SEMAINE DU 15 AU 21 OCTOBRE
Deux dossiers ont dominé les affaires intérieures britanniques : le plan de restructuration de la BBC et la démission du dirigeant libéral-démocrate, Sir Menzies Campbell. Gordon Brown s’est, pour sa part, retrouvé sur la sellette à propos de l’Europe (sommet de Lisbonne et accord sur le nouveau Traité). Au chapitre international, les journaux ont évoqué trois sujets : les déclarations de Vladimir Poutine en Iran, le vote du parlement turc sur une intervention en Irak et le retour de Benazir Bhutto au Pakistan. A l’occasion des mouvements de grève en France, les commentateurs se sont interrogés sur le programme de réforme de M. Sarkozy.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Remous au sein du parti libéral-démocrate
Pour la deuxième fois en 18 mois, le parti libéral-démocrate perd son leader : après le départ tumultueux de Charles Kennedy (pour cause d’alcoolisme), Sir Menzies Campbell a été contraint de donner sa démission, en grande partie pour un problème d’image. Agé de 66 ans, il apparaissait trop vieux pour affronter une campagne électorale dans un an ou deux. Les commentateurs estiment que c’était une décision inévitable.
« Un départ triste, mais nécessaire », assure le GUARDIAN qui estime « inimaginable » qu’un dirigeant de près 70 ans puisse « se battre pour l’avenir » dans la perspective des prochaines élections. Pour le journal, un nouveau dirigeant ne garantira pas une remontée spectaculaire dans les sondages, mais devrait permettre à un parti libéral de faire entendre davantage sa voix sur la scène britannique.
« Dommage que Sir Menzies Campbell ait pris la tête du parti trop tard », renchérit l’INDEPENDENT, rappelant « l’approche impressionnante » du dirigeant sur la question de l’Irak, les libertés, le terrorisme et l’environnement.
Le DAILY TELEGRAPH se félicite de ce qu’il perçoit comme « une bonne nouvelle pour la politique » : M. Campbell est « un honnête homme », il a une bonne connaissance de la diplomatie, mais, « comme leader, il a été un total échec ». Un dirigeant plus énergique, plus populaire devrait permettre au parti de redresser sa position ce qui, souligne le journal, risque d’être une « mauvaise nouvelle » pour les conservateurs (qui ont gagné les voix de nombreux Libéraux-démocrates).
Peter Riddell du TIMES reprend ce dernier point : en partant maintenant, M. Campbell donne aux Libéraux-démocrates la possibilité de se régénérer avec un dirigeant plus jeune. Mais c’est exactement ce que craignaient les Tories dont la récente remontée s’est effectuée largement aux dépens de ce troisième parti. « C’est Cameron qui a le plus à craindre » de l’arrivée d’un jeune dirigeant à la tête du parti, note le SUN à son tour, en ajoutant « il n’y a plus de place pour les retraités dans le monde sans pitié de la politique actuelle ».
2. La restructuration de la BBC
Quelque 2000 licenciements au cours des six années prochaines, une réduction des nouveaux programmes, et donc davantage de rediffusions : le plan de restructuration annoncé pour la BBC a suscité des menaces de grèves mais également les critiques de la presse. Si celle-ci accepte la nécessité d’une réforme, elle reproche souvent à la direction de mal s’y prendre.
« La BBC est surdimensionnée et elle a trop d’ambitions », écrit le FINANCIAL TIMES. Le journal estime inquiétant la proposition d’une réduction des nouveaux programmes : cela signifie davantage de rediffusions et inévitablement une dévaluation des services. Il ajoute qu’il est encore plus inquiétant de voir que ce sont les programmes d’information qui sont le plus touchés, alors que la distribution et l’administration sont largement épargnées. « Ce sont les services qui font la force de la BBC et qui justifient son système de financement par la redevance. Nous avons besoin de savoir qu’ils seront protégés comme il se doit ». Plusieurs autres journaux font la même analyse : « pourquoi avoir des centaines de sites web et de chaînes numériques, alors que c’est la qualité qui est la raison d’être de la BBC » ? s’interroge le TIMES
Pour l’INDEPENDENT, la restructuration « s’en prend aux mauvaises cibles » : c’est au niveau de l’administration et des ambitions qu’il fallait frapper (réduire notamment le développement des nouveaux produits et des nouvelles technologies). La BBC est « une des gloires du Royaume-Uni », il ne faut surtout pas laisser de mauvais gestionnaires mettre en péril cette institution chère aux Britanniques, renchérit le DAILY MIRROR.
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1.Vladimir Poutine et l’Iran
La presse s’interroge sur les motivations du Président Poutine qui, d’un côté, envoie des « avertissements » à Washington et, de l’autre, fait des ouvertures à Téhéran.
L’invitation du Président russe au Président iranien - pour une visite à Moscou - risque d’accroître les tensions avec les Etats-Unis, souligne le FINANCIAL TIMES. Le journal relève également l’avertissement lancé contre toute tentative d’intervention militaire contre l’Iran alors que Washington n’en a pas exclu la possibilité.
Le DAILY TELEGRAPH dénonce les « manœuvres » de M. Poutine : qu’attend-il au juste de l’Iran ? Le Président russe prétend n’avoir aucune indication objective montrant que Téhéran est déterminé à acquérir la bombe. Mais il ferait mieux de se méfier compte tenu d’une longue expérience des mensonges iraniens. M. Poutine risque d’en « venir à regretter les petits jeux auxquels il se livre à présent ».
Le GUARDIAN estime en revanche que l’approche de M. Poutine est plus « nuancée » : il souhaite obtenir des Iraniens une suspension de l’enrichissement de l’uranium conformément à la résolution du Conseil de Sécurité. Il refuse également de fournir en combustible la centrale nucléaire que la Russie a construite dans le sud du pays (sous prétexte d’un retard dans les paiements). « Le Président russe a davantage à gagner s’il se présente en médiateur honnête que s’il prend parti pour l’Iran et il donne l’impression de redécouvrir soudain les bienfaits du dialogue ». « Jusqu’à présent, la Russie avait réussi, par sa politique étrangère, à unir tout le monde contre elle. Mais même un pays aux richesses énergétiques considérables finit par sentir le besoin de nouer à nouveau des alliances stratégiques avec les pays occidentaux. Ce jour-là il lui faut changer une bonne partie de ses politiques ».
2. Le vote du parlement turc
La presse a rendu compte du vote du parlement turc autorisant une intervention militaire contre les séparatistes kurdes du nord de l’Irak. Elle n’a pas manqué non plus, à l’instar du FINANCIAL TIMES, de souligner la forte opposition des Etats-Unis à cette initiative.
Le DAILY TELEGRAPH reconnaît que les craintes de Washington – qu’une incursion accroisse le chaos en Irak – peuvent être fondées. Il estime toutefois que le premier devoir de M. Erdogan est d’assurer la sécurité de son pays : si des attaques contre les séparatistes kurdes sont la solution, « il mérite le soutien de la communauté internationale ». Mais, pour le journal, il ne peut être question de créer une « zone de sécurité » permanente, comme le demande l’armée.
« Une invasion turque en Irak serait une initiative dangereuse, mais ce ne serait pas une catastrophe », écrit Jonathan Steele dans le GUARDIAN, expliquant que son objectif serait « limité » et que personne ne penserait sérieusement que la Turquie entend occuper tout le nord de l’Irak.. Le commentateur estime qu’Ankara a cherché à marquer des points contre Washington et que sa tactique semble marcher puisque le Congrès hésite à passer une résolution sur le génocide arménien.
3. Le retour de Benazir Bhutto
Les violents attentats qui ont accueilli Benazir Bhutto à son retour au Pakistan ont fait la une des journaux : mais quelles sont ses chances de succès ? s’interrogent les commentateurs.
Pour le FINANCIAL TIMES, en dépit des mouvements de foule apparemment favorables à ce retour, Mme Bhutto s’est fait du tort en acceptant un accord avec le président Musharraff : ce rapprochement souhaité par les Etats-Unis ne satisfait en fin de compte que les pays occidentaux. « Seules des élections équitables (qui incluraient M. Sharif) pourraient restaurer la légitimité des institutions et de leurs dirigeants ». L’INDEPENDENT se méfie également du « mariage de convenance » arrangé entre le président et Mme Bhutto.
Plusieurs journaux estiment néanmoins, comme le TIMES, que cette association est « le meilleur espoir à court terme pour le Pakistan ». Mme Bhutto est une « modérée » qui a compris que le Pakistan doit se moderniser pour réaliser tout son potentiel et se rapprocher d’une réelle démocratie. « Pour réussir, elle doit tirer les leçons de ses erreurs passées. Un accord Bhutto/ Musharraff ne sera efficace que si chacun d’eux reconnaît les forces et les faiblesses de l’autre : le Président a montré qu’il peut faire du chemin en matière de diplomatie internationale. Il serait préférable de le laisser continuer, tandis que Mme Bhutto pourrait se consacrer à la réforme économique et sociale ».
Le DAILY TELEGRAPH assure lui aussi que Mme Bhutto reste une « force politique formidable » : elle offre une approche démocratique mieux équipée que la dictature actuelle pour lutter contre l’extrémisme. Mais si elle ne manque pas de « courage », elle doit tirer les leçons du passé et faire ses preuves.
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le Royaume-Uni et le sommet de Lisbonne
Les dirigeants européens se sont mis d’accord sur le nouveau Traité, et Gordon Brown a suivi le mouvement en dépit des sondages (la majorité des Britanniques veut un référendum), de l’opposition conservatrice, des syndicats et de la presse eurosceptique.
Si la décision du Premier Ministre est bien accueillie par les journaux pro-européens, elle a suscité un tollé dans les autres, et en particulier ceux du groupe Murdoch. Le SUN crie à la « trahison » : « Gordon Brown a commis l’erreur fatale de ne pas tenir parole. Son acte de trahison le hantera jusqu’à la fin de son mandat politique… Même s’il obtient l’aval du parlement, cela ne confèrera pas pour autant une légitimité à sa démarche. Nous continuerons de nous battre pour un référendum jusqu’aux prochaines élections. Le TIMES, quoique plus nuancé, assure néanmoins que l’argument pour un référendum est désormais « absolu ». : la question est de savoir s’il est ou non désirable que l’Union européenne exerce davantage d’influence sur notre mode de vie. Pour le journal, le Traité à trois défauts majeurs : il donne davantage de pouvoirs à Bruxelles, il est représentatif des idéologies socialistes et il n’est pas démocratique
Le DAILY TELEGRAPH dénonce « le manque de cohérence et d’intégrité politique » du Premier Ministre. « C’est une insulte à l’intelligence des électeurs » que de leur refuser un référendum, conclut le journal. Le DAILY EXPRESS est tout aussi virulent et affirme que M. Brown « a une fois de plus montré qu’on ne peut pas lui faire confiance davantage qu’à Blair ».
A l’inverse, la presse pro-européenne appelle Gordon Brown à désormais défendre avec conviction la cause de l’Europe, ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps. Pour Polly Toynbee du GUARDIAN, nous avons besoin du Traité pour lutter contre le terrorisme, la criminalité, le réchauffement climatique. L’Europe a besoin de parler d’une seule voix pour empêcher une folie américaine en Iran. L’éditorial du même journal explique : « le Traité augmentera l’efficacité de l’Union et lui permettra de parler de même voix face aux menaces mondiales. Rien que pour des raisons de politique étrangère, il est dans notre intérêt de signer et d’adopter ce Traité ». Dans la même ligne, l’INDEPENDENT appelle l’Union à se consacrer désormais aux « grands défis de l’avenir » : il lui faudra pour cela des leaders qui ont du flair, du courage et n’ont pas peur d’exprimer une nouvelle vision de l’Europe.
IV. AFFAIRES FRANCAISES
Les mouvements de grève
La presse, toutes tendances confondues, appelle le Président de la République à ne pas céder aux grévistes et à mettre en œuvre ses réformes.
Ainsi que le relève le DAILY TELEGRAPH, la grève de jeudi a été en fait la première réelle expression de mécontentement et elle n’a pas été suivie avec beaucoup d’enthousiasme par la population ni par les participants eux-mêmes. Le Président de la République a hérité d’un pays qui a besoin d’une « rupture » avec le passé. La France consacre 52% de sa richesse au secteur public, et ce n’est pas tenable. M. Sarkozy doit entreprendre de profonds changements. S’il fait marche arrière, il risque non seulement de perdre les prochaines élections, mais de mettre la France en danger.
Le GUARDIAN estime lui aussi que M. Sarkozy « ne peut se permettre de plier dès que les syndicats montrent les dents ». Mais il doit, ajoute-t-il, « agir avec prudence » : une confrontation à la manière de Thatcher ne donnerait rien de bon. Il doit négocier à partir d’une position de force, sachant qu’il en est au premier stade d’une série de mesures qui toucheront de plus en plus de monde. « Le plus dur ne fait que commencer. L’homme d’action de la France doit cesser de parler de réforme et passer à l’acte »./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028