london_paris_panoramic Français English

» Actualités » Revues de presse » Revue de presse hebdomadaire » Semaine du 15 au 21 mars

Semaine du 15 au 21 mars

SEMAINE DU 15 AU 21 MARS

L’actualité a soufflé le chaud et le froid pour Gordon Brown avec d’un côté la menace de grève de British Airways et de l’autre l’annonce d’une diminution du chômage. La montée des tensions entre Israël et les Etats-Unis a dominé les affaires internationales. Au chapitre européen, la presse a relevé la réponse de Christine Lagarde aux propositions de l’Allemagne face à la crise dans la zone euro. Concernant la France, les régionales et les projets de coopération franco-britanniques en matière de défense ont donné lieu à quelques articles.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Menace de grève chez British Airways

La dimension politique de la dernière menace de grève chez British Airways est relevée par l’ensemble de la presse : Unite, le syndicat à l’origine du mouvement, est le principal bailleur de fonds du Labour et, pour Gordon Brown, une partie de bras de fer à quelques semaines des élections, vient au pire moment.

La presse conservatrice appelle néanmoins le Premier ministre à faire preuve de « courage ». Doutant que la révolution Thatcher ait mis fin à la toute puissance des barons syndicaux, le DAILY TELEGRAPH assure que les enjeux sont élevés : British Airways se bat pour sa survie dans un marché férocement compétitif. C’est une bataille que la compagnie aérienne ne peut pas se permettre de perdre.

« British Airways a raison de ne pas céder, et n’a pas le choix (en raison de la concurrence, la compagnie aérienne ne peut plus maintenir certains privilèges). Unite ne gagnera pas ce conflit », conclut à son tour le FINANCIAL TIMES.

Le SUN confirme son manque de confiance envers M. Brown « qui fait tout son possible pour ne pas faire de peine aux syndicats » et en tire une conclusion sans ambiguïté pour les élections : « voter Labour, c’est voter pour l’anarchie sociale ».

Le TIMES pointe le doigt sur les syndicats : « la position de Unite n’est pas seulement déraisonnable, elle est autodestructrice. Elle empoisonne la position de British Airways vis-à-vis de ses clients. Elle fait du tort à ses propres alliés et met en danger l’avenir d’une grande entreprise nationale ». Dans la même ligne, l’INDEPENDENT dénonce « l’aveuglement » du syndicat, dont l’approche rappelle les années 70, et estime peu probable un soutien de l’opinion. Pour le journal, une grève mettrait gravement en danger la réputation de British Airways : M. Brown doit tout faire pour parvenir à une solution. « Toute forme d’accord vaut mieux qu’une grève. Il n’en reste pas moins que, des deux parties concernées, c’est le syndicat Unite qui a besoin de toute urgence de redescendre sur terre ».

2. La diminution du chômage

Contre toute attente, le chômage a diminué au Royaume-Uni en février : il touche désormais 2,45 millions de Britanniques mais, au début de la récession, les analystes craignaient qu’il n’atteigne 3 millions, voire 4. Même s’ils estiment que c’est une bonne nouvelle pour Gordon Brown, les commentateurs restent prudents.

L’éditorialiste du GUARDIAN « met au crédit du gouvernement et de la Banque d’Angleterre d’avoir, par leurs mesures de soutien à l’économie, évité le pire ». Il souligne que les chefs d’entreprise ont également cherché à ne pas recourir au licenciement, préférant réduire les heures de travail ou les salaires et que toutes ces mesures ont joué un rôle important. Le journal souligne cependant que la reprise de l’emploi sera lente et incertaine. Il n’est pas vraiment glorieux pour un dirigeant politique de faire campagne autour d’une catastrophe évitée. Le Labour peut toujours faire remarquer que la situation de l’emploi aux Etats-Unis est bien pire, mais cela ne réconfortera pas pour autant les Britanniques qui doivent payer leurs factures alors qu’ils disposent de moins de moyens. « Certes Gordon Brown et Alistair Darling ont évité le pire, mais la réalité n’est pas plaisante pour autant : salaires gelés, insécurité persistante et prix en hausse », conclut le journal.

La baisse du chômage mérite sans doute un applaudissement, « mais un seul », écrit de son côté l’éditorialiste du TIMES qui s’inquiète du nombre élevé des personnes « inactives sur le plan économique ». Elles représentent un cinquième du pays : les jeunes prolongent leurs études, les mères restent au foyer plutôt que d’affronter un marché de l’emploi peu favorable. Le journal souligne également la fragilité de l’économie et le manque de formation et conclut : « 8 millions de Britanniques de plus pourraient aujourd’hui exercer un emploi ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

Les tensions entre Israël et les Etats-Unis

La montée des tensions entre Israël et les Etats-Unis après l’annonce d’un nouveau programme de construction israélien à Jérusalem-Est et l’annulation de la visite de l’envoyé américain George Mitchell dans la région donne lieu à une importante couverture de presse. Les journaux sont partagés.

D’un côté, les partisans de la fermeté appellent M. Obama à ne pas lâcher prise : le président américain a fixé ses conditions et ne peut plus faire marche arrière, car ce serait la fin des discussions et peut-être même aussi la fin de la solution des deux Etats, écrit l’éditorialiste du GUARDIAN. Pour le journal, M. Nétanyahou montre clairement ses objectifs : les Israéliens veulent préserver leur souveraineté sur la cité. Israël, et pas seulement son Premier Ministre, doit faire un choix : continuer à absorber le territoire palestinien et mettre en danger la reconnaissance des frontières qu’il cherche à créer, ou mettre un terme à ses actions. Cela nécessite une décision collective et probablement une autre élection. Sans aller jusqu’à menacer la livraison de matériel américain à l’armée israélienne ou l’aide annuelle de 2,4 milliards de dollars, M. Obama peut faire pression sur Israël. Tant pis si cela entraîne la chute de la coalition de M. Nétanyahou. « Ce n’est que lorsqu’Israël aura compris le message que les vraies négociations pourront commencer », conclut le GUARDIAN.

Le FINANCIAL TIMES partage cet avis : la colonisation n’est pas seulement une provocation. Elle éloigne les perspectives de paix. Pour aboutir à deux Etats, Israël doit renoncer à une partie de ses terres, non poursuivre la colonisation. Israël a des amis fidèles, mais M. Nétanyahou les met dans l’embarras. M. Obama doit clairement faire comprendre au Premier ministre israélien qu’il a dépassé les bornes.

« M. Obama doit maintenir la pression sur Israël », et l’Union européenne doit le soutenir, renchérit l’INDEPENDENT.

Sur un autre registre, le TIMES s’inquiète des réactions de Washington : M. Nétanyahou a fait preuve d’arrogance et d’insensibilité, mais l’attitude de l’administration Obama donne l’impression que l’engagement américain vis-à-vis d’Israël commence à faiblir. Or, les problèmes fondamentaux dans le conflit israélo-palestinien sont clairs : Israël a non seulement le droit d’exister, c’est aussi une démocratie qui a droit à la souveraineté, la sécurité et l’indépendance. Tragiquement dans ce conflit, deux nationalismes légitimes revendiquent le même espace. Pour satisfaire les deux, il faut un accord sur deux Etats. Il est facile de comprendre la colère de Washington face à l’intransigeance de M. Nétanyahou, mais les Etats-Unis ne doivent pas perdre de vue l’importance stratégique d’Israël. Les ambitions nucléaires de l’Iran et le soutien de la Syrie au Hezbolalh et au Hamas constituent des menaces pour la paix et la stabilité de la région. Pour lutter contre elles, Israël reste un allié sans doute difficile mais sur lequel on peut compter.

« La réaction de Washington risque d’être disproportionnée, renchérit le DAILY TELEGRAPH, selon lequel « Israël reste un important allié dans la région et son soutien est crucial pour résoudre certains des grands problèmes, comme les ambitions nucléaires de l’Iran ».

III. AFFAIRES EUROPEENNES

L’avertissement de Christine Lagarde à Berlin

Après les propositions de Wolfgang Schäuble (création d’un FME assortie de pénalités pour les pays ne respectant pas les règles de la zone euro), Christine Lagarde a lancé dans une interview publiée par le FINANCIAL TIMES un avertissement à Berlin : selon la Ministre de l’économie, l’Allemagne doit stimuler sa demande. Les journaux relèvent les réactions négatives du gouvernement allemand.

Le FINANCIAL TIMES assure que Mme Lagarde a raison de s’opposer au « sadisme » des Allemands : pour le bien de l’union monétaire, les pays disposant de larges excédents doivent dépenser davantage pour permettre à ceux qui sont endettés de commencer à vivre selon leurs moyens, sans contraindre l’Europe à des années de stagnation. L’Europe doit se rééquilibrer. La solution du Ministre des finances allemand la contraindrait à acheter moins à l’Allemagne. Avec la solution proposée par Mme Lagarde, l’Allemagne pourrait commencer à importer davantage du reste de la zone euro. « Ce n’est pas l’épargne qui conduira l’Europe à la prospérité. La frugalité n’est pas une vertu si personne ne veut dépenser ».

Ambrose Evans Pritchard du DAILY TELEGRAPH se concentre sur la réaction de l’Allemagne et en conclut que « Mme Merkel montre que la rivalité avec la France est loin d’être terminée ».

IV. AFFAIRES FRANCAISES

1. Les élections régionales

Les principaux journaux ont rendu compte du résultat du premier tour des régionales. Le TIMES et le GUARDIAN titrent sur le bon score de la gauche. Pour Charles Bremner (TIMES), les électeurs ont voulu montrer leur mécontentement envers M. Sarkozy, dont les perspectives de réélection paraissent « incertaines ». La presse souligne aussi la remontée du Front National, attribuée selon le DAILY TELEGRAPH à la décision du président de la République de lancer un débat sur l’identité nationale. « La stratégie de M. Sarkozy semble s’être retournée contre lui », renchérit Ben Hall dans le FINANCIAL TIMES, qui parle de « sérieux revers » pour le président de la République à deux ans des prochaines présidentielles : « ce vote montre la profonde déception de l’électorat conservateur à l’égard de la performance du président et de son style de leadership ».

« La France perd la foi en Sarkozy », souligne le SUNDAY TELEGRAPH, sous la plume d’Henry Samuel, qui ajoute : « trois ans après être entré triomphalement à l’Elysée, promettant une ère nouvelle, M. Sarkozy est devenu un passif électoral, même si peu dans son parti osent l’admettre ».

2. La coopération franco-britannique en matière de défense

Selon le GUARDIAN, la France aurait proposé de rapprocher sa dissuasion nucléaire de celle du Royaume-Uni par le partage de leurs patrouilles sous-marines (permanence à la mer). Le projet aurait été discuté par les autorités des deux pays mais, jusqu’à présent, les Britanniques s’y seraient opposés en raison du caractère « politiquement inacceptable » d’une telle proposition. C’est particulièrement vrai en période de campagne électorale. Nicolas Sarkozy et Gordon Brown avaient évoqué cette idée en mars 2008, mais Downing Street n’a pas voulu préciser si les deux dirigeants ont de nouveau abordé le sujet lors de leur rencontre de vendredi dernier. C’est toujours Paris qui a pris l’initiative d’un rapprochement franco-britannique dans le domaine de la défense, mais les deux gouvernements reconnaissent le potentiel d’une plus grande coopération. Liam Fox, responsable de la défense du parti conservateur, a souligné dans un grand nombre d’occasions les possibilités de coopération franco-britannique et précisé qu’un futur gouvernement conservateur chercherait à renforcer la relation avec la France. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028