doit être entendu par tous.

La presse eurosceptique ne l’entend pas de la même façon : le SUN relève que satisfaire la demande de Mme Lagarde coûterait 1000 livres à chaque Britannique, tandis que le DAILY MAIL assure dans un éditorial qu’il faut « dire non au FMI ».

III. EUROPE

La crise de la zone euro

Après la baisse de la note de la France, celle le lundi 16 janvier du Fonds européen de stabilité financière (FESF) : la presse n’a pas réagi de manière trop alarmiste à cette nouvelle, mais les inquiétudes demeurent sur la crise de la zone euro et les difficultés de la Grèce.

Le DAILY TELEGRAPH s’interroge sur une « activité frénétique » au niveau européen qui ne porte pas ses fruits : les dirigeants européens « refusent toujours de voir la réalité économique », à savoir que les problèmes de la zone euro viennent non pas d’une crise de liquidités mais du manque de compétitivité. Le traitement choisi ne peut donc rien résoudre. « Finalement, la situation a des airs de drôle de guerre. A l’horizon on entend les grondements mais personne ne sait quand et comment surgira le moment de crise. Face à une telle catastrophe l’achat de quelques casques de soldats supplémentaires peut paraître bien futile ».

Le GUARDIAN doute de la « solidarité » européenne qui est pourtant selon lui une condition essentielle pour résoudre la crise : « nous avons bien des disciplines communes, mais aucun des engagements communs et pas de coordination ». L’Europe va vers une nouvelle récession, et les avertissements des agences de notation ne font qu’ajouter aux inquiétudes sur le plan économique. Toutefois pour les dirigeants nationaux, qui dépendent de l’opinion de leurs électeurs, ce sont les inquiétudes politiques qui semblent plus pressantes : le président Sarkozy doit regretter le jour où il a associé le triple A à la bonne gestion économique de la France. La baisse de la note de la France impose à Paris une pression qui pousse Berlin dans une autre direction. Jusqu’à présent, l’Europe du nord imaginait que dans le pire des cas, si les pays de la Méditerranée ne pouvaient pas tenir le coup, un large bloc resterait centré sur la France et l’Allemagne. Si ces deux pays commencent à envisager des avenirs différents, leurs intérêts vont diverger. Leur leadership commun partira en fumée.

IV. FRANCE

Les présidentielles

La presse n’a pas manqué de relever le lancement de la campagne de Marine Le Pen « qui a bien su choisir son moment » alors que la France venait de perdre son triple A, ainsi que la visite de François Hollande à Gandrange, « symbole des difficultés économiques de la France et de la désillusion à l’égard de M. Sarkozy ». Les commentateurs s’inquiètent de la montée de Marine Le Pen, mais se montrent peu indulgents envers le dirigeant socialiste

Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES appelle les principaux partis politiques à « faire davantage pour contrer le Front National » : « l’absence de vision et de leadership cohérent, aussi bien à droite qu’à gauche à l’approche des élections » fait le jeu de Marine Le Pen qui monte dans les sondages. Selon le journal, même si la dirigeante du FN a changé l’image de son parti, celui-ci reste « un parti intolérant, irresponsable au plan économique et dangereusement protectionniste ». Or, les principaux partis ne font rien pour contrer la progression du FN : préoccupés par leurs divisions, ils donnent l’impression d’abandonner les classes laborieuses. Ni M. Sarkozy, ni M. Hollande n’ont attaqué sérieusement le programme de Marine Le Pen : « Ils doivent le faire sans plus tarder, sinon cette dernière risque de poursuivre sa progression ».

Le FINANCIAL TIMES évoque « les doutes » concernant la « capacité » de M. Hollande à gouverner : c’est un partisan du consensus qui a survécu à de nombreuses rivalités, mais il recherche peut-être trop le compromis. Or, il va falloir qu’il se batte durant la campagne.

« Il est pesant, peu excitant et très prudent…Mais c’est pour cela que le socialiste favori de la France peut faire sortir Sarkozy », écrit pour sa part le correspondant à Paris de l’INDEPENDENT, tout en s’interrogeant sur les difficultés de M. Hollande à « se connecter » avec la population./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028