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Semaine du 16 au 22 août

SEMAINE DU 16 AU 22 AOUT

Tandis que David Cameron prend ses vacances, les médias dressent un bilan positif des cent premiers jours de la coalition au pouvoir. L’Irak a de nouveau fait les grands titres de la presse avec l’annonce de la fin de la mission militaire américaine, mais aussi après celle du don de Tony Blair. L’ancien Premier ministre travailliste reversera tout l’argent que va lui rapporter la publication de ses mémoires à une association de soutien aux invalides de guerre. Certains commentateurs y voient l’expression d’une culpabilité pour les morts de la guerre. L’expulsion des Roms a dominé les affaires françaises.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Les cent premiers jours du gouvernement Cameron

Alors que la charge des affaires courantes incombe au libéral-démocrate Nick Clegg pour la durée des vacances du Premier ministre, les journaux dressent un bilan plutôt favorable des cent premiers jours du gouvernement de coalition.

Le DAILY TELEGRAPH ne cache pas sa satisfaction : les qualités de leader de David Cameron ont complètement transformé le paysage politique britannique. Cent jours après son arrivée au pouvoir, l’électorat s’est non seulement ajusté à la nouveauté de la première coalition depuis 1945 mais elle semble aussi apprécier l’expérience. Selon le journal, rien n’est plus facile à comprendre : « le nouveau gouvernement a des réserves d’énergie et sait exactement ce qu’il veut ». La réduction du déficit est sa priorité et, lors de la présentation du budget en juin, George Osborne a montré qu’il est à la hauteur de la tâche. Sur la santé, l’éducation et l’immigration, le programme de réforme est également radical. Il y a cependant quelques sujets d’inquiétude, comme l’antipathie de Chris Huhne, Ministre de l’énergie, à l’égard de l’énergie nucléaire ou la hausse de l’impôt sur les plus values. La confusion sur l’Afghanistan est également regrettable. « Le score est donc loin d’être parfait, mais il est néanmoins impressionnant. Les discussions sur le budget vont causer des tensions, tandis que le parti travailliste va probablement se regrouper une fois qu’il aura élu un nouveau leader. La coalition a montré son potentiel durant les 100 jours passés, elle devra faire ses preuves durant les 100 prochains », conclut le DT.

Le TIMES renchérit : la coalition a entrepris une action décisive en matière de politique budgétaire et de réforme des retraites du secteur public. Sa crédibilité en matière de gestion économique est illustrée par la popularité de George Osborne. Elle a également fait un bon départ sur la réforme de l’éducation, de la police et les questions constitutionnelles. Cela dit, la coalition fait naître deux inquiétudes : concernant les dépenses, était-il nécessaire de consacrer 3 milliards de livres à une nouvelle réorganisation du système de santé sans avoir l’assurance que cela servira à quelque chose ? Deuxièmement, le gouvernement n’entreprend-t-il pas trop de choses à la fois ? La remise en état des finances publiques représente déjà une tâche suffisante pour n’importe quel gouvernement. « Quoi qu’il en soit la coalition mérite la meilleure note pour ses cent premiers jours de pouvoir depuis 1979, à l’exception toutefois du premier gouvernement Blair », conclut le journal.

Le FINANCIAL TIMES relève lui aussi que la coalition s’en sort plutôt bien compte tenu des circonstances dans lesquelles elle a été créée : David Cameron et Nick Clegg semblent avoir de bonnes relations de travail. En fait, le Premier ministre donne l’impression d’avoir mis sur pied avec deux partis un gouvernement plus uni que son prédécesseur travailliste ne l’avait fait avec un seul. Le nouveau gouvernement a fait preuve d’audace face aux problèmes budgétaires du Royaume-Uni mais, ajoute le journal, il y aura des turbulences, et la coalition sera mise à l’épreuve lorsque chaque ministre cherchera à protéger son ministère. Les restrictions budgétaires seront supportables tant que la croissance économique sera conforme aux prévisions. Sinon, le pays risque une nouvelle récession qui pourrait briser la coalition. « Le plus dur est en effet à venir ».

Le GUARDIAN admet que cette coalition n’est pas celle qu’il aurait souhaitée. Il reconnaît cependant, à en juger par les sondages, que le public semble apprécier la situation ainsi que le partenariat Cameron/Clegg : les ajustements opérés au cours des cent derniers jours sont de bon augure. David Cameron a réagi mieux que personne aux réalités postélectorales, et la machine du gouvernement fonctionne mieux avec lui que sous Gordon Brown. Selon le journal, la grande caractéristique de la coalition a été son engagement collectif envers la réduction du déficit. Or, estime-t-il, il n’était pas nécessaire d’agir aussi vite et aussi fort car la reprise économique est en jeu. « L’incertitude économique, les réductions de dépenses injustes et la disparition inévitable de l’attrait de la nouveauté auront des répercussions à long terme. La coalition commence à en prendre conscience. Elle méritait sa chance et elle est encore en droit de montrer ce qu’elle peut offrir. Mais les réelles difficultés politiques ont à peine commencé ».

Pour l’INDEPENDENT, même si les libéraux-démocrates n’ont pas la vie facile (leur popularité a chuté depuis leur entrée dans la coalition), Nick Clegg doit saisir l’occasion de l’intérim pour faire valoir les succès remportés : en matière de libertés, d’éducation, de politique fiscale et de réforme du système électorale, autant de « politiques progressistes » qui n’auraient pas vu le jour sans la présence des libéraux-démocrates.

2. Le don de Tony Blair

L’annonce par Tony Blair de son intention de reverser à la Légion britannique (association de soutien aux invalides de guerre) tout l’argent que lui rapportera la publication de ses mémoires (plus de 5 millions de livres sterling) a fait du bruit dans la presse. Quelques journaux s’interrogent : s’agit-il d’un acte de générosité ou de l’expression d’une culpabilité pour les morts de la guerre en Irak ?

Michael White du GUARDIAN estime que c’est peut-être « un mélange des deux » : M. Blair cherche à restaurer une réputation endommagée par ses activités lucratives et à se faire pardonner les conséquences d’une politique étrangère interventionniste. Il ne faut cependant pas y voir une excuse à propos de la guerre en Irak. Durant son témoignage lors de l’enquête Chilcot, l’ancien Premier ministre n’est en effet pas allé plus loin que de déclarer que « des erreurs ont été commises ».

Le TIMES, qui a toujours soutenu la décision de M. Blair à propos de l’Irak, assure qu’il ne s’agit pas de la décision d’un lâche qui cherche à calmer ses détracteurs, mais d’un « acte de courage » qui confirme la conviction de l’ancien Premier ministre. Pour le DAILY EXPRESS, la décision de M. Blair est « particulièrement bienvenue » : « même s’il a été un très mauvais Premier Ministre, c’est une très bonne action ».

« Pour une fois M. Blair a fait ce qu’il fallait », renchérit le DAILY MAIL.

L’INDEPENDENT, qui a toujours été hostile à la guerre en Irak, assure que le don de M. Blair a incontestablement du sens, mais qu’il « n’effacera pas, pas plus qu’il ne servira de compensation, au mal irréversible qui a été fait ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

La fin de la mission militaire américaine en Irak

Le départ d’Irak des dernières troupes de combat américaines a été accueilli sans cris de victoire.

Roula Khalaf analyse une situation qu’elle estime peu encourageante pour les Irakiens qui doivent cependant selon elle prendre désormais leurs responsabilités : le pays va connaître encore de nombreuses années d’instabilité. Les extrémistes d’al Qaïda attendent l’occasion d’exploiter les divisions politiques, et l’incapacité des dirigeants à se mettre d’accord sur un nouveau gouvernement est le signe le plus dangereux de la faiblesse de l’Irak. La paralysie politique est symptomatique d’un dilemme plus fondamental qui amène les dirigeants à repousser la solution des crises. Le parlement, par exemple, n’arrive toujours pas à se mettre d’accord sur une nouvelle législation pour la répartition des revenus pétroliers. Pour les Irakiens moyens, l’impasse politique ne fait qu’éroder la confiance dans les institutions de l’Etat accusées de corruption et de favoritisme. « Plus les dirigeants politiques se querelleront sur le choix du prochain Premier ministre, plus l’Irak se fragilisera et plus le pays sera difficile à gouverner. Les Etats-Unis peuvent continuer à leur offrir une forme de soutien, mais il revient aux Irakiens de faire en sorte que l’avenir de leur pays après le retrait américain soit plus prospère que le passé ».

Pour les journaux qui ont été opposés à cette intervention militaire, le bilan est lourd. « Cette guerre honteuse n’a pas fait de vainqueurs », écrit l’éditorialiste du DAILY MAIL, tandis que le DAILY MIRROR dénonce « la folie d’une guerre fondée sur des mensonges » et que l’histoire jugera sévèrement.

III. AFFAIRES FRANCAISES

L’expulsion des Roms

Sous la plume de son correspondant à Paris, le TIMES évoque l’offensive du gouvernement contre les « Roms ». Si elle est populaire selon les sondages, elle a été comparée aux rafles de la Gestapo par un député, écrit le journal, qui rappelle la réaction d’une commission de l’ONU la semaine dernière à Genève sur la résurgence du racisme en France ainsi que les propos de M. Cohn-Bendit qui accuse M. Sarkozy de prendre les Français pour des imbéciles.

M. Bremner estime que le président de la République a pris un risque en faisant plus que jamais le rapprochement entre la criminalité et les étrangers : « il a adopté des accents xénophobes rappelant M. Le Pen ». Alors qu’il avait rallié les voix des électeurs d’extrême-droite en 2007, ces derniers sont aujourd’hui déçus et risquent de revenir vers le Front National. De plus, M. Sarkozy risque de s’aliéner le centre-droit dont il a besoin pour remporter les élections de 2012. « Certains députés de l’UMP se déclarent en privé, et même en public, atterrés par ce qu’ils perçoivent comme une campagne destinée à stigmatiser les immigrés et les gitans en les tenant pour responsables des maux sociaux de la France ».

L’éditorial du journal est plus sévère : « La manière dont l’opération contre les Roms a été menée a apporté le déshonneur sur le Président Sarkozy ». Pour le TIMES, « ce qui est particulièrement déroutant dans la décision française, c’est la nature profondément politique de la décision du Président Sarkozy. De plus en plus impopulaire, et sous pression en raison des mesures d’austérité que son gouvernement doit imposer, il cherche à détourner l’attention des problèmes économiques, à gagner les faveurs de la droite xénophobe et à apparaître résolu et plein de défiance face aux critiques des libéraux. » La France a agi fermement, mais avec humanité en fermant le camp de Sangatte. Elle a bien sûr le droit de lutter contre l’immigration clandestine et de fermer des campements illégaux. Cependant elle ne doit pas s’en prendre ou donner le sentiment qu’elle s’en prend aux Roms pour des raisons ethniques, conclut le journal.

A l’instar du GUARDIAN, un éditorial de l’INDEPENDENT dénonce la montée de la xénophobie dans le monde : « d’aucuns détectent un vilain motif dans la politique de M. Sarkozy ». Le président de la République chercherait à détourner l’attention des accusations de corruption portées contre son gouvernement. « Si c’est vrai, ce ne serait rien de nouveau. Les immigrés servent souvent de boucs émissaires surtout en période de difficultés économiques ». Le journal souligne que la France n’est pas seule en cause : l’Italie pratique ce genre de politique depuis plusieurs années. Il n’en reste pas moins que cette démarche est toujours teintée d’hypocrisie. « Les dirigeants démocratiques devraient être prêts à s’opposer aux impulsions xénophobes et à expliquer à leurs électeurs que les immigrés, avec leurs qualifications et leur main d’œuvre, sont un élément essentiel pour aider nos économies à retrouver la santé ».

Le FINANCIAL TIMES reprend plusieurs de ces éléments : partout dans le monde occidental, l’immigration occupe une place de plus en plus importante dans l’agenda politique et même les responsables politiques libéraux adoptent aujourd’hui une posture ferme sur le sujet. Selon le FT, il y a de bonnes et de mauvaises manières de répondre aux craintes de la population au sujet de l’immigration. « Parmi les mauvaises manières, il y a celle consistant à se comporter de manière populiste, comme s’en prendre aux camps de gitans, interner des cargaisons entières de demandeurs d’asile, ou fixer de manière arbitraire le nombre maximum d’immigrés pouvant entrer dans un pays ». La meilleure méthode consiste selon l’éditorial du journal à expliquer les mérites sociaux et économiques de l’immigration, et à développer des politiques destinées à en adoucir l’impact, en commençant par l’éducation, mais aussi l’aide en faveur des pays d’où sont originaires les immigrés./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028